Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)

Chapitre 7

 

Quasiment chaque minute des vingt-quatre heures qui suivirent énerva Ian.

Rien n’allait. Landon s’était rapproché autant qu’il l’avait pu pour les récupérer, mais cela faisait encore beaucoup pour les pieds de Wavy.

Elle persistait à dire qu’elle n’avait pas besoin de soins médicaux lorsqu’ils la déposèrent devant le magasin de jardinage de la ville. Elle soutint que c’était là qu’elle vivait la plupart du temps.

Il aurait voulu en savoir plus : bon sang, mais qu’est-ce que ça voulait, dire, « la plupart du temps » ? Mais il se força à la laisser là sur le trottoir, avec un merci et un aurevoir laconique. Elle avait beau lui assurer qu’elle allait bien, il avait quand même l’impression d’être un con. Le regard que lui lança Landon empira encore l’état d’esprit de Ian.

Il était ici à Oak Creek dans un but précis. Et ce but n’était pas Wavy Bollinger, aussi attachante et charmante qu’elle fut.

Landon et Ian retournèrent à l’auberge du Maire, l’un des deux seuls hôtels de la ville, où ils avaient réservé des chambres le temps de leur séjour.

Ian se doucha, se fit examiner par le médecin mandaté par l’un de ses assistants, puis Landon nettoya et pansa la brûlure laissée sur son bras par la balle. Ils n’eurent pas besoin de faire remarquer à quel point il avait eu de la chance. Ou combien Wavy avait été chanceuse elle aussi. Si ces balles avaient été tirées par quelqu’un d’un peu plus doué pour le tir longue distance, ils seraient tous les deux morts.

Une fois le pansement terminé, ils se mirent à travailler sur l’affaire. Il y avait une tonne de choses à gérer. Tout d’abord, il fallait charger ce qu’il avait enregistré dans le bâtiment Hemingway pour que l’équipe de techniciens voie si cela leur apportait des informations utiles. Chaque fois qu’il repensait à ce qu’il avait perdu en laissant tomber sa tablette, il devait se faire violence pour desserrer les dents.

C’était la tablette qui était morte, pas lui. Il avait l’occasion de se battre une journée de plus, et c’était toujours une chose dont il fallait se réjouir.

Mais les mauvaises nouvelles affluaient au fil des heures. Pour commencer, ils apprirent que Kendrick et Neo n’avaient pas progressé sur le disque dur.

Silas Varela, un homme de main subalterne chez Mosaïque, menaçait Neo pour qu’elle sabote le processus. Apparemment, il l’avait sérieusement blessée, lui laissant des ecchymoses sur tout le corps, mais seulement à des endroits difficiles à voir. Kendrick l’avait découvert, et la soignait.

Ian s’était proposé de venir éliminer Varela de l’équation. Ils pourraient relâcher la pression pesant sur Neo, et le jeter dans une cellule de détention quelque part, jusqu’à ce que tout soit terminé. Mais quoi que ce type avait contre elle, elle n’était pas prête à prendre de risque, et refusait de dire de quoi il s’agissait. Kendrick essayait encore de comprendre, et il lui fallait plus de temps.

Le temps, cette chose dont ils ne disposaient pas.

Si cet enfoiré de Varela était prêt à faire du mal à Neo, alors il n’aurait pas de scrupules à en faire à d’autres. Ils devaient faire quelque chose à ce sujet. Kendrick leur promit de leur faire des rapports réguliers à mesure de leurs progrès.

Impasse numéro un.

— Tu es prêt à retourner sur la scène du crime ? lui demanda-t-il quelques heures après avoir raccroché avec Kendrick. J’ai eu des nouvelles de notre contact dans les forces de l’ordre. Le mandat pour aller fouiller le bâtiment Hemingway est arrivé. Ils sont prêts à te laisser les accompagner en tant que consultant.

— Le contact doit appartenir au secteur Omega.

— Ouais.

Sa collaboration avec le groupe de travail fédéral avait été de courte durée. Ces dernières années, ils s’étaient tenus à l’écart les uns des autres. Cela fonctionnait mieux pour tout le monde.

Bien sûr, au cours de cette période, tous pensaient aussi que Mosaïque avait disparu. Aujourd’hui, collaborer avec le secteur Omega était inévitable.

Ian se leva, laissant une masse de paperasse autour de lui sur le petit bureau de la chambre d’hôtel.

— Allons-y. J’espère simplement que nous arriverons à temps pour que Mosaïque n’ait pas le temps d’effacer ses traces.

Tous deux étaient au téléphone quand ils quittèrent Oak Creek en direction de Reddington City. L’équipe technique de Zodiac était toujours en train d’examiner les images de son téléphone. Mais s’ils pouvaient récupérer ce qui se trouvait effectivement à l’intérieur du bâtiment, cela leur fournirait bien plus d’informations sur Mosaïque.

Landon et Ian s’entretenaient avec différents contacts en arrivant à Reddington City. Il poussa un juron quand une sorte de barrage de police les obligea à contourner la ville par le sud pour revenir au bâtiment Hemingway. Chaque seconde de retard ajoutait à sa frustration, et offrait plus de temps à Mosaïque pour effacer leurs traces.

Quand ils durent s’arrêter à presque deux kilomètre du bâtiment, il comprit qu’il y avait un plus gros problème. Personne ne pouvait bouger.

Landon et lui sortirent de la voiture, et aussitôt, ils la virent.

La fumée. Une tonne de fumée au loin devant eux.

Les gens étaient alignés le long du pâté de maison, en train de regarder. Landon s’approcha d’une vieille dame et lui offrit l’un de ses charmants sourires.

— Savez-vous ce qui s’est passé ? demanda-t-il.

Elle secoua la tête et fit claquer sa langue.

— Il y a un énorme incendie dans des immeubles de bureaux en haut de la rue. J’ai entendu dire que beaucoup de gens sont morts.

Landon et son ami se regardèrent, puis se mirent à courir en direction du bâtiment Hemingway, évitant les gens au passage. Nul n’était besoin d’être un génie pour comprendre ce qui se passait, même si Ian espérait se tromper.

Ils franchirent la première série de barricades avec un peu de discrétion. Mais quand ils se rapprochèrent, des policiers les arrêtèrent.

L’un d’eux attrapa Ian par le bras.

— Hé, vous n’avez pas le droit d’être ici. Seuls les personnels de secours ont accès.

Ian se secoua pour qu’il relâche sa prise. Landon et lui n’appartenaient pas aux services de secours. Bon sang, ils n’avaient même pas de badge. Mais il vit que c’était effectivement le bâtiment Hemingway qui brûlait.

Il devait entrer pour voir s’il y avait quelque chose à sauver. Il avait presque tout donné pour arrêter Mosaïque la première fois. Il n’allait pas laisser un flic en uniforme, qui n’avait aucune idée de ce qui se passait vraiment, l’empêcher d’aller à l’intérieur. L’agent l’attrapa à nouveau et il se retourna en grognant.

La main de Landon se referma sur l’épaule de Ian. Ce fut la seule chose qui l’empêcha de commettre un acte qui aurait pu le conduire en prison, comme par exemple frapper un policier.

Landon tira Ian dans son dos et sourit à l’agent.

— Nous faisons partie de l’équipe d’investigation. Que s’est-il passé exactement ?

Le type lui jeta un regard, puis haussa les épaules.

— Mon pote, je n’en ai aucune idée, mais vous n’avez pas le droit d’être là. J’ai des ordres stricts. Il y a beaucoup de morts.

— Merci, Monsieur l’agent. Ces deux-là sont avec moi. Je m’en occupe à partir de là, dit une voix dans leur dos.

Ian se retourna face à un homme qu’il n’avait jamais vu et qui tenait un badge fédéral. Le policier hocha la tête et s’en alla empêcher quelqu’un d’autre de trop s’approcher.

— Callum Webb. Le secteur Omega m’a envoyé en tant qu’agent de liaison.

Ils serrèrent la main de l’homme. Webb était grand, dans les 1m85 comme Ian, avec des cheveux et des yeux foncés. Il avait la trentaine et il était en forme, avec une vigilance dans le regard, comme tous les agents du secteur Omega qu’il avait rencontrés, et comme son équipe de Zodiac. Il portait peut-être un costume acheté dans un magasin assez bon marché, mais il était prêt à agir si nécessaire.

— Je suis Ian DeRose. Voici Landon Black.

Callum hocha la tête.

— Je sais qui vous êtes. En fait, j’étais dans les parages quand vous avez affronté Mosaïque la première fois, mais vous ne me connaissiez pas.

— Nous devons entrer dans ce bâtiment, insista Ian en pointant la fumée du doigt.

Il secoua la tête.

— Non. J’ai déjà vérifié. Seuls les pompiers ont accès. Ça brûle trop fort.

Merde !

— Que s’est-il passé ?

Callum les conduisit un peu à l’écart quand des membres des services d’urgence arrivèrent en courant.

— Je suis encore en train de le découvrir. La version officielle, c’est « défaillance électrique catastrophique », qui a entraîné une explosion assez massive. À l’heure où je vous parle, nous avons recensé au moins huit cadavres.

Ian se passa une main sur le visage. Mosaïque avait incendié tout le bâtiment pour les empêcher d’accéder à ce qu’il y avait à l’intérieur.

— Putain !

Callum hocha la tête.

— Ils ne se sont pas contentés de faire sauter ce bâtiment, ils ont détruit ceux qui se trouvaient de chaque côté.

C’était de pire en pire.

— J’étais à l’intérieur il y a deux jours. Il y avait une énorme quantité d’informations sur Mosaïque dans ce bâtiment.

Callum croisa les bras.

— Je vais donc supposer que vous vous êtes fait surprendre ?

Ian se tourna vers lui.

— Je ne suis pas mort, c’est donc que je n’ai pas été attrapé.

— Si vous étiez passé par les canaux appropriés, que vous nous aviez informés de votre plan, nous aurions pu prendre Mosaïque par surprise avant qu’ils n’aient l’occasion de tout effacer, et de tuer des innocents en passant.

Ian imita la posture de Callum, croisant à son tour les bras.

— La dernière fois que je suis passé par les « canaux appropriés » avec vous, ça a failli me faire tuer.

Callum grimaça.

— J’ai lu le rapport à ce sujet. Je suis désolé.

Ian hocha la tête.

— Nous n’avions pas le temps de faire approuver ça par une commission, alors Landon et moi y sommes allés. Une fois que nous étions certains qu’il y avait quelque chose, nous avons demandé un mandat. C’est sans doute ça qui les a alertés.

Callum eut le bon sens de ne pas protester.

— Si Mosaïque est de retour, nous voulons les faire tomber.

— D’après ce que j’ai vu, non seulement ils sont de retour, mais ils sont sacrément bien organisés et très étendus. J’ai capté une partie des données sur mon téléphone. Mon équipe technique travaille actuellement dessus. Je vous tiendrai informés de ce que nous trouverons.

Callum approuva d’un signe de tête. Ian était un peu surpris qu’il n’ait pas insisté pour que ses hommes s’en occupent. Tant mieux. Les hommes de Ian étaient meilleurs et plus rapides que n’importe qui travaillant dans les forces de l’ordre.

Ils comprirent rapidement qu’ils perdraient leur temps à rester là. Ils ne pourraient rien faire sur place, et il faudrait des heures, voire des jours avant que quiconque puisse accéder au bâtiment. D’ici là, il n’y aurait plus rien d’utilisable contre Mosaïque. Il en était convaincu. Callum resta sur place, et il accepta de les tenir au courant s’il trouvait quelque chose. Landon et Ian repartirent à Oak Creek.

Impasse numéro deux.

Ils rentrèrent, et Ian s’effondra pendant quelques heures. Le rapport de Callum qu’il reçut à son réveil confirma ce qu’il savait déjà : après l’incendie, il ne restait plus rien du bâtiment. Pas un seul ordinateur ni même une feuille de papier n’avaient pu être récupérés. Et au dernier décompte, le nombre de cadavres s’élevait à onze. Il y avait des dizaines de blessés.

— Tu veux aller manger un morceau au Frontier ? demanda Landon, alors qu’ils étaient tous les deux assis, à essayer d’assimiler la perte que représentait l’incendie.

— Non. Ramène-moi quelque chose.

— Tu es sûr ?

Ian avait-il envie de voir Wavy ? Oui. Pour de multiples raisons. Pour savoir si ses pieds allaient bien. Pour la remercier une fois de plus de lui avoir sauvé la vie.

Pour la voir sourire.

Mais rien n’avait changé depuis qu’il l’avait déposée. Elle représentait toujours une distraction qu’il ne pouvait s’accorder.

— Je suis sûr. Je vais contacter les techniciens et voir ce qu’ils ont pu tirer de ma vidéo.

Il ne s’attendait pas à ce que Landon revienne avant un moment. Il se dit qu’il bavarderait avec les honnêtes citoyens d’Oak Creek plutôt que de rentrer rapidement, et notamment avec une certaine serveuse. Ian était d’autant plus furieux qu’il ne serait pas celui qui lui parlerait. Mais il lui donna tort en arrivant avec un café et un déjeuner avant qu’il n’ait eu le temps de recueillir tous les détails auprès de son équipe technique.

— Jenna, Landon vient d’arriver. Je vais passer l’appel en vidéo.

Jenna Franklin, co-directrice du département technique, effectua la transition en un clin d’œil. Nous travaillons sur ton enregistrement sous tous les angles, y compris une éventuelle attaque latérale pour récupérer des données. Salut Landon ! Et nous devrions avoir des résultats concluants d’ici quarante-huit heures.

— Salut, Jenna, répondit Landon en posant le café devant lui.

Ian le remercia d’un signe de tête.

— Est-ce que vous avez quelque chose d’exploitable pour le moment ? demanda-t-il. Landon voulait se mettre à agir. Mosaïque avait failli tuer Wavy et Ian, et presque une douzaine d’innocents avait péri.

Il commençait à se sentir nerveux de la gâchette.

— Erick Huen, annonça Jenna.

Ian dut reposer son café avant d’écraser le gobelet en papier. Landon le regarda.

— C’est quoi le problème avec lui ? lui demanda ce dernier.

— Aucun doute, il fait partie de Mosaïque nouvelle version. Nous avons trouvé son nom à au moins deux reprises dans votre vidéo. Nous sommes toujours en train de chercher ce que nous pouvons trouver d’autre à son sujet. Vous le connaissez ?

— Ouais. C’était le meilleur ami de mon frère. Et il était présumé mort.

Landon siffla entre ses dents.

— Ces derniers mois commencent à avoir beaucoup plus de sens maintenant.

— Je vais prendre cette conversation comme une manière de me dire de me concentrer sur Huen, dit Jenna. Nous vous enverrons toutes les informations pertinentes au plus tôt, boss.

— Quand il est question d’Erick Huen, transmettez-moi toutes les infos, qu’elles vous semblent pertinentes ou non.

Jenna hocha la tête.

— Sans faute.

Ils mirent fin à l’appel, et Ian se tourna vers Landon. Son repas refroidissait, mais il ne pouvait pas l’avaler pour le moment.

— Erick Huen, répéta-t-il en se calant dans sa chaise. Pas étonnant que j’aie eu l’impression que toute cette histoire avec Mosaïque était personnelle. Il me déteste parce que j’ai tué Grant.

Landon haussa les épaules.

— Grant méritait de mourir.

— Ça change les choses. Si on a affaire à Erick… commença-t-il avant de s’interrompre quand son téléphone sonna. Sergot. Qu’est-ce qui se passe ?

Ian mit l’appel sur haut-parleur pour que Landon puisse participer.

— Un de nos logiciels de reconnaissance faciale a identifié Bronwyn il y a dix-huit heures.

— Où ?

— À New York. Je vais la chercher.

Landon et Ian se frottèrent les yeux sans répondre. Le temps que Sergot arrive à New York, Bronwyn serait partie depuis longtemps.

— Vous n’avez pas besoin de me dire quoi que ce soit, lança Sergot. Je sais que les chances de la retrouver sont minces. Mais je sais aussi que la probabilité que je reste assis ici dans ce bureau à Denver sans devenir complètement dingue est encore plus mince. Alors j’y vais. Je prendrai un congé, s’il le faut.

Ian laissa échapper un soupir.

— Tu n’as pas besoin de prendre un congé. Simplement… surveille tes arrières. Nous venons de découvrir qu’Erick Huen fait partie de Mosaïque, ce qui signifie que c’est plus personnel que nous le pensions. Emmène quelqu’un avec toi à New York si tu veux du renfort. Signale-nous immédiatement si tu as des informations.

— Compris.

Sergot mit fin à l’appel sans dire au revoir.

— Ce mec doit vraiment travailler sur ses compétences relationnelles, remarqua Landon.

— Je ne crois pas que Sergot considère que les « compétences relationnelles » en soient vraiment. Les gens ne sont rien de plus qu’un mal nécessaire à son travail.

Sergot était plus âgé qu’eux. Posé sur tous les plans. Il se fichait d’être amical. Cependant, il n’y avait personne que Ian aurait préféré avoir à ses côtés dans un combat. Il était capable de mourir pour les gens auxquels il tenait.

Mais son obsession pour Bronwyn était-elle due à ce besoin d’aider un de ses coéquipiers, ou était-elle plus personnelle ?

Sergot n’était pas du genre à s’asseoir et parler de ses sentiments, alors ils ne le sauraient peut-être jamais.

Il s’obligea à manger son burger froid.

— Je suppose qu’il va nous manquer un homme pendant quelques temps.

Ce n’est pas le bon moment pour ça. Se diviser était le moyen le plus rapide d’être conquis.

Ian resta assis à son petit bureau sur sa chaise pourrie pendant quelques heures encore, passant en revue les séquences que Jenna lui avait envoyées, pour y déceler tout détail pertinent qui aurait pu leur échapper.

En dehors du nom d’Erick, il ne trouva pas grand-chose. Il en avait assez.

— Je vais au centre d’entraînement de Linear. Il faut absolument que je me défoule de cette merde, soit dans leur gymnase, soit sur leur ring, avant de m’arracher les cheveux.

Il ne pouvait pas rester dans cette chambre d’hôtel plus longtemps. Mosaïque était de plus en plus inaccessible et il devait évacuer toute cette frustration accumulée.

Il s’interrompit quand un coup fut frappé à la porte.

Il regarda Landon.

— Tu attends quelqu’un ?

Il secoua la tête. Ils avaient tous les deux dégainé leurs armes quand Ian regarda par le judas.

Wavy.

Il ne voulait pas la voir. Pas maintenant, pas dans son état mental, mais il ouvrit quand même la porte.

— Salut ! dit-elle, un grand sourire sur le visage, comme toujours. Je t’ai apporté de la tarte, histoire de te remonter le moral en milieu de journée. Je te promets de ne pas te la jeter dessus.

— Merci, répondit-il. J’apprécie.

Elle se déplaça d’un pied sur l’autre. Il sentait qu’elle voulait lui parler, essayer de le faire sortir de cette chambre d’hôtel sombre pour le faire entrer dans la lumière.

Dans sa lumière. La lumière de son sourire.

Il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas faire ça avec elle maintenant.

— Merci d’être venue avec la tarte.

Sa voix était plus dure qu’il ne l’aurait voulu. Trop brusque. Bon sang, il s’y prenait mal. Il était frustré, mais il n’avait pas besoin de reporter ça sur elle.

— Je t’en prie. Est-ce que tu voudrais…

Ian l’interrompit.

— Ce n’est vraiment pas le bon moment. Mais merci encore.

— Oh, d’accord, répondit-elle, puis elle marqua une pause. Eh bien, je t’en prie. J’espère qu’elle te plaira.

Elle lui adressa un petit signe de la main maladroit, et son sourire s’estompa alors qu’elle se retournait pour s’en aller.

Il referma la porte avec l’envie de balancer la boîte à travers la pièce.

— Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?

— De quoi tu parles ?

Ian savait de quoi il parlait. Il se comportait comme un con.

— Elle a apporté de la tarte. J’ai pris la tarte. J’ai dit merci.

— Doux Jésus. Et tu penses que Sergot manque de compétences relationnelles ? Pourquoi tu ne lui as pas demandé comment allaient ses pieds ? Et pourquoi ne pas l’inviter à entrer et discuter quelques minutes ? Et si tu sortais avec elle ?

Il secoua la tête.

— Ce n’est pas comme ça. Ce n’est pas pour ça que je suis là. Elle n’est pas la raison de ma présence ici.

— Elle t’a sauvé la vie. Et tu n’as pas trouvé deux minutes de ce précieux temps que tu passes à ne rien faire pour qu’elle se sente un peu la bienvenue. Tu as raison. Tu as vraiment besoin d’aller au centre de Linear Tactical. Et si tu as envie de monter sur le ring, je serai ravi de te botter le cul.

— J’ai hâte de te voir essayer.

Landon et Ian étaient à égalité sur le ring. Ian était plus grand et plus fort, mais Landon était plus rapide.

Très bien, abruti. Pourquoi tu ne déchargerais pas ton agressivité sur quelqu’un qui le mérite ?

— Genre toi ? demanda-t-il, les yeux plissés.

Il passa près de Ian et sortit.

— Genre toi, plutôt. Allons-y.

Landon ne lui décrocha pas un mot durant tout le trajet jusqu’à la propriété de Linear Tactical. Ils se garèrent devant le bureau et entrèrent. Zac Mackay et Finn Bollinger, le frère de Wavy, étaient assis à leur bureau.

— Est-ce qu’on peut utiliser votre matériel d’entraînement et votre ring ? demanda Landon sans prendre le temps de les saluer alors qu’il franchissait la porte.

Aussitôt, Zac répondit, tout en jetant un regard à Finn.

— Bien sûr. Vous avez besoin d’un arbitre ?

— Non, je vais lui botter le cul. Pas besoin d’arbitre.

Landon se retourna et franchit la porte en direction du centre d’entraînement.

Les yeux ronds de Zac et Finn étaient presque comiques quand ils regardèrent Ian.

— Je ne crois pas avoir jamais vu Landon aussi en colère, constata Zac. Il est toujours tellement facile à vivre, je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse perdre son sang-froid.

Ian regarda son ami à travers la porte ouverte.

— Il ne le fait jamais en temps normal. Il pense que je ne suis qu’un sale con.

— Et c’est le cas ? demanda Finn.

— Oui.

Il ne lui précisa pas que c’était envers sa sœur qu’il se comportait comme un con, sinon il se retrouverait sûrement à se battre contre deux personnes.

Zac se leva.

— Je crois que j’ai envie de voir ça.

Finn était juste derrière lui.

— Oh, moi aussi.

Génial. Maintenant ils allaient avoir un public pendant que Landon lui infligerait une énorme raclée.

Ian avait effacé le sourire de Wavy Bollinger. Même si les nouvelles qu’il avait reçues étaient merdiques et que la situation était critique avec Mosaïque, rien ne pouvait justifier cela.

Il méritait ce qui allait lui arriver.

OceanofPDF.com