L'Héritière

Jeanne-A Debats · Chapitre 1 sur 34

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L'Héritière

Préface

 

En 2008, alors que Vampirisme.com existait depuis deux ans, arrivaient sur le marché les premiers romans affublés de l’étiquette bit-lit. Concept marketing établi par une maison d’édition française, le « genre » s’est rapidement imposé comme la sensation du moment, sensation toujours d’actualité près de six ans plus tard. Certes, on pourrait objecter que les héroïnes placées sous l’étendard de la bit-lit sont issues d’une longue lignée (de Buffy à Anita Blake en passant par Vicki Nelson), tout ou partie réestampillée du nouveau genre à la mode. Mais la « littérature de la morsure » – qui fait autant apparaître vampires que garous, sorciers et autres créatures de l’ombre – a permis de structurer une offre littéraire qui répondait idéalement aux goûts de l’époque.

Six ans que la bit-lit, la romance paranormale et leurs alliés ont donc envahi les tables des librairies. Pour autant, on dénombre bien peu d’auteurs francophones à s’être penchés sur la question, et encore moins à y avoir ajouté une mythologie, un contexte spatial ou historique francophone. La bit-lit, dérivée de l’urban fantasy, ne pourrait-elle déployer ses ailes que dans les grandes métropoles réelles ou imaginaires américaines ? La vieille Europe a pourtant toute latitude à servir de terreau fertile, entre sa richesse folklorique et son tissu urbain où la modernité côtoie des espaces et bâtiments plusieurs fois séculaires, riches d’Histoire(s).

C’est là une des premières originalités du roman de Jeanne-A Debats, celle de délaisser les grandes villes tentaculaires américaines et de choisir Paris, la Babylone européenne, pour situer le cadre de son récit. De fait, on ne fait dès lors plus appel aux créatures des grands espaces, mais à leurs cousins ou semblables ayant élu domicile dans les boulevards haussmanniens de la Ville Lumière. Une variation sur des créatures connues – démons, vampires et autres garous – qui permet de revenir à un bestiaire moins américanisé, et de ramener le curseur là même où sont nées la plupart des créatures fantastiques utilisées en littérature : au cœur de la vieille Europe.

De fait, si on peut largement ranger le présent roman dans la case bit-lit (les différents éléments centraux du genre sont là), force est aussi de constater qu’il y a un plus, l’invocation d’un imaginaire plus proche de nous, et un savoir-faire quelque peu différent, qui tient autant de la fantasy urbaine que du pulp. Mais après tout, en littérature, les codes ne sont-ils pas faits pour être bafoués ?

Pour autant, en choisissant de prendre comme personnage central une jeune femme déboussolée qui va se construire au travers de ses liens avec le surnaturel, comment ne pas penser à des séries comme Mercy Thompson, Maeve Regan et les autres ? Des séries écrites par des femmes qui mettent en scène des personnages féminins à la personnalité autrement plus forte que ce qu’on pouvait lire jusque-là dans le genre. Des femmes émancipées, ou en passe de l’être, qui ne sont plus des jouets aux mains des hommes et luttent à armes égales (voire souvent avec une puissance accrue) contre le mal. Certes on retrouve aussi dans L’Héritière une part de romance, mais elle n’est pas l’axe central du récit, même si elle fait partie intégrante de l’apprentissage de l’héroïne.

J’avais découvert Jeanne-A Debats il y a quelques années avec son Métaphysique du vampire, une variation originale sur le thème, qui puisait dans un imaginaire traditionnel avec une touche de modernisme et une réinterprétation des codes du mythe du vampire assez jouissive. En plusieurs nouvelles et un roman, l’auteur a su mettre sur pied un univers cohérent aux multiples aspects, qui résonne avec les différents genres de l’imaginaire, autour d’une figure emblématique : le vampire.

Navarre et ses aventures allaient donc forcément, à un moment ou un autre, passer entre les griffes de la bit-lit, ce qui est chose faite avec l’ouvrage que vous avez entre les mains. Un roman énergique, amusant et s’appuyant sur un contexte spatial particulièrement présent, qui n’a certes pas le gigantisme du tout-urbain à la sauce américaine, mais n’empêche pas moins l’auteur d’y situer les aventures de son héroïne, et de permettre à cette dernière d’y trouver sa place.

 

Adrien Party

OceanofPDF.com

Les personnages de ce livre sont fictifs. Toute ressemblance avec des

 

personnes réelles, vivantes, vaguement zombies et/ou assimilées, non

mortes, ou mortes tout court serait pure malveillance de la part de l’auteur.

 

À un guéridon Louis XV

 

I will battle for the sun, sun, sun

And I won’t stop until I’m done, done, done

PLACEBO, « BATTLE FOR THE SUN »

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