L'ombre d'un secret
Chapitre 10
Alphonsine, une boule dans la gorge et les mains glacées, regarda Zofia puis fixa intensément le panneau où était inscrit « Moustoir-Ac ». Ruben et Sarah Chemtov venaient tout juste de les déposer à l’entrée du bourg.
Il avait été convenu que le couple passerait les récupérer vers 19 heures au même endroit. En observant la voiture s’éloigner, Alphonsine regretta de toute son âme d’avoir accepté de revenir dans le village qui l’avait vue grandir. Zofia essaya de détendre l’atmosphère en s’extasiant devant le superbe paysage vallonné qui s’étendait à perte de vue. Alphonsine, comme paralysée par la peur, resta figée à côté du panneau indicateur, droite comme un I.
— Bon, Phonsinette, on fait quoi maintenant ?
— Demi-tour ?
— La fuite ? Encore ? Sérieusement !
Alphonsine, comprenant que son amie ne la lâcherait pas, prit une grande respiration et se dirigea vers la rue principale. Zofia, soulagée, parce qu’elle s’attendait au pire, lui emboîta le pas. La route avait bien changé depuis son départ, car elle était désormais pavée et l’éclairage public avait également été installé. Des gamins jouaient aux billes devant la maison du docteur Mezec. En passant à leur hauteur, un garçonnet à la tignasse ébouriffée les interpella :
— Demat, vous êtes perdues ?
— Absolument pas, mon petit, nous visitons, répondit Alphonsine qui tentait de cacher sa nervosité.
— Mais il n’y a rien à voir ici ! s’exclama-t-il spontanément.
— Et toi ? Tu n’es pas à l’école ?
— Mlle Lanson est malade !
Une mini-décharge électrique parcourut le corps d’Alphonsine lorsqu’elle entendit prononcer le nom de son ancienne institutrice. « Mlle Lanson, Mlle Lanson… » se répéta-t-elle intérieurement à plusieurs reprises. Au même moment, une voiture se gara sur le trottoir d’en face. Un homme muni d’une mallette marron descendit du véhicule. Alphonsine reconnut aussitôt le docteur Mezec. Le bambin qui les avait apostrophés se précipita vers lui.
— Tadig, Papa !
— Bien le bonjour à vous Mesdames ! salua respectueusement le médecin.
— Vous ne me tutoyez plus, docteur ?
— Pardon ?
— Vous ne me resituez pas, monsieur Mezec ? demanda Alphonsine en lui adressant un large sourire qui fit apparaître ses deux fossettes.
— Alphonsine ! s’exclama-t-il tout fort. Si je m’y attendais ! Mais vous êtes… euh, désolé, tu es resplendissante ! Quand es-tu arrivée ?
— À l’instant ! Vous êtes le premier Moustoiracais que je rencontre et je suis ravie de vous revoir, docteur. Vous, en revanche vous n’avez pas changé.
Elle lui présenta Zofia puis lui expliqua que ses patrons étaient en vacances à Carnac et qu’elle en profitait pour rendre visite à ses parents. Le médecin remarqua rapidement qu’elle avait perdu son accent paysan et qu’elle s’exprimait dans un français impeccable. Il n’en fut pas surpris. Il avait bien connu la gamine qu’elle avait été, et il devinait qu’elle avait tout mis en œuvre pour gommer ses racines. Il lui donna quelques nouvelles. Le curé, Le Bihan, était très malade et le maire avait dû démissionner à la suite des travaux de modernisation de la grande rue qui avaient coûté une fortune à ses administrés. Enfin, un couple de Vannetais avait ouvert une droguerie-épicerie juste à côté du café.
Alphonsine sourit.
Le médecin sentit aussitôt qu’elle était désormais bien loin de ces potins de clocher. Son épouse, que la curiosité avait piquée, vint les rejoindre. Elle ne la connaissait pas, car elle n’était pas du village. Les deux « Parisiennes » prirent congé d’un docteur Mezec, heureux d’avoir revu une de ses anciennes patientes.
Comme il l’avait prédit, elle s’en était sortie.
Zofia avait beaucoup d’empathie pour son amie. Elle se mettait à sa place. Revenir, quand on connaissait les raisons de son exil, sur les lieux de son enfance après tant d’années devait être une épreuve émotionnelle à la fois joyeuse et terrifiante pour elle.
L’église Sainte-Barbe se dressait toujours aussi fièrement au centre de la localité. Les premières fleurs du printemps plantées sur les espaces verts faisaient ressortir la beauté de l’édifice. Alphonsine repensa à ces longues heures de messe interminables où on l’avait obligée à rester assise l’hiver dans le froid et les courants d’air.
— Le père Le Bihan… Celui-là ! Il avait pris l’habitude de me sermonner à chaque fois que j’exprimais mes opinions et cela me mettait dans des rages folles, confia-t-elle à Zofia.
— J’imagine la scène ! gloussa Zofia. Tu devais en tirer, une tête !
— C’est là, annonça simplement Alphonsine. Ma maison…
Zofia l’agrippa par le bras et lui fit signe d’avancer, car elle redoutait que celle-ci ne tourne les talons. Elles poussèrent ensemble le petit portillon dont la couleur bleu azur s’était fanée et empruntèrent l’allée en ardoise. L’ambiance était toujours la même. Le tas de fumier et son odeur, les poules, le coq, les grognements qui provenaient de la porcherie… Bref, tout était resté inchangé comme si le temps n’avait jamais eu d’emprise sur le bourg perdu en pleine campagne.
— Ker Rozenn, lut Zofia sur le linteau de l’entrée.
— C’était le nom de ma grand-mère, lui murmura Alphonsine, en larmes.
— Soit forte ma belle. Ça va aller !
À dire vrai, Zofia n’en menait pas large non plus.
— Vous cherchez quelque chose ? héla une femme filiforme à la chevelure entièrement blanche qui arrivait de derrière la maison.
Alphonsine reconnut tout de suite sa mère et eut le choc de sa vie. Léonie ressemblait à une petite vieille toute ratatinée sur elle-même.
— Demat Mammig ! prononça-t-elle en essayant de masquer son malaise.
— Qui êtes-vous ? Pourquoi m’appelez-vous maman ? demanda cette dernière en breton.
— Mammig, c’est moi, ta fille !
Léonie lâcha subitement la cuvette en tôle qu’elle portait à bout de bras. En touchant le sol, la bassine remplie de draps secs fit un bruit épouvantable. Les poules apeurées s’éparpillèrent dans tous les sens en un raffut de tous les diables et un énorme cocorico sortit de la gorge du coq lui aussi effrayé. Léonie, quant à elle, resta pétrifiée sans pouvoir prononcer la moindre parole. Alphonsine en pleurs accourut vers sa mère et la serra fort contre elle. Son odeur, ainsi que le tissu râpeux de sa robe, la ramena des années en arrière.
— Mammig, pardon de ne pas être revenue plus tôt !
— Ma merc’h, ma fille, susurrait Léonie en boucle, c’est bien toi ?
Alphonsine s’écarta légèrement et lui sourit. Les deux fossettes firent une nouvelle fois office de preuves. Il s’agissait bien de sa cadette. Les deux femmes s’étreignirent un long moment en silence. Zofia, qui s’était éloigné pour leur laisser un moment d’intimité, observa avec tendresse la scène. Elle était heureuse et satisfaite à la fois que les choses se passent ainsi.
Leurs esprits recouvrés, Alphonsine aida sa mère à ramasser le linge tombé à terre.
— Tiens, puisque tu es là, tu vas m’aider à plier les draps !
Alphonsine, un peu vexée par sa réaction, pensa qu’elle était bel et bien revenue dans son milieu paysan où le travail primait les sentiments. Elle reproduisit machinalement les gestes qu’elle avait exécutés jadis un millier de fois dans la cour de leur ferme. La seule différence était qu’elle n’avait plus l’habitude de manipuler des draps aussi lourds et épais. On était loin du linge de lit en soie ou en fil de coton d’Égypte léger, doux et velouté qui était pour elle devenu la norme. Quelques traces de terre avaient marqué le tissu. Léonie n’y attacha aucune importance. Là encore, on était à cent lieues de la propreté qui régnait chez M. et Mme Chemtov.
Alphonsine présenta son amie et Léonie les invita à entrer. L’odeur âcre et agressive du feu de bois sauta immédiatement à la gorge des visiteuses. Elles se mirent à tousser en chœur. Léonie les regarda d’un air qui voulait dire « pauvres chochottes ». Alphonsine se retourna vers Zofia.
Elles se comprirent.
La pièce, toujours aussi sombre, se dévoila progressivement à leurs yeux. Les murs étaient encore plus noirs que dans le souvenir d’Alphonsine. L’endroit lui parut également plus petit. Elles prirent place autour de la table et attendirent. Léonie dévisagea sa fille.
— Que tu es belle ! s’émut-elle cette fois-ci en français par égard pour Zofia. Tu n’es pas mariée ?
— Non. Et avant que tu me le demandes, c’est un choix de ma part !
— Ça ne m’étonne pas, tu as toujours refusé l’autorité.
— En parlant d’autorité, où est Papa ?
— Comme tous les ans à cette époque. Parti présenter nos porcs à la foire agricole de Rennes.
— Ah oui, c’est vrai, on est en avril, dit-elle, soulagée de ne pas avoir affaire à lui. Et Adrien, Simone, Gaston ?
— Simone et Gaston rentrent en milieu d’après-midi. Ils sont du matin cette semaine. Ils prennent l’autocar de 15 h 30.
— Le bus ? questionna Alphonsine intriguée.
— Depuis deux ans, il y a une ligne qui fait la navette entre ici et Vannes. C’est très pratique, ça permet aux jeunes du village qui travaillent en ville de revenir tous les jours. Quant à Adrien, il est avec ton père, tu sais pourquoi ! ajouta Léonie en baissant les yeux.
Alphonsine ne le savait que trop car elle aussi s’était collée jadis à ce supplice. Visiblement, Joachim Kergoat continuait à boire.
— Ta sœur est fiancée à Dédé le fils de la voisine. Il lui passe la bague au doigt le mois prochain.
— Simone se marie, répéta-t-elle. Mon Dieu comme le temps court…
— Je ne te le fais pas dire, souligna Léonie. Et bé, ça a dû coûter cher, tes beaux habits.
— Tu sais Mammig, je gagne correctement ma vie à présent. Mes employeurs sont des gens très bien. Zofia et moi ne sommes pas exploitées comme la plupart des autres… bonnes.
Alphonsine eut du mal à prononcer le mot « bonne ». Pourtant, c’était bien une réalité. Elle était une domestique, respectée certes, mais elle restait une servante quand même.
— On voit que tu es bien traitée ma merc’h, tes joues sont bien remplies. Tu es chanceuse. L’an passé, on a appris que Suzon Kerdréan s’était suicidée. Elle n’a pas supporté la vie d’esclave que ses patrons lui ont fait subir et a grandement souffert de solitude. Quant à Rozenn Corfmat, il paraît qu’elle se prostitue à Paris… Quel malheur !
— Rozenn est à Paris ? demanda Alphonsine, stupéfaite.
— Depuis trois ans. Elle t’a beaucoup enviée depuis ton départ. L’argent que tu nous envoies régulièrement lui a tourné la tête. Elle s’est dit qu’elle aussi pourrait devenir riche ! Elle n’en pouvait plus de la conserverie.
— Rozenn, une fille de joie. Je n’en reviens pas Mammig ! C’est si triste…
— Qui est cette Rozenn ? demanda Zofia.
— C’était ma meilleure copine.
— Je suis désolée, Alphonsine…
Les trois femmes restèrent à bavarder jusqu’à midi. Léonie dressa la table. Alphonsine était venue accompagnée. Toute paysanne qu’elle était, il fallait prendre soin de son invité. Elle prépara un déjeuner composé exclusivement des produits de la ferme. La fraîcheur des aliments et leur goût ravirent les papilles des deux Parisiennes d’adoption.
— Madame Kergoat, je n’ai jamais mangé d’épinards aussi doux de toute ma vie. Et vos œufs pondus du jour, quel régal ! s’exclama-t-elle.
— Vous n’en avez pas des comme ça vous autres à la capitale ! pérora Léonie.
— Oh ! que non alors, confirmèrent en chœur les deux amies.
Léonie Kergoat eut un rire franc. Alphonsine fut émue. C’était la première fois depuis leur arrivée qu’elle voyait sa mère joyeuse. Lorsque le dessert fut posé sur la table, Zofia, tout excitée, s’écria :
— Du kouign-amann, j’adore ce gâteau !
— Le mien fait pâle figure à côté de celui de ma mère, rétorqua Alphonsine. Elle fait cuire la pâte à couvert au-dessus des braises !
Léonie servit une belle part à son invitée. Zofia tapa dans ses mains en signe de remerciement. L’ambiance se détendit et les conversations devinrent plus spontanées. Léonie avoua à sa fille qu’elle en bavait avec son père. Il était soûl tous les jours et la battait de plus en plus. Adrien ne prononçait plus un mot. Il communiquait exclusivement par gestes. C’était un véritable bourreau de travail, et grâce à lui la ferme se maintenait à flot. Simone se contentait de sa place à la conserverie. Elle n’avait aucune ambition. Elle attendait le mariage pour faire des enfants. Gaston, lui, n’avait jamais vraiment digéré le départ de sa sœur. Il lui en voulait encore. Alphonsine en fut très peinée, mais au fond d’elle, elle comprenait. Elle avait quitté sa famille en n’ayant aucune compassion pour ceux qui l’aimaient. Elle avoua à sa mère qu’elle avait un peu honte de son comportement ingrat passé.
— Je n’ai pas été tendre avec toi, Mammig, je m’en excuse…
— Tu t’es protégée comme tu as pu de cette vie, ma merc’h ! C’était un moyen pour toi de ne pas trop souffrir.
La jeune femme fut frappée par son analyse fine et juste. Elle la regarda avec amour.
— À l’époque, j’étais catastrophée que tu partes, mais maintenant que les choses vont bien pour toi, je suis heureuse et rassurée. Le docteur Mezec a été très présent. Je lui en suis éternellement reconnaissante, continua-t-elle. Au fait, vous restez jusqu’à quand ? Et puis, comment êtes-vous venues ? demanda-t-elle subitement.
— Nos employeurs nous ont déposées en voiture et repassent nous récupérer à 19 heures, lui expliqua Alphonsine
— Oh ! En automobile…
Les filles aidèrent Léonie à faire la vaisselle et à ranger. Mme Kergoat, qui avait eu sa dose d’émotions, alla nourrir les poules. Alphonsine mourait d’envie de montrer à Zofia son endroit préféré : son cher étang. En arpentant le petit chemin qui menait au plan d’eau, Alphonsine revoyait les images de ses virées avec Gaston. Les cannes à pêche, le seau, les sabots, le regard pétillant de son frère… Tous ces souvenirs appartenaient à un passé qui lui semblait désormais très loin et pourtant, à y réfléchir, cela faisait à peine dix ans.
L’étang était toujours là, avec ses herbes folles et sa lumière incomparable. Tandis que les grenouilles se prélassaient, comme toujours à la surface de l’eau, les abeilles tout juste sorties de leur longue hibernation recommençaient à butiner goulûment les premières fleurs du printemps. Alphonsine retrouva exactement la même ambiance que jadis. Calme, sérénité et sentiment de sécurité prédominaient. Ce décor intimiste, à l’abri des regards, avait été pour elle un précieux refuge. Zofia avait compris que son amie avait besoin de silence pour savourer pleinement ce moment de communion avec ce lieu chargé de souvenirs. Elle attendait donc respectueusement qu’Alphonsine s’exprime la première.
— Ce coin de paradis m’a sauvé la vie, finit-elle par dire, les yeux rivés sur un batracien qui luisait d’un joli vert jade sous les rayons du soleil. J’en ai passé des heures, ici, à échafauder des plans pour quitter mon village.
Une carpe sauta hors de l’eau pour attraper un papillon et retomba lourdement dans les eaux verdâtres. Zofia sursauta et un affolement général de quelques secondes secoua les habitants de l’étang. Soudain, tout s’apaisa de nouveau comme par enchantement.
— Asseyons-nous, proposa Alphonsine.
— Avec grand plaisir ma Phonsinette. Que c’est beau ! Ça me rappelle un peu ma campagne polonaise avec tous ses insectes et ses fleurs. Quand j’étais petite, j’allais moi aussi me réfugier près de l’eau. Mais c’était une rivière, et il y avait plus de bruit environnant. Ici, c’est d’un calme… absolu !
Alphonsine retrouva les sensations de bien-être qu’elle avait éprouvées naguère. Fière de ce qu’elle avait accompli, elle n’arrivait pourtant pas à se réjouir totalement. Était-elle une éternelle insatisfaite ? Un mot qu’elle avait prononcé au déjeuner lui sauta au visage. Bonne. Devrait-elle rester une domestique toute son existence ? Certes, elle était respectée et gagnait correctement sa vie, mais au fond, était-ce cela qu’elle désirait vraiment ? Décidément, songea-t-elle, cet étang était réellement le lieu de toutes les remises en question ! Elle savait désormais lire et écrire, elle présentait bien, alors, quel autre métier pourrait-elle exercer ? Était-elle prête à quitter Zofia, sa sœur de cœur, et les Chemtov qui étaient si bons ? La culpabilité s’empara d’elle.
— À quoi penses-tu ? demanda Zofia qui vint interrompre sa réflexion.
— À l’avenir, répondit-elle simplement sans en rajouter. — Et… ?
— Et… rien de bien important… lâcha Alphonsine laconiquement.
— Mouais, en fait tu ne veux rien me dire !
Alphonsine, qui désirait couper court à la discussion, se leva d’un seul coup.
— On y va déjà ? rouspéta Zofia qui souhaitait profiter encore du paysage et de la proximité de l’eau.
Alphonsine, qui avait l’intention de passer au cimetière pour se recueillir sur la tombe de Victorine, invita son amie à rester si elle en avait envie. Zofia refusa catégoriquement en déclarant qu’il était hors de question qu’elle la laisse seule. Elles rebroussèrent chemin et firent une halte à la ferme. Léonie, qui avait fait une courte sieste, était affairée à nettoyer l’auge des cochons à grande eau dans la cour.
— Ôtez-vous de là, vous allez salir vos beaux habits et vos souliers, marmonna-t-elle en désignant leurs chaussures en cuir beige à talons.
— On file au cimetière, lui lança Alphonsine de loin.
Léonie ne répondit rien et continua sa tâche ingrate.
Le cimetière était à l’autre bout de la localité. Pour s’y rendre, il fallait passer devant le café et la boulangerie qui, à cette heure, au grand soulagement d’Alphonsine, étaient fermés. Elle n’avait nulle envie de discuter avec les commères du bourg. Le cœur serré, elle poussa la grille grinçante du « boulevard des allongés », comme l’appelaient les villageois. Elle dut s’arrêter un moment pour se repérer. Elle hésitait. Où aller ? À droite ou à gauche ? Comment avait-elle pu oublier ?
— C’est la tombe de ta sœur que tu cherches ? C’est juste là, devant toi !
Lorsqu’elle se retourna, elle aperçut Lucienne, une canne à la main, qui la dévisageait.
— Eh bien, quelle transformation, c’est à peine croyable !
— Demat, Lucienne, prononça-t-elle d’une voix tremblante.
— Demat merc’hig, bonjour gamine. Alors comme ça, tu es de retour parmi nous. Toi au moins tu as réussi à survivre. Ça a l’air d’aller ?
— Oui, je vais très bien, merci, Lucienne. Et vous, comment vous portez-vous ?
Lucienne lui raconta ses petits malheurs de santé et lui dit que sa vie n’avait pas changé : toujours enfermée dans sa cuisine sombre au ras du sol été comme hiver. Étonnamment, Alphonsine sentait que Lucienne était contente de la revoir. Elle qui, par le passé, n’exprimait rien, semblait différente aujourd’hui.
— Tu as été très courageuse, merc’hig. Si j’avais eu ton audace, j’aurais fait pareil, lui avoua-t-elle. Mais imagine-toi que je suis restée embourbée dans ce trou à me lamenter sur mon sort ! Enfin, c’est comme ça… J’attends maintenant de pouvoir rejoindre mon mari et mon fils. C’est ma seule consolation, finit-elle par dire.
— Je suis étonnée que vous me parliez autant, Lucienne. À l’époque, ça n’était pas dans vos habitudes et puis, vous me faisiez peur ! lui confia Alphonsine.
— Je sais ma petite, je sais… tu me faisais de la peine. À ton âge, on t’en demandait beaucoup… Si tôt le matin… et dans le froid !
— Je suis sincèrement contente de vous revoir, « madame la cuisinière », lança Alphonsine affectueusement.
— Figure-toi que moi aussi, lui avoua la vieille dame. On a besoin de femmes comme vous qui s’assument et qui évoluent. Ça rend bien du service à la cause féminine ! s’exclama-t-elle en se redressant. Mon instinct me dit que tu ne vas pas t’arrêter là… pas vrai ?
Alphonsine, surprise par la réflexion de Lucienne, ne répondit rien et l’observa avec des yeux ronds.
— Allez, ma fille je te laisse. Je commence à fatiguer et il me faut rentrer dans mon trou à rats ! Kenavo belle plante, que Dieu te préserve !
Les deux amies regardèrent ce petit bout de femme qui s’appuyait sur sa canne s’éloigner lentement. Décidément, ce n’était vraiment pas une journée comme les autres.
Alphonsine se recueillit sur la tombe de Victorine et déposa un bouquet de fleurs des champs qu’elle avait cueillies près de l’étang. Zofia la quitta un moment pour faire le tour du cimetière. Il était 16 heures passées et le soleil d’avril commençait à décliner. Elles regagnèrent tranquillement la longère en s’arrêtant quelques instants devant la bâtisse des nobles du village. La clochette, l’allée d’arbres et le fameux perron… Aujourd’hui, elle serait capable d’y monter la tête haute. Elle était tellement habituée aux façades claires et élégantes des immeubles haussmanniens que la demeure en question ne l’impressionnait plus du tout.
De retour dans la cour de la ferme, elles entendirent des rires qui provenaient de la grande pièce. Simone et Gaston étaient de retour.
— Bonjour ! lança-t-elle sur le seuil de la porte.
Il y eut un moment de silence. Chacun se dévisagea. Simone dépassait désormais Alphonsine en taille. Elle avait gardé sa tignasse noir corbeau et sa figure s’était allongée. Gaston, lui, était méconnaissable. Il portait la barbe (ce qui le vieillissait beaucoup) et avait considérablement forci. Lui aussi avait conservé sa couleur de cheveux sombre. Il était tout en muscles et ressemblait plus à un catcheur qu’à un magasinier. Une odeur de poisson et de graillon flottait dans l’air.
— Tiens, voilà la lâcheuse, ironisa Gaston.
Simone s’avança pour embrasser sa sœur.
— Bonjour, Simone ! Je suis heureuse de te voir, lui déclara Alphonsine.
— Alors frangine, on est de retour chez les ploucs ! continua Gaston sur le même ton de mépris.
— Je comprends que tu m’en veuilles Gaston. Ma réaction a été déplorable. Je m’en excuse. J’étais jeune, je ne me suis pas rendu compte. Pardon.
Gaston, qui avait toujours connu sa sœur aînée effrontée et sûre d’elle, fut tout à coup déstabilisé.
— Comme tu es élégante Alphonsine, lui déclara Simone, admirative.
Alphonsine, gênée, regarda Simone tendrement et lui sourit. Elle présenta Zofia.
— Allez, vous autres, ne restez pas plantés là, asseyez-vous. Simone, porte une bouteille de cidre, ordonna Léonie qui sortait de la chambre.
L’ambiance était de nouveau tendue. Gaston, qui s’était placé en bout de table, ne quittait pas sa sœur des yeux. Il observait ses moindres gestes d’un regard mauvais.
— « Madame » ne boit peut-être plus ce type de breuvage maintenant, se moqua-t-il sur un ton dédaigneux.
Alphonsine, à la surprise générale, sortit brusquement de ses gonds.
— Ça suffit ! hurla-t-elle. Tu n’as pas à me juger. Je me suis excusée et si tu refuses de me pardonner, c’est ton problème. Il est hors de question que tu me manques de respect. Je suis ici chez moi autant que toi alors, soit tu t’adresses à moi d’une autre manière, soit ça va très mal se passer !
— Oh ! Toi et tes grands airs, tu…
Alphonsine, qui était encore debout, lui coupa la parole et se rapprocha à dix centimètres de son visage. Gaston blêmit.
— Oui ? Mes grands airs ? Eh bien, continue, j’attends la suite ! déclara-t-elle en soutenant son regard. Est-ce que je te reproche, moi de ne pas avoir évolué et de n’avoir aucune ambition ? Tout le monde a eu un mot gentil et a été content pour moi. Toi, tu restes tourné vers ton nombril. Tu n’es qu’un égoïste ! Oui, je me parfume, oui, je porte des vêtements de « dame » oui, j’ai plus d’argent que toi et j’assume parfaitement ce qui m’arrive. Pourquoi ne te trouves-tu pas un emploi à Paris, si tu es si envieux ? Vas-y, monsieur le donneur de leçons, commence par faire tes preuves avant de critiquer les autres !
Gaston, intimidé et déconcerté, baissa la garde et ne répondit rien. Au fond de lui, il était d’accord avec sa sœur. Les rôles étaient redevenus comme avant. Il avait repris sa place de petit frère. Zofia, qui découvrait une Alphonsine différente, ne savait plus où se mettre.
— Et bé ! Ça, c’est de la frangine tout craché. Finalement, hormis tes beaux habits, tu n’as pas changé. Allez, champagne ! déclara Simone en éclatant de rire.
Sur ce, elle déboucha joyeusement la bouteille de cidre en faisant claquer le bouchon. Les verres se remplirent d’un liquide pétillant couleur de miel. Alphonsine retrouva avec plaisir ce goût frais et acidulé qu’elle aimait tant. Léonie Kergoat avait les yeux qui brillaient, elle était heureuse. Il ne manquait plus qu’Adrien et toute la fratrie était au complet. L’alcool de la boisson détendit l’atmosphère. Simone posa mille et une questions à sa sœur. Gaston les écoutait en silence. Alphonsine raconta les avenues, la tour Eiffel, le magnifique appartement de ses patrons, les grands magasins… Cette fois-ci, ça n’était pas la leçon d’histoire et géographie de Mlle Lanson, c’était sa vie. Zofia participa de bon cœur à la conversation. Alphonsine félicita sa sœur pour son prochain mariage et la complimenta pour le choix de son futur époux qu’elle avait bien connu. C’était un garçon doux et gentil qui, elle en était sûre, saurait la rendre heureuse.
L’heure du départ approchait. Au moment des adieux, Simone s’effondra. Alphonsine lui glissa quelques billets dans les mains.
— Achète ce qui te fait plaisir pour tes noces, lui murmura-t-elle.
Léonie resta digne, mais n’en pensa pas moins. Gaston fut le seul à ne pas embrasser sa sœur. Les deux Parisiennes repartirent par là où elles étaient venues. Au moment où elles allaient s’engager dans la rue principale, Alphonsine se retourna pour faire, le cœur lourd, de grands signes d’au revoir.
Arrivées à la sortie du village, elles entendirent une voix crier :
— Attendez-moi !
C’était Gaston. L’une et l’autre échangèrent un regard complice.
— Je vais patienter avec vous !
— Oui, ne sait-on jamais, au cas où on nous agresserait ! le taquina Alphonsine.
Son frère ne dit rien, mais à la place eut un geste affectueux. Les Chemtov furent à l’heure. Au moment où Alphonsine s’apprêtait à grimper à l’arrière du véhicule, Gaston la prit dans ses bras. Alphonsine sentait leurs deux cœurs battre à tout rompre.
— Prends soin de toi « la madame de la ville » et reviens vite !
— Toi aussi petit frère ! Tu peux venir voir ta crâneuse de frangine à Paris si tu en as envie. Tu seras toujours le bienvenu. Embrasse bien fort Adrien pour moi.
Lorsque la voiture emporta sa sœur préférée, Gaston suivit du regard le véhicule jusqu’à ce qu’il disparaisse. Il rebroussa chemin, la tête basse. Il regrettait déjà d’avoir eu ce comportement idiot. Le crépuscule s’annonçait. Le ciel était partagé en deux : sombre à l’est et d’un orangé très lumineux à l’ouest. Les grillons commençaient à chanter. De retour à la ferme, au moment où il pénétra dans la pièce principale, il trouva sa mère et Simone en pleurs. Un parfum inhabituel de violette flottait dans l’atmosphère. Il inspira de toutes ses forces l’odeur agréable que sa sœur avait laissée derrière elle. Finalement, elle était encore un peu avec eux.
Les Chemtov, enchantés de leur périple, avaient été très impressionnés par les sites qu’ils avaient visités. M. Chemtov, subjugué par ce patrimoine chargé d’histoire et de mystère, se promit que dès qu’il serait de retour dans sa librairie, il commanderait des livres sur le peuple celte. Quant à son épouse, elle avait été charmée par la beauté des lieux et l’atmosphère qui s’en dégageait. Durant le trajet du retour, Alphonsine ne parla pas. Elle écoutait. Elle avait du mal à prendre la mesure de ce qui venait de lui arriver.
Alice, avec sa bonne mine réjouie habituelle, les attendait sur le perron. Le dîner était prêt. Les filles allèrent se changer et se rafraîchir et redescendirent aussitôt pour l’aider. Leur collègue avait préparé une blanquette de veau et une tarte au citron. M. et Mme Chemtov étaient épuisés et soupèrent rapidement. Avant d’aller se coucher, Sarah Chemtov fit un crochet par la cuisine pour féliciter Alice de ses talents de cordon-bleu. La domestique en fut très touchée. C’était tellement rare de tomber sur des personnes aussi respectueuses de la « classe inférieure » !
Les filles dînèrent à leur tour. Pendant le repas, Alice les interrogea sur leur journée. Alphonsine lui raconta ses retrouvailles et lui avoua qu’elle était désormais soulagée, car jusqu’au dernier moment, elle ignorait quel accueil lui serait réservé. Elle remercia mille fois Zofia de l’avoir poussée à retourner dans son village. Sans son amie, elle n’aurait pas eu le courage d’affronter sa famille.
Ce soir-là, Alphonsine s’écroula sur son lit. Son sommeil fut traversé par un rêve étrange où elle se voyait marcher dans une rue sinistre, entourée de femmes en colère qui criaient sans qu’aucun son sorte de leurs bouches. Les immeubles autour d’elles se contorsionnaient de manière inquiétante et le sol mou les empêchait d’avancer correctement. Le lendemain matin, à son réveil, elle en resta dubitative. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Y avait-il un message à comprendre ?
Les derniers jours de vacances furent paisibles. M. et Mme Chemtov, qui avaient largement sillonné le Morbihan, souhaitaient se reposer à la villa pour le reste du séjour. Alphonsine en profita pour faire de longues marches méditatives le long de la plage. Elle avait besoin de rester seule. Zofia, quant à elle, passait son temps en cuisine à recopier toutes les recettes d’Alice, car elle désirait impérativement les refaire à Paris.
Leur départ fut émouvant. Alice pleura, les filles aussi, et ce fut à regret que le couple quitta le petit coin de paradis qui les avait accueillis pendant quinze jours. Le voyage en train s’effectua de nuit. Au petit matin, lorsqu’ils arrivèrent à la gare Montparnasse, tous furent agressés par le bruit, les odeurs et la foule. La transition était brutale car, dans leurs têtes, ils étaient encore en Bretagne. La grisaille et le crachin parisien remplacèrent le bleu de l’océan et la luminosité bretonne. La première semaine dans la capitale fut morose. Zofia était nostalgique des vacances passées au bord de la mer et Alphonsine se demandait ce qu’elle faisait là. Quant à Mme Chemtov, elle n’avait pratiquement pas mis le nez dehors. Cela ne lui ressemblait pas.
Un soir de juin, le couple invita Louis, un ami de longue date, qui travaillait à l’ambassade de France à Berlin. Lorsqu’il était de passage à Paris, le trentenaire à l’allure distingué leur rendait toujours visite. Ce soir-là, il leur raconta des événements qui n’avaient pas été relatés dans les journaux français.
Après la nomination d’Adolf Hitler au poste de chancelier, les nazis avaient organisé leurs premières manifestations antisémites. Dans le même temps, à Dachau près de Munich, le dictateur avait fait ouvrir le premier camp de concentration qu’il réservait à ses opposants politiques. Sarah et Ruben en furent épouvantés. Sarah Chemtov poussa un petit cri d’effroi lorsqu’elle apprit que, la veille du 1er avril, un proche du Führer, Julius Streicher, avait lancé un appel au boycott qui s’adressait à tous les Allemands en leur ordonnant fermement de ne plus acheter dans les magasins juifs, ainsi que de ne plus aller consulter d’avocats et de médecins israélites. Tous ceux qui ne respecteraient pas cet appel seraient considérés comme des ennemis de la nation allemande. Louis continua son long récit sinistre en leur expliquant que le lendemain de cette incitation à la haine de l’autre, les Berlinois impuissants avaient assisté à des scènes terrifiantes. Des groupes de SA et des SS s’étaient postés devant certains commerces en brandissant des pancartes où l’on pouvait lire : « Allemands ! défendez-vous ! N’achetez pas chez les Juifs ! » Louis leur apprit également que, le 7 avril, Hitler avait interdit aux Juifs d’enseigner dans les facultés et de travailler dans les services publics.
Ruben et Sarah Chemtov avaient du mal à croire ce qu’ils venaient d’entendre. Ils étaient livides. Leur ami, la voix tremblante, leur expliqua que, le 10 mai, sur la place de l’Opéra, face à l’université de Berlin, il avait assisté à un terrible autodafé où vingt mille livres avaient été réduits en cendres. Les auteurs visés étaient soit juifs, soit communistes. Le mépris et les humiliations ne s’étaient encore une fois pas arrêtés là car ces horreurs s’étaient aussi invitées dans les musées puisque des toiles d’artistes qualifiés de « dégénérés » avaient été décrochées des murs. Ainsi Van Gogh, Matisse, Picasso et bien d’autres peintres avaient tristement été victimes de cette effroyable censure.
Le couple Chemtov accusa difficilement le coup. Face à ces faits dramatiques, ils ne comprenaient pas que les gouvernements de pays comme la France et les États-Unis laissent faire ce fou dangereux.
— Nous nous souviendrons longtemps de cette élection de 1933, déclara Ruben Chemtov. Quelle ignominie !
Ce que M. Chemtov ignorait encore, c’était que le climat politique et social en France allait lui aussi se détériorer considérablement. Aurait-il pu s’imaginer un seul instant que de nombreux ressortissants allemands de confession juive, en se réfugiant dans l’Hexagone pour fuir le nazisme, allaient bientôt être eux aussi rejetés par une partie de la population ? Aurait-il pu prévoir que le chômage et la crise économique allaient faire amèrement remonter l’antisémitisme français qui s’était apaisé juste après le premier conflit mondial ? Aurait-il pu encore croire que les extrémistes de droite allaient tout mettre en œuvre pour que les frontières se ferment dans le but de refouler tous les Juifs qui tentaient d’échapper à l’oppression allemande ? Aurait-il pu envisager, ne serait-ce qu’une seconde, que ces mêmes individus souhaiteraient également dissocier « une nationalité juive » de la nationalité française ? Aurait-il pu prédire aussi que les plus virulents d’entre eux, dans une ingratitude assumée, pousseraient le vice jusqu’à s’en prendre ouvertement aux anciens combattants juifs qui avaient défendu la France pendant la Grande Guerre ?
Non, il était loin de se douter qu’au pays des Lumières, le pire était encore à venir.
Il comprit que la situation était préoccupante lorsqu’en France les socialistes, les communistes et les radicaux signèrent un accord électoral appelé « Front populaire » pour faire barrage au fascisme. L’atmosphère à Paris était électrique et explosive. Concernant les pays voisins, la situation n’était guère plus reluisante. Les affrontements civils en Espagne qui faisaient rage ainsi que la politique menée par le dictateur italien Mussolini contribuèrent eux aussi à aggraver un contexte européen déjà très tendu.
Un soir, en rentrant de sa librairie, Ruben Chemtov fut agressé verbalement sur le quai du métro parce qu’il lisait un livre en hébreu. Peu après ce sombre événement, la vitrine de son magasin fut souillée par le dessin d’une croix gammée.
— Qu’allons-nous devenir ? se lamenta Zofia un jour où elles étaient restées discutées dans la chambre d’Alphonsine après leur service.
— Que veux-tu qu’il t’arrive ? Tu es en sécurité ici, tenta-t-elle de la rassurer.
— C’est injuste. Pourquoi s’en est-on pris à M. Chemtov ? sanglota-t-elle. Il n’a rien fait de mal !
— Ceux qui ont fait ça sont des idiots et ils finiront bien par se faire pincer un jour ou l’autre, déclara Alphonsine.
— J’aimerais tellement être en Bretagne en ce moment. Là-bas au moins nous étions tranquilles et loin de cette violence ambiante. Je ne reconnais plus Paris, les gens sont devenus sinistres.
Zofia avait raison. Alphonsine, face à ces déchaînements de haine gratuite, pour la première fois depuis son arrivée dans la Ville Lumière, se mit à imaginer un retour possible dans son paisible Morbihan natal…
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