Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)
Chapitre 41
Ian aurait donné jusqu’à son dernier dollar pour ne plus jamais voir cette expression sur le visage de Wavy.
C’était bien loin de l’expression vide et brisée qu’elle arborait quand ils l’avaient finalement sortie de cet enfer à San Diego. Mais elle y ressemblait assez pour qu’il panique.
Wavy et Ian avaient tous deux des déclencheurs. Les espaces clos et étroits étaient peut-être l’un des siens, mais la voir souffrir de quelque façon était encore pire.
Il endurerait des espaces clos pour le restant de l’éternité si cela signifiait qu’elle ne souffrirait pas une minute de plus dans sa vie.
— Ces tableaux, ce sont des morceaux de toi.
Il parlait précipitamment. Il prenait soin de ne pas la coincer, mais il se tenait entre elle et la porte, comme si le fait de la cacher avec son corps l’empêcherait de se souvenir qu’elle était là.
Ian n’avait pas beaucoup de temps pour lui faire comprendre.
Il avait besoin qu’elle comprenne.
— Ils étaient ton cœur et ton âme. Tes peurs et tes passions. Je voulais qu’ils m’entourent. Rien que moi.
Bon sang, il avait l’air d’un foutu harceleur. Pas étonnant qu’elle le regardât avec une expression presque horrifiée dans les yeux.
Voilà pourquoi il avait gardé cet endroit secret. Parce qu’il savait qu’elle ne comprendrait pas. Comment l’aurait-elle pu ? Comment quiconque l’aurait-il pu ?
Depuis le jour où elle l’avait sauvé, elle l’avait fui. Elle avait fui leur couple. Ian arrivait à un point où il pensait qu’ils allaient enfin avancer dans leur relation, puis il se réveillait et elle était partie.
Il ne paniquait jamais. L’équipe de sécurité la surveillait. De plus, il savait qu’elle reviendrait, que ce soit au bout de quelques semaines, quelques jours, une heure… le temps qu’il lui faudrait.
Et Ian était prêt à lui accorder ça. Il s’était promis de le lui donner. Parce que ce qu’elle avait vécu aurait brisé la plupart des gens au-delà de toute réparation.
Parce qu’elle méritait la chance de faire ce qu’elle voulait aussi longtemps qu’elle le voulait.
Parce qu’il était amoureux d’elle au-delà de toute raison et qu’il aurait tout fait pour répondre à ses besoins. Même faire semblant de dormir pour qu’elle puisse s’éclipser sans dispute.
Mais être sans elle… Il n’avait pas l’impression qu’elle savait à quel point il se sentait vide à chacune de ses absences. Wavy n’était pas une personne méchante. Si elle avait été consciente de la souffrance qu’elle laissait derrière elle quand elle fuyait, le trou béant dans sa poitrine, elle ne l’aurait pas fait. Elle aurait préféré en payer le prix et rester plutôt que sortir et aller chercher ce dont elle avait besoin.
Alors Ian ne lui avait jamais avoué à quel point cela lui faisait mal. Il n’en faisait pas tout une histoire quand elle revenait. Il veillait simplement à lui faire savoir qu’elle était la bienvenue. Qu’il l’aimait.
Ces tableaux, c’était devenu sa manière de la garder auprès de lui quand elle s’enfuyait. Ils n’arrivaient pas à la cheville de la femme elle-même, mais au moins, c’était quelque chose.
Mais il savait que c’était mal. Sinon, pourquoi aurait-il acheté une maison au milieu de ce foutu New Jersey sans jamais faire venir personne d’autre ?
Parce que cela frisait la folie. Et que cela franchissait la limite du harcèlement bien avant ça.
Et maintenant, elle savait. Elle était au courant, et elle avait peur de lui.
Ian s’éloigna délibérément de la porte pour lui laisser le champ libre si elle voulait partir. Mais il recommença à parler, en espérant qu’elle l’écouterait.
— Je n’ai jamais voulu que tu te sentes piégée. Après tout ce que tu as traversé, cette force que tu as trouvée… Je voulais que tu sois libre. Mais ces tableaux… dit-il en s’avançant vers les toiles, lui laissant la voie libre jusqu’à la porte, ils m’aidaient à me sentir proche de toi, même quand tu n’étais pas là.
— Tu as acheté tous mes tableaux, répéta-t-elle d’une voix étouffée.
— Oui. Enfin, la plupart d’entre eux.
Il restait encore dix-sept tableaux qu’elle avait vendus au cours de l’année passée, et qu’il n’était pas parvenu à acquérir.
— Tu sais ce que ça me fait ?
Ian ferma les yeux sans se retourner.
— J’imagine que ça fait de moi quelqu’un de très semblable à Erick Huen, dit-il, de la bile dans le fond de la gorge.
Sous le choc, elle recula d’un pas.
— Quoi ? Bon sang, Ian, pourquoi dire une chose pareille ? Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire.
Ce fut au tour de Ian de se tourner vers Wavy.
— J’ai acheté toutes tes peintures parce que je veux être entouré de tes émotions tout le temps. C’est aussi dingue que lui. Je ne t’en veux pas de te sentir trahie.
Elle leva les mains.
— Non, crétin ! Tu aurais beau essayer, jamais tu ne seras comme Erick. Je me sens trahie parce que je pensais avoir une carrière réussie. Que j’étais indépendante. Il s’avère que je n’ai rien de tout cela, juste un riche bienfaiteur qui me permet d’organiser des expositions d’art pour que je me sente importante, mais qui achète ensuite toutes les peintures lui-même.
— Quoi ? Non…
Elle plissa les yeux…
— Oh, et on s’envoie en l’air de temps en temps quand j’en ai envie. C’est un bienfaiteur polyvalent.
Ian plissa les yeux.
— Fais attention, Arc-en-ciel.
— Je n’ai pas peur de toi, Ian, affirma-t-elle, appuyant ses mots en s’approchant de lui pour lui planter le pouce dans la poitrine. Alors, ne prends pas ce ton avec moi. Mais je suis furax. Je déteste qu’on me dorlote. Pourquoi m’as-tu laissée croire que j’avais une carrière ?
Il attrapa son petit doigt accusateur avant qu’elle ne perce un trou dans sa chair.
— Je n’ai jamais fait semblant de quoi que ce soit avec toi.
Elle ne retira pas sa main, mais la colère de Wavy glissa, lui donnant l’air plus petite, plus vulnérable.
— Tu as acheté tous mes tableaux sans me le dire. Tu as dû te donner beaucoup de mal pour que je ne remarque rien. Les registres de vente de la galerie étaient tous à des noms différents.
Ian comprit enfin. Et pendant un instant, il eut une lueur d’espoir.
— Non. Arc-en-ciel, non. Tes expositions étaient réelles. Tes ventes étaient réelles. Je n’ai jamais usé de mon influence pour que les gens achètent tes œuvres. C’est tout le contraire, en fait.
— Mais tous ces…
Elle fit un grand geste autour d’elle de sa main que Ian ne tenait pas contre sa poitrine. Au moins, elle le laissait encore la toucher.
— J’ai retrouvé les acheteurs par la suite, et je les ai rachetés. Enfin, pas moi personnellement. Des gens à moi, sous des noms différents et en utilisant des approches différentes. Je suis un homme d’affaires, après tout. Si le bruit court qu’il y a une demande croissante pour tes toiles, ça va me coûter bien plus cher.
Elle secoua la tête, les yeux emplis de confusion, mais au moins, elle ne semblait plus vulnérable.
— Pourquoi ne pas les avoir achetés directement à la galerie ?
— Pour que quelqu’un m’accuse d’être un riche bienfaiteur qui rend sa peintre à domicile heureuse en s’envoyant en l’air avec elle de temps en temps ?
Il haussa un sourcil.
— Je t’aurais donné les tableaux, tu le sais, n’est-ce pas ? N’importe lequel. Tous, précisa-t-elle en tirant sa main de sous celle de Ian, avant de le contourner. Je ne comprends pas pourquoi tu en veux autant. Ils sont tous si semblables.
Il se tourna pour être juste derrière elle, et posa les mains sur ses épaules.
— Ils sont semblables parce que ce sont des morceaux de toi, mais chaque pièce est unique.
Ian la fit tourner pour qu’elle soit face à la collection sur une partie du mur, principalement des rouges.
— Ta colère et ta force.
Il la poussa vers les violets intenses.
— Ta passion.
Les jaunes et les oranges.
— Ton bonheur.
Les gris, les plus difficiles à regarder.
— Ta peur de ne jamais retrouver tes couleurs.
Il la fit pivoter vers lui.
— Tous sont des morceaux de toi, et je les veux tous. Je les accueille tous. Je ne veux pas t’empêcher de fuir quand tu en as besoin, mais ces tableaux m’ont permis de sentir que tu étais avec moi, même quand tu ne l’étais pas.
Elle passa les bras autour de son cou et la peur qui le rongeait depuis qu’il l’avait vue à la porte d’entrée disparut.
— Tu vas devoir cesser d’acheter mes tableaux, Ian. Ils sont redondants.
— Pas pour moi. Comme je te l’ai dit, ils sont uniques…
Wavy posa un doigt sur les lèvres de Ian.
— Ils sont redondants, parce que je ne fuis plus. Tous ces morceaux de moi que tu as accrochés au mur ne seront plus nécessaires parce que tu auras la véritable toile, dit-elle en se désignant, avec toi. Je t’aime, Bélier. Passe l’éternité avec moi. Et laisse-moi te peindre nu comme je l’ai toujours voulu depuis la minute où je t’ai rencontré.
Ian ferma les yeux et posa son front contre celui de Wavy, tandis que toutes les pièces de son monde se mettaient enfin en place. Parce qu’elle était son monde.
— Oui. Toujours. Je t’aime. Je ne suis pas sûr que l’éternité suffise.
Il passa les bras autour de ses hanches fines et la souleva pour qu’ils soient face à face, et l’embrassa. Aucun artiste, même aussi talentueux qu’elle, n’aurait pu saisir les sentiments qui les entouraient à présent. L’amour, la passion, la confiance.
Mais il lui accorderait l’éternité pour essayer.
Et ils pourraient commencer en la laissant le peindre nu. Du moment qu’elle était nue elle aussi en peignant.
Merci d’avoir lu NOM DE CODE : BÉLIER.
La série Zodiac Tactical continue avec NOM DE CODE : VIERGE, l’histoire de Sergot et Bronwyn.
Ils croyaient que personne ne se battrait pour
elle. Ils avaient tort.
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