Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)

Chapitre 38

 

Ian n’avait pas beaucoup pratiqué le parachutisme depuis son passage dans les Navy SEALs, mais il en avait encore les capacités, en dépit de la douleur causée par les brûlures dans son dos. Le saut dans les montagnes sous le couvert de la nuit et de la pluie n’était pas son point fort, mais si cela permettait de récupérer Wavy, il était prêt à le faire.

Le timing de cette opération était délicat. Leur plus grand atout était qu’Erick ne savait pas que le subconscient de Wavy leur avait envoyé des pistes sur cet endroit. Ils devaient conserver cet avantage le plus longtemps possible. Cela supposait qu’il se mette en place bien avant que Sergot et son équipe ne commencent à intervenir pour faire sortir Erick.

Son atterrissage ne fut pas aussi aisé qu’il aurait pu l’être, mais Ian devait admettre qu’il était au bout de ses réserves. Il n’avait pas dormi depuis plus de cinquante-deux heures, et le stress et la peur de savoir Wavy captive, sans parler de la mort et des blessures des membres de son équipe, faisaient des ravages. Mais il atterrit sans rien se casser, alors il considéra cela comme une victoire.

En dépit de la tempête autour de lui, Ian parcourut les huit kilomètres qui le séparaient de l’enceinte. Chaque minute qu’il gagnait était une minute de plus pour faire sortir Wavy. Il ignorait dans quel état elle se trouverait. Mais il aurait accepté n’importe quoi, du moment qu’elle était vivante et qu’elle était là.

Il se déplaçait en silence dans le désert. Il ne put nier l’effet que cet endroit avait sur lui lorsqu’il aperçut le complexe au clair de lune. Ian était mort ici plusieurs fois. Son esprit lui dictait de ne pas y retourner, de ne pas s’approcher de cet endroit. Mais il continua d’avancer.

Il était armé, cette fois, et il avait une équipe qui remuerait ciel et terre pour venir le chercher s’il le fallait. Ian avait aussi un pistolet tranquillisant : pas pour les hommes d’Erick, parce qu’il descendrait tous les gardes Mosaïque qu’il croiserait.

Le tranquillisant était pour Wavy. Si elle était dans un état catastrophique, il devait être prêt à la rendre inconsciente pour la faire sortir. Ce ne serait pas chose aisée, mais Ian avait l’équipement nécessaire, et il était préparé à le faire. S’il le fallait, il l’attacherait sur son dos comme un foutu sherpa.

Ian contourna l’extrémité sud de l’enceinte. Il trouva le tunnel qu’il cherchait, heureux que Grant ait été un tel enfoiré parano. Cela lui permit de passer par une grille à l’intérieur du mur principal de l’enceinte. Maintenant, il ne lui restait plus qu’à ne pas se faire tuer, et retrouver Wavy.

Beaucoup de choses pouvaient mal tourner. Il ne pouvait pas communiquer avec son équipe car tout signal entrant ou sortant serait capté par le système de défense de Mosaïque. Il lui restait quarante-cinq minutes pour trouver Wavy et la faire sortir avant que Sergot et son équipe n’interviennent. Une fois qu’ils commenceraient, ce serait le chaos, mais ils perdraient aussi l’élément de surprise. Erick n’allait sans doute pas déplacer Wavy immédiatement, mais il placerait certainement une tonne de gardes supplémentaires autour d’elle.

Ian se dirigea furtivement vers les quartiers d’habitation. C’était presque trop espérer qu’Erick traite Wavy comme une invitée, mais ils étaient plus près et plus faciles à éliminer de la liste des possibilités. Il tua deux gardes en chemin, traînant leurs corps dans l’obscurité pour qu’on ne les retrouve pas avant qu’il soit parti.

Cela lui laissait libre accès à la salle de contrôle des quartiers d’habitation. Il y avait des caméras dans toutes les chambres ici. C’était ainsi que Grant avait découvert que Ian était un agent sous couverture. Il avait cru avoir démonté la caméra de sa chambre, mais ils en avaient placé une autre qu’il n’avait pas trouvée.

Il passa en revue les images de chaque chambre. Il n’y avait aucune trace de Wavy. Mais il repéra Erick. Il jouait aux cartes avec quelques-uns de ses hommes dans le salon principal. Le fait qu’il ne dorme pas n’était pas bon, mais il ne semblait pas en état d’alerte.

Cela fournissait aussi des informations à Ian au sujet de l’endroit où ils pouvaient détenir Wavy. Ils ne la cachaient pas, parce qu’ils ne s’attendaient pas à une attaque, du moins pas encore. Ian sut en regardant le visage arrogant d’Erick que cela lui ferait plaisir de la placer là où ils l’avaient enfermé quand ils avaient découvert sa trahison.

Dans les cages.

 

Wavy aurait dû se réjouir de ne pas ressentir la même douleur atroce que la dernière fois qu’Erick Huen l’avait kidnappée. Elle avait quelques contusions et sans doute un poignet cassé après avoir tenté de se défendre une fois que la transe dans laquelle il l’avait plongée s’était dissipée. Ce n’était rien comparé au fait d’essayer de s’arracher la peau comme la dernière fois.

Mais une seule pensée l’obsédait alors qu’elle était allongée dans cette cage métallique : elle avait tué Landon.

Les dernières heures, et elle ne savait pas combien de temps s’était écoulé, était floues. Les dernières choses dont Wavy se souvenait clairement étaient son exposition d’art, puis d’avoir failli faire l’amour avec Ian.

Puis la vidéo d’Erick.

Quelque part au milieu de tout ça, tout avait changé, et elle s’était retrouvée à regarder un film dont elle était la vedette.

À dessiner une église où elle n’était jamais allée.

À laisser Ian la quitter et ne pas s’inquiéter.

À être obligée de venir ici, pour sauver Janice.

Elle avait tué Landon pour venir ici sauver une personne qui, comme Erick avait pris plaisir à le dire à Wavy, n’avait jamais existé. Le protocole de Mosaïque n’avait pas fonctionné correctement sur elle, et ils n’avaient pas pu en faire l’assassin d’Ian comme il l’avait prévu.

Alors ils avaient cessé d’essayer d’en faire une tueuse, et avaient fait d’elle la sauveuse de quelqu’un à la place.

Un petit sanglot s’échappa de sa gorge. Le fait qu’elle ait tué l’un des plus proches amis de Ian pour venir ici et sauver « Janice » n’était qu’un simple bonus.

Wavy n’avait aucune idée d’où elle était. Elle ne pouvait pas espérer que quelqu’un vienne la sauver. Même s’ils savaient où elle se trouvait, pourquoi se donner cette peine après avoir trouvé Landon mort dans le penthouse où ils n’étaient que tous les deux ?

Et qu’est-ce que ça pouvait faire si elle avait tiré dans la poitrine plutôt que dans la tête ? Elle lui avait quand même tiré dessus. Il était quand même mort. Peut-être qu’elle méritait de mourir dans cette cage. On ne pouvait plus lui faire confiance.

La pulsion dont Wavy avait été victime avait cessé à son arrivée, mais si elle revenait ? Et si elle tentait de tuer Ian ?

C’est pourquoi, quand son nom surgit de l’obscurité entourant sa cage par la voix douce de Ian, elle se déroba.

— Wavy, c’est Ian. Tout va bien, Arc-en-ciel.

— Non, dit-elle en tenant son bras valide devant elle. Ne t’approche pas de moi.

— Je ne vais pas te faire de mal, dit-il. Je suis là pour te faire sortir.

— Non, Ian, non. Tu dois rester loin de moi. J’ai tué Landon. Ils pourraient se servir de moi pour te tuer.

Il s’avança, posa les mains sur les barreaux, et rapprocha son visage pour que Wavy puisse le voir.

— Non, écoute. Landon est en vie. Rappelle-toi, tu as tiré dans sa poitrine plutôt que sa tête.

— Et alors ?

— Ça lui a sauvé la vie. Je lui ai parlé il y a quelques heures.

— On ne sait pas…

— Réfléchis. Réfléchis vraiment. Est-ce que tu essayais de tuer Landon ? C’est ce que tu essayais de faire ?

Elle se frotta les yeux de sa main valide.

— N -non. J’essayais de sauver Janice. Tout ce que je savais, c’était que je devais entrer dans l’ascenseur, et il ne voulait pas s’écarter du chemin.

— Exactement, dit Ian. Tu n’essayais pas de blesser Landon. Tu ne vas pas essayer de me faire du mal maintenant. Et quand je te sortirai d’ici, on veillera à ce que tu ne puisses plus jamais être déclenchée comme ça.

Wavy ne savait pas s’il devait le croire ou non. Son esprit était encore embrouillé. Elle se mit à pleurer. Elle se sentait terriblement stupide.

— Hé, Arc-en-ciel, viens, lui dit Ian. Sois forte pour moi, encore quelques heures. Partons d’ici. Je te promets que Landon sera très heureux de te voir.

— Tu dirais ça même si ce n’était pas vrai. Tu ferais n’importe quoi pour me faire sortir d’ici.

Il appuya la tête contre les barreaux, un sourire se dessinant sur ses lèvres.

— Tu me connais bien. Mais je te promets que Landon est en vie. Pour l’instant, on doit y aller. Est-ce que tu es gravement blessée ? lui demanda-t-il avec un geste vers son poignet.

— Je suis presque sûre qu’il est cassé. J’ai essayé de lutter contre certains des hommes d’Erick.

— J’espère que tu as donné autant de coups que tu en as reçu.

— Eh bien, c’est moi qui ai fini dans la cage. Donc, pas exactement. Mais deux d’entre eux ont sans doute le nez cassé et des parties intimes qui ne fonctionneront pas correctement pendant un certain temps.

Il gloussa un peu en l’entendant.

— Je t’aime, Arc-en-ciel. Partons d’ici.

Il s’empara de la clé du cadenas que les gardes avaient laissée juste hors de sa portée et ouvrit la cage. Elle était raide après être restée si longtemps à l’intérieur et tout lui faisait mal, mais elle repoussa cette douleur et suivit Ian dans la nuit.

Il tint sa bonne main pendant qu’ils se déplaçaient dans la nuit pluvieuse, ne la lâchant que lorsqu’il devait éliminer un garde. Au début, il traîna les corps à l’abri des regards. Mais quand ils furent plus loin, il les laissa là où ils tombaient.

Il emmena Wavy dans un tunnel et la fit ressortir de l’autre côté, dans la nature. Ils n’étaient pas allés bien loin quand il devint évident que les gardes Mosaïque étaient conscients qu’il y avait un problème. Des lumières s’allumèrent tout autour de l’enceinte derrière eux. Il y eut des cris.

— Merde ! s’exclama Ian. J’espérais qu’on aurait plus de temps. Sergot n’interviendra pas avant quinze minutes.

— Comment ça ?

— Nous le saurons quand ça arrivera. Pour l’instant, il faut qu’on aille plus vite. Il ne va pas leur falloir longtemps pour trouver quel chemin nous avons pris, vu la traînée de corps que nous avons laissée.

Ils coururent à travers les bois. Wavy garda son poignet cassé près de sa poitrine, essayant de le maintenir autant que possible, tout en ignorant les élancements. Rapidement, des cris retentirent dans leur dos.

— N’est-ce pas ainsi qu’on a commencé ? lui demanda-t-elle entre deux respirations. En courant à travers la nature, avec des gardes Mosaïque à nos trousses ?

Il serra sa main valide.

— Presque exactement pareil, à l’exception de la pluie. Ils m’auraient attrapé ce premier jour à Reddington City si tu n’avais pas été là. Alors on va appeler ça un retour de faveur.

Ils continuèrent de courir en silence. Une explosion au loin poussa Wavy à tourner la tête dans cette direction, mais Ian ne ralentit pas.

— C’était Sergot, expliqua-t-il. Ça va attirer l’attention de certains hommes d’Erick, mais pas ceux qui nous poursuivent.

Même avec la distraction de Sergot, ils n’allaient pas pouvoir distancer les hommes derrière eux. Wavy ne pourrait pas tenir ce rythme très longtemps.

Ian lui fit contourner un rocher qui leur offrait un peu d’abri.

— Arc-en-ciel, j’ai besoin que tu m’écoutes. Je veux que tu continues à suivre la rivière en direction du sud. Le jour est en train de se lever, et cette route va te mener vers Sergot, puis vers la prochaine ville à quelques kilomètres.

— D’accord, dit Wavy. On peut le faire.

— Je ne vais pas avec toi.

— Quoi ? Je ne peux pas y aller toute seule. Tu dois venir avec moi. Il faut qu’on reste ensemble.

Ian prit le visage de Wavy entre ses mains.

— Je peux m’occuper de ces gardes, mais ce sera beaucoup plus facile pour moi de le faire seul. Je te rejoindrai.

C’était logique, mais Wavy n’aimait pas l’idée qu’il retourne dans la mêlée juste pour la sauver.

Il appuya sa tête contre la sienne.

— Laisse-moi faire ça pour nous, Arc-en-ciel. Je peux le faire. Tu peux le faire aussi. Tu sais comment t’orienter dans la nature. Continue, va jusqu’à Sergot, ou rejoins la ville. L’un ou l’autre, et tu seras en sécurité, dit-il en plaçant l’une de ses armes dans sa main. Prends ça. J’en ai un autre.

— Tu me rejoindras, hein ?

— Absolument. Mais tu dois partir maintenant. Cours.

Ian effleura les lèvres de Wavy avec les siennes, puis il se retourna et courut vers le danger tandis qu’elle se dirigeait vers la sécurité.

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