Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)
Chapitre 12
Les gars ne dirent pas un mot jusqu’à ce que Wavy soit dans la chambre de Ian.
Landon se tourna vers lui, les yeux tellement écarquillés que c’en était comique.
— Il y a une fille dans ta chambre.
Sergot était un peu plus sérieux.
— Désolé, boss, je ne savais pas que tu avais de la compagnie, mais nous avons une autre vidéo sur Bronwyn.
Ian lui serra l’épaule tandis qu’ils entraient tous les trois dans le salon.
— C’est bon. Wavy n’a pas peur d’attendre.
Il jeta un œil à Landon avant qu’il ne puisse faire une remarque sarcastique, et celui-ci eut la sagesse de garder sa bouche fermée.
Ian se tourna vers Sergot. Il était de retour depuis quelques jours, mais il n’avait pas encore eu le temps de le débriefer. La seule chose que Ian savait, c’était que la mission pour trouver Bronwyn avait échoué.
La mâchoire de Sergot se contracta quand il ouvrit son ordinateur portable.
— Je l’ai ratée de quelques heures seulement à New York.
Ian hocha la tête. Aucun d’entre eux ne savait exactement ce qui s’était passé. Sergot avait affirmé n’avoir pas vu Bronwyn, mais il n’était pas convaincu que ce fût toute la vérité.
D’après le rapport, il était revenu avec des ecchymoses et des coupures sur le visage, mais sans expliquer comment c’était arrivé. S’il gardait des secrets, il avait ses raisons. Ian décida de laisser tomber pour l’instant.
Je me suis démené pour que Varela soit réintégré chez Mosaïque afin d’obtenir un maximum d’informations le plus rapidement possible. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de regarder les informations sur Bronwyn.
— Elle était à New York pour repérer un lieu, elle se préparait à voler quelque chose, expliqua Sergot.
Ian le regarda.
— Tu sais que c’est sa spécialité, n’est-ce pas ? C’est pour ça que nous l’avons intégrée chez Zodiac au départ.
Bronwyn Rourke était un caméléon, capable de changer d’apparence et de posture. Elle pouvait tout jouer, de la princesse à la mère de famille au volant d’un monospace. Elle parvenait à se glisser dans des endroits où personne d’autre ne pouvait entrer. Personne ne l’aurait trouvée séduisante de prime abord, à moins qu’elle ne décide de jouer sur son apparence, ce qui transformait tout en elle.
Elle était venue travailler pour Zodiac dans des circonstances particulières, et personne ne savait grand-chose d’elle. En dehors de Sergot, à l’évidence.
— Je ne pense pas qu’elle le faisait de son plein gré, expliqua-t-il en croisant les bras. Elle volait quelque chose, mais elle le faisait pour quelqu’un d’autre.
— Tu crois que Mosaïque la fait chanter ? lui demanda Ian.
— Ce que je crois, c’est que ce n’est pas aussi simple. Mais je ne sais pas encore de quoi il s’agit.
À un moment où un autre, ils allaient devoir affronter le fait que Bronwyn avait peut-être changé de camp. Aucun d’eux ne voulait y songer, et encore moins Sergot, mais c’était le plus probable : Mosaïque avait pu lui proposer beaucoup d’argent pour qu’elle travaille pour eux à présent.
— Montre-moi ce que tu as.
Sergot cliqua sur son ordinateur.
— Cette nouvelle vidéo est différente. C’est pire que son cambriolage à NY.
L’image n’était pas d’une grande qualité. Elle était granuleuse, prise de loin, et améliorée pour être exploitable. Ce qui fit immédiatement comprendre à Ian que Sergot passait beaucoup de son temps à scruter tout ce qui pouvait ressembler à Bronwyn, car aucun logiciel de reconnaissance faciale n’aurait pu repérer son visage sur cette base.
Elle était recroquevillée sur le sol dans une ruelle, pliée en deux, visiblement malade ou souffrante.
— Comment sais-tu que c’est elle ? lui demanda Ian.
— J’ai une photo de son visage. C’est elle.
Si Sergot le disait, il le croyait. Landon et Ian se penchèrent plus près de l’écran.
— Est-ce qu’elle est blessée ? demanda Landon. On dirait bien que oui.
Sergot secoua la tête.
— Je ne sais pas.
Les images étaient pénibles à regarder. La femme souffrait, et elle se cramponnait alternativement la tête et le ventre. Elle vomit plus d’une fois, et pour ne rien arranger, un voyou armé d’un couteau s’approcha d’elle et la frappa de son pied botté.
Il pensait manifestement qu’elle était assommée, car le voleur s’accroupit et commença à la palper à la recherche d’un portefeuille ou d’objets de valeur.
Bronwyn n’hésita pas. Dès que l’homme fut assez proche, elle tendit la main, agrippa son poignet et le brisa. Il hurla, puis s’énerva. Il fit un bond et lui balança un vrai coup de pied, qu’elle esquiva.
Puis il s’approcha d’elle avec le couteau. Bronwyn se leva d’un bond à une vitesse incroyable, et le type se retrouva avec le couteau enfoncé dans les entrailles.
— Merde ! murmurèrent Landon et Ian à l’unisson.
Dans une cour de justice, cela serait considéré comme de la légitime défense. Ian aussi penserait la même chose, mais ils savaient tous que Bronwyn aurait été largement capable de le désarmer sans le tuer.
L’adrénaline qu’elle avait soudain retrouvée disparut de son corps, et elle glissa sur le sol. C’est à ce moment-là que la caméra capta une image claire de son visage, et Ian compris la certitude de Sergot. C’était elle. C’était définitivement Bronwyn Rourke.
Elle regardait le mort avec une expression angoissée. Quelques secondes plus tard, elle se cramponnait à nouveau la tête, comme en proie à la douleur. Puis elle sortit en titubant de la ruelle.
— Est-ce qu’on sait où ça s’est passé, et quand ? voulut savoir Ian.
Sergot tendit la main pour couper les images.
— C’est une caméra de surveillance qui a capté ça à Anchorage.
Ian se passa une main sur le visage. En Alaska.
Landon se laissa tomber sur une chaise.
— Cela n’a aucun sens. D’abord, elle était à Londres. Quelques semaines plus tard, elle est à New York, et une semaine après, à Anchorage. C’est quoi ce bordel ?
Ian jeta un œil à Sergot, s’attendant à ce qu’il lui dise qu’il voulait retourner là-bas pour la chercher.
Il pouvait lire dans ses pensées.
— Je sais que la piste sera froide quand j’y arriverai, comme c’était le cas à New York. Je me demandais si tu pouvais faire en sorte que Varela fouine chez Mosaïque. Pour voir ce qu’il peut trouver.
— La situation avec Varela est sensible, dit Ian en expirant longuement. Je veux retrouver Bronwyn. Tu sais que je voudrais faire tout ce que nous pouvons pour l’aider, mais Varela ne peut pas y aller et commencer à poser des questions hasardeuses sur un sujet dont il ne devrait rien savoir. Il aura l’air suspect s’il le fait.
Trouver comment se servir des gens comme de pions avait toujours fait partie de son travail, mais cette fois, il n’en avait pas envie. Varela était un enfoiré sadique, et cela n’empêcherait pas Ian de dormir s’il mourait, mais il voulait se servir de lui le plus stratégiquement possible.
Sergot croisa les bras.
— Il ne devrait rien y avoir de plus important que de récupérer l’un des nôtres. Point.
— Cela va bien au-delà d’une seule personne, et tu le sais. Bronwyn fait partie de cette équipe, et je ferai tout ce qu’il faut pour la récupérer. Mais l’objectif premier, c’est de renverser Mosaïque.
Sergot s’avança, plissant les yeux.
— C’est à cause de ton passif avec eux. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé quand tu les as affrontés auparavant, mais je sais que tu en fais une affaire personnelle.
— Abattre Mosaïque devrait être une affaire personnelle pour chacun d’entre nous. Tu sais ce que nous avons découvert : une version nouvelle aux multiples facettes. Quatre leaders et non plus un seul. Ils ont étendu leurs activités terroristes à la vente d’armes, au marché noir de la technologie, et maintenant au trafic d’êtres humains.
— Ce n’est pas ce que je veux dire, et tu le sais parfaitement, répliqua Sergot. Nous voulons tous détruire Mosaïque. Ce sont des monstres. Nous avons vu ce qu’ils font aux gens. Mais tu as des œillères en ce qui les concerne. Tu vas sacrifier Bronwyn pour les éliminer parce que tu mènes une sorte de vendetta personnelle contre Erick Huen.
Le silence s’installa entre les trois hommes. Sergot n’avait pas tort. Ian ne regardait pas Landon, mais il savait qu’il serait sans doute d’accord.
Il n’était pas aussi objectif qu’à son habitude quand il était question de Mosaïque, et encore moins au sujet d’Erick. Les cauchemars au sujet de ce qui s’était passé deux ans plus tôt en étaient la preuve. Et ce type avait été aux premières loges.
Ian se passa une main dans les cheveux.
— Alors, que suggères-tu ?
— Nous concentrons nos efforts sur la récupération de notre personnel, et ensuite nous trouvons un moyen de détruire Mosaïque. Nous n’avons pas à sacrifier Bronwyn.
Ian croisa les bras et s’avança vers la fenêtre. Discuter avec Wavy à cet endroit avait été le point culminant de sa semaine… bon sang, de toute son année, même ! Rien que lui parler.
Elle voudrait qu’il récupère Bronwyn. Il refusait de l’entraîner dans cette horrible situation en lui demandant son avis. Mais s’il l’avait fait, Ian n’avait aucun doute sur sa réponse : il fallait commencer par sauver ceux qui comptaient pour lui.
Il se retourna pour faire face à ses amis.
— Si j’admets que je ne suis pas totalement objectif quand il est question de Mosaïque, avoueras-tu que tu ne l’es pas non plus au sujet de Bronwyn ?
— Oui, répondit Sergot sans la moindre hésitation.
Il ne reculait pas devant la vérité.
— Est-ce que tu vas me dire ce qui se passe entre vous deux ? C’est une relation romantique ?
— Disons simplement que Bronwyn et moi avons une histoire. Tu as toujours voulu savoir pourquoi Prague m’obsédait à ce point ? C’est elle, la raison.
Il plissa les yeux en l’étudiant. Cet homme avait été presque… hanté par cette ville pendant des années, mais il avait toujours refusé d’en donner la raison. Ian s’était dit qu’il avait sûrement été attaqué par des voyous quand il était en mission pour les Navy SEALs des années plus tôt. Il ne savait pas que Bronwyn était liée à Prague. D’un autre côté, personne ne savait grand-chose de la jeune femme ou de son passé.
À l’exception de Sergot, apparemment.
— Je comprends. Veux-tu me dire la vérité au sujet de ce qui s’est passé à New York ? Je sais que tu l’as vue.
— Très bien. Je l’ai vue. Nous avons eu une… conversation, dit-il en touchant sa joue meurtrie et coupée depuis qu’il était revenu de la ville. Elle a besoin de notre aide. C’est tout ce qui compte.
— D’accord. Je vais demander à Varela de se concentrer sur Bronwyn, et de trouver tout ce qu’il peut. Je ne sais pas si cela suffira, mais nous allons essayer.
— C’est tout ce que je demande, répondit Sergot.
— Je veux plusieurs équipes prêtes à se mettre en route à la moindre information que nous recueillerons, lança Ian à Landon.
Puis il se tourna vers Sergot :
— Je vais laisser trois jours à Varela pour creuser le sujet. Après ça, je devrais l’arrêter. Si Mosaïque découvre qu’il travaille pour nous, il ne nous sera plus utile. Il ne sera d’ailleurs sans doute plus en vie.
Cela ne plaisait pas à Sergot, mais peu importait. Quoi qu’en disaient Sergot ou Landon, ou ce qu’il imaginait que Wavy lui dirait, Ian était assez objectif pour savoir qu’ils ne pouvaient pas dévier de leur objectif principal, qui était de neutraliser l’organisation, pour une seule personne, même un membre de l’équipe. Il allait affecter plus de moyens à la recherche de Bronwyn, mais Ian ne pouvait pas les amener à gagner une bataille, si importante fût-elle, si cela signifiait perdre la guerre.
— Très bien. Nous n’avons plus qu’à espérer que cela suffira.
Sergot partit sans ajouter un mot, montant dans l’ascenseur sans attendre Landon.
Celui-ci se leva et donna une tape sur le bras de Ian.
— Les tristement célèbres compétences de Sergot en matière de relations humaines de nouveau en action.
— Il a le droit d’être énervé.
— Et tu as le droit de prendre les décisions que tu prends. Sergot le sait. Essaie de t’amuser avec Wavy. Tu mérites de prendre le temps d’être heureux, Ian, et de toute manière, il n’y a rien que tu puisses faire maintenant. Alors profite de ta soirée avec une femme charmante.
Elle était charmante. Mais Ian était presque certain que cela n’arriverait pas.
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