L'ombre d'un secret

Virginie Saint-Martin · Chapitre 18 sur 35

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L'ombre d'un secret

Chapitre 17

Alphonsine, songeuse, observait le ballet des parapluies en contrebas dans la rue. Quatre mois s’étaient écoulés depuis que les Chemtov avaient été arrêtés. En proie à un immense chagrin, elle n’avait pas eu le cœur à se mêler à la foule en liesse à la fin août sur les Champs-Élysées. Acclamer le général de Gaulle, le héros libérateur, et le suivre dans sa marche jusqu’à la cathédrale Notre-Dame était la dernière de ses préoccupations : la veille, M. Maury lui avait apporté une bien sombre nouvelle : Sarah et Ruben Chemtov, dès leur arrivée au camp de Drancy, avaient fait partie, le 31 juillet 1944, de l’ultime convoi de déportés pour Auschwitz.

Pour Alphonsine, le coup fut très difficile à encaisser.

En ce mois de décembre, Paris avait beau être débarrassée des nazis, le métro avait du mal à fonctionner normalement et le gaz ainsi que l’électricité étaient distribués avec parcimonie. Dans leur débandade, les occupants rancuniers avaient détruit la plupart des installations en partant. La France de Vichy collaborationniste avait disparu et elle était désormais remplacée par un gouvernement provisoire. Dans la presse, on pouvait lire régulièrement les noms de ceux qui étaient incarcérés pour coopération avec l’ennemi. Parmi eux se trouvaient le préfet de police, le préfet de la Seine et le président du conseil municipal de Paris. Ironie de l’histoire, ils avaient tous été envoyés au camp de Drancy reconverti en prison.

La libération de Paris n’avait pas effacé les tracas de la vie quotidienne. Le marché noir, toujours d’actualité, continuait à prospérer. Alphonsine survivait grâce aux économies qu’elle avait mises de côté pendant les vingt années passées au service du couple Chemtov. La généreuse Mme Morel lui avait également donné l’intégralité de l’argent que M. Chemtov l’avait forcée à accepter naguère. Julien, qui logeait encore à l’appartement, était une présence inestimable qui la réconfortait dans les moments les plus difficiles. Il lui avait présenté Ivan, son compagnon russe. Ivan était un homme discret et raffiné doté d’un grand sens de l’humour et, à l’immense soulagement de Julien, Alphonsine et lui s’entendaient très bien.

Les jours s’égrenaient entre les sorties pour la petite, l’attente devant les boutiques des commerçants et les tâches ménagères. Le courrier qu’elle avait envoyé en Bretagne pour annoncer à ses parents la naissance d’Hortense était resté lettre morte. Alphonsine, persuadée que c’était à cause des liaisons postales interrompues depuis le débarquement des Alliés, ne désespérait pas de recevoir une réponse dès que tout serait revenu dans l’ordre. En attendant, Hortense poussait comme un champignon. Elle allait bientôt avoir six mois et elle était en pleine forme. Mme Morel adorait jouer les nounous lorsqu’Alphonsine avait besoin de s’absenter. La petite était très éveillée et avait le sourire en permanence accroché aux lèvres. Elle était un bébé facile à vivre et très gracieux.

L’hiver pour Alphonsine paraissait interminable et, bien que non croyante, elle priait tous les jours pour que Sarah et Ruben Chemtov rentrent enfin chez eux.

Un matin de février 1945, Mme Morel lui apporta un courrier de Bretagne. Le cachet de la poste mentionnait la date du 10 août 1944. La missive avait mis six mois à lui parvenir. Ses parents ne l’avaient pas oubliée. Soulagée, elle déchira l’enveloppe frénétiquement. Enfin des nouvelles de sa famille ! À la lecture des premiers mots, elle déchanta rapidement et sa joie retomba comme un soufflé. L’écriture était maladroite et le courrier, truffé de fautes d’orthographe. Déshonoré en apprenant la situation de mère célibataire de sa fille, Joachim Kergoat, après avoir intercepté sa correspondance, avait fait croire à sa femme et à ses enfants qu’elle était décédée au cours d’un bombardement et que son corps n’avait jamais été retrouvé. Les mots étaient durs et le ton, sec. Il ne voulait plus jamais entendre parler d’elle et lui interdisait formellement de rentrer en contact avec un des membres de la famille. En d’autres termes, il la reniait.

Le jugement sévère de cet homme cruel la toucha en plein cœur. Elle, qui ne supportait pas l’injustice, éprouva un immense dégoût envers ce père qui n’avait rien compris. Même si elle était écœurée, il lui fallait malgré tout relever la tête, ne serait-ce que pour sa fille. Elle se devait d’être forte. Elle se rendit dans sa chambre et se dirigea vers son armoire. Elle s’empara d’un coffret en bois finement marqueté qui était caché derrière une pile de pulls. Elle retint son souffle. À l’intérieur se trouvaient la lettre et l’insigne militaire ainsi que le mouchoir qui avaient appartenu à son violeur. Elle ne les avait jamais jetés. Les traces de son sang sur l’épinglette étaient encore visibles. Elle hésita longuement à déposer la missive paternelle assassine au milieu des objets du déshonneur. Résignée, elle se ravisa, referma la boîte et la remit exactement au même endroit. Quant au courrier de son père, il atterrit rageusement en morceaux dans la cuvette des toilettes. Là était sa véritable place.

Pour ne pas sombrer, elle descendit retrouver la concierge dans sa loge. Une fois de plus, celle-ci eut les paroles justes pour apaiser sa colère et son chagrin. Alphonsine prit alors une décision qui allait bouleverser à jamais le cours de son existence : elle choisit de ne pas réagir à cette injonction et accepta la sentence. Toujours rongée par la culpabilité et la honte depuis son viol, l’attitude odieuse de Joachim Kergoat eut raison d’elle.

Sa vie était désormais ici, à Paris.

Les beaux jours arrivèrent avec leurs douceurs printanières, les arbres en fleur et la joyeuse mélodie des moineaux. En avril, l’hôtel Lutetia fut réquisitionné pour servir de lieu d’accueil aux déportés qui avaient survécu à l’Holocauste. Alphonsine, qui espérait de toutes ses forces que Sarah et Ruben Chemtov reviendraient vivants de leur enfer, se mêla quotidiennement à la foule de plus en plus compacte qui avait envahi le boulevard Raspail pour guetter fébrilement la venue des convois de cars qui transportaient les rescapés. Comme Alphonsine, tous escomptaient un miracle.

Chaque apparition de bus était un déchirement. La vue de ces corps décharnés, vêtus de loques ou de pyjamas rayés, était insoutenable. Il arrivait parfois que des familles se retrouvent, mais malheureusement ces scènes de joie intense demeuraient rarissimes.

Avec pour seule compagne son incommensurable tristesse, Alphonsine brandissait quotidiennement les photos de Ruben et Sarah dans l’espoir qu’un survivant des camps les reconnaisse et lui fournisse enfin des renseignements. Un matin, un jeune homme qui venait de débarquer d’un bus s’était avancé vers elle. D’une maigreur et d’une pâleur affligeantes, il ressemblait à un mort vivant. Le regard vide, il lui avait doucement retiré les clichés des mains et avait longuement contemplé les deux visages. Sans rien dire, la tête basse, il lui avait redonné les portraits, puis avait rejoint la file des déportés qui attendaient d’être pris en charge par les bénévoles de la Croix-Rouge et les services administratifs. Pourquoi s’était-il attardé sur les photos de Ruben et Sarah ? Les connaissait-il ? Alphonsine avait eu la décence de ne pas insister, car elle savait que, pour lui, le parcours allait être encore interminable et difficile.

On lui avait raconté qu’avant de commencer les formalités d’enregistrement pour l’obtention de leurs papiers provisoires, les rescapés devaient d’abord subir une désinfection complète. Ensuite, ils devaient se présenter devant une police militaire obligée de procéder à des interrogatoires méticuleux en raison d’anciens collabos qui avaient poussé le vice jusqu’à se faire passer pour des miraculés. Même en temps de paix, la suspicion et la trahison tenaient la dragée haute. Le grand hall du flamboyant Lutetia ne désemplissait pas et le contraste entre la misère humaine et le luxe de l’établissement offrait une vision cynique.

Semaine après semaine, elle priait pour que M. et Mme Chemtov soient toujours en vie. Lorsqu’elle quittait l’appartement, elle laissait systématiquement une fenêtre ouverte ou une lumière allumée pour montrer qu’elle était encore là. Le lit du couple était fait, leurs serviettes de bain et leurs peignoirs en éponge les attendaient. Ils n’avaient plus qu’à pénétrer chez eux pour retrouver leurs habitudes d’autrefois.

Lorsque la guerre prit fin en Europe, le 8 mai 1945, Alphonsine, rongée par l’angoisse, ne fêta pas cette victoire. Il lui était impossible de se réjouir. D’ailleurs, passé l’euphorie de la libération, l’heure était désormais aux règlements de comptes et à l’épuration. On n’effaçait pas plus de quatre années d’affrontements et d’occupation d’un coup de baguette magique. Les persécutions avaient changé de camp. La population s’en prenait aux collaborateurs. Des hommes se faisaient lyncher en pleine rue et des femmes, accusées de « collaboration horizontale », avaient le crâne rasé. Le nettoyage touchait toutes les couches de la société, de la domestique qui avait été au service d’un Allemand au médecin qui avait accepté de soigner l’envahisseur.

La peur de la sirène annonçant un bombardement imminent n’avait pas encore disparu et trouver de quoi manger était toujours la préoccupation majeure des Parisiens. Certains aliments au marché noir se revendaient jusqu’à trente fois leur prix. Mme Morel avait astucieusement transformé la cour en petite basse-cour. Les poules et les lapins qu’elle élevait amélioraient considérablement le quotidien des habitants de l’immeuble. Alphonsine, quant à elle, avait aménagé un potager sur le balcon. Ses origines paysannes l’avaient beaucoup aidée pour cultiver de beaux légumes. Fidèle à la promesse qu’elle avait faite à Zofia, elle s’était rapprochée du consulat de Pologne ainsi que de la grande synagogue de Paris pour rétablir la véritable identité de son amie. Avec le soutien de Joseph, elle avait rassemblé toutes les preuves et, lorsque celles-ci furent validées, en juin 1945, le corps de Zofia fut exhumé en présence d’un membre du consulat et d’un rabbin. C’était à la fois un soulagement et un déchirement : sa sœur de cœur allait être désormais loin d’elle. Quinze jours plus tard, elle reçut une lettre du père de son amie qui la remerciait de toute son âme. Au moins, il avait une tombe sur laquelle il pouvait aller se recueillir : sa femme et ses enfants avaient tous péri au camp d’extermination de Treblinka.

Désormais, de Zofia, il ne lui restait rien, sauf le chagrin et l’absence insupportables qu’elle allait devoir subir au quotidien.

L’été s’étira lentement, puis l’automne s’installa avec ses pluies, ses bourrasques et ses températures en baisse. Les feuilles sombres et mouillées des marronniers qui recouvraient les trottoirs du boulevard Raspail rendaient le quartier triste et désolant. Au mois de novembre, l’annonce officielle tomba par voie postale : M. et Mme Chemtov ne reviendraient jamais. Ils avaient été gazés dès leur arrivée à Auschwitz. Pour Alphonsine, le monde s’écroulait. Tous les habitants de l’immeuble étaient catastrophés. Le mari d’Odette Berthaux ne savait plus où se mettre. Même s’il n’était pas responsable de l’attitude de son ex-femme, il réitérait perpétuellement ses excuses. Un matin, ne supportant plus l’idée qu’il n’était pas intervenu pour empêcher son épouse de commettre l’irréparable, il mit fin à ses jours en se tirant une balle en pleine tête.

La guerre avait beau être terminée, elle continuait malgré tout à tuer.

Faustine, qui entre-temps s’était fiancée à un fils de charcutier, alla s’installer au domicile de sa belle-famille et travaillait désormais pour elle comme vendeuse. Au moins, elle ne mourrait plus jamais de faim ! Bien qu’elle soit ravie pour son ancienne collègue, son départ peina beaucoup Alphonsine et lui fit prendre conscience qu’elle aussi devait chercher un emploi. N’étant pas chez elle, il fallait également qu’elle se mette en quête d’un autre logement. Cette étape était très éprouvante pour elle car elle n’avait toujours pas fait le deuil de Ruben et de Sarah Chemtov. Recommencer une nouvelle vie sans eux lui semblait être quelque chose d’insurmontable.

En janvier 1946, elle décrocha (grâce à Madeleine) un poste de vendeuse au Bon Marché. Son salaire n’était pas très élevé, mais au moins elle avait un emploi. Les premiers temps, elle avait eu du mal à se retrouver de l’autre côté de la barrière. Madeleine, qui était ravie d’avoir une nouvelle collègue avec qui elle s’entendait bien, l’avait beaucoup aidée à se sentir à son aise.

Au cours du mois de février 1946, alors qu’elle venait récupérer Hortense chez Mme Morel après le travail, celle-ci lui remit une lettre qui provenait du notaire de M. et Mme Chemtov. Ce dernier lui demandait de prendre expressément contact avec lui. Un rendez-vous fut programmé pour le samedi de la semaine suivante. Le jour J, maître Gondard, un homme grand et mince à l’allure très anglaise, réserva à Alphonsine un accueil chaleureux et lui exprima ses sincères condoléances pour la tragique disparition de ses patrons. Il l’invita à prendre place face à lui sur un large fauteuil en cuir. Sur son bureau était posé un dossier où l’on pouvait lire : « Succession Chemtov-Abergel ».

Alphonsine, fébrile, réprima un frisson.

— Mademoiselle, merci de vous être déplacée. Les récents événements m’ont conduit à vous convoquer à propos de l’héritage de M. et Mme Chemtov, ces derniers ayant pris des dispositions vous concernant.

— Moi ? dit-elle, surprise.

— Oui, Mademoiselle, vous. À leur demande, je suis passé les voir au mois de juillet 1944, car ils souhaitaient vous ajouter à leur testament.

— M’ajouter ? Testament ? balbutia-t-elle. Mais je… il me semble me souvenir maintenant, vous étiez venu un après-midi quelques jours après mon accouchement…

— Tout à fait. Ruben et Sarah m’avaient confié à plusieurs reprises qu’ils avaient beaucoup d’affection pour vous. Vous les avez beaucoup aidés, n’est-ce pas ?

— Ce sont surtout eux qui m’ont secourue, répondit-elle du tac au tac.

Le notaire sourit, chaussa ses lunettes rondes et lui lut de manière très solennelle les dispositions du couple : « Si nous ne survivons pas à cette guerre, nous léguons notre appartement et les deux chambres de bonne qui s’y rattachent, situés au 41 rue du Cherche-Midi, à Mlle Alphonsine Kergoat, née à Moustoir-Ac le 15 mars 1907. Nous lui sommes infiniment reconnaissants pour son aide précieuse et sa bienveillance à notre égard. Puisse ce lieu lui offrir sécurité et réconfort. Nous lui souhaitons une vie remplie de bonheur avec sa fille Hortense. Testament établi en présence de maître Gondard, le 24 juillet 1944. Ruben et Sarah Chemtov. »

Alphonsine, en larmes, fut incapable d’articuler la moindre parole. Un long silence s’abattit dans le bureau du notaire. Celui-ci la laissa respectueusement reprendre ses esprits. Elle n’en revenait pas ! Se pouvait-il que le couple lui ait fait un tel cadeau ? Ils étaient généreux et tolérants, mais de là à lui léguer leur magnifique appartement…

— Vous voilà donc propriétaire, mademoiselle Kergoat…

Comme Alphonsine ne répondait rien, il ajouta :

— Vous savez, pour avoir bien connu Sarah et Ruben, je ne suis absolument pas surpris par ce geste. Vous êtes chez vous désormais.

— Ce sera pour l’éternité chez eux, protesta-t-elle, entre deux sanglots.

La jeune femme et maître Gondard évoquèrent d’émouvants souvenirs que l’un et l’autre avaient respectivement vécus avec Ruben et Sarah Chemtov. Tous deux étaient d’accord, le couple resterait à jamais gravé dans leur mémoire pour leur charisme et leur noblesse d’esprit. De son côté, Alphonsine se confia au notaire en lui expliquant que ses bienfaiteurs avaient accueilli l’humble paysanne illettrée et rebelle de dix-sept ans qu’elle était jadis avec beaucoup de bienveillance. Jamais ils ne s’étaient permis de la juger et l’avaient toujours considérée comme un être à part entière. Elle ne les oublierait jamais. Maître Gondard acquiesça et lui apprit que le père et la mère de Sarah avaient malheureusement connu le même sort. Ils avaient été déportés au camp de Dachau lorsque le ghetto de Varsovie avait été détruit à la suite de son soulèvement en mai 1943. Avant de prendre congé d’Alphonsine, le notaire lui précisa que les parents de Ruben Chemtov la contacteraient afin de récupérer les objets personnels et les photos de famille ayant appartenu au couple. Pour l’heure, ils vivaient encore à New York et, d’après ce qu’il avait compris, n’avaient pas l’intention de revenir habiter en Pologne.

En sortant de l’office notarial, Alphonsine ressentit le besoin de faire un détour par la boutique de fleurs de Julien. Elle avait du mal à prendre la mesure de ce qui venait de se produire. Elle, propriétaire d’un luxueux appartement en plein cœur d’un des plus beaux arrondissements de Paris ! Serait-elle capable d’y vivre sans les Chemtov ? Son ami la rassura. Ce qu’elle éprouvait était parfaitement normal et, avec le temps, elle finirait par se sentir chez elle. Il ajouta que si le couple lui avait fait don de leur bien, c’était pour qu’elle soit épanouie et en sécurité avec Hortense, donc il ne tenait qu’à elle de ne pas les décevoir. Les mots que Julien prononça provoquèrent en elle une prise de conscience. Il avait raison. Les Chemtov, en lui offrant cet inestimable cadeau, lui demandaient de continuer à faire vivre leur cocon.

Elle passa récupérer sa fille chez la concierge à qui elle apprit la nouvelle. Mme Morel, très émue, l’enlaça affectueusement. Elle était ravie qu’Hortense et sa mère restent habiter dans l’immeuble auprès d’elle. Au moment où Alphonsine s’apprêtait à partir, elle réclama des clous et un marteau. Mme Morel s’étonna :

— Avez-vous quelque chose à réparer ?

— En quelque sorte… je veux juste remettre les choses à leur place ! déclara Alphonsine en prenant Hortense dans ses bras.

Lorsqu’elle pénétra dans l’entrée de ce qui était désormais « son » appartement, elle se revit le jour de son arrivée à Paris. L’abbé Cadic qui avait attendu qu’elle se recoiffe avant de sonner, Zofia leur ouvrant la porte, tout sourire, et Mme Chemtov, dans sa magnifique robe Chanel. L’enivrante odeur fantôme du parfum L’Heure bleue de Guerlain flotta autour d’elle. Elle ferma les yeux. Sarah Chemtov était là présente, à quelques centimètres d’elle. Elle repensa avec délice à ces fameuses brioches polonaises qu’elle avait goûtées pour la première fois ce jour-là. Elle posa Hortense par terre. La petite, qui marchait depuis peu, cavala maladroitement jusqu’au salon pour aller retrouver sa poupée en chiffon. Alphonsine se dirigea vers la cheminée. Avec d’infinies précautions, elle prit la mezouzah et retourna sur le palier. Mme Morel, intriguée par les coups de marteau, la rejoignit et la trouva, silencieuse, qui observait religieusement l’objet sacré.

— Voilà ! dit-elle en s’adressant à la gardienne. Sarah, Ruben et Zofia seront éternellement avec nous maintenant. Qu’ils reposent en paix…

TROISIÈME PARTIE

 

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