Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)
Chapitre 31
Ian observait la nuit étoilée pendant que Wavy dormait dans ses bras. Il n’avait pas souvenir d’avoir été aussi reconnaissant et humble qu’au cours de l’heure écoulée.
Ce n’était pas à cause du sexe. Il était aussi reconnaissant pour ça, et sacrément révérencieux à ce sujet, mais la proximité, les virages qu’elle prenait, sa guérison, c’était ce qui l’impressionnait le plus. Elle n’était pas capable de le voir en elle-même, mais lui le pouvait.
Il était prêt à tout donner pour la récupérer, et encore une fois pour l’aider à guérir. Mais il s’avérait que Wavy pouvait se guérir elle-même.
Il se sentait plus qu’honoré qu’elle le laisse rester auprès d’elle pendant ce temps.
Cela n’avait rien à voir avec son envie qu’elle couche avec lui : il était plus que satisfait de tous ces baisers qu’ils avaient échangés ces derniers jours.
Mais dans les eaux internationales, personne au Secteur Omega, ni aucun autre groupe chargé de faire respecter la loi, n’était compétent pour interroger Wavy.
Ian avait informé le Dr Rayne de la situation, et elle l’avait encouragé à dire à Wavy que Callum voulait lui parler. Elle avait également convenu que la meilleure façon de protéger Wavy de toute répercussion émotionnelle était de lui permettre de guérir et de se souvenir à son rythme. Pour Ian, cela l’emportait sur tout le reste, du moins pour le moment.
S’il revenait en arrière et se remémorait tous les détails des pires heures de sa vie, qu’est-ce que cela mettrait en lumière ? Il se souvenait de la peur qu’il avait éprouvée la première fois qu’il était mort, parce qu’il savait que c’était vraiment la fin. Il allait mourir dans cette boîte, de la main de son frère. De la deuxième fois, il ne se souvenait que de la souffrance du manque d’air. Le reste n’était qu’un flou bienvenu, une protection de son propre esprit.
Tous les pires jours que Wavy avait vécu étaient dans un brouillard, et si cela restait ainsi pour toujours, c’était pour le mieux. Elle n’avait pas à se souvenir de la douleur qu’elle avait endurée et qui l’avait poussé à s’arracher la peau.
Mais merde, que Mosaïque soit en train de développer des armes humaines ? C’était carrément flippant. Ian avait déjà demandé à son équipe de réexaminer toutes les données qu’ils avaient acquises au cours des dernières semaines, avec ce nouvel angle en tête. Ils étaient peut-être passés à côté de quelque chose, parce qu’ils ne savaient pas quoi chercher.
Il était bien réveillé maintenant, mais il voulait que Wavy aille à l’intérieur avant d’avoir froid. Et parce qu’un jour ou l’autre, le personnel du bateau aurait besoin de retourner sur cette partie du pont. Il enfila son pantalon, puis enveloppa Wavy dans son t-shirt avant de la soulever dans ses bras. Elle n’avait toujours pas repris tout le poids qu’elle avait perdu pendant sa captivité, mais elle était en meilleure santé.
Elle resta endormie pendant qu’il descendait dans la cabine principale. Ce ne fut que lorsqu’il la déposa sur le lit qu’elle murmura et tendit la main vers lui, faisant la moue dans son sommeil lorsqu’il s’éloigna.
Cela fit naître un sourire sur ses lèvres. Même s’ils n’avaient pas fait l’amour, ils avaient dormi ensemble toutes les nuits, et elle n’avait pas idée à quel point c’était important pour lui. L’avoir près de lui l’avait aidé à se reposer bien plus qu’il n’avait pu le faire depuis des semaines.
Mais pour l’instant, il avait encore du travail. Il était temps de faire appel à certains de leurs agents spéciaux de Zodiac sur le cas Mosaïque. La plupart d’entre eux n’étaient pas faciles à joindre, mais ils en avaient besoin. Si Mosaïque créait des tueurs, ils devaient se servir des membres de leur équipe dont le mode de pensée était le plus proche d’eux. Les membres de l’équipe qui, eux-mêmes, luttaient contre la zone grise.
Il avait passé quelques heures assis au bureau près du lit à mettre en œuvre ces plans quand Tristan l’interrompit au talkie-walkie.
— Boss, j’ai à te parler.
Ian baissa le volume pour ne pas réveiller Wavy.
— Je t’écoute.
— Nous avons un hélicoptère qui atterrit dans dix minutes. C’est Sergot.
— D’accord.
Pourquoi Sergot arrivait-il en hélicoptère ? S’il avait quelque chose à lui dire, il pouvait le faire par téléphone, ou par message.
— Sergot a dit que tu n’allais pas aimer, mais que c’était la seule solution.
— Je me rends à l’aire d’atterrissage.
Il enfila le reste de ses vêtements et franchit la porte en silence. Avec un peu de chance, Wavy dormirait tout du long. Il avait un mauvais pressentiment sur ce que Sergot avait à dire.
Quand il vit qui descendait avec lui de l’hélico, Ian laissa échapper un juron. Callum Webb. Il appela Tristan au talkie-walkie.
— Callum Webb ne doit en aucun cas faire sortir Wavy de ce bateau, compris ?
— Merde, mais que fait Webb ici ? répondit Tristan.
— Je suis sur le point de le découvrir, mais je peux te dire une chose. Nous sommes dans les eaux internationales, et il n’y a aucune juridiction compétente ici. Il ne l’emmène pas.
— Compris, boss. Ne t’inquiète pas. Sergot ne voudrait pas de ça.
Ian ne savait pas ce que voulait Sergot. Ni à quoi il pensait en amenant Callum ici.
Ian salua les deux hommes d’un signe de tête, et ils se dirigèrent vers la salle de conférences en silence : de toute façon, les rotors faisaient trop de bruit pour pouvoir parler. Ce ne fut qu’une fois à l’intérieur et que la porte fut fermée derrière eux qu’il se tourna vers eux.
Il pointa Sergot du doigt.
— Je vais partir du principe qu’il y a une bonne raison pour laquelle je n’ai pas besoin de te virer, lui dit-il avant de pointer ensuite son doigt sur Callum. Et toi, de te balancer par-dessus bord.
— Il sait quelque chose sur Bronwyn, annonça Sergot. Mais il ne voulait te parler qu’en face à face.
Ian se passa une main dans les cheveux.
— Bien. Tu es là. Parle.
Callum s’assit à la table.
— Nous avons Bronwyn Rourke en détention.
Il tourna les yeux vers Sergot.
— Quoi ? rugit-il en se levant.
Ian tendit la main pour empêcher Sergot de sauter par-dessus la table de réunion et de tabasser Callum, qu’il fasse ou non partie des forces de l’ordre.
— À quoi tu joues, Webb ? demanda-t-il tranquillement.
— Nous avons des images vidéos d’elle entrant par effraction et volant une famille de criminels bien connue à New York il y a quelques semaines. Elle a éliminé trois gardes et s’est battue au corps à corps avec un type qui a surgi de nulle part, annonça Callum en se calant dans son siège. Maintenant que j’y pense, le type en question avait ta couleur et ta carrure, Sergot. Tu connais quelqu’un qui ressemble à ça ?
Ian savait qu’il avait joué les prolongations à New York.
— Tu sais qu’il y a des circonstances particulières à ce cambriolage, cracha Sergot. Sans compter que ce ne sont pas d’honnêtes gens qu’elle volait.
Callum haussa les épaules.
— Je ne dis pas qu’elle n’a pas rendu service au monde. Tout ce que je dis, c’est qu’elle a volé quelqu’un, que nous en avons la preuve en vidéo, et qu’elle est en détention chez nous.
Ian se cala à son tour dans son siège. Si Callum voulait jouer, ils pouvaient le faire.
— Alors inculpez-là, que je puisse faire intervenir mes avocats. Tu as fait un long chemin pour quelque chose qui aurait pu se régler dans un mail de trois lignes.
— Et si on n’a pas l’intention de l’inculper ? Et si je voulais faire un marché ?
— De quoi tu parles, Webb ? Tu me fais perdre mon temps.
— Je remets Bronwyn à la garde de Sergot en échange d’une occasion de parler à Wavy.
Sergot ne dit rien, mais tourna les yeux vers Ian. Il savait combien son ami était prêt à donner pour sortir Bronwyn de la rue, et la mettre en sécurité. Il aurait pu tout donner. Mais ce n’était pas lui qui allait devoir payer. Ce serait Wavy.
— Merde ! s’exclama-t-il.
Callum abattit une main sur la table.
— Bon sang, DeRose, je ne demande pas à pouvoir l’interroger dans un local de trois mètres sur trois ! Je ne vais pas la torturer. Je veux juste voir s’il y a quelque chose dont elle se souvient et lui demander son aide. Ce n’est pas déraisonnable.
Ian le savait bien, mais son instinct lui dictait de la protéger à tout prix. Il se souvenait de ce à quoi elle ressemblait, nue dans cette caisse, quand ils l’avaient retrouvée.
Ils restèrent tous les trois à se regarder pendant une longue minute, puis quelqu’un frappa à la porte.
— Je peux entrer ?
Wavy. Merde.
Elle entra.
— J’ai trouvé Tristan, et il m’a dit que vous étiez là, expliqua-t-elle avant de se tourner vers Callum. Je vous ai déjà vu. Vous étiez à l’hôpital.
Callum acquiesça.
— Effectivement.
Wavy se tourna vers lui.
— Vous vous êtes disputés tous les deux.
— Oui, dit Ian. Voici Callum Webb. C’est un agent du Secteur Omega, l’équipe des forces de l’ordre avec laquelle j’ai travaillé pour faire tomber Mosaïque la première fois.
— Et vous travaillez ensemble pour les faire tomber à nouveau ?
— En quelque sorte, répondit Callum avant que Ian ait le temps de lui dire de la fermer.
Wavy était trop intelligente pour son propre bien.
— Vous voulez me parler, n’est-ce pas ?
Callum a haussé les épaules.
— Vous êtes notre seule piste viable, mais… nous ne voulions pas entraver votre rétablissement.
Elle croisa les bras et regarda Ian.
— Je vais donc en déduire que l’agent Webb a demandé à me parler, et que tu as refusé de le laisser faire. Et cette excursion, c’était pour me garder hors de sa portée. C’est bien ça ?
Il tendit un bras vers elle.
— Wavy.
Elle haussa un sourcil.
— M’as-tu, oui ou non, amenée sur ce yacht pour fuir cet homme ? demanda-t-elle en montrant Callum du doigt.
Ian n’allait pas lui mentir.
— Oui, je l’ai fait, et je ne vais pas m’excuser pour ça. Ta santé mentale et physique est ce qu’il y a de plus important pour moi. Tu pourras ou non l’aider dans cette affaire, mais je n’allais pas te laisser souffrir afin de le découvrir.
— Je reprends des forces, tu le sais. Je me souviens de choses.
Il se leva et s’approcha d’elle, repoussant une mèche de ses cheveux derrière son oreille.
— Je le sais. Mais tu n’es pas obligée de faire ça. Nous trouverons d’autres moyens.
— Non, répondit-elle en secouant la tête. Les autres moyens pourraient prendre trop de temps.
Elle jeta un coup d’œil à Callum par-dessus son épaule.
— Je vois des trucs. Je ne sais pas si ce sont des rêves ou des souvenirs. Je ne suis pas sûre de ce qui est réel, et ce qui n’est que dans ma tête. Mais si je peux vous aider, j’essaierai de faire le tri.
Il devait bien accorder à Callum qu’il n’avait pas l’air arrogant. Il semblait seulement reconnaissant.
— Merci. Je ne sais pas ce que vous connaissez de toute cette situation.
Elle semblait embarrassée, et il voulait arrêter ça avant que ça ne commence.
— Pas grand-chose, j’ai honte de l’admettre. Je me suis enfoui la tête dans le sable.
Le sourire de Callum était doux.
— Je ne vous en veux pas d’être restée à l’écart autant que vous le pouviez.
Elle hocha la tête.
— Dites-moi ce que vous savez.
— Mosaïque a développé une nouvelle technologie, un mélange de produits chimiques et de manipulation génétique pour contrôler les gens. On pensait que c’était pour le trafic d’êtres humains. Mais c’est plus que ça, expliqua Callum avant de se frotter le front. Il semblerait que Mosaïque se serve de ce protocole non pas pour transformer les gens en esclaves sexuels plus malléables, mais pour créer une équipe d’assassins et d’espions.
— Protocole. Je me souviens de ce mot. Ils l’ont utilisé sur moi. Je me souviens qu’ils m’avaient branchée à des équipements médicaux.
Ian serra le poing. La voix de Wavy était à peine plus qu’un murmure, et ils n’étaient pas encore arrivés à la partie la plus dure. Elle se tourna pour le regarder.
— Et si j’étais un assassin ? Et s’ils m’avaient fait quelque chose pour…
— Tu n’en es pas un, lui dit Ian. Ton corps a rejeté le traitement qu’ils ont tenté de te donner. C’est l’une des choses que nous avons découvertes quand les gars de Linear ont cracké le disque dur. Ils ne peuvent pas s’en servir sur tout le monde.
— Comment sais-tu que je l’ai rejeté ?
— La douleur, Arc-en-ciel. C’est pour ça que tu ne te souviens de pas grand-chose. Ton cerveau a bloqué la douleur, lui expliqua Ian, dont la voix était enrouée à son tour. Quand on t’a retrouvée, on a cru que tu avais été torturée. Tu avais des égratignures et des bleus sur tout le corps.
Elle s’assit sur la chaise à côté de lui, regardant droit devant elle quelque chose que personne d’autre ne pouvait voir.
— Je me le suis infligé à moi-même. Pour essayer d’arrêter le feu qui me consumait de l’intérieur. J’avais l’impression de bouillir vive.
Ian se tourna vers Callum avec un regard furieux. C’était pour ça qu’il l’avait tenu éloigné de Wavy. Parce qu’ils ne faisaient que lui infliger de la souffrance, sans obtenir d’informations utilisables.
— Oui. On ne l’a découvert que lorsque tu étais à l’hôpital et que les médecins ont vu l’état de tes ongles. Ces griffures, tu te les étais faites toi-même. Mais les gens qui te détenaient t’y ont poussée. Ils auraient pu arrêter la douleur à tout moment.
Finalement, elle revint au présent, dans la pièce. Elle regarda Callum et prit une grande respiration.
— Est-ce que cela vous aide ? J’aurais cru que vous aviez besoin de plus d’informations.
— Tu n’as pas à faire ça, Wavy, dit Ian.
Elle secoua la tête.
— Bien sûr que si. Je dois le faire si je veux avancer dans ma vie.
Il lui tendit la main, et à son grand bonheur, il la prit.
— Demandez-moi ce que vous voulez savoir, dit-elle à Callum.
— Nous savons que vous avez été détenue dans au moins trois endroits. Le premier, c’était un laboratoire où Ian a trouvé la petite peinture qui portait le sang du Dr Tippens. Il a parlé à Ian de l’entrepôt où on vous a retrouvée. Mais il y avait un deuxième laboratoire. C’est celui sur lequel on n’a pas d’info, celui qu’on doit trouver.
— Dr Tippens, murmura-t-elle.
— Est-ce que tu te souviens de lui ? lui demanda Ian en se rapprochant.
Elle cligna des yeux.
— Il travaillait pour Erick Huen, l’homme que je connaissais sous le nom de Renaud Puisat. J’étais étourdie et malade… dans un lit d’hôpital. Erick et lui discutaient. Ils savaient que vous alliez venir alors ils voulaient bouger… Oh, mon Dieu.
— Quoi, Arc-en-ciel ? Tout va bien. Tu es en sécurité, maintenant.
Elle l’agrippait d’une poigne de fer. Il couvrit ses mains de la sienne.
— Ils savaient que nous allions venir, alors ils ont voulu te déplacer ? C’est ce que tu allais dire ?
— Nous, croassa-t-elle. Ils voulaient nous déplacer. Il y avait des dizaines de personnes dans des lits comme le mien. L’une d’elle était une fille, une adolescente nommée Janice.
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