Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)

Chapitre 19

 

Sept heures après que Ian avait eu quitté l’immeuble où Erick Huen avait attiré Wavy, ils étaient assis autour d’une table de réunion dans les bureaux de Zodiac Tactical à Denver. Tous les membres clés de son équipe étaient en conférence téléphonique avec eux. Il voulait que toutes les personnes en qui il avait confiance travaillent à retrouver Wavy.

Zac et Finn étaient venus avec eux sur son invitation, et aussi parce que le second n’allait pas accepter d’être tenu à l’écart alors qu’il s’agissait de sa sœur. Kendrick et Neo participaient aussi à l’appel vidéo, prêts à aider de toutes les manières possibles.

Callum était présent également. Ils ne s’étaient pas reparlé depuis le débriefing concernant la mort de Varela. Ian savait que cette affaire le mettait en difficulté avec ses supérieurs.

Sergot était la seule personne qui manquait, et qu’il aurait désespérément voulu voir. Il était toujours à la recherche de Bronwyn.

Cela faisait maintenant neuf heures que personne n’avait vu Wavy.

Toutes les personnes présentes autour de la table et participant à la conférence téléphonique étaient conscientes que chaque minute qui s’écoulait sans indices ni nouvelles du kidnappeur diminuait les chances de survie de la victime. Ian refusait d’en tenir compte.

Une photo de Wavy et de son magnifique sourire occupait la moitié de l’écran de chacun. C’était presque douloureux à regarder. Elle semblait si amicale et gentille.

— Voici Wavy Bollinger, annonça-t-il. Elle a été enlevée il y a neuf heures par Erick Huen, l’un des leaders de Mosaïque 2.0. C’était une attaque personnelle contre moi. C’est ma… commença Ian sans trop savoir comment terminer. C’est ma petite amie.

Cela semblait bien trop banal et simpliste pour décrire ce que Wavy était pour lui. Mais c’était le terme le plus facile pour l’expliquer à tout le monde.

— As-tu reçu une demande de rançon, boss ?

C’était Tristan Zimmerman qui avait posé la question. Lui et son frère jumeau, Andrew, connaissaient tous deux Wavy.

— Non. Si c’était le cas, crois-moi, je l’aurais déjà payée. S’il suffisait d’argent pour récupérer Wavy, je dépenserais jusqu’au dernier dollar.

Zodiac gérait en permanence des situations d’enlèvements et de demandes de rançons pour des entreprises, la plupart du temps dans des pays étrangers. En général, les cas d’enlèvement qui connaissaient l’issue la plus favorable étaient ceux où les ravisseurs demandaient de l’argent pour la restitution de leurs victimes, et qu’il leur était versé. Une transaction commerciale simple, bien qu’effrayante.

Malheureusement, ce n’était pas le cas dans l’affaire concernant Wavy.

— Crois-tu que c’est une manœuvre pour que tu renonces à t’attaquer à Mosaïque ? poursuivit Tristan. Ils savent que Varela travaillait sous couverture pour toi, et que c’est toi qui as causé la chute du groupe la première fois, alors peut-être qu’ils veulent te garder sous contrôle.

— C’est une possibilité, répondit Ian. Et si nous entendons quelque chose qui va dans ce sens, je ne manquerai pas de vous en informer. Je ne cacherai rien.

Plus maintenant.

Ian fit apparaître la photo d’Erick sur tous les écrans.

— Nous savons que c’est Erick Huen qui a enlevé Wavy, et nous savons que c’est l’un des quatre nouveaux dirigeants de Mosaïque. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’il me reproche d’avoir tué son meilleur ami il y a deux ans quand j’étais sous couverture au sein de l’organisation. Le meilleur ami d’Erick n’était autre que son directeur, Grant Sabre.

Il afficha une photo de l’homme en question. Avec suffisamment de temps, quelqu’un finirait par faire le rapprochement, mais il ne pouvait pas attendre.

— Le nom de Grant Sabre était en réalité une combinaison de son véritable second prénom, et d’un surnom dont il avait hérité quand il était plus jeune, « le Sabre ». Son nom officiel était Timothy Grant DeRose.

Le silence retomba dans la pièce. Personne ne dit rien. Personne ne respirait. Ceux qui tapaient sur leurs claviers s’interrompirent.

— J’ai tué mon frère, qui était le meilleur ami d’Erick, sous ses yeux.

Grant avait tué Ian plusieurs fois d’abord, mais il omit cette partie.

Finn fut le premier à s’en remettre.

— Ton frère était à la tête de la première version de Mosaïque ?

Ian acquiesça d’un hochement de tête.

— C’est pour ça qu’on m’y a envoyé sous couverture à l’origine. Il est de notoriété publique que j’ai hérité de l’argent de mon père à sa mort. Ce que vous ne savez pas, c’est qu’une grande partie de cet argent a été gagnée par des moyens illégaux. J’ai quitté l’entreprise familiale à l’âge de dix-huit ans pour m’engager dans l’armée : je n’avais aucune envie d’être mêlé à ça. Je ne suis pas parti en bons termes.

Tout le monde écoutait et hochait la tête, alors il poursuivit.

— Il y a environ trois ans, mon père est mort. À un moment donné, au cours des dix années pendant lesquelles je ne lui avais pas parlé, il s’était ravisé et racheté une conduite. Ce qui n’était pas le cas de mon frère, Grant. Ils ont emprunté des chemins différents, mais quand mon père est mort, c’est à moi qu’il a légué tout son argent, et pas à Grant. Il n’est pas difficile de comprendre que ça l’a quelque peu énervé, vu le nombre d’années où il avait loyalement servi aux côtés de mon père. Mais à ce stade, Grant avait bâti son propre réseau criminel, le Mosaïque originel.

— Voilà pourquoi le secteur Omega a approché Ian pour qu’il travaille sous couverture. Pas à cause de sa richesse nouvellement acquise, mais en raison de ses liens avec Grant, expliqua Callum.

Ian frotta le point de sa nuque où la tension s’était accumulée toute la journée. Ce n’était pas son sujet de conversation favori, même dans de bien meilleures circonstances.

— Oui. J’ai convaincu mon frère que j’en avais ma claque de la vie de bon garçon, et que je voulais revenir dans le business familial. Comme Papa m’avait légué son argent, nous pourrions le partager et contrôler le monde ensemble, etc. Dans l’intervalle, mon plan n’a jamais changé : je voulais les faire tomber, lui et Mosaïque. Le plan a fonctionné.

Landon croisa les bras. Dire que cela avait fonctionné était bien trop simpliste.

— Il a marché, mais avant que je puisse mettre Grant hors d’état de nuire, il a compris que j’étais sous couverture. J’ai été… interrogé longuement.

Seuls Callum et Landon connaissaient les détails, mais tous les autres comprirent qu’il avait été torturé. Ils n’avaient pas besoin d’en savoir plus.

— Au final, j’ai tué Grant pour m’échapper. Le reste de l’organisation a été démantelé. Erick Huen a été blessé quand nous sommes intervenus pour procéder à toutes les arrestations, et il était présumé mort. Mais manifestement, il ne l’est pas.

Ian avait commis une erreur, que Wavy était en train de payer. Il n’avait pas traqué Erick comme il aurait dû, parce qu’il avait tenté de raisonner Grant chaque fois que celui-ci avait renvoyé Ian dans son cercueil jusqu’à ce qu’il en meure. Mais visiblement, toute la bienveillance qu’Erick aurait pu avoir envers lui avait pris fin lorsque Ian avait tué son frère.

Son équipe tentait de digérer tout ça : c’était une histoire plus compliquée qu’ils ne l’auraient pensé.

— D’accord. Maintenant vous avez toute l’histoire. Nous savons qui détient Wavy, et que c’est une affaire personnelle. Et nous sommes tous conscients que c’est le pire des scénarios. Alors, travaillons avec des données réelles et récupérons-la. C’est une priorité absolue pour tout le monde.

L’équipe scientifique fut la première à faire son rapport. Ils n’avaient pas trouvé d’empreintes exploitables en dehors de celles de Wavy et d’Erick. Il avait loué cet endroit en particulier parce qu’il y avait des garages attenants. Une caméra de surveillance avait filmé le départ d’une camionnette blanche banale peu après l’arrivée de Wavy, mais elle avait sillonné la ville et l’équipe de techniciens l’avait perdue. Ils étaient encore à sa recherche.

Ian cliqua sur quelques boutons pour afficher Kendrick en plein écran.

— Kendrick, peux-tu nous faire un point sur l’avancement avec le disque dur ?

Celui-ci hocha la tête et passa un bras autour de Neo. Elle semblait encore un peu mal en point après ce qu’elle avait traversé entre les mains de Varela.

— Il était plein de trucs médicaux assez effrayants. Des méthodes de traitement d’êtres humains qui reposent sur un savant mélange de modifications génétiques, de drogues et de neuro-inhibiteurs pour laver le cerveau de leurs victimes. En gros, Mosaïque est en mesure de créer un parfait esclave prêt à faire ce pour quoi il a été programmé. Tout en croyant faire ce qui est juste.

Le silence retomba sur la salle. Finn serra les poings. Ian lutta de toutes ses forces pour s’empêcher de faire de même. L’idée que Wavy devienne une stupide esclave sexuelle lui consumait les tripes.

Jenna Franklin, qui prit la parole au nom des nerds, expliqua ce que faisait leur équipe. Elle-même avait vécu un enlèvement traumatisant avant de venir travailler pour Ian. Elle prenait donc le sujet très au sérieux. L’équipe technique poursuivait ses recherches sur Erick Huen ainsi que sur les trois autres dirigeants potentiels de Mosaïque que Varela leur avait indiqués. Cela passait avant tout le reste.

Callum leur assura que son groupe de travail des forces de l’ordre suivrait également toutes les pistes pour retrouver Wavy.

Il était presque minuit quand la réunion prit fin. Il avait les meilleures personnes au monde à ses côtés pour rechercher Wavy. S’il était possible de la retrouver, ils y parviendraient.

Si.

 

Une semaine plus tard, ils n’étaient pas plus avancés dans la recherche de Wavy que lors de la réunion.

Ian fixait la ligne d’horizon de Denver depuis son appartement. Il n’avait pas dormi plus de deux heures depuis l’enlèvement de la jeune femme. Il avait épuisé toutes les possibilités, exploité tous les contacts que chacun d’entre eux avait jamais connus pour tenter de découvrir la moindre information sur l’endroit où elle se trouvait. Il avait proposé de l’argent, menacé des vies, recouru à la violence physique… mais en vain.

Il attendait toujours des nouvelles d’Erick Huen. Une sorte de demande de rançon ou un appel arrogant pour expliquer combien il était plus malin qu’Ian et qu’il lui avait dérobé Wavy presque sous ses yeux. Ou pire, une vidéo d’elle en train d’être torturée.

Au risque que cela détruise ce qui restait de son âme, au moins il saurait qu’elle était vivante.

À présent, seul avec le silence, il n’avait plus aucune idée.

Il ne savait pas si un jour elle se tiendrait de nouveau à ses côtés pour contempler cette vue. Il ignorait s’il l’entendrait rire à nouveau, s’il reverrait ses yeux verts scintiller pour quelque chose que les autres n’avaient pas repéré, parce qu’ils ne regardaient pas le monde comme elle.

Landon l’avait banni du bureau quelques heures plus tôt. Ian lui avait répondu d’aller se faire voir, mais ensuite, son ami lui avait souligné la pure vérité : il entravait les efforts pour secourir Wavy en aboyant sans cesse sur tout le monde et en exigeant des informations qu’ils n’avaient pas.

Landon avait raison. Au moins, Ian s’en était enfin rendu compte quand son bras droit lui avait signalé. Alors il était parti et était venu ici.

Pour une fois, il n’avait pas hésité avant de monter dans l’ascenseur. Il aurait pu s’enfermer dans un millier d’ascenseurs si cela l’aidait à récupérer Wavy.

Son téléphone bipa, lui indiquant que quelqu’un arrivait par ledit ascenseur. Il ne regarda pas qui c’était. Il ne pouvait qu’espérer que ce soit un méchant assez stupide pour essayer de le voler maintenant. Au moins, cela lui offrirait une excuse pour casser la gueule à quelqu’un.

Ou même, au point où il en était, ce serait un soulagement si quelqu’un lui cassait la gueule.

La porte du balcon s’ouvrit, mais il ne se retournait toujours pas.

— Comment tu tiens le coup, boss ?

Sergot.

À cet instant, il se retourna.

— Je te croyais parti.

Sergot haussa les épaules.

— J’ai appris ce qui s’est passé avec Wavy. J’ai passé les derniers jours à suivre quelques pistes possibles.

Quelque chose s’apaisa légèrement en Ian. Il savait que Sergot aurait eu vent de ce qui était arrivé à la jeune femme. Il s’était senti blessé, plus qu’il n’aurait voulu l’admettre, qu’il ne soit pas revenu pour aider.

Certes, cette infime douleur équivalait à une piqûre d’épingle sur une entaille de vingt centimètres, mais elle était tout de même présente. C’était bon de savoir qu’il avait aidé à distance. Il tendit la main que Sergot serra.

— J’espère que tu as eu plus de chance que nous.

— C’est possible. J’ai appris l’existence d’un laboratoire par une voie détournée.

Ian secoua la tête. Au vu du caractère médical de ce que fait Mosaïque, la modification des gènes et les neuro-inhibiteurs, nous avons déjà passé au crible tous les laboratoires et établissements médicaux liés à quiconque a un rapport avec l’organisation.

— Pas celui-là. Il y a effectivement des liens avec Erick Huen, mais rien de notable. C’est un laboratoire caché. Je dois t’avertir, ce n’est pas le meilleur endroit pour s’introduire.

Il s’éloigna de la balustrade.

— Je m’en fiche. Si c’est une piste, on va le tenter.

Sergot lui attrapa le bras quand il voulut passer devant lui.

— C’est une configuration de merde, Ian. Nous n’aurons pas l’avantage tactique. Ils bénéficieront de tous les atouts.

— Rien à faire, répondit Ian quand il comprit enfin. C’est pour ça que tu es là. Tu penses que Bronwyn se trouve là-bas et tu voulais t’y introduire, mais tu ne pouvais pas le faire seul.

— Je ne vais pas mentir. J’ai obtenu cette piste en cherchant Bronwyn, et elle pourrait se trouver au même endroit. Mais tu m’as clairement fait comprendre que Bronwyn n’était pas ta priorité absolue.

Ian se frotta les yeux. Il devait des excuses à cet homme, son ami. Ce n’était que maintenant que Wavy avait été enlevée qu’il le voyait clairement.

— Sergot, au sujet de Bronwyn… Je n’aurais jamais dû…

L’autre homme leva une main pour l’interrompre.

— Non. Pour l’instant, on s’introduit dans ce labo, on travaille sur le problème. Nous aurons le temps de nous faire des câlins et de chanter le Kumbaya plus tard.

Ian acquiesça d’un signe de tête. Le temps des excuses et des réparations de la relation brisée entre Sergot et lui devrait attendre.

— Rassemblons l’équipe.

OceanofPDF.com