Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)
Chapitre 23
Une équipe de deux personnes n’était pas un bon plan pour une offensive totale, mais Ian n’avait pas le choix.
Le reste de son équipe était en chemin et devait arriver dans l’heure, mais il ne voulait pas attendre. Sergot et Ian avaient quitté la scène du crime, et contacté Callum pour qu’il envoie ses hommes là-bas.
Encore quelque chose qui allait lui valoir de recevoir une leçon.
Mosaïque avait préféré tuer Tippens plutôt que le laisser capturer. Ce qui signifiait qu’il détenait des informations qu’ils ne voulaient pas qu’il divulgue. Et si cette information concernait Wavy, Ian refusait d’attendre, quel qu’en soit le coût. S’il devait se faire arrêter pour quelque chose qu’il avait fait, il l’accepterait.
Du moment que cela attendait.
S’ils la déplaçaient à nouveau, il pourrait ne jamais la retrouver.
Tippens avait dit que c’était trop tard, mais Ian s’en fichait. Il refusait d’accepter cette possibilité jusqu’à ce qu’il le voie de ses propres yeux.
L’emplacement que Tippens leur avait indiqué était dans le quartier des entrepôts, près des docks. Sergot secoua la tête pendant qu’ils roulaient.
— Impossible que ce soit un laboratoire comme la maison de repos. Il y a trop de gens qui entrent et sortent.
Il avait raison. C’était le genre d’endroit où on garde les cadavres.
Trop tard.
Ian se gara bien trop près de l’entrepôt pour être vraiment discret, mais il s’en fichait.
Sergot grommela un juron en ouvrant la portière, et se mit à courir vers l’entrepôt du coin, mais il se fichait de cela aussi. Il allait entrer. Il n’allait pas attendre. Il avait gâché treize foutus jours. Il était hors de question qu’il perde une minute de plus.
S’il y avait la moindre chance que Wavy y soit encore, il la saisirait.
Un plaquage aérien le surprit à une vingtaine de mètres de la porte. Sergot et Ian s’affalèrent dans une ruelle, heurtant violemment le sol.
— Je ne sais pas ce que tu penses être en train de faire, mais il faut que tu te serves de ta tête ! s’exclama Sergot.
Tous deux se relevèrent, et il attrapa Ian par sa chemise, le plaquant contre le mur.
— Ce que tu t’apprêtes à faire ne va pas seulement te faire tuer, mais peut-être elle aussi.
Ian se jeta sur lui, plantant son poing dans la mâchoire de Sergot qui l’encaissa sans broncher, et sans lâcher sa chemise non plus. Sergot était plus âgé, mais il savait encore encaisser un coup de poing. Il lança un nouveau coup. Cette fois, son ami le para.
— J’entre. Tu as entendu ce que Tippens a dit.
— J’ai entendu Tippens dire qu’il était trop tard, et si Wavy est morte, alors ça craint, et nous allons devoir faire avec. Merde, Ian, j’étais prêt à te laisser torturer cet homme pour savoir où elle était. Si elle est là-dedans et qu’elle est vivante, les gardes auront l’ordre de tuer si quelqu’un s’introduit dans le bâtiment. Si tu entres là-dedans à moitié armé, elle sera tuée, tout comme toi. Maintenant, sers-toi de ton foutu cerveau, et voyons si nous pouvons la faire sortir d’ici vivante.
Il avait raison. Ian baissa les poings. Il avait du mal à voir clair à travers la brume de sa fureur.
— Je suis désolé.
Sergot secoua la tête.
— Ne sois pas désolé. Sois intelligent. On fait une reconnaissance jusqu’à ce que les renforts arrivent, puis on y va vite et fort. On la fait sortir si on a la possibilité de le faire.
Ian hocha la tête, et lâcha la chemise de Sergot. Puis ils repartirent vers l’entrepôt.
— Voyons si nous pouvons trouver des fenêtres ou des portes pour jeter un œil à l’intérieur. Nous n’agirons pas sans aide ni renfort.
Sergot acquiesça.
— Je vais prendre le côté sud du bâtiment.
— Je vais prendre l’escalier de secours. Il y a des fenêtres là-haut. Nous communiquerons par téléphone.
Sergot avait raison. Maintenant qu’il arrivait à réfléchir malgré la terreur et la fureur qui l’avaient consumé, Ian savait que c’était une mauvaise idée de se précipiter.
S’il y avait la moindre chance que Wavy soit vivante, il fallait qu’il procède de manière stratégique.
Il sauta, tira l’échelle de l’escalier de secours, et monta silencieusement. Il ne toucha pas la porte qui menait à la sortie de secours. Ce serait l’endroit le plus propice pour un piège ou une alarme. À la place, il ouvrit la fenêtre la plus proche et se glissa à l’intérieur.
Sergot avait raison. Il y avait au moins huit gardes armés. Si Ian s’était précipité à l’intérieur, il n’aurait réussi qu’à se faire tuer.
Il avait également raison de dire que ce n’était pas un laboratoire comme le dernier bâtiment qu’ils avaient infiltré. Aucune procédure médicale ne pouvait être effectuée ici. Il n’y avait que des gardes. Mais s’il y avait des gardes, il y avait quelque chose qui valait la peine d’être surveillé, surtout qu’ils étaient huit.
Ils étaient soit debout, soit assis, discutant entre eux. Visiblement, ils ne s’attendaient pas à avoir des problèmes.
Il rapporta ses découvertes à Sergot par texto. Celui-ci répondit qu’il y avait deux gardes qui patrouillaient autour du périmètre du bâtiment.
Dix gardes armés impliquent quelque chose d’important.
Sa réponse fut immédiate. Je suis d’accord.
Tous deux poursuivirent leur observation. Personne ne semblait établir de contact radio avec les gardes. C’était bon signe.
Landon envoya un message indiquant que le reste de l’équipe, y compris Finn Bollinger, arriverait d’ici dix minutes. Ian l’informa qu’il était à l’intérieur du bâtiment, et qu’il se plaçait dans une position plus stratégique.
Pourquoi étaient-ils huit à se regrouper dans ce coin du bâtiment ? Ils étaient jeunes, pas forcément les meilleurs des gardes, et s’il y avait eu une télévision ou même un magazine cochon, il aurait mieux compris.
Ils étaient rassemblés autour de la grande caisse dans le coin de la chambre ?
Il les observa, s’obligeant à garder un calme glacial. Ils ne discutaient pas entre eux, ils lançaient des remarques à la caisse. De temps à autre, l’un d’entre eux donnait des coups de pied dans le bois ou le frappait avec les poings.
Balançait des railleries.
Pour la première fois, il reprit espoir. Il y avait quelqu’un dans cette caisse. Il envoya un message à Sergot et Landon.
Les gardes s’intéressent à une grande caisse dans le coin nord-ouest. Ils lancent des railleries. Il y a quelqu’un là-dedans.
L’un des gardes prit un bâton et l’inséra entre les lattes, et Ian rassembla toute sa volonté pour ne pas sortir son arme et le tuer.
Reste en alerte, répondit Sergot.
La peur n’existe pas dans ce dojo. C’était Landon, avec une nouvelle réplique, cette fois de Karaté Kid. Il faillit sourire.
Puis l’enfer se déchaîna.
Les gardes reçurent un appel et passèrent en alerte maximale, armes au poing. Ils délaissèrent leurs railleries pour se concentrer sur la menace qui arrivait : eux.
Cinq d’entre eux firent demi-tour et se dirigèrent vers les positions qu’ils étaient censés occuper, mais deux d’entre eux tournèrent leurs armes vers l’intérieur, vers la caisse. Merde !
Ian tapa aussi vite qu’il le pouvait. Les gardes se déplacent. Je vais rejoindre la caisse.
Il fourra son téléphone dans sa poche. Il n’aurait pas le temps pour d’autres messages. Il sortit son arme et se précipita vers les escaliers. Il n’utilisait pas de tranquillisants cette fois-ci, ce qui signifiait que les tirs informeraient tout le monde dans le bâtiment de l’endroit exact où il se trouvait. Mais il préférait encore être la cible plutôt que Wavy dans son cachot en bois.
Il resta dans l’ombre autant que possible mais ne renonça pas à la vitesse pour être discret. Il gardait les yeux rivés sur ces deux gardes qui déverrouillaient la porte.
Il accéléra, heurtant les escaliers métalliques avec un vacarme à réveiller les morts. Il visa et tira, frappant le premier garde juste au moment où il ouvrait le cadenas. Il tomba. Était-il mort ou simplement blessé ?
Comme il s’y attendait, cela attira sur lui l’attention de tout ce foutu bâtiment. Il courait toujours en direction de la caisse, grognant quand il reçut une balle dans la partie charnue de son flanc. Cela n’affecta pas sa capacité à courir. À ce stade, il aurait fallu une balle dans la tête pour affecter sa capacité à courir. Alors que les balles fusaient autour de sa tête depuis l’autre direction, il tira sur le second garde qu’il manqua.
Puis il entendit des tirs de l’autre côté du bâtiment. Sergot. Il attirait leur attention.
Certains gardes se tournèrent pour le poursuivre, mais Ian continua de courir. Il tira sur le deuxième garde qui ouvrait la porte de la cellule, qui tomba raide mort au sol. Mais aujourd’hui, il était à court de munitions.
Du coin de l’œil, Ian aperçut un autre garde alors qu’il le visait.
Il n’allait pas s’en sortir. Il avait un angle de tir dégagé. Si c’était bien elle qui était dans cette caisse, Ian ne pouvait qu’espérer qu’il avait donné à Wavy suffisamment de temps pour que les autres arrivent et la fassent sortir.
Un coup de feu retentit, et il attendit la douleur. Mais il ne ressentait rien de plus que la balle qu’il avait déjà prise dans le flanc. Une seconde plus tard, deux autres coups de feu retentirent.
Il pivota dans la direction opposée. Finn et Landon coururent vers lui, ouvrant le feu sans se soucier de leur propre sécurité. Sergot les couvrait depuis un endroit plus loin dans l’entrepôt. Quelques secondes plus tard, tout était silencieux.
Le reste de l’équipe Zodiac gérait tous les autres gardes encore en vie. Ian continua de progresser vers la caisse, priant un Dieu auquel il n’avait jamais accordé beaucoup de foi que ce soit Wavy et qu’elle soit encore en vie.
Il jeta le cadenas au sol et ouvrit la porte de fortune, puis s’arrêta. À l’intérieur, une unique silhouette nue gisait sur le sol près du coin opposé. L’intérieur de la caisse était sombre, mais ce qu’il voyait lui donnait envie de vomir.
Puis d’aller arracher la tête de toutes les personnes qui avaient été un jour associées à Mosaïque.
C’était Wavy, mais elle était… brisée.
— Wavy ?
Il se mit à genoux et rampa lentement vers elle. Il ne voulait pas l’effrayer. Que devait-il faire ?
— Wavy ?
Elle laissa échapper un gémissement pathétique, puis se recula, loin de lui.
Le cœur de Ian se brisa en mille morceaux.
Il s’arrêta net, à environ un mètre cinquante d’elle.
— Wavy, c’est Ian. On va te sortir de là, Arc-en-ciel.
Elle essayait toujours de reculer, alors qu’elle pouvait à peine bouger.
— Oh, mon Dieu ! Oh, putain ! s’exclama la voix de Finn dans son dos, depuis l’ouverture de la caisse. Est-ce qu’elle… Est-ce qu’elle est…
— Elle est vivante, répondit Ian.
— L’équipe médicale est en route, s’écria Landon.
Finn se laissa tomber à côté de lui, et rampa plus près d’elle.
— Wavy, c’est Finn, ma belle. On est là, ma chérie.
Elle renonça à sa triste tentative de reculer. C’était presque comme si elle avait abandonné.
Elle était couverte de sang, d’égratignures et d’ecchymoses. Il n’y avait plus un centimètre de peau propre sur elle. Finn et Ian s’accroupirent plus bas pour ramper plus près de Wavy, essayant de se rendre aussi peu menaçants que possible.
— Wavy, c’est Finn, ma belle, répéta-t-il, avant de s’asseoir et de retirer sa chemise. Je vais te couvrir, d’accord ? Est-ce que ça va aller ? Tu as froid ?
Ian avait envie de dire quelque chose, n’importe quoi, mais elle répondait mieux à la voix de Finn. C’était son frère, et elle le connaissait depuis bien plus longtemps. Bon sang, peut-être ne voudrait-elle plus jamais vouloir avoir affaire à lui pour le restant de ses jours.
Et Ian pourrait-il vraiment lui en vouloir ?
Finn se rapprocha et drapa sa chemise sur le buste de Wavy. Elle ouvrit enfin les yeux. Elle ne dit rien, mais elle tendit les doigts vers eux. Finn les toucha, et elle ne tressaillit pas, et ne recula pas non plus. Mais elle ne fit rien de plus et garda le silence.
Ian était assis à côté d’elle et se sentait plus impuissant qu’il ne l’avait jamais été de toute sa vie.
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