Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)
Chapitre 14
Le tout dernier bureau de Zodiac Tactical avait ouvert là où Ian n’aurait jamais imaginé avoir une antenne.
Oak Creek, Wyoming.
Environ un mois plus tôt, Landon l’avait traîné dans le jet et ramené à Oak Creek. Cela ne l’avait pas attristé de s’y rendre, mais Ian avait été surpris de voir où son ami l’avait emmené. Il avait aménagé un bureau dans la petite maison à la périphérie de la ville, la rénovant de manière à ce qu’une des chambres devienne un bureau à part entière. Quant à l’autre, elle demeurait une chambre à coucher.
Six semaines s’étaient écoulées depuis la nuit que Wavy avait passée avec Ian dans le penthouse. Sans surprise, il s’était révélé incapable de s’éloigner d’elle. S’il n’avait pas pu le faire avant de goûter à son corps voluptueux, il n’y avait aucune chance qu’il le fasse après.
Mais la distance avait été dure à supporter. Ils essayaient de se parler tous les jours, et de se voir aussi souvent que possible, mais la vie ne s’était pas arrêtée, ni pour l’un, ni pour l’autre. Son objectif d’éliminer Mosaïque n’avait pas changé.
Mais à présent que son esprit et son corps savaient ce à côté de quoi il passait quand il n’était pas auprès de Wavy, elle lui manquait. Quand elle était loin de lui, c’était comme si l’arc-en-ciel manquait dans son ciel.
Il n’était pas très agréable à côtoyer pour son équipe.
La maison disposait de toute la sécurité et de la technologie dont Ian avait besoin pour communiquer avec ses autres bureaux sans avoir à dépendre d’un simple ordinateur portable dans une chambre d’hôtel. Cela lui permettait d’avoir un port d’attache et d’être proche de Wavy au moins deux ou trois jours par semaine.
Landon avait affirmé que le bureau d’Oak Creek était vital pour la survie de l’entreprise, car l’un d’entre eux allait le tuer si Ian continuait à prendre la tête de tout le monde.
La présence de Wavy était la seule chose qui lui permettait de rester sain d’esprit.
Surtout qu’ils tournaient en rond avec Mosaïque. Comme il l’avait promis à Sergot, il avait chargé Varela d’essayer de trouver ce qu’il pouvait concernant Bronwyn. Il l’avait fait travailler pendant une semaine, mais il n’avait recueilli que peu d’informations sur elle, et ce qu’il avait pu rassembler ne leur avait pas permis de savoir où elle se trouvait à temps.
Ses questions éveillaient des soupçons, alors Ian lui avait demandé de cesser de creuser la piste Bronwyn. Sergot n’avait pas apprécié. Mais il s’agissait toujours de gagner la guerre, pas seulement la bataille.
Il était donc parti sur le terrain pour voir s’il pouvait trouver des choses sur elle par des canaux non officiels. Il continuait de faire un rapport plusieurs fois par semaine, en général à Landon, vu que Sergot et Ian en venaient presque aux mains à chaque fois qu’ils discutaient. Pour l’instant, il n’était plus là.
Varela ne s’était pas révélé aussi utile qu’ils l’avaient espéré. Il contactait Callum et Ian chaque semaine. Il avait pu leur obtenir quelques noms de dirigeants, deux en particulier, en dehors d’Erick. Mais finalement, Varela n’était guère plus qu’un voyou de bas étage. Peut-être plus intelligent que la plupart d’entre eux, mais il ne faisait pas partie du cercle restreint de l’organisation. Plus il posait de questions, plus ils devenaient méfiants à son égard.
Ils allaient devoir l’extraire bientôt. Il allait partir, tenter sa chance en s’enfuyant. Ian en était convaincu, surtout après leur dernière conversation deux jours plus tôt. Il était plutôt secoué.
— Mec, tu as des problèmes.
— Varela, il est quatre heures du matin, putain.
— Je sais. Mais je crois qu’ils m’observent. Ils doivent savoir que quelque chose se trame.
Merde.
— Alors viens. Pars maintenant.
Mort, il ne leur servait à rien.
— Je ne peux pas. Je dois récupérer des preuves. Ces trucs qu’ils font… Tu ne vas pas le croire.
Sa voix allait et venait, comme s’il s’éloignait du téléphone avant de revenir.
— Trafic d’êtres humains. Je sais.
— C’est bien plus merdique que du trafic, mec. Ils font… commença-t-il, puis un silence s’étira quelques secondes avant qu’il ne reprenne la parole. Écoute, sache qu’Erick Huen n’est pas ton plus gros problème.
— Alors qui l’est ?
— Pas qui. Quoi.
— Putain, Varela, arrête de tourner autour du pot. Si tu sais quelque chose, viens nous voir et nous verrons comment avancer ensemble. C’est ce que tu as de plus prudent à faire.
— Je serai là à l’heure habituelle si je peux.
Merde.
— Sois là. Avec ou sans preuve. Que crois-tu qu’il se passe ? Plus tu peux m’en dire maintenant, mieux ce sera.
— C’est de la science. Des médicaments. Ils sont… Merde ! Je dois y aller.
La communication avait été coupée.
Il avait aussitôt joint Callum pour lui expliquer que Varela avait probablement des ennuis, même s’ils ne pouvaient pas le localiser en temps réel. Lui donner un mouchard aurait signé son arrêt de mort. Mais Callum avait reçu quelques textos de lui au cours des dernières quarante-huit heures : au moins, ils savaient qu’il était toujours en vie. Ils se réuniraient tous le lendemain, et décideraient de la démarche à suivre à partir de là.
Mais pour l’instant… Ce soir, c’était sa soirée avec Wavy, et il en avait besoin. Toute sa frustration s’envolait quand il pouvait voir son sourire, prendre un peu de son arc-en-ciel pour lui-même.
Et elle avait envie de passer du temps avec Ian DeRose, l’homme, pas Ian DeRose le milliardaire, ou Ian DeRose le patron hyperconnecté d’une entreprise de sécurité de renommée mondiale.
Lui.
Son jet était stationné à seulement quinze kilomètres de la ville, pourtant, elle ne lui demandait jamais de l’emmener nulle part. Elle savait qu’il avait des contacts qui auraient pu l’aider dans sa carrière artistique, mais n’avait jamais non plus laisser entendre qu’elle voulait un coup de pouce.
Il ne lui avait pas dit qu’il avait envoyé quelques-uns de ses tableaux au bureau d’une de ses connaissances, François Nester. François ne les regarderait sans doute pas lui-même ; il était pour ainsi dire membre de la famille royale des marchands d’art, mais peut-être les pièces attireraient-elles l’œil d’un de ses assistants. Ils pourraient être disposés à en discuter davantage avec elle. Et pas parce qu’il aurait forcé la main de quelqu’un. Tout ce qu’il avait fait, c’était d’envoyer un coursier avec son travail.
Ian avait envie de faire cela pour elle, parce qu’elle avait tant fait pour lui en étant simplement qui elle était. Elle avait apporté tellement de lumière, de joie et de couleur dans sa vie simplement en étant là.
Elle lui offrait ce dont il avait besoin pour continuer à se battre contre Mosaïque. Les cauchemars étaient moins nombreux. La panique s’était atténuée. Il voyait un peu plus clairement les choses. S’il avait été ainsi six semaines plus tôt, quand Sergot était venu le voir au sujet de Bronwyn, il aurait peut-être accepté de consacrer toutes leurs ressources à sa recherche. Parce que sauver l’un des leurs était plus important que tout.
Il y avait des petits tableaux de la taille d’un post-it partout sur son bureau à Oak Creek et dans son bureau à domicile au penthouse. Wavy lui en donnait un presque à chaque fois qu’il la voyait, et les teintes des petits morceaux de toile correspondant à l’arc-en-ciel qui tachait son poignet.
Et plus Ian en savait sur elle, plus il en voulait.
Bon sang, il avait désactivé les caméras de sécurité dans ce bureau, car la dernière fois qu’elle s’était présentée avec un petit sourire piquant et un tableau pour lui, il l’avait penchée sur le bureau et fait crier son nom à peine dix minutes après qu’elle avait franchi la porte. Bien sûr, elle lui avait rendu la pareille, et il avait perdu le contrôle avec une rapidité gênante lorsqu’elle s’était installée sur lui dans le lit quelques heures plus tard.
Elle avait quelques jours de congé, et il allait la ramener à Denver avec lui. En dehors de la réunion avec Varela et Callum, il ne la quitterait pas pendant quarante-huit heures fantastiques.
Comme si penser à elle l’avait fait apparaître, un léger coup fut frappé à la porte. Une seconde plus tard, Wavy passait la tête à l’intérieur.
— Salut.
Il savait qu’il affichait un sourire niais, mais il ne pouvait pas s’en empêcher.
Elle lui sourit en retour.
— J’ai l’impression de ne pas t’avoir vu depuis une éternité.
Il se rapprocha et passa les bras autour de ses hanches, la serrant contre lui.
— Ça fait deux jours, mais je ne compte pas comme le pauvre être pathétique que je suis…
— Deux jours et six heures. Qui est pathétique ?
Wavy lui sourit encore. Elle passa les bras autour de son cou, et il sut à la seconde qu’il ne pourrait pas attendre jusqu’à Denver pour l’avoir sous lui. Bon sang, il n’était même pas certain de pouvoir attendre jusqu’à la chambre.
— Tu m’as manqué, dit-elle tout contre ses lèvres.
— Tu m’as manqué aussi.
Quand il glissa les mains derrière elle pour attraper ses fesses et la soulever, elle enroula les jambes autour de ses hanches.
Elle sourit contre la bouche de Ian.
— On a le temps pour un petit coup rapide avant de s’envoler pour Denver ?
— C’est la question la plus merveilleuse que j’ai entendue de toute la journée. Et oui, on a le temps, même si, pour ça, je dois piloter ce foutu avion moi-même. Ce qu’il était capable de faire s’il le devait.
Ian l’avait juchée sur le bureau quand son maudit téléphone sonna.
— Je vais l’ignorer, dit-il contre la bouche de Wavy. Si c’est une urgence, ils rappelleront.
Le téléphone redevint silencieux, et il déboutonna le chemisier de la jeune femme, l’embrassant dans le cou au passage. Mais quelques secondes plus tard, la sonnerie retentit de nouveau.
Il avait envie de balancer un juron qui aurait rendu fiers ses camarades de la Marine.
— Tu es viré, lança Ian en prenant le téléphone qu’il porta à son oreille.
— Boss, on a besoin de toi ici au bureau, annonça Landon. Immédiatement.
Ian se raidit.
— Que s’est-il passé ?
Wavy s’écarta, le regardant d’un air inquiet. Elle entendait Landon elle aussi.
— C’est Varela. Il est mort.
Il jura tout bas.
— Tu en es sûr ? Comment le sais-tu ?
— Mosaïque l’a fait livrer à Callum Webb. En morceaux.
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