Manifestes du surréalisme
Chapitre 21
Les personnages de la comédie se rassemblent sous un porche, l’ingénue aux accroche-cœurs de chèvrefeuille, la duègne, le chevalier de cire et l’enfant traître. Par-dessus les ruisseaux qui sont des estampes galantes, les jupes s’envolent à moins que des bras pareils à ceux d’Achille ne s’offrent aux belles à leur faire traverser les ruelles. Le départ des corvettes qui emportent l’or et les étoffes imprimées est sonné mainte et mainte fois dans le petit port. Le charmant groseillier en fleurs qui est un fermier général étend lente-ment les bras sur sa couche. Près de lui son épée est une li-bellule bleue. Quand il marche, prisonnier des grâces, les chevaux ailés qui piaffent dans son écurie semblent prêts à s’élancer dans les directions les plus folles.
Pendant ce temps les baladins se reprochent leur ombre rose, ils élèvent au soleil leur singe favori aux manchettes de papillon. Au loin on aperçoit un incendie dans lequel som-brent de grandes grilles : c’est que les forêts qui s’étendent à perte de vue sont en feu et les rires des femmes apparaissent comme des buissons de gui sur les arbres du canal. Les sta-lactites de la nuit, de toutes couleurs, ravivent encore l’éclat des flammes vers Cythère et la rosée, qui agrafe lentement son collier aux épaules des plantes, est un prisme merveil-leux pour la fin du siècle des siècles. Les voleurs, ce sont des musiciens immobiles contre le mur de l’église depuis qu’aux instruments de leur profession se sont trouvés mêlées des violes, des guitares et des flûtes. Un lévrier doré fait le mort dans chacune des salles du château. Rien n’a chance
– 104 – d’arracher le temps à son vol puisque les mêmes nuages que la veille se rendent à la mer qui bout.
Sur les remparts de la ville, une compagnie de chevau-légers, que caressaient les grisailles du soir, corsets et cottes de maille, va s’embusquer au fond de l’eau.
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