L'Héritière

Jeanne-A Debats · Chapitre 20 sur 34

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L'Héritière

Chapitre 19

 

 

Je mis cinq secondes à comprendre qu’il se moquait de moi.

— Non, rassure-toi, finit-il par avouer. Interroger Fränkel était une bonne idée : c’était le père. Mais, en ce qui concerne le docteur, je ne crois pas que, post mortem, on se souvienne de ses simples clients. En revanche, il a dû laisser des papiers à ses enfants, s’il en a eu. Et un médecin conserve les dossiers de ses patients, surtout un théoricien comme il l’a été. Le seul problème, ce sont ses héritiers : soit ils ont tout gardé religieusement, soit ils ont tout jeté au bûcher.

— À la broyeuse à documents, mon oncle, rectifiai-je rêveusement. Le bûcher, ça n’est plus très mode de nos jours, tu sais. Mais tu comptes trouver quoi au juste dans ces fameux papiers ?

— Je n’en sais rien. Tout est bon à prendre, pour l’instant. Imagine que Thomas rentre bredouille de l’état civil !

Zalia ronchonna sur un ton inaudible.

Je consultai ma montre, il n’était pas loin de midi. Et j’avais un rendez-vous.

— Je vais déjeuner, dis-je d’un ton détaché.

À la décharge de Zalia, je dois dire qu’elle s’abstint de sourire et de me proposer de m’accompagner. Géraud hocha la tête et s’excusa :

— Je suis désolé, j’attends que Thomas rappelle. Une autre fois, d’accord ?

Là, Zalia n’y tint plus et lâcha :

— Je crois qu’Agnès s’en remettra, monsieur.

— Ah, bien, très bien, fit mon oncle distraitement. Enfin, maintenant que je suis de retour, vous pouvez reprendre vos horaires normaux, toutes les deux. Ça vous fera du bien.

Et il replongea dans ses dossiers comme s’il ne les avait jamais quittés.

À posteriori, je suis absolument sûre qu’il était au courant pour Jacques…

Je volai dans les escaliers plus que je ne les descendis et quelques minutes plus tard je me retrouvais attablée chez Corben dans notre alcôve réservée. Jacques était en retard. Je fis de mon mieux pour dissimuler ma déception. Haniel, le serveur, surgit au bout de trois secondes et se pencha vers moi ou plutôt vers mon décolleté. Il me regardait toujours dans les seins quand il n’avait pas mieux à se mettre sous l’œil. Je crois tout de même qu’il préférait mes jambes, mes seins sont trop discrets.

— Salut, petite sorcière. Tu sais qu’un cabot t’attend ?

Il y avait une nette réprobation dans sa voix. Les garous sont mal vus en général, même dans l’AlterMonde. Ça doit tenir à leurs origines paysannes et au fait qu’ils n’appartiennent pas de naissance au monde surnaturel. À dire vrai, les vampires sont à peine mieux considérés, même si on leur accorde une certaine distinction. Voire de la séduction. Avec un garou, j’affichai ni plus ni moins qu’un penchant pour la zoophilie selon Haniel. Je redressai le menton crânement et assumai :

— Il est où ?

— Je l’ai collé là-bas, dit le serveur qui désigna la table la plus sombre et la plus proche des toilettes qu’il avait pu trouver.

— Tu m’y serviras, s’il te plaît, ordonnai-je sèchement en me levant.

La prochaine fois, s’il y en avait une, il ferait attention à mes invités. Ne serait-ce que pour ne pas avoir à expliquer à Corben pourquoi il m’avait si mal placée. Il me suivit, penaud, et je m’installai aux côtés de Jacques qui prit ma main très cérémonieusement et la baisa d’abord sur le dessus.

— Princesse, vos dragons sont redoutables, savez-vous ? me dit-il, déposant un baiser dans le creux de ma paume cette fois.

— Je suis désolée, Jacques. Je n’avais pas pensé à ça…

Je baissai la tête, il me releva le menton du doigt et m’embrassa vraiment après une légère hésitation :

— Et ça, tu y as pensé ?

Je n’allai pas lui répondre la vérité : à savoir « presque toute la matinée ». Je dis presque, parce que pendant toute la recherche concernant Vallès et le passage photographique en particulier, j’avais résolument pensé à autre chose ; je m’étais même efforcée de ne pas penser du tout.

Cependant, j’évitai de minauder, ce n’est pas naturel chez moi et je ne sais pas du tout comment on s’y prend. Je répondis à plat :

— Oui. On risque de recommencer ?

— Je le crains. Tout de suite, ou tu préfères attendre d’avoir déjeuné ?

J’éclatai de rire.

— On va déjeuner d’abord, et si tu veux, on se retrouve chez moi, ce soir ! Je te montrerai mes talents de cuisinière.

Dieu seul sait ce que j’entendais par là. Jusqu’à sa mort, la cuisine avait été le domaine de mon père. Il prétendait qu’entre la distraction proverbiale de maman et les produits dangereux qu’elle manipulait dans son labo, il n’avait qu’une confiance limitée dans ses capacités culinaires. Il avait transmis le virus à mon frère. Jehan avait bien tenté de m’apprendre deux ou trois petites choses, mais j’étais quand même plus douée avec un PC. Sans doute parce qu’on peut oublier une appli sur le gaz sans qu’elle se mette à déborder et fourrer du charbon collant partout.

On déjeuna tranquillement Jacques et moi, servis par un Haniel qui ne savait plus quoi inventer pour se faire pardonner. Lorsqu’on sortit, il nous accompagna à la porte en déclarant que Monsieur n’aurait qu’à revenir quand il voudrait, la maison serait toujours heureuse de l’accueillir. Sa sincérité était évidente. Haniel ne craignait pas vraiment les reproches de son patron ; en revanche, il n’avait pu s’empêcher de remarquer à quel point j’étais détendue et, oui, heureuse ; or il m’aimait bien. Jacques remercia en souriant sans rancune.

J’adorais ça, ce calme souriant, tranquille, qu’il dégageait, en plus de son parfum envoûtant. Il me rappelait mon frère. Il s’offrit à me raccompagner. Lorsqu’on arriva non loin du 144 de la rue, il me fit changer de trottoir d’autorité.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demandai-je, surprise.

— Cet immeuble a été construit sur un ancien cimetière, je crois que tu auras du mal à passer… Même si on y a enseveli Molière dans un premier temps, avant de le transporter au Père-Lachaise, puis au Panthéon… Il a beaucoup voyagé, une fois mort, cet homme.

De loin, je considérai le bâtiment, il avait l’air inoffensif, mais les fantômes ne sont jamais où on les attend.

— Comment sais-tu tout ça ?

— Ne suis-je pas l’Archiviste ?

Il me fit une très belle révérence.

— Plaisanterie mise à part, cet endroit est un ancien territoire de Meute, figure-toi. Nous l’avons abandonné après la Commune, enfin au début du siècle. Trop de morts et de mauvais souvenirs… Sans compter la politique urbaniste de Paris qui pousse nos troupes de plus en plus vers la banlieue.

— Hein ? La mairie de Paris chasse les garous ?

Il s’esclaffa :

— Pas vraiment, non ! Tu connais le prix d’un loyer dans le coin ? Avant, c’était le pied de la butte Montmartre, on y trouvait surtout des ouvriers. Maintenant, tu dois pouvoir compter sur les doigts de la main les prolos qui habitent ici. Quant à l’immeuble, il a appartenu à l’un d’entre nous qui dirigeait le journal L’Aurore vers 1890, ça te dit quelque chose ?

Je contemplai à nouveau l’autre côté de la rue, avec respect, cette fois :

— Alors, c’est là que Zola a écrit J’accuse pendant l’affaire Dreyfus ?

— Exactement, belle dame ! C’est pourquoi je suis sûr qu’il doit grouiller de fantômes horribles !

Je le regardai, soupçonneuse :

— Tu n’es pas en train de me raconter que Zola était un garou, dis ?

— Oh, non ! Pas lui ! Par contre, sa femme Alexandrine sans aucun doute. Une chienne qui avait choisi un compagnon humain et ne l’avait pas introduit dans la Meute… C’est suffisamment rare pour qu’on s’en souvienne et quel humain, en plus ! Mais c’est sans doute pour ça qu’ils n’ont pas eu d’enfants.

Il m’escorta jusqu’à l’entrée de l’immeuble et m’embrassa à nouveau sous l’arc cyclopéen et son Athéna. Mes genoux flageolaient lorsque je reculai à regret, tout en me demandant si le déjeuner avait été une si bonne idée que ça.

— À ce soir, dit-il.

Je ne répondis rien, j’étais trop occupée à me recomposer un visage normal avant de remonter les escaliers.

Quand je pénétrai à nouveau dans le bureau, j’y trouvai Géraud faisant les cent pas entre les meubles. Thomas n’avait sans doute toujours pas appelé. Je jetai un coup d’œil aux toilettes, Zalia ne s’y trouvait pas. L’énervement de mon oncle était tel qu’elle avait dû préférer s’exiler encore plus loin.

Je fis mine d’ignorer son humeur et de me replonger dans les recherches, tentant de pénétrer dans les archives de l’état civil de l’arrondissement malgré les redoutables protections informatiques du serveur de la mairie de Paris. Personne ne me l’avait demandé et j’étais à peu près sûre d’échouer, mais au moins j’avais l’air de travailler. Je risquais moins d’attirer l’attention de mon oncle dans l’état où il se trouvait. Je désactivai les sons de mon ordinateur pour qu’il cesse de biper sarcastiquement chaque fois que je butais contre un pare-feu, Géraud ayant sursauté lors de mes deux premiers échecs.

Le téléphone sonna enfin, Géraud bondit presque pour se jeter dessus. Je soupirai de satisfaction, tandis que son visage s’éclairait en prenant la communication. Mais mon soulagement fut de très courte durée : le combiné atterrit sur mes genoux. Je retins mon gémissement, surprise et légère douleur mêlées, de justesse.

— C’est pour toi. N’occupe pas la ligne plus que nécessaire, dit Géraud d’un ton bref.

— Oui ? fis-je de ma voix la plus basse, en tentant d’ignorer le sourcil furieux de mon oncle.

J’avais déjà dépassé le temps autorisé.

— Je serai un peu en retard pour notre dîner, des affaires de Meute, fit la voix joyeuse de Jacques. Mais ne t’inquiète pas, je sonnerai à ta porte à neuf heures pétantes !

Je souris intérieurement ; ce n’était pas du tout le moment de montrer une quelconque gaîté dans les environs immédiats de mon oncle. Je soufflai un « d’accord, à ce soir ! », en me disant que ça me laisserait tout le temps de tricher et de passer chez le traiteur russe, plus bas dans la rue du bureau.

Inutile de dire que je n’avais aucun remords à l’idée de cette menue escroquerie.

Je rendis le combiné à mon oncle qui l’écrasa presque sur sa base. Il sonna à nouveau presque aussitôt. Géraud me fusilla du regard, décrocha et répondit d’un ton sec :

— Agnès est occupée, elle a du travail, elle !

Puis il s’interrompit et son visage s’illumina. Merci, Grande Mère, c’était Thomas, cette fois ! Je reconnus sa voix chaude même de mon bureau. Je ne l’avais jamais eu qu’en ligne, mais je n’osais imaginer ce que ça pouvait donner en direct. Loin des accents rudes et parfois trop nerveux de Zalia, l’avocat avait toujours un ton tendre, cajolant, irrésistible. Il pouvait convaincre n’importe qui de n’importe quoi. Je suppose qu’il enroulait les juges et les jurés autour de son petit doigt rien qu’en se présentant et obtenait les non-lieux, juste en récitant la liste des délits reprochés à ses clients.

Géraud nota quelques mots sur son carnet d’adresses et termina la conversation sur un « à tout de suite ! » qui se perdit sans doute, vu qu’il raccrocha en même temps. Il se tourna vers moi.

— Bon, il a trouvé une fille qui correspond peut-être. La petite-fille de Thaïs, on dirait. Je pars. Elle prend l’Eurostar dans vingt minutes, Thomas va essayer de la repérer sur le quai. On monte dans le train avec elle.

— Tu t’en vas où ? dis-je stupidement.

Il consulta sa montre :

— À Londres, évidemment. J’ai à peine le temps d’arriver à la Gare du Nord. Zalia revient bientôt, ne t’inquiète pas. Je suis désolé mais pour les horaires normaux, il faudra attendre demain, d’accord ? Appelle ton jeune homme, tu seras en retard.

Et sur ces mots, il fila sans un adieu. Étourdie, je fixai la porte pendant une bonne minute avant de me décider à me remettre au travail.

Je laissai tomber le serveur parisien, pour me reconcentrer sur le docteur. Je ne cherchais rien de particulier, nous tenions notre héritière, c’était certain, mais ça me distrayait ; et puis je confesse une certaine compassion pour les avorteurs. Ils font un boulot épouvantable qui va à l’encontre de tout ce qu’ils ont appris à l’école de médecine, dont personne ne leur est reconnaissant – même pas leurs patientes, en tout cas pas sur le moment. Et dans la plupart des pays du monde, ils risquent encore leur peau.

Le net est un truc extraordinaire, on y trouve tout ce qu’on veut quand on sait à peu près ce qu’on cherche. C’est ainsi que je tombai sur une Vallès Caroline, gynécologue dans le onzième arrondissement. La coïncidence était trop grosse, alors je grattai jusqu’à trouver le numéro de téléphone et le mail de la dame. Je lançai les outils de hacking que Jehan m’avait appris à utiliser, pénétrant dans sa bécane comme dans du beurre. C’était bien plus facile que de tenter de percer les défenses du serveur de la capitale. La naïve dame avait en plus commis l’erreur de mettre tous les ordinateurs de son bureau en réseau, y compris celui de son domicile dans l’appartement d’à côté.

Je laissai tomber rapidement ceux du cabinet, le sien et celui de sa secrétaire, dont je constatai au passage un certain penchant pour les films à caractère pornographique tendance bondage.

Je jonglai avec l’idée de jouer un tour débile à cette dernière, genre lui mettre une des premières images en fond d’écran. Oh pas une des pires, juste une marrante. La brave dame, qui selon son dossier abordait les cinquante ans et que ses photos présentaient toujours sanglée dans d’invraisemblables tailleurs de tweed, ouvrirait son ordinateur sous le nez d’un client et « shazam ! », ils se retrouveraient tous les deux face à une bunny rose entravée de sa poitrine opulente jusqu’à ses longues oreilles, tout aussi factices que ses seins.

Puis je me dis que le bondage et le tailleur en tweed, finalement, ça collait bien ensemble et je chassai vite ma poussée de méchanceté perverse pour me concentrer sur la machine personnelle de la gynécologue.

Et là, je tombai sur la boîte de Pandore.

Le père et le grand-père de Caroline avaient été médecins eux aussi, mais biochimiste pour le premier et virologue pour le second. Toutes les archives médicales de la famille, depuis le bon docteur Laurent, y étaient classées et numérisées avec un soin maniaque. À ses heures perdues, la jeune femme semblait rédiger un roman familial qui partait des frasques de son insurgé d’arrière-arrière-grand-oncle jusqu’aux « exploits » douteux de son père aux côtés de l’armée irakienne vers 1991.

C’était le seul de la nichée qui avait choisi le côté du manche. Ça lui était retombé sur le nez, le biochimiste avait été interdit d’exercer à cause de sa « participation passive » au célèbre massacre de Halabja. Une sanction bénigne, puisqu’il profitait déjà de sa retraite. Enfin, ce qui avait compté surtout pour les victimes et leurs descendants à l’époque résidait moins dans la revanche que dans la reconnaissance des maladies qui avaient résulté de ces « expériences » et la prise en charge par les bourreaux des conséquences de leurs actes.

La petite Caroline semblait avoir conçu une certaine rancune envers son père et les pages le concernant n’étaient ni nombreuses ni tendres. En revanche, elle s’était beaucoup intéressée à son arrière-arrière-grand-père, et à ses patientes. C’est ainsi que je retrouvai le dossier de Thaïs au milieu d’une foule d’autres, et parvins à la conclusion que la jeune fille que mon oncle et Thomas tentaient d’intercepter à la Gare du Nord ne pouvait pas descendre d’elle. Absolument pas.

Parce qu’on a du mal à se reproduire sans utérus, surtout au e XIX siècle. C’était le cas de Thaïs, si j’en croyais le scan d’un ancien carnet de notes manuscrites. Pour des raisons différentes, la deuxième fille de Fränkel avait eu autant d’enfants qu’Alexandrine Zola. C’est-à-dire aucun.

Je refermai mon accès sur l’ordinateur du docteur Vallès et redressai la tête, consternée. On était en fin d’après-midi, mon oncle devait se trouver dans un tunnel sous des milliers de litres d’eau. Je tentai de joindre son cellulaire sans conviction, tombai sur sa messagerie à laquelle je confiai ma découverte.

Zalia n’était toujours pas de retour. Dans moins de deux heures, les vamps se réveilleraient, Denis arriverait avec le « petit déjeuner » et on aurait droit au cirque habituel, tentative d’Herfauges de tuer la petite, combat avec les deux autres pour la récupérer vivante. Je soupirai de lassitude à cette idée. J’avais fini par comprendre qu’Herfauges ne tenait pas tant que ça à tuer ses victimes mais qu’il s’obstinait par goût du « sport » et pour empoisonner Navarre et Denis.

C’était très réussi.

J’essayai à nouveau de joindre Géraud, puis Thomas. Impossible. Bon, il fallait prévenir Jacques que je serais vraiment en retard. Je m’aperçus que je n’avais aucun moyen de le toucher. À moins qu’il soit dans le carnet d’adresses de mon oncle. Je restais indécise, quand, tout à coup, on frappa à la porte.

C’était un coursier du Cénacle, un féal, qui arborait les couleurs de Dame Bathilde, il me tendit un carton assez lourd que je réceptionnai non sans mal. Il me suivit dans le bureau sans que je l’y invite :

— Je suis Laurent, féal de Maître Herfauges mademoiselle. Vous voulez bien me signer ça ?

Il me tendit un papier qui accusait réception du paquet, le cachet de Géraud était nécessaire semblait-il. Je grognai :

— C’est bien nécessaire tout ce cirque ?

— Oh, absolument, mademoiselle !

Et il passa derrière moi le doigt tendu, comme pour me montrer l’endroit où apposer le cachet. Un bruit se fit entendre à l’entrée, je relevai la tête du tiroir où je cherchais le tampon encreur et une demi-douzaine de féaux pénétra dans le bureau en silence.

L’homme dans mon dos m’empoigna avec brutalité, me bâillonnant d’une main. Je n’eus pas le temps d’avoir peur et tentai de le mordre sans succès. Il me saisit le bras, le tordit en arrière tandis que je me débattais avec désespoir. Pendant ce temps, ses acolytes fonçaient dans la chambre à côté, sortant de longues chaînes d’argent et des espèces de pieux du même métal.

Mon agresseur manqua de me démonter une épaule. Folle furieuse, je levai mon pied en l’air avant de le rabattre, talon droit sur sa chaussure. La pointe de métal traversa le cuir comme s’il avait été en papier et l’homme hurla. Il me lâcha, je filai vers la chambre. J’eus le temps de les voir clouer une main de Navarre au mur avec l’une des longues pointes argentées. Je hurlai de toute la force de mes poumons.

Tout devint noir.

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