Manifestes du surréalisme
Chapitre 11
La place du Porte-Manteau, toutes fenêtres ouvertes ce matin, est sillonnée par les taxis à drapeau vert et les voi-tures de maîtres. De belles inscriptions en lettres d’argent répandent à tous les étages les noms des banquiers, des cou-reurs célèbres. Au centre de la place, le Porte-Manteau lui-même, un rouleau de papier à la main, semble indiquer à son cheval la route où jadis ont foncé les oiseaux de paradis ap-parus un soir sur Paris. Le cheval, dont la crinière blanche traîne à terre, se cabre avec toute la majesté désirable et dans son ombre ricochent les petites lumières tournantes en dépit du grand jour. Des fûts sont éventrés sur le côté gauche de la place ; les ramures des arbres y plongent par instants pour se redresser ensuite couvertes de bourgeons de cristal et de guêpes démesurément longues. Les fenêtres de la place ressemblent à des rondelles de citron, tant par leur forme circulaire, dite œil-de-bœuf, que par leurs perpétuelles vapo-risations de femmes en déshabillé. L’une d’elles se penche sur la visibilité des coquilles inférieures, les ruines d’un esca-lier qui s’enfonce dans le sol, l’escalier qu’a pris un jour le miracle. Elle palpe longuement les parois des rêves, comme une gerbe de feu d’artifice qui s’élève au-dessus d’un jardin. Dans une vitrine, la coque d’un superbe paquebot blanc, dont l’avant, gravement endommagé, est en proie à des fourmis d’une espèce inconnue. Tous les hommes sont en noir mais ils portent l’uniforme des garçons de recette, à cette différence près que la serviette à chaîne traditionnelle est remplacée par un écran ou par un miroir noir. Sur la
– 83 – place du Porte-Manteau ont lieu des viols et la disparition s’y est fait construire une guérite à claire voie pour l’été.
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