Manifestes du surréalisme

André Breton · Chapitre 4 sur 45

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Manifestes du surréalisme

Chapitre 2

 

 

Moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, moins de larmes qu’il n’en faut pour mourir : j’ai tout compté, voilà. J’ai fait le recensement des pierres ; elles sont au nombre de mes doigts et de quelques autres ; j’ai distribué des prospec-tus aux plantes, mais toutes n’ont pas voulu les accepter. Avec la musique j’ai lié partie pour une seconde seulement et maintenant je ne sais plus que penser du suicide car, si je veux me séparer de moi-même, la sortie est de ce côté et, j’ajoute malicieusement : l’entrée, la rentrée de cet autre cô-té. Tu vois ce qu’il te reste à faire. Les heures, le chagrin, je n’en tiens pas un compte raisonnable ; je suis seul, je regarde par la fenêtre ; il ne passe personne, ou plutôt personne ne passe (je souligne passe). Ce Monsieur, vous ne le connaissez pas ? c’est Monsieur Lemême. Je vous présente Madame Madame. Et leurs enfants. Puis je reviens sur mes pas, mes pas reviennent aussi mais je ne sais pas exactement sur quoi ils reviennent. Je consulte un horaire ; les noms de villes ont été remplacés par des noms de personnes qui m’ont touché d’assez près. Irai-je à A, retournerai-je à B, changerai-je à X ? Oui, naturellement, je changerai à X. Pourvu que je ne manque pas la correspondance avec l’ennui ! Nous y sommes : l’ennui, les belles parallèles, ah ! que les parallèles sont belles sous la perpendiculaire de Dieu.

 

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