Nom de Code: Bélier (Série Linear Tactical t. 13) (French Edition)
Chapitre 29
— Il faut qu’on parle à Wavy. Ça fait un mois qu’elle est de retour, et elle n’a pas eu un seul débriefing des forces de l’ordre.
Depuis une semaine, Callum appelait Ian tous les jours. Il avait fini par prendre l’appel aujourd’hui, parce qu’il ne pouvait pas rejeter ses appels indéfiniment. Mais il n’avait aucune intention de le laisser s’approcher de Wavy.
— Elle n’est pas encore prête, lui répondit Ian.
— Je sais qu’elle parle.
Ian serra les dents.
— Comment tu le sais ? l’interrogea-t-il, sachant que personne de son entreprise n’était censé parler de Wavy.
— Calme-toi, Bélier, répliqua Callum. Je le sais parce que j’ai discuté avec la famille de Wavy, pas parce que l’un de tes hommes me livre tes secrets.
Wavy parlait, effectivement, et chacun des mots qui sortaient de sa bouche lui faisait l’effet d’un petit miracle. Elle peignait, aussi, et si elle devait ne jamais quitter ce penthouse, du moment qu’elle parlait et peignait, il considérerait sa vie comme un succès.
— Elle ne se souvient de rien, Callum. Que tu viennes et que tu lui mettes trop de pression n’aidera pas sa santé mentale, et pour être honnête, c’est la seule chose qui m’intéresse en ce moment.
— Elle n’est pas la seule impliquée dans cette situation. Tu ne peux pas continuer à agir comme si c’était le cas. Nous savons qu’elle était détenue avec d’autres personnes. Nous avons besoin de détails.
— Non.
Il était hors de question que Ian le laisse parler à Wavy. Si elle décidait qu’elle voulait parler aux forces de l’ordre plus tard, c’était tant mieux, mais il ne lui demanderait pas de le faire.
— Merde, Ian, j’interviens à gauche et à droite pour toi. Tu crois qu’il n’y a pas de répercussions quand les cadavres s’accumulent autour de toi ? D’abord Varela, puis les deux du labo, puis le Dr Tippens. Je suis heureux que ta petite amie s’en soit sortie vivante, mais il faut qu’on trouve un responsable pour ces morts.
— Tu veux dire que Wavy est responsable ?
Il mettrait le monde à feu et à sang avant de laisser quiconque suggérer qu’elle avait quoi que ce soit à voir avec tout ça.
— Non, bien sûr que non. Tout ce que je dis, c’est qu’elle a peut-être des informations qui nous permettraient de découvrir qui ils étaient, comment ils sont morts, et qui est responsable. Nous savons que c’est Mosaïque, mais sans plus. Il faut que je donne quelque chose à mes patrons. Surtout maintenant que… dit-il avant de s’interrompre brusquement.
— Quoi ?
— Rien.
Ian laissa échapper un soupir.
— Ne commence pas à me cacher des choses maintenant, Webb.
— Comment se fait-il que ça n’aille que dans un sens ? Tu n’as aucun scrupule à me laisser sur la touche quand ça t’arrange.
Ian se passa une main sur le visage.
— Ce n’est pas toi. Quand il était question de Wavy, je n’étais pas prêt à attendre que les choses passent par un comité. Il y avait trop de choses en jeu, et le temps est essentiel.
Il y eut un moment de silence avant que Callum ne reprenne la parole.
— Je ne fais plus partie du cercle intérieur, ici. Je suis presque sûr que je suis à un cadavre de me faire virer.
Ian grimaça.
— Merde. Je ne savais pas…
— Je suis un grand garçon, DeRose. Je peux prendre soin de moi. Ce que j’étais sur le point de dire, c’est que nous avons reçu d’autres informations au sujet de cette décoction de lavage de cerveau que Mosaïque est en train de développer. Il s’avère que le but, ce n’est pas la traite d’êtres humains, du moins pas dans le sens sexuel habituel.
Il se redressa sur sa chaise de bureau.
— C’est quoi, l’objectif final ?
— Des armes humaines.
Il balança un horrible juron, même selon les normes des anciens Navy SEALs.
— Comment le sais-tu ?
— Nous avons reçu des informations sur un projet d’assassinat d’un sénateur. Nous avons pu l’empêcher, mais le coupable s’est suicidé dans la foulée. Ce criminel était porté des mêmes mutations génétiques que les deux corps découverts dans ce laboratoire. Le même genre de modification génétique qui a été tenté sur Wavy.
Il frotta sur sa nuque le nœud de tension qui s’y formait.
— Malheureusement, c’est beaucoup plus logique que d’imaginer que Mosaïque se donne autant de mal pour créer des esclaves sexuels 2.0.
— On est passé au niveau supérieur maintenant. Il faut qu’on interroge Wavy.
Ian ne supportait pas l’idée que quelque chose puisse renverser les progrès de Wavy.
— Je vais discuter avec sa thérapeute, et voir ce qu’elle pense de l’idée de proposer à Wavy de te parler. C’est tout ce que je peux te promettre.
— Il va falloir que tu fasses mieux que ça. C’est le témoin principal de plusieurs meurtres, et elle pourrait en savoir plus sur des crimes potentiels. Il y aura des assignations à comparaître si elle ne veut pas nous parler d’elle-même.
— Ne fais pas ça, Callum.
— Ce n’est pas de mon ressort. Mes patrons ne me demandent plus mon avis. Je travaille sur d’autres angles, du mieux que je peux.
— Quels autres angles ?
— Si cela mène à quelque chose, je te le ferai savoir. Pour l’instant, ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de nous laisser parler à Wavy. Si elle vient volontairement, cela t’offrirait plus d’options. On pourrait venir à vous, plutôt qu’elle doive se rendre dans un bâtiment des forces de l’ordre. Tu pourrais être avec elle tout le temps.
Rien de tout cela n’arriverait, pas tant que Wavy ne serait pas prête à le faire. Il ne savait pas si Callum avait fait exprès de lui révéler des informations, mais il avait fourni à Ian des renseignements importants qu’il allait assurément exploiter.
Il protégerait Wavy de tout, y compris des gentils. Rien ne pourrait la faire souffrir à nouveau tant qu’il aurait son mot à dire.
— Merci pour ton appel, Callum.
— On se rappelle bientôt. Fais le bon choix.
Il le ferait. Il était temps de voir si Wavy avait envie de faire une petite excursion.
Une fois que Wavy s’était mise à peindre, elle ne put s’arrêter pendant trois jours entiers. C’était tout ce qu’elle avait envie de faire. Ian devait voir les toiles terminées, parce que c’était lui qui avait veillé à ce qu’elle ait toutes les fournitures nécessaires.
Le premier jour, tout était noir et blanc. Mais dès le deuxième jour, ses gris étaient teintés d’argent et de bleu. Elle avait ajouté les nuances sans s’en rendre compte, parce qu’elle en avait eu besoin pour capturer ses sentiments sur la toile. Ensuite, il lui était devenu plus facile d’ajouter d’autres teintes.
Elles n’étaient toujours pas très colorées, et ne ressemblaient en rien à ce qu’elle peignait avant son enlèvement, du moins dans leur version finale. Mais à d’autres égards, elles étaient les mêmes. C’était encore l’expression de son état émotionnel, de ce que son esprit, son cœur et son âme ressentaient.
Durant trois jours consécutifs, Wavy peignit à chaque fois qu’elle avait du temps libre, jusqu’à en avoir des crampes aux doigts, puis elle se glissait au lit le soir avec Ian. Elle trouvait qu’ils dormaient mieux ensemble, même s’ils ne s’étaient jamais embrassés. Ils dormaient, leurs membres enveloppant l’autre comme s’ils s’accrochaient à lui pour survivre, ce qui était probablement exact dans son cas. Peut-être que pour lui aussi.
Elle avait passé au moins une heure chaque matin à parler au Dr Rayne par visio depuis qu’elle était repartie dans le Wyoming. Wavy était frustrée de n’avoir fait aucun progrès avec ses souvenirs. Absolument aucun.
Le Dr Rayne répétait la même chose : qu’ils viendraient en leur temps. Mais à mesure que les heures passaient, cela semblait de moins en moins acceptable pour Wavy. Elle avait besoin de se souvenir. Elle ne savait pas pourquoi elle le devait, mais elle savait que c’était nécessaire. Wavy ne pourrait pas guérir sans ça.
Mais il ne s’agissait pas seulement d’elle. Il y avait quelque chose dont elle devait se souvenir. Ou peut-être… quelqu’un. Mais ce n’était pas logique. Le Dr Rayne lui avait dit qu’elle était seule quand ils l’avaient trouvée. Et elle avait un peu trop peur de demander plus de détails.
Wavy lui avait expliqué que c’était en peignant qu’elle se rapprochait le plus de ses souvenirs. Elle continuait d’avoir ces flashs. Mais étaient-ils réels ? Le Dr Rayne l’encourageait à continuer de peindre, et de laisser son subconscient faire le tri. Elle ne lui ferait pas de reproche, mais la frustration grandissait.
Alors quand Ian sortit de son bureau avec un grand sourire, ce fut une distraction bienvenue.
— Tu veux faire une excursion ?
Wavy ne s’y attendait pas. Elle n’avait pas quitté le penthouse depuis qu’elle était arrivée il y a presque une semaine.
— Ensemble, ou toute seule ?
Il se dirigea vers la cuisine où elle était en train de préparer le dîner, et s’appuya contre le comptoir.
— Ensemble.
Cela sonnait déjà mieux.
— Où irions-nous ?
Le sourire de Ian s’élargit.
— Si je te le disais, ça gâcherait tout le plaisir. Et puis ce n’est pas forcément une destination fixe.
Elle s’arrêta de mélanger sa salade. Leurs nuits étaient simples : elle se glissait dans le lit avec lui quand elle avait fini de peindre pour la soirée, et ils s’enlaçaient. Mais leurs journées n’étaient pas si faciles à définir. Ils se tournaient autour, ni l’un ni l’autre ne sachant comment faire le premier pas, ni ce qu’il devrait être.
Mais elle avait l’impression qu’ils le voulaient tous les deux.
— Combien de temps partirions-nous ? l’interrogea Wavy.
Il haussa un sourcil.
— Pourquoi ? Tu as un rendez-vous quelque part ?
Elle aimait quand il la taquinait. Cela lui donnait le sentiment d’être normale.
— Peut-être. Peut-être que j’ai toutes sortes d’engagements sociaux dont tu n’es pas au courant.
Ian se mit à rire.
— Très bien, Mlle Sociable. Je m’assurerai de votre présence à tous les événements sociaux dont vous m’informerez. Du moment que je peux venir aussi.
Elle hocha la tête.
— Tu peux.
— Bien, dit-il en se rapprochant. Alors, c’est d’accord pour l’excursion ?
— Je pourrai peindre ?
— Absolument. En fait, je crois que tu vas te rendre compte que tu as encore plus envie de peindre.
Wavy baissa les yeux sur ses pieds avant de les relever vers lui. Elle savait que c’était normal de poser cette question, mais c’était quand même difficile.
— Je pourrai quand même dormir avec toi pendant l’excursion ?
Elle ne voulait pas abandonner ça. Peu importait l’endroit où il l’emmènerait, si elle ne pouvait pas dormir dans ses bras, cela n’en valait pas la peine.
Il se rapprocha d’elle et lui inclina la tête vers le haut avec son pouce.
— Je ne voudrais pas qu’il en soit autrement.
Un sourire se forma sur les lèvres de Wavy avant qu’elle ne se rende compte de ce qui se passait. Ce n’était pas forcé. Ce n’était pas réfléchi. C’était naturel. Il écarquilla les yeux et inspira.
— Le voilà.
Il s’abaissa et l’embrassa. C’était le plus doux et le plus léger des baisers, comme s’il voulait attraper son sourire avec ses lèvres.
Il se recula, sur le point de dire quelque chose, mais elle n’en avait pas fini. Elle posa les mains sur ses épaules et l’attira plus près, l’embrassant à nouveau, et cette fois cela n’avait rien de doux.
Il semblait heureux de lui donner satisfaction, ses mains tombèrent sur sa taille, la maintenant contre lui.
Alors ils restèrent là dans la cuisine et s’embrassèrent encore et encore, pendant un temps infini, comme un couple d’adolescents. Ou comme deux personnes qui apprennent à se connaître à nouveau.
Ils s’embrassèrent jusqu’à ce que leurs lèvres soient irritées et que leurs estomacs grognent.
Elle ne voulait rien de plus. Elle n’avait besoin de rien d’autre.
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