Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)

Chapitre 4

 

 

— Landon, parle-moi. Qu’est-ce qui se passe ?

— Nous avons déclenché une alarme. Simmons a paniqué. J’ai dû le tranquilliser. T’es foutu.

Ian était toujours en train d’enregistrer avec la tablette et son téléphone.

— Il me faut quelques minutes de plus.

Chaque seconde supplémentaire qu’il passait ici leur fournirait plus d’informations.

— Tu n’as pas quelques minutes de plus, mec, lui répondit Landon. Tu dois sortir maintenant. Je vais devoir sortir sur le toit comme Kendrick et Neo l’ont fait, mais tu n’as aucune chance d’y arriver.

La tablette sonna. Ian la prit pour lire le message, mais continua d’enregistrer avec son téléphone.

La deuxième porte du couloir est une sortie qui mène en sous-sol loin du bâtiment. Allez-y maintenant. Les gardes arrivent.

— Fais ce qu’ils te disent, Ian, insista Landon, qui, à l’évidence, avait aussi reçu le message. Nous n’aurons aucune info si tu te fais prendre. Pars maintenant.

— Merde ! Compris, confirma Ian. Je suis en route.

Il laissa son téléphone allumé quelques seconde de plus, mais quand une alarme retentit à travers le bâtiment, il comprit qu’il était vraiment à court de temps. Il éteignit la caméra et franchit la porte en courant, pointant la tablette vers la porte que l’équipe avait désigné comme étant la sortie. Le temps qu’il l’atteigne, ils lui fournissaient déjà un code.

Ce n’était pas trop tôt. Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, et les gardes qui s’y trouvaient ouvrirent le feu sur lui dès qu’ils le virent.

Ian s’engouffra à travers la porte ouverte et la referma derrière lui, espérant que son équipe de petits génies était assez maligne pour savoir qu’ils devaient modifier la combinaison électronique si possible. Sinon, ça n’allait pas bien se terminer.

Il ne s’arrêta pas. Il courut à travers le labyrinthe sombre, sans savoir vraiment quelle direction prendre. Et il ne voulait pas ralentir pendant qu’il y réfléchissait. Il baissa les yeux sur la tablette mais il n’y avait rien : il ne captait pas. Les techniciens ne pourraient pas l’aider ici, alors il courut, essayant toutes les portes qu’il trouvait.

Derrière lui, une autre s’ouvrit à la volée quand les gardes entrèrent dans le tunnel. Ils n’étaient pas loin derrière lui. Il tourna à gauche et se retrouva dans une impasse.

Merde.

Ces tunnels étaient anciens, ils dataient d’avant la construction du bâtiment. Mosaïque les avait sans doute découverts, raison pour laquelle ils se servaient de ce bâtiment. Ian se tourna dans l’autre direction quand il entendit les hommes crier derrière lui. Ils essayaient aussi des portes, ils le cherchaient.

Il en trouva finalement une qui n’avait pas de verrou électronique, et l’ouvrit d’un coup de pied. Derrière se trouvait une petite pièce avec une échelle métallique qui remontait au niveau de la rue. Il ne savait pas dans quelle rue exactement, mais il s’en fichait.

Peu importait où il atterrissait, du moment que ce n’était pas ici.

Il grimpa rapidement sans savoir quand les gardes armés allaient le rattraper, et il arriva à une grille au sommet. Il la poussa aussi fort qu’il pouvait, mais elle ne bougea pas. Bon sang, ces hommes et leurs armes se rapprochaient.

Il ne pouvait pas faire levier tout en tenant la tablette. Alors il la glissa dans sa ceinture et poussa avec son épaule, serrant les dents car il lui fallut toute sa force pour décoincer la grille. Mais elle finit par bouger. Il se souleva sur ses jambes et acheva de l’ouvrir.

Ian sentit que la tablette bougeait et commençait à tomber, mais il ne pouvait rien y faire. S’il essayait de la rattraper, il n’ouvrirait pas la grille à temps. La tablette s’écrasa sur le sol sous lui. Il repoussa complètement la grille et sortit. Une seconde plus tard, des balles le frôlèrent.

Bon sang, c’était moins une. Ian regarda autour de lui. Il était au beau milieu de Reddington City, mais où exactement ? Il s’était déplacé vers l’ouest en partant de la salle informatique. Il se trouvait donc à l’opposé de l’endroit où Landon et lui s’étaient garés.

Il porta la main à son oreillette.

— Landon, tu vas bien ? Au rapport.

Il y eut un long moment de silence, et Ian laissa échapper un soupir de soulagement quand son ami répondit enfin.

— Je suis sorti, mais je ne peux pas retourner à la voiture.

— Moi non plus, répondit Ian. Je suis sur le côté ouest du bâtiment, à quelques pâtés de maisons.

— Merde. Ils se dirigent droit sur toi. Tu dois quitter la rue rapidement. N’essaie pas de te planquer. Cours.

Et c’est ce qu’il fit. Il ne savait pas vers où aller, et tourna à droite quand il vit des hommes en costume courir vers lui. Ils ne tiraient pas, mais il savait sans le moindre doute qu’ils le feraient s’ils n’avaient pas d’autre option. Ils l’avaient repéré.

Il ne voyait pas comment leur échapper sans courir directement vers des innocents, et il ne voulait pas prendre le risque qu’il y ait des dommages collatéraux. Il bifurqua donc dans une ruelle, se surpassant pour gagner en vitesse et atteindre le pâté de maisons suivant. Mais quand il déboucha de la rue, deux autres gardes de Mosaïque l’attendaient de l’autre côté de la rue.

Merde, Ian avait fait exactement ce qu’ils espéraient qu’il ferait.

Et maintenant, ils allaient tirer et personne n’en saurait rien. Les types derrière lui souriaient, sachant qu’ils l’avaient piégé. Ils ne se pressaient même plus.

Une voiture passa le coin de la rue. Aurait-il le temps de s’échapper s’ils attendaient que le véhicule passe avant de tirer ? Ian garda les yeux rivés sur les hommes pendant que le véhicule avançait vers lui, sachant que les gardes du tunnel arriveraient dans son dos d’une seconde à l’autre. Quand la voiture passerait, il courrait à côté d’elle et tenterait sa chance. Il savait déjà ce qui se passait quand Mosaïque faisait des prisonniers, et il ne voulait pas revivre cette expérience.

C’est le moment de courir.

Sauf que la voiture ne le dépassa pas. Elle s’arrêta juste devant lui, et la vitre s’ouvrit.

— Salut, Ian. Euh… tu as besoin d’un chauffeur ?

Mais qu’est-ce… ?

— Wavy ?

 

Dès que Ian monta dans la voiture, Wavy se mit en route. Reddington City n’était pas un haut lieu de criminalité, mais cette ruelle semblait assez louche. Elle avait été un peu surprise de le voir s’y engouffrer quelques minutes plus tôt. Elle avait fait le tour du pâté de maisons et tenté de paraître décontractée en se garant à côté de lui pour lui proposer de l’emmener.

Elle ne voulait pas lui demander la raison de sa présence ici, parce qu’il pourrait lui retourner la question.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda-t-il.

Bon, il pouvait aussi poser la question de toute façon.

— Hum… commença-t-elle, comme elle l’avait souvent répété. Je suis allée chercher des fournitures au magasin d’art.

C’était plutôt proche de la vérité.

— Et toi ? En train de sauver le monde ? demanda-t-elle avec un rire si gêné qu’elle eut envie de grimacer. À moins que tu ne sois en train de faire du shopping ?

Elle ne savait pas vraiment où aller maintenant qu’il était dans la voiture, alors elle tourna à gauche au feu suivant. Elle n’était pas sûre de le trouver. Dès le départ, c’était un plan idiot d’aller à Reddington City au cas où elle tomberait sur Ian là-bas.

Elle avait rêvé de le peindre la nuit dernière. Ce qui n’était pas inhabituel pour elle : elle rêvait de peindre presque tout et tout le monde. Ian DeRose y était nu, mais ce n’était pas le problème. Une telle peinture serait qualifiée de support de rêve acceptable par n’importe quel artiste.

Dans le rêve de Wavy, au lieu de poser pendant qu’elle le peignait sur son chevalet, elle s’était servie de ses pinceaux sur tout son corps. Elle l’avait peint… lui. Il était resté là à la contempler avec ses yeux bruns ardents, tandis qu’elle peignait sur lui toutes les couleurs et tous les motifs qui lui passaient par la tête.

Toutes les couleurs. Lui, tout entier.

Ensuite, il était revenu au Diner ce matin. Elle avait voulu se montrer amicale et sociable, même si son ami Landon était bien plus bavard que Ian lui-même, mais Wavy ne pouvait s’empêcher de songer à le peindre. Aux muscles durs qu’elle avait sentis sous ses doigts quand elle retirait la tarte la veille au soir.

À ce qu’elle avait ressenti quand il l’avait plaquée contre ce mur dans la ruelle.

Alors quand elle avait appris que Ian serait à Reddington City, elle avait décidé de s’y rendre et de voir si elle pouvait le rencontrer « par hasard ».

Il ne parlait pas. Il gardait les yeux rivés sur le rétroviseur. Oh, merde. Et s’il avait vraiment été en mission pour sauver le monde ?

Mais quelle idiote !

— Est-ce que je peux te conduire quelque part ?

Elle jeta un coup d’œil dans le rétroviseur, mais personne ne semblait les suivre.

Il la regarda.

— Où est-ce que tu vas ?

Elle haussa les épaules.

— Je suppose que je rentre à Oak Creek maintenant que j’ai fini mes courses.

— D’accord, Wavy Bollinger. Je vais retourner à Oak Creek avec toi.

Bon, c’était un peu bizarre. Elle lui jeta un regard en coin mais lui était toujours concentré sur le rétroviseur.

— Oui, Ian DeRose, répondit-elle sur le même ton sérieux, je vais te ramener à Oak Creek.

Elle serra plus fort le volant et s’engagea sur la route qui les mènerait hors de la ville. Elle avait commis une erreur. La situation entre eux pouvait-elle être plus gênante ? Alors qu’ils s’éloignaient de la ville, il cessa de fixer le rétro. À la place, c’était elle qu’il regardait.

Mais pas dans le sens « ouah, quel hasard qu’on se soit rencontrés ! », comme elle l’aurait voulu. Ses yeux d’un brun infini la fixaient. L’étudiaient.

— Quel genre de fournitures tu es allée chercher, déjà ?

— Oh, des trucs de beaux-arts. Dont je n’avais pas besoin. J’aime venir au magasin ici à Reddington City. C’est le plus grand des environs. Un chouette magasin.

Bon sang, elle parlait à tort et à travers.

Elle n’osait même pas lui jeter un regard, car à l’instant où elle le ferait, il saurait la vérité. Qu’elle était là à cause de lui. Wavy dépassa la bretelle d’accès à l’autoroute car elle prévoyait de prendre les routes secondaires vers Oak Creek. Cela leur accorderait un peu plus de temps ensemble, même si, pour l’instant, cela ne faisait que prolonger la gêne entre eux. Il ne verrait pas la différence.

Bien sûr que si !

— Un problème avec l’autoroute ? lui demanda-t-il.

Qu’était-elle censée répondre à cette question, exactement ? Qu’elle avait envie de passer plus de temps avec lui, et qu’elle s’était donc dit qu’elle allait prendre la route la plus lente ?

Elle eut un petit rire qui ne pouvait qu’être qualifié de gêné.

— Ouais. Je n’aime pas conduire sur les voies rapides. Elles me rendent nerveuse.

Il parut se détendre un peu.

— D’accord. Je comprends.

Il sortit son téléphone et tapa quelque chose. Génial. Peut-être n’avait-il pas envie de lui parler du tout, et que tout cela n’avait été qu’une stupide erreur de sa part. Cela semblait être une constante quand il s’agissait de lui.

— Le magasin d’art où tu étais, commença-t-il en la regardant, ce ne serait pas le Brickman ?

— Si, répondit-elle. Tu en as entendu parler ?

Pourquoi en aurait-il entendu parler ? C’était une petite chaîne de magasins qui vendaient des fournitures de base.

— Non, mais je le vois ici sur mon téléphone. Je capte de manière aléatoire.

— Oh, oui, répondit-elle avec ce stupide rire nerveux. Nous entrons dans une sorte de zone morte qui s’étend sur une cinquantaine de kilomètres carrés. Les portables ne captent pas du tout.

— Bien.

Il se détendit un peu plus. Et c’était une bonne chose, parce qu’elle se sentait de plus en plus nerveuse et stupide à mesure que le temps passait.

Il faut aimer les montagnes du Wyoming.

— Oui, exactement.

Il comprenait. Il compr…

Elle poussa un cri quand il attrapa le volant, les faisant sortir de la route. Elle enfonça la pédale de frein.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Coupe le moteur, Wavy.

Oh, mon Dieu. Plus il était calme, plus il était dangereux. Elle s’en rendait compte à présent. Elle coupa le moteur et se retrouva aussitôt la tête plaquée contre la vitre : il avait la main sur son cou, et ses longs doigts étaient étalés sur son crâne. Elle laissa échapper un gémissement en sentant le verre froid contre son visage.

— Que faisais-tu à Reddington City ?

— Je te l’ai dit. Fournitures de beaux-arts.

— D’accord. Laisse-moi reformuler. Que faisais-tu près de moi à Reddington City ? Le magasin de beaux-arts Brickman est de l’autre côté de la ville.

Oh, mon Dieu. Elle n’avait pas envie de lui dire.

— C’était une simple coïncidence. Vraiment.

Sa main la repoussa plus fermement contre la vitre. Pas assez fort pour lui faire mal, mais suffisamment pour qu’elle sache que s’il voulait faire passer sa tête au travers, il n’aurait pas de gros effort à fournir.

— Avec mon métier, je ne crois pas aux coïncidences. Alors il va falloir que tu te montres plus précise. Que faisais-tu près de l’immeuble Hemingway ?

Si Wavy s’en tenait à sa version originale, il pourrait peut-être la croire.

— J’étais-là par hasard. J’ai tourné en rond.

La pression s’intensifia contre la vitre.

— Tu travailles pour eux ?

— Quoi ? demanda-t-elle, car il posait les questions trop vite pour qu’elle les comprenne. Qui ?

— Mosaïque, Wavy. Je dois bien admettre que tu m’as eu avec cette histoire de plateau, et la conversation amicale ce matin au diner. Mais je ne peux pas croire que tu te trouvais par hasard près du bâtiment Hemingway aujourd’hui.

Mon Dieu, elle allait devoir lui dire la vérité. Elle aurait presque préféré qu’il pense qu’elle faisait partie d’une organisation terroriste plutôt que de lui avouer la vérité. Mais il appliqua plus de pression sur sa tête et son cou, et elle comprit qu’elle n’avait pas le choix.

— Je discutais avec mon frère Finn. Je lui ai demandé où tu séjournais, et il a dit que tu te rendais à Reddington City.

— Et Finn t’a dévoilé mes plans ?

Elle voulut secouer la tête, mais ne pouvait pas bouger.

— Non. Tout ce que j’ai pu tirer de lui, c’était Reddington City. Mais ensuite, j’ai fouiné dans son téléphone et j’ai vu l’adresse. J’ai décidé de tenter ma chance.

— Quoi ?

Elle savait que ça paraissait absurde.

— J’ai décidé de venir ici prendre mes fournitures de beaux-arts plus tôt, et je me suis dit que peut-être, si je te trouvais, je pourrais faire comme si c’était un hasard, et te demander si tu voulais aller dîner.

La pression contre sa tête diminua légèrement.

— Dîner.

Wavy avait l’impression de ne s’être jamais sentie aussi idiote de toute sa vie.

— Écoute, je vis dans une petite ville. J’y ai vécu toute ma vie. Je connais absolument tout le monde. J’ai rencontré ce type qui est plutôt intéressant, et ne s’est pas senti menacé quand je l’ai presque assommé. Alors oui, dîner.

Il la relâcha.

Elle se tourna et le vit secouer la tête.

— Je suis désolé. C’est juste que tu es… tu n’es jamais là où je t’attends.

— Eh bien, c’est une première, parce que j’ai l’impression que ma vie stagne et je n’ai jamais…

Le pare-brise éclata sous leurs yeux, et elle hurla.

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