Manifestes du surréalisme
Chapitre 27
Il y avait une fois un dindon sur une digue. Ce dindon n’avait plus que quelques jours à s’allumer au grand soleil et il se regardait avec mystère dans une glace de Venise dispo-sée à cet effet sur la digue. C’est ici qu’intervient la main de l’homme, cette fleur des champs dont vous n’êtes pas sans avoir entendu parler. Le dindon, qui répondait au nom de Troisétoiles, en manière de plaisanterie, ne savait plus où donner de la tête. Chacun sait que la tête des dindons est un prisme à sept ou huit faces tout comme le chapeau haut de forme est un prisme à sept ou huit reflets.
Le chapeau haut de forme se balançait sur la digue à la façon d’une moule énorme qui chante sur un rocher. La digue n’avait aucune raison d’être depuis que la mer s’était retirée, avec force ce matin-là. Le port était, d’ailleurs, éclai-ré tout entier par une lampe à arc de la grandeur d’un enfant qui va à l’école.
Le dindon se sentait perdu s’il n’arrivait pas à émouvoir ce passant. L’enfant vit le chapeau haut de forme et, comme il avait faim, il entreprit de le vider de son contenu, en l’espèce une belle méduse à bec papillon. Les papillons peu-vent-ils être assimilés à des lumières ? Évidemment ; c’est pourquoi l’enterrement s’arrêta sur la digue. Le prêtre chan-tait dans la moule, la moule chantait dans le rocher, le rocher chantait dans la mer et la mer chantait dans la mer.
Aussi le dindon est-il resté sur la digue et depuis ce jour fait-il peur à l’enfant qui va à l’école.
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