L'ombre d'un secret
Chapitre 22
Paris, mai 1981
Lovée au fond d’un des fauteuils club face à son téléviseur qui diffusait des images en couleurs, Alphonsine regardait la retransmission en direct de l’investiture en grande pompe de François Mitterrand, le nouveau président des Français. Pour la première fois dans l’histoire de la Cinquième République, une personnalité de gauche venait d’être élue au plus haut sommet de l’État. Une rose rouge à la main, sous les acclamations de milliers de sympathisants, l’homme guindé marchait d’un pas décidé en direction du Panthéon pour aller se recueillir devant les tombeaux de Jean Jaurès, inspirateur du socialisme français, de Jean Moulin, héros de la Résistance, et de Victor Schœlcher, père de l’abolition de l’esclavage.
Tout un symbole.
Alphonsine, qui ne s’intéressait absolument pas à la politique sauf lorsqu’il s’agissait des droits de la femme, avait quand même tenu à suivre l’événement que certains n’hésitaient pas à qualifier d’historique.
— Évidemment, il ne va s’incliner que devant des mâles, car il n’y a qu’une représentante féminine dans ce lieu prestigieux. Et encore, elle est là parce que son mari ne voulait pas être séparé d’elle, même dans la mort ! s’exaspéra-t-elle. C’est juste une « femme de ». Une parfaite inconnue en somme.
— C’est quoi, le Panthéon, Mamie ? demanda Sophie de sa voix fluette.
La fillette venait de faire irruption, les yeux brillants, dans le salon.
— C’est une ancienne église qui a été transformée depuis la Révolution française en monument destiné à recevoir les grands hommes qui ont marqué l’histoire de France, ma chérie. Voltaire, Rousseau, Victor Hugo et bien d’autres y reposent.
— Et les dames, alors ?
— Ah ! Ça, ma puce, c’est une très bonne remarque ! Mais où sont les dames ?
En ce jeudi 21 mai, Alphonsine gardait sa petite-fille qui souffrait d’une angine carabinée. Sophie, qui avait maintenant dix ans, ressemblait de plus en plus à sa grand-mère. Sa chevelure s’était éclaircie et son regard évoquait celui de Léonie. Seul le grain de beauté au niveau de sa lèvre supérieure était là pour rappeler qu’elle avait aussi pris du côté de son grand-père maternel.
— Mamie, maman dit que ce président va changer notre vie, c’est vrai ?
— Je n’en sais trop rien ma puce… c’est nouveau et un peu désorganisé. La gauche n’a pas l’expérience du pouvoir, contrairement à la droite.
— Je ne comprends rien du tout !
— Excuse-moi, c’est compliqué à appréhender pour toi. Pour simplifier, beaucoup de gens sont contents, car ils croient en la justice sociale, l’égalité et la solidarité. Et Dieu sait qu’on en a besoin en ce moment !
— Ah ! Oui, la maîtresse nous a expliqué à l’école ce que ça voulait dire, le mot « égalité ».
La période d’accroissement économique des Trente Glorieuses d’après guerre avait pris fin en 1973 avec le premier choc pétrolier. En rationnant les Occidentaux, les pays producteurs du précieux liquide avaient fait prendre conscience au monde entier que l’or noir était une arme redoutable qui pouvait déstabiliser du jour au lendemain leur économie. Les Français, qui n’avaient plus l’habitude de se priver, avaient vu les prix s’envoler et leur pouvoir d’achat fondre comme neige au soleil. Face à la baisse de la consommation, la plupart des entreprises avaient dû licencier en masse pour ne pas mettre la clé sous la porte.
En réaction à cette crise majeure, le gouvernement français de droite de l’époque, avec son slogan évocateur, « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées », avait rapidement instauré une chasse au gaspillage pour tenter de redresser la barre. Des mesures phares moins énergivores avaient été imposées. Certaines, comme la limitation de la vitesse sur les routes, le changement d’heure en été et l’interdiction de laisser allumées les enseignes lumineuses après 22 heures avaient été fraîchement accueillies par une population qui ne supportait pas qu’on empiète sur son espace de liberté. Dans ce contexte tendu, l’arrivée de la gauche au pouvoir était donc synonyme de renouveau, mais surtout d’ère moderne qui allait enfin sortir la France de ces longues années de conservatisme de droite.
— J’ai terminé le ménage, Madame, voulez-vous que j’aille vous faire quelques courses ?
— Merci infiniment, Mercedes, j’ai tout ce qu’il me faut. J’allais prendre une tasse de thé, désirez-vous vous joindre à moi ?
— Avec plaisir !
— Et, pour la centième fois Mercedes, s’il vous plaît, appelez-moi par mon prénom !
— Impossible !
Cela faisait tout juste dix ans que Mercedes était au service d’Alphonsine et les deux femmes étaient devenues très proches. Alphonsine, n’ayant jamais oublié d’où elle venait, avait fait en sorte d’aider au mieux son aide ménagère afin qu’elle se sente tout à fait à son aise. Mercedes, malgré un fort accent espagnol, parlait désormais parfaitement le français et ses origines ensoleillées amenaient gaieté et exotisme à chacune de ses apparitions. Depuis huit ans, elle était mariée à un Italien qui exerçait la profession de maçon. De cette union étaient nés deux garçons.
— Vous croyez que ce président va apporter quelque chose aux femmes ?
— Je l’espère, Mercedes. Hélène et moi, nous avons déjà préparé toute une liste de doléances. Les plus importantes étant le remboursement de l’IVG par la sécurité sociale ainsi que la construction dans chaque grande ville de lieux d’accueil pour celles qui sont battues.
— Vous savez, l’Espagne a été très en avance concernant notre place dans la société. Nous avons obtenu le droit de vote et celui de divorcer en 1931 ! Quant à l’avortement, il a été légalisé en 1936. Malheureusement, à l’arrivée du général Franco en 1939, le droit de participer aux élections nous a été injustement retiré. Figurez-vous que nous n’avons pu retourner aux urnes que l’année dernière !
— L’année dernière ! C’est incroyable, je l’ignorais…
— Oh ! si vous saviez ! Durant toute la période franquiste, les femmes étaient considérées comme des mineures et non comme des adultes. Elles passaient de la tutelle du père à celle du mari. On exigeait d’elles qu’elles tiennent correctement leur maison et qu’elles soient de bonnes mères et des épouses parfaites. Elles n’avaient aucun droit. Sans la permission de leur conjoint, elles ne pouvaient ni voyager ni avoir de compte en banque et encore moins travailler. De véritables esclaves modernes !
— Quelle tristesse ! Je ne pensais pas qu’au e XX siècle on pouvait autant revenir en arrière pour tomber si bas !
— Si, si. Ma sœur, qui a fait partie du mouvement Mujeres liberals, était scandalisée. Elle est morte il y a sept ans. C’était une militante acharnée. Elle était conductrice de tramways à Madrid.
— Mujeres liberals ?
— Ça veut dire « Femmes libres ». Avant guerre, c’était une organisation féminine espagnole qui luttait contre le fascisme et pour l’égalité des sexes. Alors, pensez-vous, quand le livret Guia de la bina esposa est sorti en 1953, elle était prête à tuer tous les membres du gouvernement !
— Guia de la bina esposa ? répéta Alphonsine, incrédule.
— C’était un petit guide qui apprenait aux jeunes demoiselles célibataires à se comporter. Il était composé de onze règles à suivre à la lettre pour être une future bonne épouse.
— Que disait-il ?
— L’idée directrice était para mantener a tu marido feliz, ce qui se traduit par « pour rendre ton mari heureux ». Elles devaient donc se faire belles lorsque le chef de famille rentrait du travail, préparer le dîner et avoir fait toutes les tâches ménagères dans la journée pour préserver la tranquillité de l’homme.
— Rien que ça !
— Elles devaient aussi se taire et écouter leur mari.
— Quelle humiliation ! Et qui a écrit ces inepties ?
— Pilar Primo de Rivera, une femme politique très influente sous l’ère de la dictature de Franco.
— Cela me rappelle le fameux « Travail, Famille, Patrie » du régime de Vichy ! Finalement, entre nos deux pays, il n’y a pas grande différence. Cette éternelle soumission aux hommes, c’est monstrueux !
— C’est pour cette raison que vous ne vous êtes jamais mariée ? demanda timidement Mercedes.
— Entre autres…
— Ça n’a pas dû être évident.
— Oh que non ! J’en ai essuyé, des réflexions. Une grossesse hors union, vous imaginez… J’ai eu droit à tout : traînée, bonne à rien, fille facile et j’en passe. Heureusement pour moi, depuis toute petite, je me fiche de ce que les gens pensent.
— Vous avez bien réussi, Madame.
Alphonsine, songeuse, observa Sophie qui s’était endormie sur le canapé. Au fond d’elle-même, elle se disait que cette réussite resterait à jamais entachée par le fait que son père l’avait reniée et forcée à couper les ponts avec sa famille. Mercedes, qui la connaissait bien, se douta que quelque chose la tracassait. Par discrétion, elle ne posa aucune autre question.
Vers 18 heures, Antoine, tout essoufflé, vint récupérer Sophie. Il expliqua à Alphonsine que les rues de Paris étaient joyeusement encombrées et que le quartier de la Bastille avait été pris d’assaut par des sympathisants de gauche prêts à faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Il n’osa pas réveiller Sophie qui dormait encore à poings fermés sur le canapé et la transporta directement sur la banquette arrière de sa Jaguar garée au pied de l’immeuble. Alphonsine le raccompagna et lui demanda surtout de lui donner des nouvelles de la malade. Elle adorait son gendre. Il était droit et travailleur. Antoine était le principal collaborateur d’un architecte parisien réputé. Son statut lui permettait de moduler ses horaires à sa guise. C’était un père et un compagnon attentionné. Hortense et lui formaient un couple dynamique. La fille d’Alphonsine naviguait continuellement entre ses gardes à l’hôpital, ses consultations à son cabinet et son engagement dans l’association de sa mère. Ses journées bien remplies ne lui laissaient guère le temps de s’occuper de Sophie pendant la semaine. Elle se rattrapait le week-end.
Avant de regagner son appartement, Alphonsine emprunta l’escalier de service pour se rendre au sixième étage. Le lieu avait bien changé. L’ambiance n’était plus du tout la même. Les « petites » bonnes bretonnes et espagnoles d’autrefois avaient été remplacées par de jeunes provinciaux venus pour suivre leurs études dans les universités de la capitale.
Alphonsine, contrairement au reste des propriétaires, n’avait pas eu le cœur de louer l’ancienne chambre de Zofia. La cicatrice de sa disparition tragique ne s’était jamais refermée. Mettre à disposition l’endroit où avait vécu sa fidèle amie était au-dessus de ses forces. De temps à autre, elle se forçait à aérer la pièce. Ces jours-là, elle s’asseyait sur le lit et revoyait les instants de complicité et de bonheur passés avec celle qui était partie trop tôt. Tout était resté à sa place. La décoration et les meubles étaient comme Zofia les avait laissés. Pour Alphonsine qui ne pouvait aller se recueillir sur sa tombe, ce lieu était en quelque sorte l’ultime lien qui la raccrochait encore à elle. Plus qu’une chambre, c’était un sanctuaire.
En passant devant la pièce commune, elle salua une étudiante occupée à laver son linge. Elle parcourut à pas lent l’interminable couloir qui menait à son ancien nid douillet. Une foule d’images se bousculèrent dans sa tête. Qu’était devenue Faustine ? Elle n’avait plus de nouvelles d’elle depuis longtemps. Leur correspondance du début s’était étiolée au fil des ans. Elle frappa doucement à la dernière porte. Une femme très distinguée d’une quarantaine d’années vint lui ouvrir. Ses cernes violacés laissaient deviner qu’elle n’avait pas beaucoup dormi et qu’elle était dans un état de stress extrême. D’une main tremblante, elle invita Alphonsine à s’asseoir sur un fauteuil Voltaire situé près de la fenêtre puis elle retourna s’allonger.
— Vous m’excuserez, mais mon dos me fait souffrir.
— Ne vous justifiez pas, Chantal, je comprends. Je venais vous annoncer que notre avocate a pris contact avec votre mari.
— Comment a-t-il réagi ?
— Mal. Il est dans le déni le plus complet. De plus, il croit jouir d’une impunité sous prétexte qu’il est PDG d’une grande entreprise.
— Je ne suis pas surprise ! Il a toujours eu une haute estime de lui, soupira la femme.
— Rassurez-vous, nous sommes très fortes pour faire tomber les masques ! C’est une question de jours. Pour l’heure, j’ai contacté le refuge de Clichy et une place vient de se libérer. Vous allez pouvoir sortir de cette chambre dès demain.
— Vous m’avez sauvé la vie, Alphonsine ! Et cette cachette aussi ! Je ne vous remercierai jamais assez.
— Commencez donc par vous remercier vous-même, car vous avez eu le courage de pousser la porte de notre association. Mourir sous les coups de son conjoint n’est pas une fatalité.
— Me remercier… c’est difficile et ça va prendre du temps. Il m’a tellement dévalorisée ! On croit toujours que les femmes battues viennent de milieux modestes. C’est faux. Les violences masculines n’ont ni âge ni classe sociale ! La preuve : j’ai beau habiter un hôtel particulier en plein Paris, ça n’a pas empêché mon époux de me frapper.
— Depuis combien de temps subissez-vous ses maltraitances ?
— Cela a commencé le lendemain de notre mariage, à cause d’un œuf à la coque trop cuit ! C’était le 4 mai 1960…
— Plus de vingt ans ! Comment avez-vous pu tenir ? s’exclama Alphonsine horrifiée.
— La première fois, je pensais que c’était un accident et qu’il n’avait pas pris la mesure de la portée de son geste. Tout allait pour le mieux avant. Il n’avait jamais été agressif. Nous nous fréquentions depuis plus d’un an et, avec mes parents, il se montrait charmant. Et puis je suis tombée enceinte. L’arrivée de notre fils n’a rien arrangé. Il ne supportait pas ses pleurs et affirmait que je ne savais pas m’y prendre avec un bébé. Les coups ont redoublé. Il me répétait que j’étais une bonne à rien et que je lui pourrissais la vie. En fait, je m’aperçois à présent qu’il m’a toujours considérée comme un objet. À chaque fois qu’il me frappait, il disait que je l’avais bien cherché ! Le pire, c’est qu’il a réussi à me faire culpabiliser. Le plus triste était que j’étais persuadée que c’était ma faute !
— Et votre entourage ?
— Personne n’a jamais rien vu ni entendu, car il le faisait continuellement porte fermée lorsque nous étions seuls lui et moi. Les fois où nous recevions ou sortions dîner chez des amis, il était méconnaissable. Un vrai gentleman !
— C’est souvent le cas. Manipulateur, harceleur et dérangé, voilà ce qui revient le plus souvent à propos des hommes qui battent leur épouse.
— Quel est cet endroit dont vous m’avez parlé ?
— Il s’agit d’un lieu d’accueil pour les femmes victimes de violences conjugales. Le centre Flora-Tristan a ouvert ses portes le 15 mars 1978. Je me souviens très précisément de la date, car c’est le jour de mon anniversaire. Vous y serez en sécurité. Une psychologue et un médecin seront à votre écoute.
— Dieu merci, mon fils étudie au Canada. Il est désormais loin de tout ça. Enfant, il a assisté à des scènes horribles. Lorsqu’il avait dix ans, son père a voulu le mettre en pension. Ma seule consolation a été qu’il soit écarté de ce climat toxique familial…
— Oui, c’est rassurant de le savoir en sécurité, ce qui vous permet de penser totalement à vous dorénavant. Reposez-vous. Je remonterai dans une heure pour vous porter votre dîner et, demain matin, je vous accompagnerai à Clichy. Courage, vous avez fait le plus dur : le quitter !
— Pourquoi est-ce moi qui suis obligée d’abandonner le domicile conjugal alors que c’est lui le fautif ? C’est injuste !
Alphonsine savait que Chantal avait raison. La loi ne prévoyant pas de protéger les femmes sous leur propre toit, toutes sans exception étaient contraintes de fuir comme des coupables. La plupart d’entre elles n’osaient pas porter plainte par peur des représailles et du jugement collectif. Alphonsine gardait en mémoire le cas dramatique d’Angèle qui avait eu le courage de dénoncer à trois reprises son tortionnaire au commissariat. Malheureusement, ses trois plaintes avaient atterri au fond d’un tiroir. Angèle n’était pas leur priorité. Par une énième soirée de violences, la laissée-pour-compte avait succombé aux neuf coups de couteau que lui avait sauvagement portés son conjoint. L’avocat de la partie civile avait alors déclaré à Alphonsine que si le service public avait fait son travail, Angèle n’aurait jamais connu ce martyre et serait encore de ce monde. Un scandale. Un groupe de femmes avait voulu porter plainte contre l’État pour non-assistance à personne en danger mais, face à l’omerta des policiers, elles s’étaient ravisées. Le pot de terre contre le pot de fer en somme.
Après avoir entendu les paroles de Chantal, Alphonsine ressentit le besoin de se changer les idées. Elle décida d’aller prendre l’air au square Boucicaut.
Depuis son arrivée en 1924, son quartier avait connu d’importantes transformations qui dataient de la fin des années 1960, lorsque le président de la République de l’époque, Georges Pompidou, avait jugé bon de doter la capitale d’infrastructures modernes. Dans le quatorzième arrondissement, ces modifications avaient fait disparaître la plupart des petites rues qui avaient gardé le charme du Paris des artistes du e XIX siècle. Comble de l’horreur visuelle, un imposant édifice de verre haut de deux cent neuf mètres avait été érigé juste au-dessus de la gare Montparnasse. Alphonsine, comme la grande majorité des Parisiens, détestait cette verrue sombre sans aucune originalité architecturale qui abîmait l’horizon et obscurcissait considérablement les boulevards alentour. Les riverains, qui constataient avec désolation la perte d’identité de leur quartier, se plaisaient à répéter avec une pointe d’humour sarcastique que la plus belle vue de Paris se trouvait en haut de la tour, car c’était le seul endroit d’où on ne la voyait pas ! Malheureusement, le gratte-ciel n’était pas l’unique point noir : les boutiques de proximité d’antan avaient progressivement été remplacées par des magasins de jeux vidéo et des enseignes de prêt-à-porter made in Bangladesh. Bien qu’elle soit une femme de son époque, Alphonsine regrettait amèrement le temps où elle allait faire ses courses chez les petits commerçants où l’on parlait de tout et n’importe quoi sans stress. Désormais, il fallait se contenter du Monoprix du coin, froid et impersonnel, où vous étiez expédié par des caissières payées au lance-pierre.
Plus Alphonsine avançait en âge, plus elle ressentait la nostalgie du Montparnasse qu’elle avait connu naguère. C’était comme si son quartier lui échappait. Elle souffrait également du tourbillon infernal de la vie quotidienne que la société moderne avait engendré. Vite le métro, vite le sandwich, vite le travail, vite les enfants à la garderie, vite les courses, vite, vite, vite… Des existences à cent à l’heure.
Julien et Ivan, qui avaient constaté la même chose, ne sortaient quasiment plus. Julien avait vendu ses boutiques et Ivan, malgré sa vue défaillante, continuait à peindre. Tous deux préféraient rester chez eux ou bien se réfugier loin du tumulte parisien dans leur résidence secondaire près de Deauville en Normandie. Alphonsine allait souvent les retrouver pour se ressourcer. L’air de la campagne et le bleu de la mer la réconfortaient. Ils lui rappelaient son enfance.
À l’automne, un courrier en provenance d’Allemagne atterrit dans la boîte aux lettres de l’association. Alphonsine, qui nourrissait toujours une haine viscérale contre les Allemands, se refusa à l’ouvrir. Une fois de plus, elle fuyait ce qui la dérangeait. Au dos de l’enveloppe, il n’y avait pas de nom d’expéditeur. Elle déposa dédaigneusement le pli sur le bureau d’Hélène. Que pouvait-il bien avoir à l’intérieur ?
Elle eut la réponse trois jours après en voyant débarquer chez elle Hélène remontée comme une pendule. Celle-ci lui apprit joyeusement qu’elles étaient invitées le printemps suivant à un grand rassemblement d’associations féministes européennes à Berlin. Alphonsine encaissa difficilement la nouvelle. Elle, mettre les pieds en Allemagne ? Jamais de la vie !
— Alors, ce n’est pas une énorme annonce ? s’exclama Hélène, débordant d’enthousiasme.
— Plutôt mourir que de me rendre chez ces Boches de malheur !
Hélène, stupéfaite par la réaction de son amie, s’affala sur le canapé.
— Je refuse catégoriquement d’y participer ! Vas-y avec maître Alimi, notre avocate.
— Mais, Alphonsine, tu n’es pas toi-même ! Tu t’entends parler ?
— Parfaitement ! J’assume entièrement mes propos.
Constatant que sa complice de toujours ne desserrait pas les dents, Hélène insista.
— Il faut m’expliquer, car ton attitude me laisse pantoise.
— Je n’ai pas à me justifier ! Je n’irai pas au pays du diable. Un point, c’est tout.
— De quoi parles-tu ?
— Je parle de ce peuple nazi !
— Mais enfin, à quelle époque vis-tu, Alphonsine ? La guerre est finie depuis longtemps. Tu ne dois pas mettre la nouvelle génération allemande dans le même panier que ses aînés. Nous sommes justement en train de construire une autre Europe et tu sais comme moi que cela passe aussi par les femmes. C’est une chance inespérée !
— Écoute-moi bien, car je te le dis pour la dernière fois : je refuse de me rendre en Allemagne et encore moins à Berlin ! Est-ce clair ?
Devant l’agressivité soudaine de son amie, Hélène coupa court à la discussion et se dirigea vers la porte d’entrée. Au moment de sortir, elle lança :
— Je ne connais pas les raisons d’un tel repli sur toi-même, mais peut-être est-ce le moment de faire le tri dans ta vie, ne crois-tu pas ? Vas-tu continuer longtemps à vivre avec des fantômes ?
— Tant que ces bourreaux seront encore de ce monde, il n’y aura pas de pardon !
Un silence lourd de sens s’installa entre les deux femmes.
— Dire que tu gardes en toi cette haine depuis toutes ces années… Alphonsine, pour ton bien, ressaisis-toi !
— Tu n’es pas de ma génération, tu ne peux pas comprendre. Ces gens-là m’ont tout pris. Tout. Les personnes qui m’étaient chères et ma dignité.
— Ta dignité ?
— S’il te plaît, laisse-moi seule.
C’était leur première dispute depuis qu’elles s’étaient rencontrées. À peine Hélène eut-elle disparu qu’Alphonsine s’en voulut d’avoir réagi de la sorte. À son grand regret, elle n’avait pu maîtriser ses émotions. Las, elle se dirigea vers sa chambre. Elle entrebâilla les portes de son armoire et en sortit la petite boîte en bois marquetée qui contenait son lourd secret. Elle l’ouvrit avec une anxiété palpable puis observa un long moment l’insigne militaire, le mouchoir et l’enveloppe tachée de sang qui se trouvaient à l’intérieur depuis plus de trente-huit ans. Le timbre-poste où l’on distinguait le profil d’Hitler avec en arrière-plan une croix gammée provoqua chez elle un sentiment de dégoût. Elle sortit la lettre et la déplia lentement. La feuille était élégante et de bonne facture. Sa texture toilée donnait une impression de tissu précieux. La correspondance, signée Magda, était en langue allemande et adressée au commandant Johannes Hohenburg. L’écriture était soignée. Le papier couleur ivoire légèrement froissé n’avait pas été souillé par le sang et il s’en dégageait une odeur de livre vieilli. Qu’était devenu ce haut gradé nazi ? Avait-il survécu ? Qui était cette Magda ? Une mère ? Une épouse ? Une sœur ?
Les paroles d’Hélène lui revinrent à l’esprit. Faire le tri. Et si son amie avait raison. Si c’était le moment pour elle de mettre de l’ordre dans sa vie ?
*
Assise en face du traducteur, Alphonsine attendait fébrilement que celui-ci lui lise la lettre qu’elle venait de lui confier. Julien, qui avait à tout prix voulu l’accompagner, lui prit la main. En découvrant la provenance et la date du courrier, l’homme qui devait avoir dans les soixante ans, fixa attentivement sa cliente :
— Vous êtes sûr de vous, madame Kergoat ?
— Absolument, je tiens à en connaître le contenu.
— Bien, alors allons-y ! dit-il en se raclant la gorge.
Berlin, le 3 octobre 1943
Cher époux,
La vie à Berlin est un enfer ! Nous subissons des bombardements
quotidiens et notre petit Stefan est devenu pratiquement sourd. Il vit en
permanence terrorisé sous son lit. Gabriella a un mal fou à l’en déloger.
Elle est obligée de lui apporter ses repas dans sa cachette si nous voulons
qu’il mange. Il m’épuise ! J’aurais dû prolonger mon séjour à Paris, la vie
y est plus douce. Les dîners à La Coupole me manquent et le champagne
aussi ! Ici, je ne peux même plus porter mes robes de soirée, c’est
insupportable ! Notre immeuble tient encore miraculeusement debout, car
notre quartier a été jusqu’à aujourd’hui épargné. Les dégâts dans le reste
de la ville sont considérables. Des milliers de Berlinois ont péri. Notre
église du Souvenir de l’Empereur Guillaume, où nous nous sommes
mariés, a été quasiment détruite en une nuit. Malgré tout, le moral de la
population ne fléchit pas et nos défenses tiennent bon. Nous avons encore
l’eau et l’électricité. Malheureusement, j’ai une bien triste nouvelle à
t’annoncer : le bâtiment administratif de la Waffen-SS a été sérieusement
endommagé par un incendie et a provoqué la mort de nombreux
fonctionnaires nazis. Ton père est furieux. Je tente de le calmer en lui
assurant que notre Führer va bientôt anéantir ces maudits ennemis de
notre belle nation aryenne, mais rien n’y fait. Il ne décolère pas. Dire que
tout cela est la faute de ces infâmes Juifs !
En entendant cette phrase, Alphonsine se crispa. Le traducteur s’en aperçut et interrompit aussitôt sa lecture.
— Désirez-vous que je continue ?
— Je vous en prie, ne faites pas attention à mes réactions. — Bien…
Heureusement qu’il y a les camps pour mater ces parasites ! Entre cette
vermine israélite, les communistes et les homosexuels, notre chef
suprême à fort à faire. Faisons-lui confiance, car lui seul a la capacité de
nettoyer notre sol. J’aimerais que tu m’autorises à séjourner à Paris
encore une fois. Je me languis de cette ville et de ton magnifique
appartement au pied de la tour Eiffel… Heil Hitler. Magda
Un silence de plomb s’abattit dans la pièce. Alphonsine était pétrifiée par ce qu’elle venait d’entendre. Ses pensées allèrent immédiatement vers Sarah et Ruben Chemtov.
— Et bien… tout le monde en prend pour son grade ! on peut dire que cette Magda était une parfaite garce ! déclara spontanément Julien. Elle se préoccupait plus du sort de l’Allemagne nazie que de celui de son fils. Le pauvre gamin… C’est écœurant !
— Elle a dû mener grand train dans notre capitale pendant l’Occupation apparemment, ajouta le traducteur. Ah ! sacrée période… et dire que nous autres Français avions à peine de quoi manger ! Si je puis me permettre une indiscrétion, madame Kergoat, d’où tenez-vous cette lettre ?
— J’ai récemment fait faire des travaux dans mon appartement et les ouvriers l’ont trouvée sous une lame de plancher, mentit Alphonsine en se ressaisissant. J’étais curieuse de savoir de quoi elle parlait. Et là, je dois dire que je suis servie !
L’interprète, qui n’était pas dupe, préféra ne rien ajouter. Même si une trentaine d’années s’étaient écoulées, les stigmates de ces heures sombres de conflit étaient encore palpables chez tous les Français qui avaient connu la guerre.
En sortant de chez le traducteur, Julien, qui ne souhaitait pas laisser Alphonsine seule, l’invita à déjeuner à la célèbre brasserie Lipp située sur le boulevard Saint-Germain. L’institution au décor très Belle Époque proposait des spécialités issues de la gastronomie française qui faisaient le bonheur des touristes et des Parisiens : il espérait que cette pause lui changerait les idées.
Attablée devant une sole meunière, Alphonsine, pensive mangeait du bout des lèvres. La brutalité des mots de cette Allemande la hantait encore.
— Maintenant que tu en sais un peu plus sur le père de ta fille, que vas-tu faire à présent ?
— Rien, pourquoi ?
— Tu fais traduire une lettre et tu t’arrêtes là ! Quel intérêt ?
— Que veux-tu que je fasse ? Que je les retrouve, lui ou son épouse ? À quoi cela servirait-il ?
— J’avoue que je n’arrive pas à te suivre…
— J’avais juste besoin de comprendre certaines choses. Maintenant, je sais qui était cet homme. Un père de famille raciste loin de son fils et de son horrible femme pris dans les affres d’une guerre absurde et qui s’est transformé en monstre un soir de novembre. C’est tombé sur moi, voilà tout.
— OK, et… ?
— Et ça me permet de mettre un terme à des années d’interrogation. L’affaire est classée !
— Mouais… la fuite, encore et toujours !
— Ça suffit Julien ! protesta Alphonsine. Tu ne vas pas recommencer !
Julien était persuadé qu’Alphonsine devait préalablement digérer les informations qu’elle venait d’apprendre. Il la connaissait trop bien pour penser qu’elle en resterait là.
À la fin du repas, Julien se releva difficilement. Ses articulations le faisaient souffrir. Alphonsine qui fit mine de ne rien remarquer éprouva un sentiment de tristesse mélangé à de la peur. La mort se rapprochait peu à peu et rien, malheureusement, ne pouvait arrêter le temps.
Les mois d’hiver furent ponctués de disputes et de réconciliations avec Hélène qui, devant le refus d’Alphonsine de vouloir se rendre en Allemagne, était persuadée que son amie lui cachait quelque chose. Cela lui était insupportable. Heureusement, un événement qu’elles attendaient depuis une éternité leur permit de faire une trêve : le président de la République, en nommant Yvette Roudy ministre des Droits de la femme, la chargeait de prévoir un projet de loi en faveur du remboursement de l’IVG par la sécurité sociale. Une avancée considérable.
À deux jours du départ, Alphonsine ne céda pas au chantage d’Hélène lorsque celle-ci la menaça de quitter l’association si elle ne l’accompagnait pas à Berlin. Les deux amies se séparèrent donc fâchées. Pour la punir, Hélène ne lui donna aucune nouvelle pendant la durée du rassemblement. Bizarrement, Alphonsine n’en fut pas attristée. Au contraire, elle était soulagée. Plus l’Allemagne se tenait à l’écart de sa vie, mieux elle se portait.
Lorsqu’Hélène fut de retour aux locaux de l’association, celle-ci était tellement euphorique que le différend qui les avait un temps froissées fut balayé en un clin d’œil. Devant le regard éteint d’Alphonsine, elle raconta dans les moindres détails son expérience berlinoise. La manifestation avait été un franc succès.
— J’ai rencontré des personnes extraordinaires venues d’Espagne, d’Italie, du Danemark et de la Suisse dont la motivation à faire évoluer les mentalités n’a pas d’égale ! s’enthousiasma-t-elle. J’ai aussi assisté à une conférence des plus passionnantes sur l’histoire des mouvements féministes européens. Savais-tu que c’étaient l’Angleterre et les pays scandinaves qui avaient bougé en premier au cours de l’année 1848 ?
— Non, répondit Alphonsine sans conviction.
— À l’époque, les débats portaient essentiellement sur les droits conjugaux, l’enseignement et les emplois. Le début des années 1900 a vu éclore des organisations de femmes prolétaires un peu partout sur la planète. En 1907, en Allemagne, les ouvrières ont coordonné une première conférence internationale des femmes socialistes. Les années 1920 ont été un tournant car, après la Première Guerre mondiale, elles ont enfin osé faire bouger les codes.
Alphonsine, en entendant cette dernière phrase, fut projetée dans sa propre histoire. Elle se souvint instantanément de son arrivée à Paris.
— J’ai bien connu ces années folles d’insouciance et de fêtes, dit-elle, émue. Certaines femmes m’ont subjuguée, à commencer par ma patronne. Elles étaient libres et brillantes. Elles portaient des coupes à la garçonne et des pantalons. Elles fumaient et conduisaient des automobiles. C’était incroyable ! Quelques-unes étaient même indépendantes financièrement. Une véritable révolution pour l’époque. Malheureusement, la Deuxième Guerre mondiale est venue stopper cette magnifique embellie. J’en ai été tristement témoin.
— Oui, la conférencière a abordé ce point. Elle nous a expliqué qu’en Allemagne et en Italie, les régimes nazis et fascistes avaient repris le contrôle en interdisant formellement toute association féministe. Une fois de plus, les femmes ont été réduites au silence et il aura fallu attendre la deuxième vague des années 1960 pour que nous puissions à nouveau nous exprimer.
— Ça n’est pas étonnant car, au sortir de la guerre, les politiques natalistes européennes nous voyaient comme des procréatrices en puissance. Changeuses de couches-culottes avant tout !
— Te souviens-tu de notre rencontre en 1960 ? Tu m’as littéralement bluffé lorsque tu m’as proposé de créer notre association !
— J’avais de l’énergie en ce temps-là… aujourd’hui, à soixante-quatorze ans, je suis fatiguée !
— Tu m’inquiètes, Alphonsine. Jamais tu n’as baissé les bras.
— On n’y peut rien, c’est le cycle de la vie. Place aux jeunes… Ah ! On peut dire que nous ne sommes pas restées sans rien faire ! Te rappelles-tu la fois où, en août 1970, nous sommes allées déposer une gerbe de fleurs sur la tombe du Soldat inconnu au pied de l’Arc de triomphe ? Notre immense banderole, « Plus inconnue que le Soldat inconnu : sa femme », a bien fait parler d’elle. Nous avons été stoppées net par la police qui nous a embarquées !
— Tu penses si je m’en souviens ! La télévision avait même réalisé un reportage. Cette médiatisation a été une formidable publicité et c’est grâce à notre langage provocateur et à nos actions spectaculaires qu’on nous a enfin prises au sérieux.
— C’est vrai… et quelle victoire lorsque l’ONU a, en 1975, décrété l’Année de la femme ! Mais ce dont je suis le plus fière, c’est le soir où Mme Simone Veil nous a reçues au ministère de la Santé, déclara-t-elle après un long soupir. Maintenant, je peux partir heureuse d’avoir combattu pour mes convictions. Comme le dit Marguerite Yourcenar : « Je veux mourir comme j’ai vécu : les yeux ouverts. »
— Mourir ? Alphonsine, que dis-tu !
L’avocate de l’association arriva brusquement dans les locaux, mettant fin au tête-à-tête des deux amies.
— Je sors du palais. Ma cliente et moi-même venons de nous faire traiter de salopes par toute une bande de cathos enragés ! J’en ai marre de ces individus muselés par leur religion rétrograde ! On est au e XX siècle, merde !
— Ce n’est pas toi qu’on insulte, mais l’avocate. Qui défends-tu en ce moment ? demanda calmement Hélène.
— Une jeune femme que deux hommes ont violée et tabassée une nuit dans un square. Elle a été obligée d’avorter parce que l’un d’eux l’a mise enceinte. On la traite de meurtrière, et ce n’est pas tout : son homosexualité est utilisée contre elle. On l’injurie et on la considère comme une fille facile. On va même jusqu’à dire qu’elle l’a bien cherché, car elle n’avait qu’à ne pas sortir seule cette nuit-là ! Ces criminels ont abusé de ma cliente pendant plus de trois heures. La pauvre était à bout de forces et a fini par se « laisser faire » en attendant qu’ils terminent. L’avocat de la défense en a profité pour déclarer qu’elle était consentante parce qu’elle n’a pas lutté. La première chose qu’a faite la police, c’est une enquête de moralité la concernant avant de prendre sa plainte. Je suis scandalisée par ces méthodes !
— Comment réagit-elle ? interrogea Alphonsine.
— Elle reste digne et tente de ne pas craquer. Sa mère et sa petite amie sont à ses côtés. Je veux que, pendant ce procès, la honte change de camp ! Il est hors de question qu’elle subisse d’autres humiliations. Le regard de la société doit bouger. Le viol est un crime !
— Dis à ta cliente qu’elle a toutes les ressources en elle pour trouver les solutions qui vont lui permettre de dépasser ce qu’elle a enduré. A priori, c’est une combattante puisqu’elle a eu le courage de porter plainte. Oriente-la vers cette valeur et tu verras que son attention se portera sur tout le positif qui en résulte.
— Aller dénicher du positif lorsqu’on est meurtri dans sa chair… Hum, plus facile à dire qu’à faire. En plus, pour ne rien arranger, les femmes violées sont stigmatisées par la honte. C’est d’ailleurs pour ça que la majorité d’entre elles ne font pas appel à la justice, car elles craignent de ne pas être crues.
— Je sais, ce n’est pas évident… Mais, trouver du positif dans les pires situations, c’est possible ! Si on passe au-delà des préjugés et que l’on est actrice de son existence, on peut soulever des montagnes.
— On… ? Tu parles comme si ça t’était arrivé, ajouta l’avocate, étonnée.
Alphonsine, qui préférait fuir plutôt que répondre à la question de son amie, prit rapidement ses affaires et salua d’un signe de la main ses deux acolytes qui observaient ses gestes d’un air éberlué. En deux temps trois mouvements, elle se retrouva à marcher d’un pas vif sur le trottoir. Hélène, qui entre-temps avait repris ses esprits, se précipita à l’extérieur pour rattraper la fuyarde.
Trop tard, Alphonsine avait déjà disparu.
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