L'Héritière

Jeanne-A Debats · Chapitre 28 sur 34

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L'Héritière

Chapitre 27

 

 

Jacques me déposa dans la cour de l’immeuble et gara la limousine.

— Je t’accompagne, dit-il en me rattrapant sous le porche. Je dois saluer Géraud, sinon mon père va me tuer.

— Il y a longtemps que tu le connais ?

Nous n’avions jamais parlé de cela. Ni de grand-chose, il fallait bien l’avouer. Tout ce que je savais de Jacques au fond, c’est qu’il était un alpha en charge de toutes les archives de sa Meute et un louveteau. C’est-à-dire garou de naissance, ce qui restait relativement rare. Les deux tiers des unions de Meute ne mettaient bas que des enfants complètement humains. Leurs parents leur offraient le Don plus tard.

La plupart du temps, les gens entraient dans les Meutes vers vingt ans, lorsqu’un mâle ou une femelle choisissait un compagnon parmi les humains et lui octroyait le Don à son tour. C’étaient des alliances heureuses en général, car quelque chose poussait les garous vers une fidélité et une constance qui n’existait pas ailleurs. La réputation de sauvagerie dont ils avaient souffert depuis des siècles était liée à celle, atroce, qu’on avait faite au loup naturel dont ils partageaient la forme autant que les instincts. Bien sûr, certains d’entre eux étaient de sombres brutes, voire de véritables monstres, mais la proportion était la même que chez les hommes dont ils n’oubliaient jamais être issus.

L’AlterMonde le leur rappelait d’ailleurs assez souvent.

Je rougis dans l’escalier en songeant à tout ça. Je ne savais pas ce que Jacques prévoyait pour nous deux, ni même s’il prévoyait quelque chose, mais ce dont j’étais sûre c’est que je ne me sentais pas prête à entrer dans une Meute.

Jacques avait fermé les yeux brièvement, comme s’il avait dû se concentrer avant de répondre :

— La Meute Saint-Blaise eut l’honneur de rencontrer Maître Géraud lors de sa venue en Paris, l’an de grâce 1290, dit-il d’une voix étrange aux accents désuets.

— Pardon ?

Il me sourit timidement.

— Personnellement, je ne le connais que depuis mes quatre ans. Là, ce n’était pas vraiment moi qui te parlais, mais l’esprit de la Meute. Ton oncle ne t’a pas expliqué ?

— Vous avez un genre de mémoire collective, c’est ça ?

Embarrassé, Jacques balaya l’air de sa main pour réfuter mon explication :

— Pas tout à fait. La Meute Saint-Blaise n’est pas seulement une mémoire, c’est un être vivant, une personne unique. Les garous sont mortels, seule la Meute est immortelle. (Il hésita.) J’en suis part intégrante et… ma… compagne devra l’être également.

— Je ne comprends pas… dis-je en mentant.

J’avais peur de trop bien comprendre, au contraire. J’avais peur tout court, même. La Meute était donc une entité collective, comme une ruche. Jacques venait de me proposer de m’y intégrer. C’était encore plus étrange que de s’habituer à l’idée de courir couverte de poils une fois par mois et entrer dans un clan aux lois parfois plus strictes que celles d’un couvent ou d’une prison. Moi qui entrouvrais les barreaux de celle où je croupissais depuis vingt-sept ans… Je tressaillis. Je tentai de n’en rien montrer à Jacques, mais il me sourit à nouveau, tristement, et je sus qu’il m’avait surprise.

— Il y a toujours le cas « Alexandrine Zola », rappela-t-il avec gentillesse. Nous verrons plus tard, ne te mets pas martel en tête.

Je ris au jeu de mots involontaire. Il s’arrêta étonné, fit la relation avec le père fameux d’Herfauges et opina :

— C’est vrai que c’est assez drôle, vu les circonstances, dit-il en me tendant la main en geste d’apaisement.

Je la saisis et nous grimpâmes ensemble les dernières marches avant la porte de l’Étude. Pendant la montée, je réfléchissais à Alexandrine. Elle n’avait pas eu d’enfants. Si nous continuions sur ces bases, je condamnais Jacques à ne pas en avoir non plus. Je m’ébrouai à cette pensée troublante : est-ce que moi, je voulais des enfants ? Je n’y avais jamais réfléchi jusqu’ici puisque la probabilité de rencontrer un compagnon de vie susceptible de m’en faire était proche du zéro absolu, rien que six mois auparavant.

Sachant ce que je leur transmettrais, déjà… Je n’étais même pas sûre d’être fertile, compte tenu de mes origines métisses. Et même sans alibi médical ? C’était encore moins sûr et encore plus troublant que l’idée d’appartenir à une identité collective. Le discours selon lequel avoir un enfant était le but ultime de la vie d’une femme ne m’avait jamais convaincue. C’était peut-être vrai d’un point de vue biologique et au niveau de l’espèce, mais en tant qu’individu cela devenait carrément discutable.

On parle souvent de l’accouchement comme d’un moment transcendant et il est vrai qu’on touche aux racines de son identité, mettre un être vivant et un futur mort au monde doit avoir quelque chose de métaphysique. Mais comme Navarre, je ne marchais pas trop à la métaphysique. Me reproduire pour apprendre qui j’étais me semblait une solution d’un genre assez désespéré. Il devait exister des moyens plus confortables qui n’exigeraient pas des heures de souffrances les pieds en l’air, l’intégralité de mes nuits pendant des années et la fin du peu de vie sociale que je connaissais.

Zalia interrompit mes pensées en nous ouvrant sans le vouloir, elle sortait. Son sac à main brandi comme une masse d’armes et sa nervosité n’auguraient rien de bon.

— Ah, te voilà ! Je filais vous attendre chez Corben ! Tu as ramené la voiture, au moins ? me demanda-t-elle d’un ton de propriétaire.

Elle fixa Jacques d’un air critique, il lui tendit les clés en cachant son amusement.

— Elle n’a pas une égratignure, mademoiselle, affirma-t-il, charmeur.

— J’espère bien ! rétorqua Zalia, acerbe. Bon, puisque vous êtes là on va pouvoir raccompagner la petite.

Elle fit demi-tour.

— Monsieur ? Ils sont là !

On la suivit à l’intérieur, dans la salle d’attente. Une des deux filles reposait les paupières closes dans le giron de sa jumelle, l’autre lui caressait les cheveux en chantonnant. Elle ne leva pas la tête à notre entrée, mais Géraud nous accueillit les traits tirés, lui non plus n’avait pas dû beaucoup dormir cette nuit-là.

— Je te présente Anne, future Dauphine du Cénacle de Dame Bathilde. Demoiselle Anne, voici Agnès, ma nièce… et son ami.

Anne ouvrit ses grands yeux pour nous regarder, des yeux de chaton ou de faon, des yeux qui disaient « Ne me faites pas de mal, je suis très, très gentille. »

Oh merde !

— Enchantée, déclara-t-elle.

Je ne pouvais pas lui signifier que ce n’était pas le cas en ce qui me concernait. Aussi répondis-je sur le ton des condoléances :

— Je suis désolée pour vous et votre sœur…

— Quelqu’un est mort ? demanda-t-elle étonnée. Monsieur, vous m’aviez juré que tout irait bien pour Ève !

Je lançai un regard en coin à Géraud, elle était vraiment aussi stupide qu’elle en avait l’air ou c’était moi ?

— Ne vous inquiétez de rien, Anne, intervint mon oncle en ignorant mon œillade. Comme promis, mes employées ramèneront votre sœur à Montreuil. Elle se réveillera dans son lit et ne se souviendra de rien. Vous pouvez même les accompagner, si vous le souhaitez. Mais il serait prudent de revenir au plus vite ici, ensuite, d’accord ? Je vous ai expliqué que certaines personnes pourraient s’attaquer à vous, si elles connaissaient votre existence.

Anne battit des cils.

— Bien sûr, Monsieur. On y va tout de suite ? Zut, j’ai laissé mon sac dans la chambre de Papy ! On ne peut pas y entrer maintenant, hein ?

Le visage de Géraud devint de marbre, il fit signe que non et plongea dans ses papiers comme on essaie de se noyer. Mon oncle avait toujours eu du mal avec des gens pour lesquels il était nécessaire d’expliquer longtemps, sans s’énerver. Il ne savait pas comment s’y prendre et répéter plus de deux fois la même chose le mettait en transe. C’était le pire pédagogue de la Terre. Zalia leva les yeux au ciel et articula silencieusement dans ma direction :

Papy !

On aurait dit qu’elle crachait le mot. Elle leva les yeux au plafond, une fois de plus. Je cillai en réponse. Oui, je trouvais aussi que c’était du délire d’appeler Papy un type qui se proposait de vous violer longuement, même s’il vous offrait la vie éternelle en échange.

— Je peux la porter jusqu’à la voiture, si vous voulez, offrit Jacques en désignant Ève.

Zalia accepta du bout des lèvres.

— Merci, ça m’évitera de la réveiller.

Rien qu’à son inflexion, il était clair qu’être accompagnée lui éviterait aussi de couler l’adorable Anne dans la première flaque d’eau venue. Je demeurai quelques instants en arrière et demandai à mon oncle :

— Je les croyais intelligentes, ces filles ?

Il se frotta le crâne.

— Celle qui a le cerveau dort dans les bras de ton ami, dit-il d’un ton neutre. Et non, je n’ai toujours pas compris pourquoi Herfauges a choisi l’autre !

— Mais…

— Loi de l’Emmerdement Maximum pour tout le monde, je ne vois que ça… supputa-t-il. Ève souffrira toute sa vie de la disparition de sa sœur pour laquelle son fameux cerveau ne servira qu’à échafauder des théories qui la feront doublement souffrir ; et Bathilde se retrouve avec une Dauphine débile…

Il fit une pause et me fixa rêveusement, comme à travers moi.

— J’espère que c’est seulement ça… seulement de la provocation, sinon…

Il n’ajouta rien, continuant de me regarder comme si j’étais déjà partie ; je me résignai à lui donner satisfaction et emboîter le pas aux autres dans l’escalier.

Le trajet en voiture me donna une idée de l’enfer. Les boulevards des Maréchaux étaient totalement saturés. Deux heures pour parcourir trois kilomètres. Anne n’arrêtait pas de jacasser, s’extasiant devant une vitrine, une voiture ou un camion, avec la candeur d’une enfant de douze ans. Zalia dépassée jusque dans sa volubilité me lançait des regards exaspérés dans le rétroviseur, quant à Jacques, il gloussait sans pouvoir s’en empêcher.

Je lui jetai un coup d’œil sévère, mais là, il éclata franchement de rire, refusant net d’expliquer pourquoi. Puis ce fut trop tard, nous étions à Montreuil. Zalia se gara sur la place du marché sous les auvents de tôle.

— Je ne sors pas de la voiture ici, se justifia Jacques, c’est le territoire d’une autre Meute. Pas la peine de chercher les ennuis.

— D’accord, dis-je. À tout de suite.

Zalia distribua les billes de cire à Anne et moi. Puis elle chantonna doucement à l’intention d’Ève qui se leva et prit le bras de sa sœur.

C’était un piège, il n’y a pas d’autre mot. On revint quatre heures plus tard au lieu de dix minutes. Si Anne avait tant voulu nous accompagner, ce n’était pas vraiment pour tenir la main une dernière fois à sa jumelle. Elle désirait surtout récupérer un nombre incroyable d’affaires dans les tiroirs de l’appartement.

À un moment, Zalia me prit par le coude et me chuchota :

— Tu es sûre que tout est à elle, et pas à l’autre ?

Je secouai la tête en signe d’ignorance. Effectivement, je commençais à me le demander et je n’étais pas sûre non plus que cette cruche ait tout compris à la situation. J’en eu confirmation quand Anne proposa d’écrire une lettre d’adieu à sa sœur. Conviction qui s’accrut aussitôt lorsque j’en lus le contenu :

« Ma chérie,

Tout va très bien pour moi, ne t’inquiète pas, je suis avec un ami.

Ta Nannou. »

Elle n’avait rien capté. Pas même que sa sœur oublierait son existence même. Et si on laissait ce message, avec ce qu’Ève devait connaître de sa « Nannou » que je ne savais pas encore, ça m’étonnerait franchement que l’autre ne s’inquiète pas. Ou ne prévienne pas la police. Parce que toute sa vie, elle penserait à la traite des Blanches. Au moins.

Zalia fit de son mieux pour imprimer une certaine sérénité dans l’esprit de la jeune femme endormie, avant de subtiliser la lettre d’adieu imbécile. Mais dans l’escalier, elle me confia ses doutes.

— J’ai eu beaucoup de mal à effacer ses souvenirs. Cette petite est trop méthodique, elle saura que quelque chose lui manque et si je n’y retourne pas de temps en temps pour en remettre une couche, l’angoisse remontera…

Je lui pressai la main avec reconnaissance. Zalia reviendrait « pour en remettre une couche » comme elle disait, j’en étais sûre et ça me rassérénait un peu.

De retour à la voiture, nous trouvâmes Jacques profondément assoupi. Il ne s’éveilla que sur le périphérique.

— Je gênais la Meute Croix-de-Chavaux, me dit-il en s’étirant. Elle a préféré que je m’endorme.

Je me contentai de demander :

— Tu fais quoi, ce soir ?

— J’aimerais bien répondre la même chose que toi, ma belle, me répondit-il avec un sourire coquin, mais mon alpha a requis ma présence. Nous avons rendez-vous au Café du Croissant en bas de l’Étude. Je te raccompagne et je rejoins Richard.

Je ravalai ma déception. Ce soir serait le soir d’Anne. Elle deviendrait Dauphine. J’espérais juste parvenir à m’endormir sans me demander à quel prix toute la nuit. Toute seule, ça me paraissait compromis. Il comprit ma tristesse et se pencha sur moi en m’entourant de ses bras.

— Ce ne sera pas si horrible que tu penses, je crois, me murmura-t-il. Nannou a l’air écervelé comme ça, mais elle a de la réserve. La Meute le perçoit.

Je le fixai, abasourdie, et faillis le repousser. Écervelée. C’était une oie ! Une oie blanche oui ! Qu’on livrait au renard.

La nuit était sur le point de tomber quand on arriva dans la rue Montmartre. Zalia se gara dans la cour. Un clocher sonna la demie de sept heures. Jacques s’ébroua en nous tenant la portière :

— Vous n’avez pas faim, les filles ?

C’est alors qu’ils nous attaquèrent.

Ils s’étaient cachés sous les porches des divers escaliers de l’immeuble. Ils étaient au moins quinze. Des féaux. L’exiguïté du patio bondé de voitures les empêcha de nous foncer dessus tous ensemble. Cela nous sauva sur le moment. Zalia se débarrassa du premier d’un coup de genou magistral entre les cuisses et Jacques foudroya le second en lui collant son poing en pleine figure qui l’envoya dinguer comme un sac par-dessus une Audi. Il y eut une brève hésitation parmi nos agresseurs. Jacques en profita pour nous repousser derrière la statue de Diane et son cerf en grand deuil.

Zalia et lui se placèrent en rempart autour d’Anne et moi, protégées sur les côtés, entre le mur et le socle de marbre. Les autres, gênés par les voitures et la Diane, ne pouvaient nous frapper qu’un par un à droite ou à gauche. Et là, ils se retrouvaient face à Zalia et Jacques qui les recevaient comme il convenait.

Zalia sortit un long coutelas de ses bottes, attendant le premier assaut. Un sourire mauvais déformait son visage adorable. Je ne la reconnus pas : où était passée la fille qui avait si peur des conflits qu’elle s’enfermait dans notre salle de bains dès que nous avions des clients désagréables ? Apparemment, seuls les accrochages verbaux la terrorisaient ; pour les autres, elle avait du répondant.

Je me souvins tout à coup de sa façon de semer nos poursuivants quelques mois auparavant et surtout que c’était elle qui avait su où se procurer des grenades à Navarre, Jacques et Fred lors de mon sauvetage.

Anne se mit à pousser de petits cris étranglés qui me donnèrent aussitôt envie de la jeter à nos assaillants. Au lieu de cela, je sortis mon portable pour composer fébrilement le numéro de Géraud. L’Étude donnait sur la rue, pas dans la cour. Il y avait très peu de chance qu’il entende les bruits du combat.

Évidemment, je tombai sur la messagerie. Ou Géraud téléphonait à Thomas, ou le téléphone fixe du cabinet était coupé. Je tentai le cellulaire. Rien non plus. Zalia me bouscula sans y prêter attention. Le portable m’échappa aussitôt. Il s’écrasa sur le pavé, sa batterie éjectée par l’impact et glissa sous une Mercedes. Anne et moi étions trop secouées entre nos protecteurs.

Il régnait un silence terrible, parfois rompu par le bruit, les coups et les gémissements. Ou lorsqu’Anne récupérait assez de voix pour lancer un cri plus aigu qu’une sirène et faisait sursauter tout le monde. Mais ça ne durait pas, le silence mortel retombait aussitôt. Nos adversaires ne voulaient surtout pas attirer l’attention. Je remarquai qu’ils se concentraient avant tout sur Jacques, ceux qui fonçaient sur Zalia semblaient moins agressifs.

Je compris qu’ils avaient ordre de ne pas la tuer. Et sans doute, ils n’essaieraient pas pour moi non plus : la Sauvegarde jouait même ici, Azraël avait été très claire à ce sujet. Jacques et Anne en revanche n’étaient pas protégés. Pas tant qu’ils seraient à l’extérieur de l’Étude.

Zalia ne cessait de porter des coups, droit devant elle, tailladant tout ce qui se présentait. Elle chantonnait en même temps tout en dirigeant son chant meurtrier sur ses assaillants. Ça ralentissait leurs réflexes. La diffusion en semblait plus facile à contrôler qu’un fredon d’ensorcellement puisque ce ronron sourd n’avait aucun effet sur nous, seulement sur ses cibles.

Quant à Jacques, il y allait des poings, mais aussi des dents. Anne s’agrippait à moi, toujours gémissante. Je manquai de la gifler, mais je la fis s’accroupir à la place et la couvris de mon corps. Je n’avais aperçu aucun revolver, ni arme à feu, mais on ne savait jamais, et la priorité restait quand même de la protéger, elle.

Je ne voyais plus rien. Le crépuscule noyait la cour dans l’ombre. J’entendais seulement les bruits mouillés des coups. Un instant, Jacques se retourna vers nous, ne nous sentant plus dans son dos. Ses prunelles brillèrent comme des braises dans l’obscurité quand il nous repéra.

Je frémis. Le loup n’était plus si loin, maintenant. Je levai les yeux au ciel, mais non, la lune montante n’était pas encore pleine. Pourtant, la sauvagerie affleurait en lui, je la percevais, une onde de chaleur qui émanait de son corps, presque comme un fantôme. D’ailleurs, je n’en voyais aucun, constatai-je au milieu de la bataille, et ce n’était pas normal. Les intentions haineuses et meurtrières de nos agresseurs auraient dû en créer des centaines. Je n’aurais pas dû non plus pouvoir me coller contre Anne sans ressentir quoi que ce soit, au lieu de ça je baignais dans un néant tendre que je connaissais bien. Et je retins un cri d’horreur, les féaux ne seraient pas notre seul problème dans les minutes à venir.

Ça ne pouvait signifier qu’une chose : il y avait un vamp planqué quelque part.

Tout près d’ici.

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