Manifestes du surréalisme

André Breton · Chapitre 6 sur 45

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Manifestes du surréalisme

Chapitre 4

 

 

Les oiseaux perdent leur forme après leurs couleurs. Ils sont réduits à une existence arachnéenne si trompeuse que je jette mes gants au loin. Mes gants jaunes à baguettes noires tombent sur une plaine dominée par un clocher fra-gile. Je croise alors les bras et je guette. Je guette les rires qui sortent de la terre et fleurissent aussitôt, ombelles. La nuit est venue, pareille à un saut de carpe à la surface d’une eau violette et les étranges lauriers s’entrelacent au ciel qui descend de la mer. On lie un fagot de branches enflammées dans le bois et la femme ou la fée qui le charge sur ses épaules paraît voler maintenant, alors que les étoiles couleur champagne s’immobilisent. La pluie commence à tomber, c’est une grâce éternelle et elle comporte les plus tendres re-flets. Dans une seule goutte il y a le passage d’un pont jaune par des roulottes lilas, dans un autre qui la dépasse sont une vie légère et des crimes d’auberge. Au sud, dans une anse, l’amour secoue ses cheveux remplis d’ombre et c’est un ba-teau propice qui circule sur les toits. Mais les anneaux d’eau se brisent un à un et sur la haute liasse des paysages noc-turnes se pose l’aurore d’un doigt. La prostituée commence son chant plus détourné qu’un ruisseau frais au pays de l’Aile clouée mais ce n’est malgré tout qu’absence. Un vrai lis éle-vé à la gloire des astres défait les cuisses de la combustion qui s’éveille et le groupe qu’ils forment s’en va à la décou-verte du rivage. Mais l’âme de l’autre femme se couvre de plumes blanches qui l’éventent doucement. La vérité s’appuie sur les joncs mathématiques de l’infini et tout s’avance à l’ordre de l’aigle en croupe, tandis que le génie

 

– 68 – des flottilles végétales frappe dans ses mains et que l’oracle est rendu par des poissons électriques fluides.

 

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