Manifestes du surréalisme
Chapitre 19
Entre la source. La source a parcouru la ville à la re-cherche d’un peu d’ombre. Elle n’a pas trouvé ce qu’il lui fal-lait, elle se plaint tout en racontant ce qu’elle a vu : elle a vu le soleil des lampes, plus touchant que l’autre, il est vrai ; elle a chanté un ou deux airs à la terrasse d’un café et on lui a je-té de lourdes fleurs jaunes et blanches ; elle a ramené ses cheveux sur son visage mais leur parfum était si fort. Elle n’est que trop portée à s’endormir, est-il bien nécessaire qu’elle couche à la belle étoile parmi ses colliers d’insectes, ses bracelets de verre ? La source rit doucement, elle n’a pas senti ma main se poser sur elle ; elle se courbe insensible-ment sous ma main, pensant aux oiseaux qui ne veulent sa-voir d’elle que sa fraîcheur. Qu’elle prenne garde, je suis ca-pable de l’entraîner bien ailleurs, là où il n’y a plus ni villes ni campagnes. Un beau mannequin présentera cet hiver aux élégantes la robe du Mirage et savez-vous qui fera triompher l’adorable création ? Mais la source, bien sûr, la source que j’entraîne sans difficultés dans ces parages où mes idées re-culent au-delà du possible, au-delà même des sables inorga-niques où les Touaregs, d’origine moins obscure que moi, se contentent d’une vie nomade parmi leurs femmes excessi-vement parées. La source, elle est tout ce qui passe de moi dans le tournoiement des feuilles qui veillent là-haut, au-dessus de mes idées mouvantes que le moindre courant d’air déplace, elle est l’arbre que la cognée attaque sans cesse, elle saigne dans le soleil et elle est le miroir de mes mots.
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