Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)

Chapitre 11

 

Ian aurait pu l’emmener n’importe où, Wavy n’aurait rien aimé de plus que cet endroit.

Cela n’avait rien à voir avec le penthouse, qui, à son avis, était l’un des plus chers de Denver. À travers les fenêtres qui couraient du sol au plafond, elle voyait Coors Field, et également, si elle ne faisait pas erreur, le Musée d’art de Denver au bout de la rue. De l’autre côté, qui avait encore plus de fenêtres, elle voyait la rivière South Platte, qui traversait le centre-ville.

Le penthouse était sensationnel à l’intérieur comme à l’extérieur. Il faisait appel à tous ses sens. Le salon était sobre, mais pas froid, les meubles étaient en cuir et masculins, adaptés à l’environnement de Denver comme au propriétaire de la maison lui-même.

Elle se détourna des fenêtres et vit qu’il la regardait.

— Je me dis que j’aurais pu t’emmener dans un endroit plus impressionnant pour un premier rendez-vous, mais… dit-il en haussant une épaule d’une manière maladroite et attachante. Je voulais que tu voies où je vis. J’ai vu ton atelier, et c’est ton espace le plus personnel. Ici, c’est le mien.

Elle fit un geste qui englobait la pièce.

— C’est parfait. Je ne vois pas d’autre endroit au monde où tu aurais pu m’emmener et qui aurait été aussi impressionnant.

Il secoua la tête.

— En fait, j’en doute beaucoup, mais merci. J’ai tendance à manger à des heures indues, alors j’ai une cuisinière qui me laisse des plats à réchauffer. Mais je lui ai demandé de me laisser des ingrédients frais pour que je puisse cuisiner pour toi.

Il fit la grimace en se tournant vers la cuisine.

— Pour être honnête, je ne sais pas ce qu’elle a laissé, et je me rends compte que, si ça se trouve, tu ne manges pas de tout. Tu es peut-être végétarienne ? Peut-être que tu n’aimes pas certains aliments, ou que tu as des allergies ?

Elle s’approcha et lui toucha le bras.

— Je mange de tout, crois-moi. Je suis sûre que ce qu’a laissé ta cuisinière est parfait. Allons voir ce que c’est.

C’était du saumon, et la femme avait laissé des instructions tellement détaillées qu’il était évident que Ian ne cuisinait pas souvent pour lui-même.

Il jeta un regard penaud à Wavy alors qu’ils achevaient la préparation du plat et l’enfournaient.

— Sarah sait que je suis vraiment un bon à rien en cuisine. Cela fait longtemps qu’elle est avec moi, c’est presque une figure maternelle. J’ai tenté de la convaincre de prendre sa retraite et d’aller vivre avec sa fille et ses petits-enfants en Floride, mais elle refuse. Alors elle vient plusieurs fois par semaine, que je le veuille ou non.

Il semblait si perplexe. Il ne savait absolument pas comment réagir quand quelqu’un essayait de s’occuper de lui, lui qui prenait soin de tout le monde.

— Elle travaille pour toi depuis longtemps ?

— En fait, je la connaissais même avant d’entrer dans la Marine. Elle travaillait pour mon père quand j’étais enfant, puis elle m’a suivi quand j’ai démarré cette entreprise. C’est elle qui a eu l’idée du nom Zodiac pour ma société.

— Vraiment ?

Il s’appuya contre le comptoir ; jamais elle ne l’avait vu aussi détendu.

— Elle est obsédée par les horoscopes. Je suis Bélier, et elle avait pour habitude de m’envoyer des prédictions quotidiennes. Aujourd’hui elle ne le fait plus que de temps en temps, en général quand elle essaie de me faire faire quelque chose contre mon gré.

— Comme quoi ?

— La plupart du temps, elle veut que je travaille moins. Que je prenne des vacances, ou ce genre de choses, expliqua-t-il avant de prendre une voix de fausset. « Mercure est en rétrograde, et les calendriers vont être chamboulés de partout. Tu pourrais aussi bien aller t’asseoir sur une plage pendant quelques jours, mon petit Bélier ».

— Petit Bélier ?

Elle éclata de rire, et il en fit de même.

— C’est la seule personne au monde qui peut se permettre ce genre de choses. Mais oui, tous les membres de mon équipe ont des signes du zodiaque en guise de noms de code.

— En fonction de leur date de naissance ?

— Parfois. Mais surtout de leurs traits de personnalité. Sarah s’est éclatée à les leur attribuer.

Le fait qu’il laisse une figure maternelle en âge de prendre sa retraite avoir autant d’influence sur ses affaires était sans doute la chose la plus attachante qu’elle avait jamais entendue.

Il ouvrit une bouteille de vin et leur versa un verre à chacun.

— Landon est Balance. Et bien sûr, vu qu’il est charmant et amical, c’est parfait.

— Et toi, tu es Bélier.

Elle l’étudia en buvant une gorgée de vin. Elle n’y connaissait pas grand-chose en signes du zodiaque, mais suffisamment quand même.

— Dominant. Leader.

Il leva son verre et étudia le chardonnay.

— Tête de mule. Avec une tendance à ne pas tenir compte des sentiments des autres.

Wavy se mit à rire.

— C’est donc tout à fait pertinent.

Il grimaça.

— La plupart du temps. Mais ne le dis pas à Sarah.

— Ton secret est bien gardé avec moi, petit Bélier.

Ils préparèrent la salade et retirèrent ses affaires de la table de la salle à manger pour pouvoir y manger. Elle lui dit que le bar de la cuisine était très bien, mais il insista pour qu’ils profitent de la vue par la fenêtre.

Elle aimait le fait qu’il travaille ici, entouré de cette vue magnifique. Cela le rendait plus humain.

Le menu était digne d’un restaurant cinq étoiles aux yeux de Wavy, et meilleur encore parce que Ian était à l’aise. Il se sentait en sûreté ici, il connaissait le système de sécurité, la disposition des lieux, il n’avait pas à surveiller ses arrières. C’était pour cela qu’il l’avait amenée ici, et elle ne l’en appréciait que davantage.

De plus, le saumon était vraiment délicieux. Et le vin était sans doute plus cher que tout ce qu’elle avait bu au cours de son existence.

Et puis Ian, même s’il ne se montrait pas très communicatif sur les détails de sa vie, n’était pas aussi fermé qu’à son habitude.

Il semblait apprécier de parler de Sarah.

— Dis-moi, crois-tu que je pourrais découvrir où vit Sarah, histoire d’entendre des anecdotes sur le jeune Ian DeRose ?

Il éclata de rire.

— Je crois qu’elle serait heureuse de t’en rebattre les oreilles. Elle a longtemps travaillé pour mon père à Baltimore, et elle veillait sur moi et mon frère Grant.

Wavy s’arrêta, la fourchette à mi-chemin de sa bouche.

— Tu as un frère ? Vous êtes proches ? Quel âge a-t-il ? Tu es plus jeune ou plus vieux ?

Ian se referma sous les yeux de Wavy.

— Il est mort.

— Oh.

Merde. Elle et sa grande bouche.

— Je suis vraiment désolée. Ce doit être très dur, dans la mesure où tu as expliqué que tu n’avais plus de contact avec ton père, de perdre aussi ton frère.

Ian termina son dernier morceau de saumon et se leva avec son assiette.

— Pas aussi dur que tu le penses.

D’accord. Le frère était donc à classer parmi les sujets délicats pour Ian. Elle se leva à son tour et le suivit dans la cuisine.

— Je suis désolée pour ta perte. Mes frères sont une vraie plaie, mais ils sont importants pour moi. Je déteste l’idée que tu n’aies pas de famille.

Il haussa les épaules.

— J’ai une famille. Simplement ce n’est pas une famille de sang.

— Ton équipe chez Zodiac ? demanda-t-elle.

Il acquiesça d’un signe de tête.

C’était une chose qu’elle comprenait.

— Mon frère ressent la même chose pour les gars de Linear. Ils font partie de la famille dans tous les sens du terme.

Elle l’aida à laver les assiettes. Elle ne savait pas trop comment reprendre la conversation fluide qu’ils avaient eu un peu plus tôt.

Heureusement, il les aida.

— Je ne sais pas s’il y a un dessert. Je n’avais pas précisé à Sarah que nous en prendrions un, mais je sais de source sûre qu’il y a de la glace.

— De la glace, c’est parfait.

Il en servit dans des bols, puis ils sortirent par la baie coulissante sur le petit patio fermé où il lui indiqua toutes les vues de Denver.

Ensuite, il lui parla des autres branches de Zodiac Tactical avec des bureaux sur les différents continents. Certains se spécialisaient dans les prises d’otages et le sauvetage, d’autres donnaient dans la protection rapprochée. Tout cela était fascinant.

Tant qu’ils n’abordaient pas le sujet de la famille, Ian semblait bien disposé à parler, et elle aimait l’écouter.

Elle voulait qu’il l’embrasse à nouveau. Elle voulait qu’il l’embrasse là, dans sa maison, sous les étoiles du ciel du Colorado.

Elle savait qu’il serait bientôt temps de partir, et elle voulait sentir à nouveau les lèvres de Ian contre les siennes. Depuis qu’ils avaient terminé le dessert, ils se rapprochaient lentement l’un de l’autre. Ils étaient dehors à discuter sur son patio, seuls au monde au milieu des immeubles et de la ville. Et elle voulait être plus proche de lui. Elle se tourna de sorte d’avoir le dos contre la balustrade, face à Ian.

Il s’avança devant elle, les bras calés sur la rambarde de chaque côté d’elle. Elle aurait dû se sentir piégée, mais bien au contraire, elle se sentait protégée, en sécurité.

— J’y ai pensé toute la semaine, j’ai eu envie de recommencer depuis la dernière fois que je t’ai embrassée.

Mais il semblait encore hésitant.

— Alors, fais-le.

Wavy agrippa le devant de sa chemise, et attira les lèvres de Ian sur les siennes. Peu importait ce dont il avait peur… de trop se rapprocher d’elle, de la blesser, de penser qu’elle était trop douce ou fragile, il fallait qu’il dépasse ça.

Sa mâchoire était peut-être aussi dure que du granit, mais sa bouche était douce et chaude. Wavy fit remonter ses mains sur les épaules de Ian et sur sa nuque, puis plongea les doigts dans ses cheveux épais. Il se rapprocha et se colla contre elle, comme lorsqu’ils s’étaient cachés des types de Mosaïque dans les bois. Sauf que, cette fois, la tension n’était pas une mauvaise chose. Cette raideur était de très, très bon augure.

Wavy se rapprocha quand Ian l’entoura de ses bras… puis quelque chose résonna dans l’air de la nuit.

Il laissa échapper un juron contre ses lèvres.

— Je vais virer tout le monde, putain.

— Quoi ? demanda-t-elle. Qu’est-ce qui se passe ?

— Ce son, ça veut dire que Landon et Sergot viennent de mettre en marche l’ascenseur express. Ils sont en train de monter.

— Si tard ?

Il était presque minuit.

Ian secoua la tête.

— Je ne leur ai pas dit que tu étais là, mais ils ne viendraient pas à cette heure-ci si ce n’était pas vraiment important.

La mauvaise raideur était de retour. Il n’était plus collé à elle, mais elle voyait bien que toute la tension qu’il avait évacuée au cours des dernières heures imprégnait à nouveau tout son corps.

— Écoute, lui dit-elle, regrettant amèrement ce moment perdu, je peux prendre un vol commercial pour rentrer. Tu as des choses à faire.

Il secoua la tête.

— Non. Je peux te faire raccompagner en jet, mais…

Il semblait partagé.

— Quoi ?

Ian appuya son front contre celui de Wavy.

— Je ne veux pas que tu partes. Pas encore. Mais cela pourrait durer plusieurs heures, en fonction de ce qui s’est passé.

— Tu veux que j’aille me cacher dans les toilettes ?

Il lui adressa un petit sourire.

— Tu es toujours prête à encaisser les coups. C’est impressionnant. Que dirais-tu de faire une sieste dans ma chambre pendant que je parle aux gars ? Ensuite nous pourrions peut-être nous embrasser encore sous les étoiles avant que je te ramène à la maison ?

Avant qu’il ne la ramène à la maison… en avion. À sa manière de le dire, cela semblait banal. Mais surtout, il lui faisait comprendre qu’il n’attendait rien d’elle si elle n’était pas prête. Et même si elle ne voulait pas précipiter les choses, elle était intéressée, sans le moindre doute.

— Très bien, je vais rester, murmura-t-elle. Ce serait chouette.

Les lèvres de Ian effleurèrent les siennes.

— Merci. Je suis désolé pour ça.

Il la ramena à l’intérieur. L’ascenseur sonna dans l’entrée. Landon et un homme un peu plus âgé, immense, avec des bras épais comme des troncs d’arbre, entrèrent dans le penthouse.

— Boss, on a un…

L’homme plus âgé s’interrompit au beau milieu de sa phrase quand il aperçut Wavy.

Ils s’arrêtèrent de marcher, ne sachant pas quoi faire. Au moins, cela voulait dire que Ian n’amenait pas tout le temps des femmes ici. À l’évidence, ils ne savaient pas comment réagir à sa présence.

Landon fut le premier à reprendre ses esprits.

— Wavy, content de te voir.

Ian posa la main dans le creux de son dos.

— Et voici Sergot, un autre de mes bras droits. Sergot, je te présente Wavy Bollinger.

— La sœur de Finn Bollinger ? demanda l’homme.

— Ouais. C’est bien mon frère, malheureusement.

Elle sourit à Sergot qui ne répondit pas.

Il hocha la tête.

— C’est un plaisir de vous rencontrer. Je suis Harrison McEwan.

Il se tourna ensuite vers Ian.

— Désolé de te déranger comme ça, boss, mais nous avons eu de nouvelles infos sur Bronwyn.

Wavy se rapprocha de Ian.

— Ne t’en fais pas pour moi. Indique-moi juste la bonne direction. Je vais pouvoir fouiller dans toutes tes affaires.

Il toucha le côté de son visage.

— Merci de ta compréhension.

Et Wavy s’en alla donc dans la chambre de Ian DeRose sans lui.

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