Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)

Chapitre 34

 

Presque chaque main ici, dans l’exposition d’art improvisée de François, tenait une coupe de champagne. Le verre dans celle de Ian contenait de l’eau pétillante. Il ne voulait pas prendre le risque qu’une gorgée d’alcool lui fasse perdre ses sens ce soir.

Wavy faisait ses débuts dans le monde de l’art, et il voulait que tout se passe à la perfection. Mais il voulait surtout qu’elle soit en sécurité.

Environ une personne sur trois faisait partie de l’équipe de sécurité de Ian, ou connaissait Wavy par le biais de Linear Tactical. Ils étaient nécessaires.

François avait opéré sa magie. Il avait créé le genre de buzz autour de ce show, et du travail de Wavy en particulier, qu’un artiste débutant ne pouvait que rêver d’avoir. Malheureusement, cela incluait également la diffusion de son identité dans toute la presse.

François avait pleuré de véritables larmes lorsqu’il lui avait annoncé que la condition pour qu’elle soit présente en personne au show était de le tenir à Denver, dans le bâtiment de Zodiac Tactical, plutôt qu’à Los Angeles comme prévu initialement. Mais cet homme n’était pas idiot. Il était conscient de ce qu’il avait avec l’art de Wavy. Il aurait tenu l’événement à Tombouctou si c’était la condition pour avoir l’exclusivité de l’exposer au monde.

Ils auraient pu sécuriser des lieux à LA, mais il ne voulait pas de simples mesures de sécurité. Ian voulait que Wavy se sente suffisamment à l’aise pour profiter de sa soirée. Quel meilleur endroit que l’immeuble dans lequel elle vivait depuis des semaines ?

Ils avaient pris la moitié des bureaux du rez-de-chaussée et les avaient transformés en un espace dont François était satisfait.

Rendre François Nester heureux n’était pas la chose la plus aisée au monde. Mais tout ce travail et l’argent dépensés valaient le coup de voir Wavy rayonnante à cet instant. Elle se tenait à côté de François, qui la présentait à un gros bonnet ou autre.

Il n’était pas nécessaire de s’y connaître en art pour savoir que son travail avait du succès. Tout le monde ici en parlait. Effectivement, c’était un buzz.

Ian l’observait à distance discrètement, souhaitant lui laisser l’opportunité de discuter avec ceux qui allaient certainement devenir les futurs propriétaires de son œuvre. C’était sa soirée.

Son travail consistait à ne jamais la perdre de vue, ce qui n’était pas un problème. Il avait gardé les yeux rivés sur elle depuis la seconde où elle lui avait flanqué une trouille bleue la semaine précédente, avec sa transe liée à la peinture.

Il avait perdu dix ans de sa vie quand il était entré dans cet atelier et l’avait vue avec du sang coulant sur son visage et imbibant son t-shirt. Il avait lutté pendant cinq minutes à essayer de lui parler avant qu’elle ne se rende compte qu’il était dans la pièce avec elle. Puis il avait cru qu’elle allait le frapper quand il avait essayé de lui prendre le pinceau.

Elle n’était pas endormie, mais pas vraiment réveillée non plus. Et n’avait absolument pas conscience de ce qui se passait.

Une fois que Ian l’avait éloignée du chevalet, l’avait lavée et mise au lit, elle avait dormi quatorze heures d’affilée. Mais c’était un sommeil agité, ses mains essayant de peindre même pendant qu’elle était inconsciente. Quand ses doigts fonctionnaient. Elle avait tenu ses pinceaux si longtemps que ses doigts s’étaient crispés et qu’il avait dû les masser.

Il avait aussitôt appelé Rayne, craignant que Wavy ne fasse une sorte de rupture mentale. Elle avait admis ce qu’il savait déjà. Ils avaient trop insisté. Wavy s’était donné pour mission de se rappeler tout ce qu’elle pouvait sur ce qui était arrivé. C’était très bien, mais cela ne pouvait pas se faire au détriment de sa propre santé.

Ils avaient convenu de l’encourager à se concentrer uniquement sur les choses qui ne la faisaient pas souffrir, celles qui ne déclenchaient ni maux de tête ni saignements de nez. Quoi que ce fût, son cerveau n’était à l’évidence pas prêt à le traiter.

Ils avaient même demandé à François de les aider. Ian lui avait expliqué la situation et, ayant lui-même vécu une situation violente, il avait convaincu Wavy de l’aider à sélectionner ses œuvres pour l’exposition. Ils avaient tous deux passé en revue les tableaux trouvés dans son loft qu’elle n’avait pas détruits.

Et même si Wavy avait bien vu leur manège, elle avait quand même accepté. Sa nuit de peinture en transe l’avait effrayée aussi.

Quatre toiles complètes en quelques heures. Cela n’aurait pas dû être possible, surtout avec leur niveau de détail. Elles étaient incroyables. Quand François les avait vus, il les avait aussitôt voulus dans l’exposition, et elle avait accepté.

Mais Ian s’était tout d’abord assuré que François savait qu’il les achetait. Il pouvait lui faire payer ce qu’il voulait, ces peintures n’iraient nulle part ailleurs. C’était la première fois depuis son enlèvement qu’elle choisissait d’utiliser des couleurs, et Ian tenait à ce que ce souvenir soit en sa possession, en leur possession. Car il avait l’intention d’être partout où se trouvait Wavy au cours des cinquante prochaines années… pour toujours.

Il les contemplait à présent, bien en vue sur le mur du sud, toujours aussi fasciné qu’il l’avait été la première fois qu’il les avait vus. C’était, de loin, les meilleures créations de Wavy. Si c’était un signe de la direction que prenait son art, elle ne serait pas seulement un nom connu dans le monde de l’art, elle serait un nom connu dans le monde, point final.

Ian espérait seulement que ses futurs travaux ne lui coûteraient pas le prix terrible qu’elle avait payé pour ceux-ci.

Landon vint lui parler, saisissant dans son costume.

— Ils sont sacrément impressionnants.

— Époustouflants. Ils ont quelque chose de presque familier.

C’était l’autre raison pour laquelle il les voulait, même si ça n’avait aucun sens. Ces toiles n’étaient que des couleurs vives superposées à d’autres couleurs vives, sans rime ni raison.

— Peut-être que c’est la Wavy en eux qui t’est familière.

Ian hocha la tête.

— Je ressens toujours la même chose pour tout ce qu’elle peint, comme si j’y étais lié d’une certaine manière, mais là, c’est différent. C’était comme si elle puisait dans une partie de moi avec laquelle je ne suis pas sûr d’être toujours en contact.

Il but une gorgée de son champagne qui n’en était pas, et Landon répondit.

— J’aimerais dire quelque chose de profond, mais je ne suis pas sûr de ce que cela signifie.

Ian gloussa.

— Moi non plus.

Tous deux se tournèrent vers Wavy.

— Elle semble à l’aise, elle s’amuse. Je suis heureux de voir ça. Et si je n’avais pas peur de me faire botter le cul, je dirais aussi qu’elle est magnifique.

— Je ne vais pas te botter le cul pour avoir dit la vérité. Et elle a vraiment l’air détendue. Elle le mérite plus que quiconque. Des problèmes de sécurité ?

— Non, silence radio sur tous les canaux existants. Les gardes sont doublées, et la moitié des serveurs sont des nôtres. J’ai des hommes sur le toit et des hommes sur les toits à côté du nôtre. Personne n’entrera ici.

Ian le croyait, mais il restait sur le qui-vive. La soirée était sur invitation uniquement, et chaque personne présente avait fait l’objet d’un contrôle approfondi et d’une identification avec photo à son arrivée. Le fait de présenter cette exposition dans leur bâtiment impliquait qu’ils connaissaient tous les fournisseurs et étaient plus au courant des détails que François lui-même.

Tous ses hommes étaient prêts à prendre une balle pour Wavy, et sa famille de Linear Tactical aussi. Personne ne s’en prendrait à elle. Pas ce soir.

Son sourire était de retour. Ses couleurs étaient de retour.

Ce soir, elle pouvait en profiter.

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