Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)
Chapitre 32
— Il faut qu’on essaie à nouveau. Et cette fois, ne m’arrêtez pas si je saigne du nez.
La chambre d’amis du penthouse avait été aménagée en bureau pour les séances du Dr Rayne et de Wavy. Elle avait demandé à Ian de la ramener immédiatement à la maison. Car comment aurait-elle pu rester sur un yacht au milieu de la Méditerranée alors qu’elle avait laissé des gens en enfer ? Des gens qu’elle avait oubliés. Des gens qu’elle pourrait peut-être aider.
Janice.
Le Dr Rayne avait travaillé avec elle pendant des heures au cours des cinq jours qui avaient suivi leur retour à Denver. Elles avaient testé toutes les méthodes de thérapie et de conseil avec lesquelles Wavy était à l’aise, ainsi que quelques-unes avec lesquelles elle ne l’était pas, pour l’aider à se souvenir de plus de choses. Parfois, elle avait l’impression de faire des progrès, de se souvenir de trucs, surtout au sujet de l’adolescente.
Aider à la retrouver était devenu la priorité de Wavy.
Parler de Janice semblait la troubler le plus, peut-être parce qu’elle était ce dont Wavy se sentait le plus coupable. Comment avait-elle pu l’oublier pendant des semaines ? Qui savait ce qui avait pu lui arriver depuis qu’elle était partie. Elle avait été dorlotée et choyée par tout le monde… tandis que Janice avait été piégée en enfer.
Elle serra les poings.
— Se frustrer au point de connaître un retour en arrière ne servirait à rien, déclara le Dr Rayne. Je sais que vous voulez faire votre possible pour aider les gens qui sont piégés, mais nous n’allons pas vous perdre dans le processus.
— Je ne comprends pas pourquoi c’est parfois tellement difficile de se souvenir, et si facile à d’autres moments.
Wavy prit le mouchoir qu’elle lui tendait, sachant que cela signifiait que du sang était sur le point de couler à nouveau de son nez.
Cela avait été l’une de leurs séances les plus difficiles. Elles avaient tenté l’hypnose, qui n’était pas leur méthode préférée. Chaque fois qu’elles essayaient, Wavy terminait avec de terribles maux de tête et des saignements de nez. Mais de toute manière, elle se retrouvait avec d’horribles maux de tête une fois sur deux quand elles discutaient.
Elles essayaient de retrouver toutes les informations qu’elle pouvait avoir dans son subconscient sur ce second lieu inconnu. Ian l’avait découverte dans un entrepôt, mais on l’y avait laissée pour qu’elle y meure. Ils étaient aussi au courant pour le premier laboratoire. Mais où avait-elle été détenue par Mosaïque entre-temps ?
Elle s’était rappelé une partie d’une conversation entre le Dr Tippens et Erick Huen, qu’ils se disputaient pour savoir où les déplacer. Elle s’était souvenue d’avoir griffé le Dr Tippens dans l’espoir que son sang sur la toile fournirait un indice à Ian.
Tout était beaucoup plus flou après ça, car c’était le moment où ils avaient débuté le protocole sur elle. Après cela, simplement rester en vie était assez difficile. Elle n’avait plus aucun souvenir clair à partir de ce moment-là.
Si l’on se fiait à l’esprit de Wavy, elle était montée deux fois dans un avion. C’était un souvenir constant, quelle que soit la méthode utilisée par le Dr Rayne pour obtenir cette information. Elles considéraient donc que c’était la vérité.
Elle se souvenait aussi de ventilateurs, et de la chaleur. Il y avait eu aussi des fenêtres entrouvertes, ce qui, selon Ian, leur en disait long sur l’endroit. La chaleur en septembre avec les ventilateurs et les fenêtres ouvertes indiquaient un lieu isolé, mais tropical. Les vols suggéraient une île. C’était logique, au vu de l’expérimentation sur les humains. L’équipe de Zodiac Tactical et Callum Webb, qui travaillaient enfin ensemble, enquêtaient sur les liens du Dr Tippens avec tous les lieux susceptibles de correspondre à ces paramètres.
Elle avait essayé de décrire les personnes qu’elle avait vues au cours de sa détention, mais c’était flou pour elle aussi, à l’exception de Janice. Son visage, Wavy le voyait plus clairement dans son esprit : des taches de rousseur, de grands yeux terrifiés. Mais pour les autres, elle avait des saignements de nez et des maux de tête.
— C’est compréhensible, dit le Dr Rayne. Vous désirez avant tout aider Janice. Donc votre cerveau s’est concentré sur elle.
Elle aurait voulu rester et travailler avec le Dr Rayne chaque heure de chaque jour, mais elle refusait. Elle disait que Wavy devait laisser son cerveau au repos. Comme si laisser son cerveau se reposer allait aider ces gens prisonniers. Ian était d’accord avec elle, et attendait à la porte qu’ils terminent chaque session.
Elle était épuisée, elle poussait peut-être un peu trop. Mais quel choix avait-elle en réalité ? Même quand elle peignait, c’était dur pour son corps. C’était comme pour la parole, parfois c’était bien, sans douleur ni stress. Mais parfois, sa peinture lui provoquait aussi des saignements de nez et des maux de tête.
— Recommençons. Wavy pouvait supporter une autre séance d’hypnose.
— Non, nous avons fini pour aujourd’hui.
— Rayne, allez. C’est seulement le milieu de l’après-midi.
Elle secoua la tête.
— Ça suffit. Deux saignements de nez distincts. Nous retenterons demain.
Elle commença à protester, mais le docteur leva une main pour l’arrêter.
— Plus vous forcez les choses, plus ça prendra du temps. Malheureusement, vous ne pouvez pas contrôler ce qui vous fait souffrir. Tout ce que vous pouvez faire, c’est de le gérer avec sagesse. Donc, pas de peinture non plus si ça doit provoquer une hémorragie cérébrale par le nez.
Wavy laissa échapper un gémissement.
— Merci pour l’image.
Le médecin retira ses lunettes et lui prit la main par-dessus la table.
— J’ai vu votre nez saigner, et je vous ai vu tressaillir de douleur bien trop souvent au cours de la semaine passée. Nous marchons sur une corde raide. À force d’encaisser, votre cerveau va finir par s’arrêter. Et dans le coma, vous ne serez utile à personne. Sans compter que Ian va me botter le cul.
Comme si Ian allait faire quoi que ce soit pour faire du mal au docteur d’1m50.
— Bien, alors je vais aller le déranger dans son bureau.
Elle se leva, consciente qu’elle ressemblait à une gamine capricieuse de quatre ans.
Le Dr Rayne sourit.
— Tant mieux, il a besoin d’une pause lui aussi. C’est dur pour les grands mâles alpha quand tout ce qu’ils peuvent faire, c’est regarder les femmes qu’ils aiment souffrir.
— Quoi ?
— Il préfèrerait prendre toute la douleur…
Wavy se laissa retomber sur sa chaise.
— Non, je veux dire la partie sur l’amour. Ian et moi ne nous aimons pas.
— Si vous le dites.
Rayne la regarda, tête inclinée, comme si elle n’était pas très maligne.
Et elle ne se sentait pas très maligne.
— Pourquoi est-ce que vous dites ça ?
— Ian DeRose remuerait ciel et terre pour vous donner tout ce dont vous avez besoin.
— Il se sent coupable pour…
Le docteur tendit une main pour l’arrêter.
— Laissez-moi vous poser une question. Est-ce que vous l’aimez ?
— Oui.
Le mot sortit tout seul avant qu’elle ne puisse l’arrêter. Oui, Wavy aimait Ian. Elle était amoureuse de l’homme et de sa force, de son courage, de sa ténacité sans faille quand il s’agissait de faire ce qu’il pensait être juste.
— Et si quelqu’un vous disait que vos sentiments étaient un transfert, un culte du héros, que vous l’aimez par ce que c’est lui qui vous a sauvée, que diriez-vous ?
— Je dirais que ce n’est pas vrai. Que ce n’est même pas une partie de ce que je ressens pour lui. Si quelqu’un d’autre m’avait sauvée des griffes de Mosaïque, j’aimerais toujours autant Ian.
Le Dr Rayne sourit.
— Très bien ? Alors, ne laissez pas non plus ses sentiments être banalisés par des considérations de culpabilité. Il se sent coupable. Il se sentira toujours coupable de ce qui vous est arrivé. Mais ses sentiments pour vous sont à la fois distincts et plus que ça.
— Nous n’avons pas parlé d’amour.
Elle lui tendit la main.
— Vous avez eu beaucoup d’autres sujets à aborder. Pour citer un brillant psychiatre, « Les mots viendront en leur temps ».
Wavy lui sourit.
— J’espère rencontrer ce brillant psychiatre un jour.
Elle rit et lui fit signe de s’en aller.
— Sortez d’ici.
Elle prit l’ascenseur pour descendre au bureau de Ian, saluant ses assistants en passant. Ils avaient reçu l’ordre strict de la laisser entrer, quoi qu’il fasse. Wavy savait qu’elle était probablement la seule personne au monde à avoir ce privilège, et elle ne le prenait pas à la légère.
Après sa conversation avec Rayne, elle avait envie de le voir. Elle voulait le serrer dans ses bras. Ils n’étaient peut-être pas prêts à utiliser des mots d’amour, mais ils avaient tous deux besoin de cette connexion qu’ils partageaient.
Elle ne s’attendait pas à entendre une telle conversation quand elle s’approcha de la porte entrouverte de son bureau.
— S’il te plaît, Ian, laisse-moi lui parler. C’est tout ce que je demande.
Bon sang, Callum Webb avait employé le même ton sur le yacht la semaine précédente. Wavy s’arrêta.
— François, je sais que c’est moi qui ai contacté ton bureau en prem…
— C’est vrai, répondit l’autre homme, interrompant Ian sans aucun scrupule, comme peu de gens pouvaient le faire. Et je suis vraiment ravi que tu l’aies fait. Je t’en prie, laisse-moi lui parler. Si elle dit non, elle dit non, mais s’il te plaît.
Assez. Ian essayait manifestement de la protéger une fois de plus. Si les forces de l’ordre avaient besoin de davantage d’aide, alors elle devait s’y résoudre et faire en sorte que ça arrive. Wavy poussa la porte.
— Vous laissez me parler de quoi ?
Les deux hommes se levèrent à son arrivée.
— Arc-en-ciel…
Elle se tourna vers François.
— Vous êtes un autre flic ?
L’homme ricana.
— Est-ce que j’ai l’air d’être un flic ?
Non, certainement pas. Il avait la cinquantaine, les cheveux bien coiffés et il portait un costume qui devait coûter plus que ce qu’elle gagnait en un mois au restaurant.
— Non, mais si ce n’est pas le cas, pourquoi voulez-vous me parler ?
Il lui adressa un sourire charmeur.
— Je voulais discuter avec vous de la possibilité de me procurer d’autres de vos peintures pour les inclure dans une exposition de nouveaux artistes que j’organise la semaine prochaine.
Ce n’était pas ce à quoi s’attendait Wavy.
— Comment savez-vous que je suis artiste ?
— Ian chéri, dit-il avec un geste vers lui, a fait parvenir quelques-unes de vos toiles à mon bureau il y a quelques semaines. Il a fallu un certain temps pour qu’elles arrivent sur mon bureau. J’ai ensuite passé les trois dernières semaines à essayer de le contacter, mais il n’a jamais répondu à mes appels. Alors finalement, je suis venu ici en personne.
Elle regarda Ian, qui haussa les épaules en signe d’excuse.
— Je ne sais pas pourquoi Ian a changé d’avis depuis qu’il a envoyé votre travail, poursuivit François. Peut-être avez-vous déjà accepté que quelqu’un d’autre vous représente ?
— Non, je crois que Ian chéri est un peu sceptique depuis que la dernière personne qui a voulu jeter un regard à mes œuvres a essayé de me tuer.
François croisa les bras.
— Ça ressemble à un mardi ordinaire dans le monde de l’art, même si en général c’est un agent qui tente d’en tuer un autre. Je peux vous assurer que ce n’est pas dans mes plans. J’aurais plutôt envie de nous rendre tous les deux très riches.
— Tu es déjà riche, François, marmonna Ian.
— Très bien. Alors je voudrais la rendre riche, et me rendre encore plus riche.
— Vous êtes François Nester, dit Wavy. Bon sang.
Tous ceux qui s’intéressaient de près ou de loin à l’art avaient entendu parler de lui. Il avait propulsé des carrières de l’obscurité à la gloire en une nuit.
Il sourit et lui tendit la main. Quand elle la prit, il porta celle de Wavy à ses lèvres.
— C’est moi. Et toi, la chérie de Ian chéri, tu es sur le point de devenir un nom connu dans le monde de l’art.
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