Manifestes du surréalisme

André Breton · Chapitre 10 sur 45

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Manifestes du surréalisme

Chapitre 8

 

 

Sur la montagne Sainte-Geneviève il existe un large abreuvoir où viennent se rafraîchir à la nuit tombée tout ce que Paris compte encore de bêtes troublantes, de plantes à surprises. Vous le croiriez desséché si, en examinant les choses de plus près, vous ne voyiez glisser capricieusement sur la pierre un petit filet rouge que rien ne peut tarir. Quel sang précieux continue donc à couler en cet endroit que les plumes, les duvets, les poils blancs, les feuilles déchlorophyl-lées qu’il longe détournent de son but apparent ? Quelle princesse de sang royal se consacre ainsi après sa disparition à l’entretien de ce qu’il y a de plus souverainement tendre dans la faune et la flore de ce pays ? Quelle sainte au tablier de roses a fait couler cet extrait divin dans les veines de la pierre ? Chaque soir le merveilleux moulage plus beau qu’un sein s’ouvre à des lèvres nouvelles et la vertu désaltérante du sang de rose se communique à tout le ciel environnant, pen-dant que sur une borne grelotte un jeune enfant qui compte les étoiles ; tout à l’heure il reconduira son troupeau aux crins millénaires, depuis le sagittaire ou flèche d’eau qui a trois mains, l’une pour extraire, l’autre pour caresser, l’autre pour ombrager ou pour diriger, depuis le sagittaire de mes jours jusqu’au chien d’Alsace qui a un œil bleu et un œil jaune, le chien des anaglyphes de mes rêves, le fidèle com-pagnon des marées.

 

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