Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)

Chapitre 24

 

— Pourquoi Wavy ne s’est pas réveillée ? demanda Finn.

Ian se tenait dans un coin du cabinet du médecin pendant que Finn râlait sur la femme qui soignait Wavy depuis trois jours.

La femme de Finn, Charlie, se trouvait aussi dans la pièce, tout comme son frère, Bébé. Il était ici uniquement parce que Charlie avait plaidé en sa faveur. Elle avait rappelé à son mari que ce n’était pas Ian qui avait enlevé Wavy. Ce n’était pas lui qui lui avait fait ça.

Grâce aux connaissances de Zodiac sur ce que faisait Mosaïque, à savoir les modifications génétiques, les neuro-inhibiteurs et le cocktail de médicaments, Wavy avait pu obtenir l’aide médicale immédiate dont elle avait besoin. Sans cela, il leur aurait fallu beaucoup plus de temps pour la soigner.

Mais Ian était toujours responsable de ce qui lui était arrivé. Il le savait, et Finn aussi. Ian ne lui en voulait pas de ne pas vouloir qu’il s’approche de Wavy. Mais pour faire plaisir à sa petite femme, il avait accepté de laisser Ian entrer dans la pièce pour son rendez-vous avec le médecin, alors il allait en profiter.

Il voulait juste être près de Wavy. L’idée d’être loin d’elle lui était insupportable.

Une fois de plus, ses assistants avaient opéré leur magie et lui avaient aménagé un bureau de fortune à côté de l’hôpital de San Diego. Il voulait être aussi près que possible au cas où elle se réveillerait et voudrait le voir, sait-on jamais.

Le Dr Ling, chef du service de traumatologie de l’hôpital Jackson-Madison de San Diego, leur fit un signe de tête à tous devant la soif de réponses de Finn.

— Oui, nous aurions aimé que Wavy montre des signes d’activité maintenant, mais regardons d’abord les points positifs. Elle a une activité cérébrale. C’est une bonne chose. Elle respire toute seule. C’est aussi une bonne chose. Elle ne présentait aucun signe d’abus sexuel ou de traumatisme. Étant donné qu’elle était retenue contre sa volonté, c’est encore mieux. Elle a, semble-t-il, une mobilité totale de tous ses membres, ce dont nous nous réjouissons.

Le Dr Ling leur répétait ces faits depuis trois jours, et c’étaient autant de bonnes nouvelles, mais ils voulaient désormais aborder certains points négatifs.

— Nous sommes ravis de tout cela. Mais qu’en est-il du reste ? demanda Finn. Pourquoi est-elle encore endormie ? Pourquoi a-t-elle ces égratignures sur tout le corps, et pourquoi il lui manque des cheveux ?

Le Dr Ling posa les doigts sur son bureau.

— En fait, les griffures pointent vers ce que nous pensons être en partie la raison pour laquelle elle ne s’est pas encore réveillée.

— Ce qui veut dire ? demanda Bébé.

D’après l’état de ses ongles, nous pensons qu’elle s’est griffée toute seule.

Ils étaient tous silencieux.

Ils n’étaient pas en train de parler d’égratignures du genre « oh, j’ai le dos qui me démange ». Ces griffures lui avaient déchiré la peau. C’était à cause d’elles qu’elle était couverte de sang quand ils l’avaient trouvée. Même après un lavage, les croûtes recouvraient tout son corps.

Imaginer qu’elle avait vécu ça était déchirant. De savoir qu’elle s’était infligée ça à elle-même…

— Pourquoi ? demanda Ian qui s’était promis de garder le silence, mais il ne put s’empêcher de poser la question. Pourquoi se serait-elle fait ça à elle-même ?

Le docteur laissa échapper un soupir.

— Quand Wavy est arrivée, nous savions qu’elle avait fait l’objet d’expériences.

— À cause des zones chauves sur sa tête ? demanda Bébé.

La praticienne hocha la tête.

— Oui, c’était pour surveiller l’activité cérébrale. Elle présentait également des signes de multiples procédures. D’après ce que M. DeRose nous a dit de ce groupe, Mosaïque, et de ce qu’ils tentent de faire, il s’agissait probablement d’un genre de modification génétique.

— Et ça a mal tourné ? demanda Finn. Elle a commencé à se gratter de façon incontrôlable ? C’est une sorte de réaction allergique ?

— Les modifications génétiques sont bien plus avancées que ce que le gouvernement et les médias voudraient nous faire croire. Les outils d’altération du génome sont de plus en plus accessibles, ce qui permet aux généticiens et aux chercheurs en médecine de corriger certaines parties de la séquence d’ADN.

— Qu’est-ce que ça donne ? voulut savoir Charlie.

— Normalement, de bonnes choses, dit le Dr Ling. On peut guérir certains types de cécité, le diabète, et même certains cancers. Mais ce qu’on a fait à Wavy, c’est le contraire. Elle n’a pas été sensible à la modification génétique. Ça, associé aux stimulants chimiques et aux drogues, c’était fondamentalement… de la torture.

— Elle s’est arraché la peau pour cesser de souffrir.

Ian se frotta les yeux pour tenter de chasser l’image de Wavy souffrant le martyre. En vain.

Charlie étouffa un sanglot. Finn et Baby semblaient sur le point d’être malades.

Le Dr Ling soupira.

— Peut-être que dans l’esprit bouleversé de Wavy, elle se grattait pour atteindre ses entrailles, là où se situait la douleur. Pour tenter de l’arrêter.

— Est-ce qu’elle souffre encore ? lui demanda Finn. C’est pour ça qu’elle ne se réveille pas ?

— Non, elle ne souffre plus, et ça aussi c’est une bonne chose. Il faut maintenant que son cerveau l’intègre et la laisse se réveiller. Tous les produits chimiques ont été évacués de son organisme, et les gènes modifiés ont été rétablis. Donc elle ne devrait plus souffrir.

Charlie s’essuya les yeux.

— Comment pouvons-nous l’aider ?

— Vous patientez, répondit la praticienne. Vous vous asseyez auprès d’elle, vous lui parlez, et vous faites savoir à son cerveau qu’elle se trouve dans un endroit sûr. Et vous priez pour que cela suffise.

— Je me demandais si tu pouvais me laisser m’asseoir avec elle, demanda Ian à Finn près de seize heures plus tard.

 

Il s’était bien gardé d’entrer dans la chambre d’hôpital de Wavy. Sa famille se relayait auprès d’elle à chaque instant, et ce n’était pas à lui de s’immiscer étant donné… tout.

Il s’était donc présenté à quatre heures du matin dans l’espoir de la trouver sans personne à ses côtés. Il aurait dû se douter que ce ne serait pas le cas. Finn était là, bien réveillé, l’air aussi épuisé que Ian.

Il remua sur son siège près du lit.

— Écoute, DeRose, nous apprécions tout ce que tu as fait. Faire appel à des spécialistes pour que Wavy reçoive immédiatement l’aide dont elle a besoin, tenir les forces de l’ordre à l’écart jusqu’à ce qu’elle soit prête à parler, s’assurer qu’il n’y ait aucune faille de sécurité autour d’elle…

Oui, il avait dit à Callum qu’il devrait attendre. Si elle se réveillait et demandait à parler aux forces de l’ordre, il serait la première personne que Ian contacterait. Dans le cas contraire, il n’aurait qu’à prendre son foutu mal en patience. Il se foutait que ses patrons lui collent au train. Le bien-être de Wavy était sa seule priorité.

Il ne savait pas que Finn était au courant de ça, et pour la sécurité aussi. Mais il avait raison. Il était absolument impossible que quelqu’un puisse s’en prendre à nouveau à Wavy. La sécurité dans cet hôpital était hermétique.

— Je n’étais pas sûr que tu sois au courant.

— J’ai repéré l’interne qui porte une arme et qui est toujours à proximité. J’ai remarqué les deux types à la porte extérieure et les patrouilles aléatoires dans les escaliers. J’ai constaté qu’il y avait des caméras de sécurité supplémentaires. Je ne suis pas certain que l’hôpital les ait approuvées, mais je m’en fous. Tu fais ce que tu peux pour assurer sa sécurité. J’apprécie.

Ian aurait dû se douter que quelqu’un avec l’expérience de Finn Bollinger aurait repéré les mesures de sécurité, quelle que soit la forme qu’elles prendraient.

— Mais tu ne veux pas de moi auprès d’elle, c’est ça ?

Il ne pouvait pas lui en vouloir s’il refusait que Ian se retrouve à moins de cent cinquante kilomètres de sa sœur.

Finn se pencha en avant sur son siège et posa les coudes sur ses genoux.

— Je t’ai déjà raconté la fois où un cinglé a kidnappé Charlie et l’a presque battue à mort ?

Il se figea dans l’embrasure de la porte.

— Non, je n’étais pas au courant de ça.

— C’était avant que nous soyons mariés. Elle était tombée sur des informations qu’un terroriste voulait, et elle a refusé de lui dire où elles étaient. Il faut être une personne particulière pour résister à ce genre d’interrogatoire.

— Que s’est-il passé ?

Finn se frotta les yeux.

— Charlie est forte. Pas au sens physique du terme… elle pèse quarante-cinq kilos toute mouillée. Elle est forte comme moi je ne le serai jamais. Ma force est rodée, issue d’années d’entraînement physique et mental. Celle de Charlie fait partie de son patrimoine génétique. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut lui enlever.

Finn regarda sa sœur allongée dans le lit.

— Wavy a le même genre de force. Et je peux t’assurer que quoi qu’ils aient changé avec cette altération génétique, cela ne lui a pas ôté sa force. Jamais elle n’a été mise à l’épreuve comme ça, mais elle va s’en sortir.

Ian se passa une main sur les yeux.

— Bon sang, je l’espère, Finn. Je ne peux pas te dire à quel point je suis désolé pour ça.

— Je me suis longtemps reproché ce qui est arrivé à Charlie. Elle était dans ce pétrin à cause de moi. C’est elle qui a fini par me convaincre que la seule personne qui était responsable pour ses blessures, c’était le type qui lui avait fait du mal.

Il toucha la main de Wavy.

— C’est aussi vrai dans cette situation. Les seuls responsables de ce qui a été infligé à Wavy, ce sont Erick Huen et ces ordures de chez Mosaïque. Donc je suppose que ce que j’essaie de te dire, c’est que oui, tu peux t’asseoir ici avec ma sœur. Elle était foutrement heureuse avant que ça n’arrive, alors peut-être qu’elle t’écoutera et se réveillera, parce que Dieu sait qu’elle ne m’a jamais écouté.

Il se leva et lui offrit sa chaise.

— Je n’ai qu’une chose à te demander.

— Tout ce que tu voudras, mec, répondit Ian.

— Promets-moi que tu vas faire tomber les ordures qui lui ont fait ça.

— Même si pour ça je dois dépenser jusqu’à mon dernier dollar, et y passer chaque minute de ma vie, crois-moi, ça arrivera.

Finn lui tapa sur l’épaule.

— Je te crois. Je vais retrouver ma femme. Envoie-moi un message s’il y a du changement.

Finn quitta la chambre. Ian s’assit et prit la main de Wavy dans la sienne. C’était la première fois qu’il la touchait depuis qu’elle avait été enlevée. Depuis dix-sept jours, il n’avait pas senti la douceur de sa peau. Même si cette peau douce était couverte de croûtes et d’égratignures, il n’avait pas connu de meilleure sensation depuis longtemps.

Jamais plus il ne prendrait pour acquise l’opportunité de la toucher.

— Hé, Arc-en-ciel. C’est moi. Tu es en sécurité ici maintenant. J’ai besoin que tu reviennes, lui dit-il avant de lui embrasser la main. J’ai besoin que tu peignes d’autres tableaux, pas seulement pour moi, mais pour toi. Parce que tu as encore tellement de belles couleurs en toi, et il faut que tu les laisses sortir.

Il lui parla ainsi pendant des heures, lui expliquant qu’ils étaient tous là et qu’elle était en sécurité, comme le Dr Ling les avait enjoints de le faire. Il finit par s’endormir, ses doigts entrecroisés avec ceux de Wavy.

Il avait l’impression de ne pas avoir dormi depuis des semaines, parce que cela faisait des semaines. Sa tête reposait sur le lit près de leurs mains jointes quand quelque chose lui toucha le nez. Il le repoussa, mais cela revint.

C’étaient les doigts de Wavy.

Il s’assit et vit la plus belle chose qu’il avait jamais vue : ses yeux ouverts qui le regardaient.

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