Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)
Chapitre 16
Ian n’avait pas vu Wavy depuis une semaine, et c’était trop long.
Comme si son corps tout entier ne le démangeait pas déjà à l’idée de la toucher, l’une de ses petites peintures était arrivée par le courrier du jour. Il avait souri comme un idiot quand il l’avait vue. Il avait eu l’impression que les yeux de ses trois assistants allaient leur sortir de la tête en voyant sa réaction.
Ian s’en fichait. Wavy lui avait envoyé un tableau par courrier. Elle l’avait envoyé en express la nuit pour qu’il l’ait avant de la voir. Celui-ci était fait de roses et de violets : le bonheur et la passion mélangés. Il ne pouvait pas s’empêcher de passer ses doigts dessus.
Et au dos du petit tableau, de son écriture délicate et fleurie, elle avait mentionné qu’elle avait une surprise pour lui.
Peu de gens au monde étaient capables de le surprendre, mais il ne doutait pas qu’elle en faisait partie.
Parce qu’il n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle avait en tête quand elle avait parlé de surprise. Peut-être une nouvelle tarte au Frontier. Ou une chute d’eau près d’un des sentiers voisins qu’elle voulait lui montrer.
Ou elle pouvait être nue dans son lit avec une paire de menottes dont elle voulait faire un usage créatif.
Il n’en avait pas la moindre idée, et, bon sang, il aimait ça. Cette femme s’était emparée de son cœur, un rire à la fois.
Quelques heures plus tard, son jet se posait en périphérie d’Oak Creek et il grimpait dans le véhicule qu’il laissait désormais là à plein temps. Il n’allait pas pouvoir continuer de passer autant de temps dans le Wyoming sur le long terme.
Il pouvait peut-être convaincre Wavy de venir vivre près de l’un des bureaux de Zodiac Tactical, elle n’aurait que l’embarras du choix. Elle avait évoqué le fait qu’elle était prête à quitter sa ville natale, et si elle choisissait un endroit à proximité d’un bureau de Zodiac, il y déplacerait le siège social.
Ou si elle voulait vivre ailleurs, il y ouvrirait un nouveau et vrai bureau. Bon sang, si elle voulait rester ici à Oak Creek, cela lui conviendrait aussi. Cette idée le fit sourire. Sourire… c’était une chose qu’il faisait de plus en plus. Et cela ne lui paraissait même plus étrange.
Et grâce à qui ?
Le paquet qui se trouvait devant la porte d’entrée de son bureau de fortune quand il se gara le poussa à sortir l’arme qu’il gardait dans la boîte à gants.
Il n’aurait pas dû y avoir de courrier ici. Tout était redirigé en ville, ou à l’un de ses autres bureaux. Il se rapprocha. Son nom était inscrit sur l’extérieur du carton, et rien d’autre. Carrément suspect.
Prenant un peu de recul, il appela Landon et mit son téléphone en haut-parleur.
— Quoi de neuf, boss ? Est-ce que Wavy t’a de nouveau assommé avec un plateau ?
Il n’essaya pas de dissimuler son inquiétude.
— J’ai un paquet anonyme près de la porte d’entrée de mon bâtiment ici à Oak Creek.
Nous nous rappelions tous deux du contenu du colis anonyme de la semaine précédente : des morceaux du corps de Silas Varela.
— Lance le scanner et les caméras ici. Vois si tu peux avoir des infos sur qui a laissé cette chose.
— Compris. Je le lance immédiatement, répondit Landon. Accorde-moi quelques minutes. Et pour l’amour du ciel, ne touche pas à cette boîte.
Le fait d’être ici, dans un endroit relativement peu sécurisé, n’était pas la méthode la plus intelligente pour lui de gérer son entreprise. Ils avaient donc mis en place des mesures de haute sécurité. Des caméras disposées partout, et des capteurs infrarouges permettant de savoir à distance si quelqu’un se trouvait à l’intérieur du bâtiment. Il aurait pu vérifier depuis son téléphone, mais il préférait garder son arme dégainée et laisser Landon s’en charger.
Parce qu’il n’y aurait pas dû y avoir de boîte ici. Personne en dehors du cercle restreint de Zodiac n’aurait dû avoir connaissance de cet endroit.
Dès que Landon lui aurait assuré que le bâtiment était dégagé, Ian prendrait le matériel qui lui permettrait de s’assurer qu’il n’y avait pas d’explosif à l’intérieur du carton.
— Boss, on a un problème, l’informa Landon. RAS dans le bâtiment, mais les caméras ont été coupées manuellement il y a quelques jours. Je vais devoir fouiller de ce côté-là.
Merde. Il n’avait pas besoin de faire de plus amples recherches à ce niveau-là. C’était lui qui avait débranché les caméras la semaine précédente, à cause de ce qu’il faisait avec Wavy. Il était hors de question qu’il prenne le risque que quelqu’un d’autre la voie ainsi.
— Ce n’est pas nécessaire, Landon. C’est moi qui ai désactivé les caméras, et j’ai oublié de les remettre en marche.
Parce que quand Wavy en avait eu terminé avec lui, il avait quasiment oublié son propre nom.
— Reconnecte-les et fais-les tourner.
Il garda malgré tout son arme au poing en entrant, mais rien n’indiquait la présence de quiconque. Il savait que Landon était déjà en train d’envoyer une équipe de renfort, et qu’ils procéderaient à des vérifications plus approfondies quand ils seraient là.
Il scanna le paquet avec leur matériel. Il n’y avait pas d’explosifs, alors il prit des gants en latex dans un kit de scène de crime dans la pièce du fond.
— Très bien, il ne s’agit pas d’explosifs, annonça-t-il. Je vais l’ouvrir.
— Ian, attends les renforts.
— Non, répondit-il, car son instinct lui hurlait que quelque chose clochait. Je dois savoir de quoi il s’agit.
— Très bien, soupira Landon, tandis que ses doigts faisaient cliqueter son clavier. Mais j’appelle au moins les gars de Linear pour qu’ils viennent en renfort. J’ai l’impression que c’est moche.
Ian ressentait la même chose.
Il s’accroupit devant la boîte, qui devait faire le double d’une boîte à chaussures. Il enfila la paire de gants et se servit de son couteau de poche pour couper le ruban adhésif.
À l’intérieur de la boîte se trouvait une autre, plus petite. Génial. Quelqu’un avait envie de s’amuser. Il passa l’appel en vidéo et tourna le téléphone pour que Landon voie de près ce qu’il était en train de faire.
Il ouvrit la deuxième boîte dans laquelle se trouvait une troisième, plus petite encore.
Ian serra les dents.
— Mosaïque se fout de nous. Ce sont des poupées russes en forme de boîtes.
Il y en avait sept au total. À l’intérieur de la dernière se trouvait une enveloppe carrée avec une inscription à l’extérieur.
Quel prix es-tu prêt à payer pour gagner cette guerre ?
— N’importe quel prix, enfoiré, marmonna-t-il en tournant l’enveloppe pour l’ouvrir.
— Ian, attends. Je n’aime pas ça, dit Landon, mais il ne s’arrêta pas.
Il fallait qu’il sache.
Quel que soit le jeu auquel Mosaïque s’adonnait avec lui en ce moment, il était prêt, parce qu’il allait gagner. Ils allaient tomber. Il n’avait plus Varela, mais il allait trouver un autre moyen.
Il ouvrit l’enveloppe avec le couteau. La première chose qu’il vit fut une photo de Wavy, souriante dans une robe à pois rouge. Cela le fit presque sourire, jusqu’à ce qu’il voie ce qu’elle faisait, et à qui elle souriait.
Elle serrait la main d’Erick Huen.
Elle se tenait à côté de lui, lui souriait, lui serrait la main.
Ian se leva et courut vers sa voiture.
— Doux Jésus ! s’exclama Landon. Est-ce que c’était Wavy avec Erick Huen ?
— Oui.
Il sortit en trombe de l’allée et prit la direction de la ville.
Que signifiait la photo ? Erick la menaçait-il ? Est-ce qu’il essayait de lui faire savoir qu’il pouvait l’atteindre ? De quand datait la photo ? Il avait parlé à Wavy le matin même, et ils devaient se retrouver plus tard dans l’après-midi, après son service au diner.
Il fallait qu’il la voie lui-même.
— Landon, il faut que l’on comprenne pourquoi elle était avec lui. Je sais qu’elle connaît son nom, mais de toute évidence, elle ne sait pas à quoi il ressemble.
Il raccrocha et enfonça l’accélérateur.
Erick Huen s’était approché d’elle. Cette pensée le rendait malade.
Il se gara au Frontier quelques instants plus tard et courut à l’intérieur.
— Salut, mon chéri, dit Leeann, la serveuse plus âgée qui travaillait avec Wavy, en lui souriant. Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Où est Wavy ? lui demanda-t-il, incapable de se montrer poli tant qu’il ne l’aurait pas vue de ses propres yeux.
— Elle n’est pas là. Oh, c’est vrai, elle ne t’a rien dit. Elle voulait que ce soit une surprise.
Le cœur de Ian martelait ses côtes. Wavy n’était pas ici. C’était en rapport avec sa surprise.
— Elle s’est rendue à Reddington City pour rencontrer ce marchand d’art, poursuivit Leeann. Un agent qui s’intéressait à son travail et qui voulait en voir plus.
La peur comprima la gorge de Ian.
— Où ? Quand ?
— Voici la carte qu’il lui a donnée hier quand il est venu la voir au diner.
Leeann prit une carte de visite posée près de la caisse et la lui remit.
Renaud Puisat, Agent artistique.
Mais sur la photo, c’était Erick Huen.
— Wavy était tout excitée. Elle portait sa robe à pois rouge. Sa robe porte-bonheur, comme elle l’appelle, lui dit-elle avec un clin d’œil. Elle a dit qu’elle espérait avoir de la chance deux fois aujourd’hui, si tu vois ce que je veux dire.
Il n’arrivait pas à respirer. Il était même incapable de dire le moindre mot à Leeann. Il se contenta de faire volte-face et de courir dehors, la carte de visite à la main.
Son téléphone sonna de nouveau et il répondit, sachant que c’était Landon.
— Erick la tient, murmura-t-il, incapable de dire autre chose. Mosaïque détient Wavy.
Ian regarda à nouveau la carte de visite, les lettres qui constituaient le nom, Renaud Puisat, et l’anagramme prit vie sous ses yeux.
Renaud Puisat, ou « Ian, tu as perdu ».
Mosaïque détenait Wavy.
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