L'Héritière

Jeanne-A Debats · Chapitre 24 sur 34

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L'Héritière

Chapitre 23

 

 

Jacques ne se laissa impressionner par rien. Il me ramena chez moi sans écouter ni mes insultes, ni mes larmes. Mes menaces de mort le laissèrent froid lorsqu’il entreprit de me déshabiller avec précaution, décollant mon chemisier raide du sang d’Herfauges de ma peau moite.

Il siffla avec étonnement lorsque, grattant les sombres caillots à la surface de mon épiderme, il constata que je n’avais pas un bleu, pas une écorchure.

— Ton dos devrait pisser le sang, vu ta chute dans l’escalier, remarqua-t-il, visiblement soulagé.

Il fit rouler la poudre rougeâtre entre le pouce et l’index avec perplexité.

— Ça doit être ça qui t’a guérie, continua-t-il, un brin réprobateur à cette idée.

Je ne sais pas ce que je lui répondis, une insanité sans doute. Mais il l’ignora et me prit dans ses bras et se dirigea vers la salle de bains. Il me colla dans un bain, me lava lui-même des pieds à la tête, en vidant deux fois la baignoire qui s’était remplie d’une mousse rosâtre et répugnante. Ensuite, il se coucha à côté de moi et me laissa passer la nuit à sangloter contre lui, quand je ne lui bourrais pas la poitrine de coups de poing.

C’était la première vraie crise de nerfs de ma vie.

Inutile de dire que je n’en suis pas fière.

 

***

 

Ce ne fut pas Zalia qui sonna le lendemain, mais Géraud. Il avait encore sa valise, il descendait de l’Eurostar. Fred et l’alpha de Jacques, Richard, se présentèrent également quelques minutes plus tard, sans doute prévenus par la cohorte de bêtas qui veillaient autour de chez moi. Je les fis entrer sans enthousiasme dans le salon, je n’étais pas très heureuse de les avoir là, avec Jacques qui s’occupait du café dans la cuisine.

C’était une intrusion. J’avais eu mon lot d’intrusions ces dernières quarante-huit heures.

Fred et l’alpha me saluèrent cérémonieusement, Géraud m’embrassa sur le front.

— Thomas t’envoie ses meilleurs vœux, me dit-il. Il est désolé, il fouille à nouveau les archives pour comprendre comment il a pu se laisser prendre comme cela. Et en fait, tu as été enlevée pendant trois jours. C’est le temps qu’ils ont mis à vous retrouver… et à nous prévenir.

Ces derniers mots étaient pour Jacques et Fred. Jacques tint bon sous l’assaut des prunelles bleues de mon oncle, pas son ami.

— Je suis désolé, Sire Géraud, balbutia Fred. J’aurais dû me montrer plus convaincant avec monsieur Navarre.

Il essayait de prendre le moins possible de place sur mon canapé, croisant et décroisant sans cesse ses jambes maigres sous la table basse de verre. Jacques revint avec le café et lui en colla un d’office dans ses mains moites.

— Vous auriez dû essayer les grenades avec lui aussi, ça aurait pu marcher, fis-je, acide.

Géraud se tourna vers Fred.

— Que s’est-il passé ? Je n’ai rien pu tirer de cohérent de Navarre. Il est encore trop ivre de son dernier repas, soupira-t-il.

Le petit homme rétrécit un peu plus et Jacques intervint :

— J’avais rendez-vous avec Agnès et elle était en retard. Je suis allé la chercher chez vous. J’ai trouvé votre… garde du corps, crucifié sur un mur par des piquets recouverts d’argent. J’ai été obligé de l’y laisser un moment parce qu’il n’avait pas toute sa tête… Il hurlait des choses à propos de Dracula, je crois. Je n’ai rien compris. J’ai fini par lui donner mon sang pour le calmer. J’ai même dû le forcer parce qu’au départ, il me le crachait à la figure…

— Quoi ? Et tu ne m’as rien dit ? hoquetai-je en tournant vers lui un regard lourd de reproches.

— Peut-être qu’il n’était pas utile de vous l’apprendre hier soir, mademoiselle ? suggéra timidement Fred.

Le médium n’essayait pas d’être ironique, je n’étais même pas sûre qu’il sache comment s’y prendre en général. Il ne volait pas au secours de Jacques et ne tentait pas non plus de calmer l’hystérie dans ma voix. Il se contentait d’énoncer un fait. Au lieu de m’énerver encore plus comme son intervention l’aurait dû, cela me calma. Je rougis et me tus. Effectivement, mon état de la veille ne se serait pas amélioré à l’idée que les deux amours de ma vie s’étaient jeté d’abord leur sang à la tête avant de partir à ma rescousse.

— Je l’ai libéré ensuite, reprit Jacques en me serrant la main pour me réconforter. Puis j’ai appelé Fred et Richard, puisqu’on ne pouvait pas vous joindre sur vos cellulaires. Je suis vraiment désolé qu’on ait dû s’y prendre comme ça, princesse, termina-t-il pour moi.

Géraud acquiesça, et à Fred :

— Et vous, quel est votre rôle dans cette histoire ?

— Pardon, Sire Géraud, fit le petit homme. C’est mon seul talent, sentir les auras ; et la vôtre est si forte, mademoiselle ! Vos ravisseurs vous avaient placée dans un tel endroit, que vous brilliez comme un phare enterré. Je crois qu’ils ne se doutaient pas de l’effet que vous produisiez.

Géraud secoua la tête :

— Navré, Agn… commença-t-il.

— Le prochain qui me présente des excuses prend ma tasse dans la figure ! le prévins-je avant de me tourner vers Fred. Donc, vous m’avez sentie parce que… ?

C’était la première fois qu’on me parlait d’une quelconque force de mon don, de ma malédiction plutôt. J’avoue que ça m’intriguait.

— Vous êtes une Invocatrice très puissante, ça c’est sûr. Ce que je ne m’explique pas c’est que vous ne parveniez pas à discriminer. Tous les Grands Initiés le font sans y penser, répondit Fred de sa voix tremblotante, puis il jeta un coup d’œil en coin à Géraud et se tut.

— Je n’ai pas invoqué depuis sept siècles, rétorqua ce dernier sèchement. Je ne compte pas m’y remettre.

— Oui, Sire Géraud, répondit Fred humblement. Mais il y a autre chose, mademoiselle est vraiment très étrange, vous savez. Je ne comprends pas comment elle attire tous ces spectres. Du coup, ils deviennent visibles, même pour moi. Du moins leurs auras. On dirait qu’ils se…

Il chercha le mot.

— … se connectent ? Se branchent ? On dirait qu’il y a un échange, qu’ils vous laissent quelque chose… (Il se gratta nerveusement le crâne.) … euh, je ne sais pas…

— Si vous ne savez pas, taisez-vous ! l’interrompit mon oncle, cinglant, tandis qu’une ombre passait dans son regard.

Il pensait sans doute à ma mère et ne voulait pas qu’on continue d’appuyer là où ça faisait mal.

— C’est comme ça qu’il l’a repérée, dit Jacques. Il a vu les auras s’agiter dans les souterrains et nous a avertis.

Fred hocha la tête avec vigueur :

— C’était hallucinant, je n’avais jamais perçu un phénomène aussi énorme !

— Ouais, fit Richard, intervenant pour la première fois. Je me méfie toujours quand notre Fred se montre enthousiaste, s’esclaffa-t-il brièvement. C’est jamais bon signe et le charnier est sous notre territoire.

Jacques continua pour Géraud :

— Richard m’a autorisé à seconder l’opération. Et on ne parvenait toujours pas à vous joindre à Londres, monsieur…

— Nos cellulaires se sont mystérieusement déchargés dans le train. « On » nous a éloignés, Thomas et moi, avec un leurre et « on » s’est arrangé pour que personne ne puisse nous prévenir, grinça Géraud.

— C’est ce que nous avons pensé avec Navarre.

— Alors vous avez pris cette initiative idiote d’intervenir sans préparation ? s’insurgea mon oncle.

Fred protesta :

— Pas nous, monsieur ! Euh… (Petit regard en coin vers Jacques et son alpha.) C’est surtout monsieur Navarre qui est parti comme un furieux dès que j’ai enfin réussi à le convaincre que je savais où ils étaient.

Géraud posa sa tasse sur le rebord de la table basse et y étendit ses mains comme pour les examiner longuement :

— Celui-là, il a de la chance que je ne le recloue pas aussi sec !

— Géraud, ils sont arrivés juste à temps ! m’indignai-je. Herfauges n’en pouvait plus de se retenir, il m’aurait bue comme tu bois ton café.

Il s’abstint de rétorquer qu’il n’avait pas touché au dit café et se tourna vers Jacques :

— Et pourquoi avez-vous oublié de prévenir Zalia ?

— On n’a pas oublié ! protesta Fred. C’est elle qui nous a procuré les grenades…

Mon oncle soupira et s’effondra dans mon canapé, en fermant les yeux, tandis que l’alpha de Jacques éclatait d’un rire tonitruant.

***

 

Lorsque Zalia vint me chercher le lendemain soir, elle baillait à s’en décrocher la mâchoire car elle était en plein milieu de son cycle nuit. Cela ne l’empêcha pas de me sauter au cou en pleurant de soulagement, tout en râlant ferme contre la brigade de bêtas autour de chez moi. Les mâles secondaires de la Meute Saint-Blaise lui ayant occasionné toutes les difficultés du monde pour la laisser se garer d’abord, puis entrer dans la maison.

— Et tu vas voir, souligna-t-elle en démarrant. Au bureau, c’est pire. On se croirait au bord d’une révolution.

Effectivement, quand on arriva près de l’Étude, on traversa un cordon de protection digne d’un chef d’État. Bon, ça aurait été un chef d’État particulier, transylvanien, par exemple. Il y avait de tout dans la rue Montmartre, sauf des êtres humains. Quelque chose, un instinct sans doute, les conduisait à éviter l’endroit. Je vis même un taxi se lancer dans un demi-tour hardi alors qu’il avait presque décidé de s’y engager et qu’elle était pratiquement vide de véhicules.

Zalia se gara devant un troquet vert, à quelques pas du Goth Goth Bar.

Je gémis.

— Pas là, Zalia, par pitié !

— Hein ? Désolée, mais le parking de l’immeuble est plein de « voitures officielles ». Y a quoi, là ? demanda-t-elle stupéfaite. C’est juste le Café du Croissant !

Elle jeta un coup d’œil aux consommateurs sur la terrasse : de grands types solitaires aux larges épaules ou des femmes tout aussi grandes, musclées comme des statues de Junon, assises avec la décontraction des lionnes sur leurs rochers au zoo de Vincennes. Avant l’heure du repas.

— Bon d’accord, c’est bourré de cabots, mais t’as rien contre les garous, non ? T’es même plutôt tout contre dans ton genre…

Sans relever le sarcasme, je lui désignai une inscription sur la devanture, des boiseries anciennes peintes en vert et or. Jacques me l’avait montrée également lors de notre trop bref déjeuner, des siècles subjectifs auparavant.

— C’est qui « Jaurès » ? dit-elle en déchiffrant ce qui était une épitaphe.

— Tu crois qu’ils sont réunis là par hasard, les cabots, comme tu dis ? Jaurès était un grand dirigeant socialiste d’avant 1914. Il a été assassiné devant la terrasse alors qu’il était au bord de convaincre les Français de ne pas s’engager dans la Première Guerre mondiale. Si je descends, tu devras me porter jusqu’au bureau : il y a assez de fantômes ici pour remplir l’ancien cimetière d’à côté.

— Bordel, on devrait raser cette ville ! grogna-t-elle en redémarrant.

Elle se posta en double file devant le Goth Goth et prit son cellulaire.

— Corben ? Salut, mon chou ! Dis ? Un 4x4 monstrueux devant chez toi me gêne pour me garer…

Trois secondes plus tard, un homme en costume trois pièces, encore plus minuscule et plus maigre que Fred, sortit précipitamment du bar. Il fonça au volant du véhicule, l’air totalement affolé, et démarra en trombe. Zalia se glissa aussitôt à sa place.

— Plus ils sont petits, plus ils en veulent de grosses, t’as remarqué ? Doivent avoir besoin de compensation… dit-elle.

J’évitai de lui répliquer que son mètre cinquante-cinq s’accordait sans problème avec l’énorme limousine de Géraud.

Lorsqu’on déboula en haut toutes les deux, on tomba en plein conseil de guerre.

Le Légat du Haut-Cénacle trônait dans le fauteuil de Navarre. À ses côtés, Bathilde avait investi celui de Zalia que Denis lui avait tiré pour l’occasion. Il se tenait dans son dos, contre la fenêtre. Herfauges était enchaîné à leurs pieds, cerné par une phalange de vamps inconnus. Navarre s’était adossé derrière mon bureau. Richard, l’alpha de la Meute Saint-Blaise, s’était approprié un fauteuil visiteur de Géraud tandis que Jacques s’était emparé du second, Fred se dandinait entre les deux, debout. Tout le monde, sauf lui et Géraud, parlait à voix très haute et n’écoutait personne. Zalia fila vers ses tiroirs, y dénicha un nécessaire de toilette pour disparaître ensuite dans la salle de bains, comme de juste.

Je me laissai tomber sur mon fauteuil miraculeusement vide, attendant que ça se calme. Géraud silencieux me fit un petit salut au passage. Je remarquai que le téléphone devant lui était décroché en position conférence.

Le brouhaha nerveux continua quelques minutes quand une voix merveilleusement chaude, sereine et persuasive jaillit du combiné pour susurrer :

— Et si on se taisait ?

Le silence tomba aussitôt comme si on avait tourné un commutateur.

— Merci, Thomas, fit Géraud.

Il jeta un regard circulaire à l’assistance et articula lentement :

— Une attaque comme celle d’il y a trois jours est inqualifiable. Ces bureaux sont sacrés devant toutes les lois de l’AlterMonde et quelqu’un les a profanées.

Le Légat approuva :

— Géraud, nous sommes tous d’accord là-dessus. Mais était-il nécessaire de convoquer ces cabots ?

Il désigna Richard qui découvrit juste ses dents. Ce n’était pas un sourire. Dame Bathilde se racla la gorge.

— Sans eux, Herfauges serait mort… avant qu’il ait transmis, Légat. (Le vamp lui concéda ce point d’un hochement de tête sec.) Continue, mon petit, fit-elle à Géraud.

— Allons, Mère, pas ces yeux de biche aux abois… intervint son fils. Je vais crever tout de même et vous serez enfin tranquilles. Et comment va ma petite guimauve ? termina-t-il à mon adresse.

— Je vais bien Herfauges ! Merci de ce que vous avez fait pour moi, répondis-je calmement.

Il me fit un salut moqueur :

— Ne me remercie pas, mon affriolant chamallow. La prochaine fois, je te croque comme le joli bonbon fondant que tu es ! Même si c’est mon dernier acte sur cette Terre !

Je ris, sachant pourtant qu’il était mortellement sérieux. Navarre s’agita dans mon dos et Jacques jeta un regard furieux à Herfauges.

Géraud soupira :

— Légat, ma Dame Bathilde, ce n’est pas seulement parce que la Meute a donné son concours que Richard est ici. (Il marqua une pause.) Mais parce que j’ai été obligé de sommer une Instance !

Il avait laissé mourir ces derniers mots avec une note curieuse dans le ton, quelque chose qui se rapprochait du désespoir. Je lui jetai un coup d’œil inquiet. Navarre s’ébroua derrière moi, confirmant mon impression.

D’autant plus que cette fois, nul besoin de la voix d’or de Thomas pour imposer le calme. Il s’était abattu sur nous comme un rideau de velours sur une scène de théâtre juste après la fin tragique des amants maudits.

— On parle de moi ?

Une très jolie jeune fille en tutu rose tyrien se matérialisa au milieu de la pièce dans un nuage de poudre jaune d’or. Elle avait de fausses ailes d’ange en crépon accrochées dans le dos et une baguette magique de plastique bleu nuit pailleté où s’accrochait une étoile de papier doré collée de guingois.

Tous les assistants se dressèrent sur leurs pieds comme si on leur avait infligé un choc électrique, ils s’inclinèrent si bas devant elle que je crus qu’ils allaient se mettre à ramper. Même le Légat. Thomas au téléphone donna l’impression que le combiné saluait.

Il n’y eut que Géraud et moi à rester assis dans nos fauteuils. Moi parce que j’étais trop ébahie pour réagir, lui parce qu’il avait fait pivoter sa chaise ; il contemplait résolument le mur, les épaules raidies.

La ballerine, mutine, se percha sur mon bureau et me fit un bisou sur le nez qui claqua gentiment :

— Tu es mignonne, toi ! Il y a longtemps que j’ai envie de te le dire !

— Euh… merci, balbutiai-je dans le silence de mort. Et vous êtes ?

Elle éclata d’un rire argentin où sonnaient mille clochettes folâtres.

— Oh, quelqu’un va bien se charger des présentations ! Toi, Herfauges mon roudoudou ?

Je le vis déglutir. Ma stupéfaction augmenta d’un cran. Il se reprit avec un effort visible, l’orgueil suscite parfois des exploits surhumains. Même chez les non humains. Et Herfauges était pétri d’orgueil. Il essaya d’articuler d’un ton léger, au diapason de celui de la danseuse :

— Ma douce guimauve, permets-moi de te présenter Azraël.

Comme je ne réagissais pas, il ajouta inutilement :

— L’Ange De La Mort.

On pouvait donc parler en collant des majuscules devant chaque mot ? Et il existait quelque chose au monde capable d’infliger une sainte trouille à ce type ? Mais je ne parvenais toujours pas à réaliser. Je savais très bien qui était Azraël. En théorie. Mais je contemplai la fille, ses cheveux bruns soyeux sous le diadème de pacotille, ses yeux bleu clair innocents à peine maquillés, son air si horriblement sain de Miss Haute-Savoie à la présélection.

Et évidemment, je n’en crus pas un mot.

— Pffff, tu es trop sérieuse, Agnès, ça te perdra, soupira la danseuse. Ça va mieux comme ça ?

Elle ne claqua pas de ses doigts fins chargés de bagues en forme de cœurs rouges et de fleurs orange, il n’y eut aucun effet spécial. Pas même une étincelle. Seulement la ballerine fut aussitôt remplacée par une robe de bure grise tendue sur une silhouette de ténèbres et accompagnée d’une faux.

— Salut Géraud, ça va ?

Mon oncle tressaillit, mais ne se retourna pas pour accueillir la visiteuse et je vis ses mâchoires se serrer si fort que ses dents grincèrent.

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