L'Héritière

Jeanne-A Debats · Chapitre 23 sur 34

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L'Héritière

Chapitre 22

 

— Je te ramène chez toi, dit Jacques. Pas à l’Étude. Tu as besoin de repos. Fred ? Au passage, tu demanderas à Richard de poster des bêtas autour de la maison d’Agnès…

— Oui, Jacques, murmura Fred qui grimpa très maladroitement le plan incliné formé par une partie de la trappe brisée.

— Fred ? appela encore Jacques. Attends-nous aux escaliers. Je préfère que tu ne remontes pas tout seul non plus.

Le médium hocha la tête sans répondre, il abordait un passage délicat : une planche disjointe qui menaçait de nous le renvoyer plus vite qu’il n’était monté.

Tout le reste nous était tombé dessus. Je jetai un œil vers le haut, malgré la lumière des lampes, le haut du puits était invisible, tout se perdait dans le noir et le brouillard d’ossements à une vingtaine de mètres. Je ne parvenais pas à imaginer quel avait été l’usage de cette pièce autrefois.

Fred avait enfin atteint le rebord de pierre et s’y était perché. Il suivit mon regard et me renseigna :

— C’était un puits d’angoisse, mademoiselle Agnès.

— Un puits d’angoisse ?

Le petit homme s’agita, gêné :

— Un supplice datant de l’Inquisition. Vous avez remarqué ces spirales le long des murs ?

Non je n’avais pas remarqué, elles étaient si comblées de poussière qu’il fallait savoir qu’elles y étaient ou avoir le nez dessus pour les dénicher.

— Le panneau n’était pas seulement capable de s’ouvrir. Il pouvait aussi… descendre.

Oh. D’accord.

Et tout ce qui était en dessous se retrouvait en bouillie. Merveilleux. On pouvait dire ce qu’on voulait de la plupart des éternels, Herfauges en tête, mais jamais ils n’égaleraient en horreur ce que les simples humains étaient capables de concevoir rien que pour s’éliminer les uns les autres. En général, les éternels ont du mal à penser industriel, même en terme d’extermination. Ce n’est pas dans leur nature. Ce sont plutôt des chasseurs, ils comprennent la nécessité de la reproduction du gibier.

La rage des fantômes s’expliquait d’autant plus : si on ne les avait pas laissés mourir de faim au milieu des cadavres, ils avaient regardé le plafond descendre sur eux sans aucune autre solution qu’attendre la mort.

— Mais Herfauges m’a dit que les catacombes avaient seulement servi de carrières et d’ossuaires. Il n’a jamais parlé de l’Inquisition ! rétorquai-je.

Fred eut un rictus de mépris mal dissimulé.

— C’est un vamp… ces êtres traversent l’histoire, uniquement en fonction de leurs nombrils. Je ne pense pas que les vampires aient beaucoup pleuré le sort des Templiers que visait l’Inquisition justement. Les Meutes et les mages fonctionnent d’une autre façon. Cependant, il n’a pas complètement tort en ce qui concerne cet endroit : ça a aussi servi d’ossuaire. Pour le charnier du gibet de Montfaucon. On a jeté ici les restes des condamnés à mort et utilisé l’ancien système pour tasser les cadavres. Toute cette section est classée Monument historique, termina-t-il avec une sorte de fierté.

D’accord, des victimes de l’Inquisition et des condamnés à mort pour Dieu savait quelles horreurs, l’endroit rêvé pour m’enfermer. Je hais les Monuments historiques.

— Normalement, personne n’y a plus accès depuis des années, ajouta le petit médium. L’Inspection des carrières a déclaré avoir injecté du béton dans les galeries mais d’après ce que nous avons vu en descendant, c’était surtout du béton virtuel…

— Du béton virtuel ? demandai-je sans comprendre.

Fred haussa les épaules :

— On prétend que l’Inspection réalise de petites opérations lucratives avec les BTP. Ils affirmeraient boucher les galeries, et partageraient l’argent du contribuable pour des travaux non réalisés.

— Tu es vraiment sûr que c’est le moment d’une conférence ? demanda Jacques avec gentillesse.

— Bien sûr, les aficionados des catacombes ont pu recreuser derrière ; ça arrive tout le temps… poursuivit l’autre, sans pouvoir s’en empêcher.

— C’est curieux chez les mages ce besoin de faire des phrases, gronda Navarre. Jacques, si vous ne bâillonnez pas ce type, je m’en charge.

— Fred ? fit Jacques.

Fred me resservit son sourire gêné et nous fit de la place, tandis que Jacques me chargeait sur son dos, entreprenant l’escalade à son tour. On se hissa sur le rebord en pierre d’un mètre de large. Un cabestan à chaînes aussi épaisses que mon poignet pendait au mur, à moitié détaché, sans doute l’ancien mécanisme qui permettait de mouvoir le panneau. Une porte s’ouvrait de l’autre côté de la coursive, elle avait été arrachée du chambranle. Les huisseries centenaires consumées et déchiquetées dénonçaient une explosion. Je demandai à Jacques :

— J’ai entendu les déflagrations, ce n’était pas exagéré ?

Mon compagnon gloussa :

— Nous n’avions pas les clés, certains voulaient nous empêcher de passer et Fred avait ces grenades…

— Fred ?

Mon ton devait passer les normes de sécurité admises par toutes les conventions européennes en matière d’incrédulité, mais Jacques continua :

— Oui, Fred. Tu sais, il n’est pas aussi… enfin, bref… (Il parlait un ton plus bas, pour que ledit Fred ne nous entende pas.) C’est un vrai timide, mais quand il se lâche…

— Il se lâche à la grenade ?

— Pas seulement, fit Jacques le plus sérieusement du monde. C’est lui qui a eu le panneau de la trappe. À la dynamite, puisque les autres l’avaient scellée au ciment. D’ailleurs, c’est grâce à lui aussi que nous t’avons localisée. Navarre a prétendu qu’il te percevait mais il n’avait pas sa précision.

Pas étonnant que tout nous soit tombé dessus. J’évitais de lui demander s’ils avaient essayé de nous sauver ou de nous achever mais ma tête devait parler pour moi.

— On croyait que vous étiez encore plus loin lorsqu’on a explosé la trappe, ajouta Jacques avec une moue d’excuse. Vous avez disparu un moment du « radar » de Fred, je ne sais pas pourquoi. Et Navarre devenait intenable, il attaquait le bois avec les poings…

On fit le tour du rebord pour y parvenir, là, Jacques me reposa sur mes pieds à ma demande.

— Dans les escaliers, je te reprends sur mon dos. La montée est très rude, tu n’es pas en état.

Des dizaines de féaux morts gisaient en travers du couloir, nous enjambâmes les cadavres. L’un d’eux eut la très mauvaise idée de gémir, son front était barré d’une profonde blessure qui saignait abondamment. Jacques l’examina.

— Il est encore en vie, très bien. Attends-moi là, veux-tu ? Si quelqu’un approche, crie.

Il se chargea de l’homme inconscient et le porta vers le puits béant.

Je criai aussitôt.

Un joli cri, ni trop aigu, ni trop fort. Jacques se retourna, surpris :

— Qu’est-ce qui t’arrive, princesse ?

— Fred se rapproche de moi, je suis sûre qu’il lui reste des grenades… répondis-je d’une voix faussement légère.

Je n’avais pas du tout envie qu’il me laisse là, flageolante au milieu des morts, surtout que les murs recommençaient à onduler, et pas qu’un peu. Tout le sang répandu sur les murs ne datait pas des minutes précédentes, il y en avait trop, il était trop sombre et trop visqueux. On avait dû sortir du rayon d’action de Navarre et d’Herfauges. Le fantôme à mille têtes et mille voix me rattrapait, me cherchait.

Croyant à une plaisanterie, Jacques me fit une grimace ironique et reprit sa route avec son chargement vers le seuil béant. Je fermai les yeux pour ne plus voir les murs où des silhouettes imprécises se fondaient en douceur dans les ondes écarlates, mais elles venaient seulement s’imprimer derrière mes paupières plus lentement.

— Navarre ? dit Jacques d’une voix forte. J’en ai un ! Ça vous suffira ?

— Oui, fit la voix de mon ami jaillie des profondeurs. Balancez-le.

Avant que j’eue pu réagir ou comprendre l’intention des deux hommes, Jacques éjecta le féal. Un léger choc me renseigna : Navarre l’avait réceptionné à l’atterrissage.

Le garou me rejoignit enfin et me fit signe de continuer vers Fred qui nous attendait déjà au pied d’un escalier en colimaçon.

— Mais qu’est-ce qu’il va lui arriver ? demandai-je en pleine crise de déni.

Il haussa les épaules avec tristesse :

— De toute façon, il est déjà mort, Agnès. Essaie de voir ça comme un acte de clémence. Je ne crois pas Dame Bathilde portée à l’indulgence envers les traîtres.

— Non ! criai-je en me précipitant vers le couloir.

Il m’arrêta d’un bras.

— C’est trop tard, princesse.

Je m’arrachai de sa poigne et parvins jusqu’au rebord de la porte, face au vide. Le vertige me saisit, je reculai d’un pas. Mais j’avais eu le temps de voir Navarre maintenant le cou de l’homme entre les crocs d’Herfauges. Les blessures apparentes les plus graves étaient en train de se refermer.

Je fermai les yeux, des larmes roulaient sur mes joues.

— Ça suffit, Herfie, je ne tiens pas non plus à ce que tu sois en état de me courir un quatre cents mètres haies… entendis-je encore Navarre.

Il y eut un grand bruit mou. Cette fois, je n’eus pas besoin d’explication : il avait rompu le cou à la victime. Lui mort, Herfauges ne pourrait plus s’en rassasier. Navarre s’assit à côté de son congénère, attendant qu’il ait terminé de se guérir.

— Je vous retrouve dans quelques minutes, dit-il à Jacques dans mon dos. Filez !

Je voulus objecter, rappeler à Navarre que je ne pouvais pas partir sans lui. Pas sans affronter mes pires cauchemars, mais j’en fus incapable. Une main glacée semblait cercler mon cou et serrer de plus en plus fort.

Je me laissai entraîner par Jacques, sans pouvoir opposer la moindre résistance. Un maelström rugissant de figures imbriquées les unes dans les autres ouvrait vers moi sa gueule spectrale édentée. Au pied des marches, Jacques me reprit dans ses bras, sans comprendre que mon inertie soudaine n’était pas due à l’épuisement ni à l’horreur de l’assassinat du féal. Mon visage était tétanisé, impossible de remuer un muscle et de refermer les paupières pour contrer l’assaut de la face grotesque. Bientôt, tout me parut sentir la charogne. J’allais bientôt vomir sans pouvoir ouvrir la bouche ni rejeter ce qui m’étouffait. Mais je parvins à me retenir, ce fut ma seule victoire.

On grimpa plusieurs étages dans l’escalier en spirale, parfois interrompu par de petits paliers. Jacques ne s’y arrêtait que pour permettre à Fred, moins rapide, de nous rejoindre, sans s’apercevoir de mon silence anormal.

Au fur et à mesure que nous remontions, les murs bruts firent place à des parois de pierre taillée, parfois ornée d’écus en bas-relief ou d’inscriptions en latin. On passa ainsi devant des graffitis qui signalaient le passage des chevaliers du Temple. Comme toujours, il s’agissait de symboles ésotériques, des compas, des soleils aux rayons pourvus de mains ainsi que des figures géométriques, des entrelacs magiques de croix du Temple.

Fred ne put s’empêcher de marmotter :

— Qu’est-ce que je disais à propos des Templiers ? On les retrouve partout ! Philippe le Bel a eu bien raison de s’en débarrasser. Regarde, Jacques !

Le garou s’inclina pour examiner les dessins, et secoua la tête :

— Non, ce n’est pas si vieux. Ce sont juste des satanistes à la petite semaine qui ont gravé ça… Ces trucs n’ont pas trente ans.

Il se pencha encore plus pour examiner les dessins des croix et concéder :

— Je t’accorde que ceux-là étaient bien documentés, la reproduction est impeccable.

Pendant qu’il parlait, ma tête ballotta sur son épaule et toucha le mur, pile à l’endroit du dessin. Un instant, le cercle de glace autour de ma gorge se desserra et je hurlai de toutes mes forces.

Jacques sursauta. Il faillit me laisser tomber et recula, scrutant mon visage tordu avec terreur. Je cessai d’être en contact avec le dessin protecteur, à nouveau réduite au silence. Fred se pencha sur moi. Je le vis en surimpression avec un crâne encore tout couvert de chair sanguinolente et hurlai de plus belle. Mais cette fois le cri ne retentit que dans ma tête. Le petit homme murmura :

— Elle perçoit des choses, des choses épouvantables.

J’étais au bord de la folie, couverte de sueur glacée, enfermée dans mon propre corps, obligée de contempler l’agonie de centaines de gens, mais je ne pus m’empêcher de remarquer l’once de jalousie qui perçait dans la voix du médium. S’il avait su combien j’aurais été heureuse de lui refiler le don et toutes ces atrocités !

— Je suis navré, princesse, me souffla Jacques. Je n’avais pas réalisé ; Navarre et Herfauges ne vont pas tarder, on va les attendre ici, dit-il. Cramponne-toi d’accord ? Je suis là.

Il me serra très fort contre lui. Il me murmurait des mots sans suite que de toute façon je n’entendais plus parce le fantôme multiforme bramait dans mes oreilles. Jacques était là, oui, et je sentais son désir pour moi, sa tendresse, comme une toute petite lampe, une bougie flottant dans un coquillage sur une mer démontée. Parfois, je parvenais à m’y accrocher comme une bouée et parfois je lâchais prise. Mais toujours je remontais vers cette lumière intermittente.

J’emmagasinais dans cette attente de Navarre et d’Herfauges plus de traces ectoplasmiques que dans toute ma vie. J’avais l’impression qu’elles se déversaient en moi comme une marée irrépressible. La migraine me tuait, j’étais toujours sur le point de rendre. Mais si j’avais vomi, j’aurais sûrement craché des esprits. Je sentais les traînées noires se poser sur mon âme, s’enfoncer, se confondre au cœur de la poche d’obscurité où je les contenais depuis toujours. Cette poche gonflait, de plus en plus énorme, et ses parois de plus en plus minces se tendaient, proches de la rupture. Si ça continuait, elles cèderaient. Soudain, j’eus une sorte de répit, les revenants disparurent d’un bloc. Je crus que Navarre et Herfauges nous avaient enfin rejoints.

On ne pouvait pas se tromper plus gravement.

Un féal déboula dans l’escalier. Il se jeta aussitôt sur Fred. Son compagnon plus grand, plus agile fonça droit sur Jacques. Un vampire ! C’était de lui que m’était venue cette trêve inespérée. Mon ami eut juste le temps de me poser à terre pour le recevoir. Je me laissai glisser mollement d’une dizaine de mètres plus bas, avec toute l’élégance d’une serviette humide. Mes vertèbres en prirent un coup même si la paix brutalement revenue me permit de me réceptionner à peu près.

Le fantôme repartit à l’assaut aux alentours de la sixième marche. Jamais je n’avais été confrontée à une frénésie aussi démesurée, sauf dans la salle où nous avions été enfermés, Herfauges et moi. L’aura du vamp en était tout étriquée, comme compressée par la puissance du spectre. Je demeurai inerte, à nouveau seule en face de lui, contemplant la bataille à travers le voile tournoyant et sanguinolent de sa présence en furie.

Depuis Alésia et Diên Biên Phu, tout le monde sait qu’il vaut mieux se trouver en haut qu’en bas, lors d’une bataille. Tomber sur l’ennemi s’avère plus facile que se hisser jusqu’à lui pour lui coller une rouste. Sans compter la surprise qui reste quand même l’avantage majeur en matière d’attaque. Nos agresseurs avaient tout bon.

Le féal étala Fred d’une beigne en pleine figure. Le petit homme boula dans les jambes de Jacques qui se débarrassa de lui d’un mouvement sec du genou, puis il me roula dessus. Le garou arrêta net le coup suivant de son adversaire d’une manchette efficace. Archiviste, peut-être, mais pas manchot.

Fred resta vautré dans mon giron, à demi assommé. Pendant ce temps, Jacques affrontait les deux hommes. Le vampire était aussi rapide que mon garou. J’aurais eu du mal à suivre leur combat, même si l’esprit furieux n’avait pas continué sa danse des vertiges autour de moi.

Le féal n’essayait pas réellement de frapper Jacques, il n’aurait pas pu le blesser, ce n’était qu’un humain, après tout. Mais il se plaçait de façon à le gêner dans ses ripostes et le distraire. Le vamp en profitait pour porter des coups qui faisaient mouche de plus en plus souvent. Jacques ralentissait. Je le distinguai de mieux en mieux, ce n’était pas bon signe. Ça voulait dire qu’il fatiguait.

Fred gémit contre moi, il reprenait conscience. Le féal l’entendit et se glissa jusqu’à nous. Il me jeta à peine un coup d’œil ; dans mon état, j’étais moins dangereuse qu’un chaton mouillé.

Il hésita, puis tira de ses poches un court poignard. Il saisit les cheveux de Fred, incapable de se défendre et dont les yeux papillotaient follement. Grande Mère, on allait égorger un homme sur ma poitrine sans que je puisse rien pour le défendre ! Même pas tourner la tête pour éviter de voir ça.

Du coin de l’œil, Jacques comprit la situation. Il força son adversaire à descendre ; ils s’étalèrent presque sur nous. Le féal fut éjecté sur le centre de l’escalier. Son couteau tinta contre la pierre, à quelques centimètres de ma main. Le vamp était assez proche pour me protéger de son émanation de non-vie, cette fois. Je récupérai une partie de mes forces et saisis le manche de l’arme. Le féal me fonça dessus pour la récupérer, mais je tendis le bras à l’aveuglette, droit devant moi. Mon geste tremblant était trop maladroit et imprécis pour qu’on l’anticipe, l’homme s’empala sur la lame avec un gargouillis atroce. Je demeurai là, stupide, ma main crispée sur le couteau. Le sang gantait mes doigts puis la manche de mon pull. J’avais tué quelqu’un. Un inconnu. J’y croyais à peine, plus atterrée que tout par la noire indifférence qui s’était abattue sur moi.

Herfauges et Navarre surgirent enfin, le premier soutenu par le second. Navarre lâcha son prisonnier qui vacilla et se rua sur l’autre vamp. Jacques lui fit place :

— Vous en avez mis un temps ! fit-il en souriant.

— Dé-so-lé, martela Navarre en suivant le rythme des coups qu’il infligeait au vampire. Quelqu’un a cru qu’il pourrait filer sans me demander mon avis. J’ai dû improviser une laisse avant de remonter.

Effectivement, une tresse d’argent d’environ deux mètres reliait Navarre et son congénère. Le nœud côté Herfauges était directement lacé sur la peau de ce dernier, elle fumait en grésillant, tandis que l’autre bout était attaché à un mousqueton du blouson de cuir de mon ami. Herfauges tentait vainement de garder un visage impassible mais une sueur de sang perlait sur sa peau encore couverte de bleus et d’écorchures.

L’autre vamp tenta une manœuvre désespérée. Il se jeta au cou de Navarre, dans l’espoir de le mordre. Herfauges recula mais lui balança son pied entre les chevilles, le faisant trébucher. Navarre en profita pour rompre et saisir à pleines mains la chaîne d’argent pendant sur son blouson. Il forma une boucle avec les mailles étincelantes. Je les vis à peine bouger, la chaîne brilla et s’enroula autour de la gorge du vamp. Les crocs de Navarre se plantèrent dans la jugulaire juste au-dessus de la laisse. Il le but d’un trait sous nos yeux et le rejeta sans même un regard.

Le vamp s’effondra comme une outre vide puis son corps disparut dans un sifflement vénéneux.

Je détournai les yeux, sachant bien ce que je verrais sinon. Et je n’y tenais pas du tout. Mais la puissance solaire de Navarre rassasié se refléta dans les yeux exorbités de Fred et Jacques.

Herfauges lui-même ne put s’empêcher de reculer.

Je choisis ce moment pour éclater en sanglots, avant de rendre toutes mes tripes.

Une vraie dame.

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