Variations styli
Chapitre 7. Les temps du passé à l’indicatif
7 • Les temps du passé à l’indicatif
La langue française, comme l’anglais, possède trois temps verbaux : le présent, le passé et le futur. Puisque l’emploi du futur et du présent ne posent guère de problèmes pour l’étudiant avancé du français, nous ne les discutons pas dans ce livre. Par contre, le choix de temps passé reste un des aspects les plus diffi ciles de la langue pour l’étudiant anglophone. C’est donc à ces temps du passé que nous consacrons ce chapitre.
L’étudiant avancé connaît bien les formes des trois temps du passé dans la langue parlée et courante (le passé composé, l’imparfait et le plus-que-parfait). Puisque les formes littéraires lui sont peut-être moins connues, nous en parlons un peu ici. Pour un résumé de toutes les formes du passé (courantes et littéraires), ainsi qu’un résumé des règles de l’accord avec le participe passé aux temps composés et une liste des verbes conjugués avec être, consultez les appendices 6–8. Dans ce cha-pitre nous présentons surtout une explication détaillée de l’emploi de tous les temps du passé.
Le choix de temps verbal au passé est souvent très diffi cile pour l’étu-diant anglophone car l’emploi dans les deux langues diffère beaucoup. 1 8 2 C H A P I T R E 7
Pour maîtriser ce choix en français, il faut d’abord comprendre l’usage très limité de l’imparfait.
I. L’IMPARFAIT
Ce temps s’emploie dans deux contextes dans le français standard (nous verrons une variante appelée l’imparfait narratif plus tard dans ce chapitre). Il s’agit de deux emplois très différents l’un de l’autre. Si l’étudiant ne peut pas justifi er l’usage de l’imparfait par un de ces deux contextes, il doit utiliser le passé composé ou le plus-que-parfait.
A. Premier contexte : actions habituelles
Pour les actions habituelles au passé, dans un contexte temporel dé-fi ni, on emploie toujours l’imparfait. Il faut que ce contexte soit bien clair : il faut qu’on comprenne quand l’action habituelle a eu lieu (quand j’étais jeune ; autrefois ; en ce temps-là). Par conséquent, une phrase comme Je ne travaillais pas beaucoup n’a pas de sens toute seule. Mais lorsqu’elle est située dans un contexte, et raconte le souvenir d’une action habituelle à cette époque, on la comprend. Les textes suivants illustrent cet emploi de l’imparfait. D’autres exemples se trouvent à l’appendice 22.
Exemples
i. Jean-Philippe Toussaint, La salle de bain, 1985
Les après-midi s’écoulaient paisiblement. Quand je faisais la sieste,
je me réveillais de mauvaise humeur, les mâchoires engourdies. Bou-
tonnant mon pardessus, je descendais au bar qui, à cette heure, était
particulièrement désert. Dès qu’il me voyait arriver, le barman quit-
tait son fauteuil et, à pas lents, me précédait jusqu’au comptoir. [...]
[Il] vissait sèchement un fi ltre dans le percolateur, déposait une
soucoupe devant moi. Lorsqu’il m’avait servi, il avançait le sucrier
jusqu’à ma tasse, s’essuyait les mains et, reprenant son journal, allait
se rasseoir dans son fauteuil.
© 1985 by Les Éditions de Minuit. Reprinted by permission of Georges
Borchardt, Inc., on behalf of Les Éditions de Minuit.
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ii. Jean Giono, Regain, 1930
[À l’époque, c]’est Gaubert qui faisait les meilleures charrues. Il
avait un sort. [...] Quand il voulait faire une charrue, il prenait une
grande pièce de frêne et il la mettait à tremper dans [un] trou [rem-
pli d’eau]. Il la laissait là pas mal de temps, de jour et de nuit, et il
venait quelquefois la regarder en fumant sa pipe. Il la tournait. Il la
palpait, il la remettait dans l’eau, il la laissait bien s’imbiber, il la
lavait avec ses mains. Des fois, il la regardait sans rien faire. Le soleil
nageait tout blond autour de la pièce de bois. Quand il revenait à
la forge, Gaubert avait les genoux des pantalons tout verts d’herbe
écrasée. Un beau jour, c’était fait ; il sortait sa poutre et il la rap-
portait sur l’épaule, toute dégoutante d’eau [...] ; puis, il s’asseyait
devant sa forge. Il mettait la pièce de bois sur sa cuisse. Il la pesait
de chaque côté à petites pesées ; il la tordait doucement et le bois
prenait la forme de la cuisse. Eh bien, ça, fait de cette façon, c’étaient
les meilleures charrues du monde des laboureurs.
L’imparfait des actions habituelles se traduit souvent en anglais par les locutions verbales used to, would. Mais attention ! Il ne faut pas uti-liser l’imparfait (IMP) en français pour le would anglais de la phrase conditionnelle. Ceci se traduit par le conditionnel (COND) en français. Comparez :
Habitude On weekends, we would go Le week-end, on allait au
to the movies. cinéma (IMP).
Condition I would go to the movies J’irais au cinéma (COND)
if I had the money. si j’avais l’argent.
B. Deuxième contexte : situation et arrière-plan
Le deuxième emploi de l’imparfait en français est plus diffi cile à comprendre pour les anglophones. Dans le récit d’un événement au 1 8 4 C H A P I T R E 7
passé, les verbes à l’imparfait décrivent la situation, l’atmosphère ou l’arrière-plan. (Par contre, l’action de l’histoire se déroule au passé composé [PC] ou, dans les textes plus formels, au passé simple [PS].) Ces verbes à l’imparfait se traduisent souvent (mais pas toujours !) par le participe présent en anglais : le soleil brillait = the sun was shining (mais il faisait beau = it was nice out).
Il faisait beau. Le soleil brillait. Les gens parlaient tranquillement et
jouaient au football dans le parc. Tout était calme… Je me sentais
bien… quand soudain... (→ action au PC), quelque chose est tombé
du ciel !
Exemple à l’imparfait (arrière-plan)
Étudiez le paragraphe suivant, dans lequel tous les verbes soulignés sont à l’imparfait pour donner l’effet d’un tableau vivant. Seul le dernier verbe (en italique), qui introduit l’action, est au passé simple.
Albert Camus, « Recherche du père »,
dans Le premier homme, 1994
Dans le ciel plus pâle, des petits nuages blancs et gris passaient lente-
ment, et du ciel tombait tour à tour une lumière légère puis obscurcie.
Autour de lui, dans le vaste champ des morts, le silence régnait. Une
rumeur sourde venait seule de la ville par-dessus les hauts murs. Par-
fois, une silhouette noire passait entre les tombes lointaines. Jacques
Cormery, le regard levé vers la lente navigation des nuages dans le ciel,
tentait de saisir derrière l’odeur des fl eurs mouillées la senteur salée qui
venait en ce moment de la mer lointaine et immobile quand le tinte-
ment d’un seau contre le marbre d’une tombe le tira de sa rêverie.
II. LE PASSÉ COMPOSÉ
A. Le déroulement de l’action
Quand il ne s’agit pas d’un des deux contextes décrits ci-dessus, c’est-à-dire, d’une action habituelle ou de l’arrière-plan à une action
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ou à une suite d’actions, on doit utiliser soit le passé composé (ou son équivalent littéraire, le passé simple) soit le plus-que-parfait (voir plus tard dans ce chapitre pour l’emploi de ce temps). Pour le déroulement de l’action dans un récit au passé, comme on vient de le voir, on em-ploie le passé composé. La plupart du temps, l’action de chaque verbe au passé composé commence après la terminaison de l’action du verbe précédant au passé composé et fi nit avant le commencement de l’action du verbe suivant au passé composé. On peut donc faire une liste de tous les verbes au passé composé. Pour mieux visualiser l’emploi du passé composé vis-à-vis celui de l’imparfait dans le récit d’une histoire, imaginez une pièce de théâtre. Quand le rideau se lève, ce que l’on voit sur la scène — le décor, les lumières, les couleurs, et les acteurs, qui font un tableau vivant — représente l’imparfait. Lorsque la pièce commence, les actions qui avancent le récit de l’histoire représentent le passé composé.
Si les verbes au passé composé avancent l’histoire dans un récit, il s’ensuit logiquement que quand il s’agit d’un seul verbe (pas dans un récit) et que ce n’est ni une action habituelle, ni une description de la situation dans une période de temps défi ni ([lorsque j’habitais en France] : je prenais toujours le métro ; j’étais content de ma vie), on n’utilise jamais l’impar-fait. Comme dans un récit, le passé composé seul indique une action qui s’est passée.
Il est parti. He left.
Il a plu hier. It rained yesterday.
Par contre, si on disait « Il partait » ou « Il pleuvait », l’auditeur ou le lecteur se demanderait, « Et alors, que s’est-il passé ? Ce verbe à l’imparfait sert d’arrière-plan à quelle action ? ».
Exemples du passé composé
Étudiez les récits suivants, dans lesquels tous les verbes sont au passé composé, puisqu’il ne s’agit que d’une simple liste d’actions. Notez le style courant de ces dialogues, où on supprime souvent le ne dans les négations.
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i. Est-ce que vous avez toujours habité ici à Amiens ?
(Amiens 2000)
• Ah, non, non, non, j’ai pas toujours habité à Amiens. Je suis un
Tourangeau [originaire de la Touraine] qui est venu s’établir à
Amiens. Je suis donc né en Touraine, j’ai passé une jeunesse en
Touraine et donc ensuite je suis allé à l’école hôtelière à Paris pen-
dant trois ans et j’ai vécu un peu à Paris et puis j’ai pas mal voyagé.
J’ai été un an en Italie, j’ai travaillé à l’ambassade de France en Italie
et ensuite j’ai travaillé dans le… dans le Var, dans le département du
Var et également en région parisienne avant de me fi xer à Amiens.
• Non, j’ai habité dans d’autres endroits. On a même habité dans pas
mal d’endroits mais à chaque fois qu’on est sorti d’Amiens on est
quand même revenu très rapidement.
ii. Vous avez voyagé à l’étranger ? (Amiens 2000)
• Je suis allé deux fois en Biélorussie, je parle un peu russe. Je suis
allé au Maroc en vacances avec mes parents... Et en Biélorussie,
j’en ai profi té pour écrire un livre sur la Biélorussie… Sinon, j’ai
passé un an aux États-Unis.… J’ai voyagé au Texas, à Seattle et en
Louisiane.
• Euh, oui, j’ai été au Danemark, euh, Italie que j’ai déjà fait, Suisse,
Allemagne et Canada. [Au Canada], on a été dans un tournois qui
s’appelle le tournoi « Pink » à Québec, et on a encadré des jeunes
là-bas et on y est resté une huitaine de jours. On a fait une jour-
née à Montréal, puis le reste du temps à Québec même, et j’ai
préféré Québec par rapport à Montréal.
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iii. La Fête du Nouvel An (Amiens 2000)
Je suis allé passer le Nouvel An chez mes grands-parents, qui m’ont
accueilli aux cris de Manu, Manu ! […] Bon, ensuite on a fait une
visite du cimetière, […] on a été visiter la tante, la tombe de la tante
Amélie […] ensuite on est retourné à l’intérieur et on a regardé les
vœux du pape à la télévision et on s’est couché avant minuit et demi.
Ça fait un caractère pittoresque et folklorique et en un sens, je me
suis bien amusé ce soir-là.
iv. Comment avez-vous trouvé ce travail ? (Amiens 2000)
Bah, ça fait dix-huit ans que je suis le hockey sur glace, et je suis
venu par des amis et […] ça m’a intéressé et ils m’ont embauché, il
y a deux ans.
Et avant, qu’est-ce que vous avez fait ?
Euh, bon, j’ai fait mes études. Je suis cuisinier de métier. Ensuite j’ai
fait l’armée en France. Je suis rentré de l’armée, j’ai fait de l’intérim
et tout ça. Mais… après, bon, j’ai trouvé mon emploi au hockey sur
glace.
v. Un échange culturel (Amiens 2000)
[…] le dernier échange sportif que nous avons organisé c’est avec la
Lettonie, … et nous avons dans un premier temps reçu l’an dernier
des enfants qui font partie d’un club de patinage artistique, … cinq
petits enfants […] sont venus avec leur entraîneur, leur chorégraphe,
… [et ils] ont passé une semaine à Amiens, [où ils] […] ont parti-
cipé aux séances d’entraînement et […] ont présenté à la fi n un petit 1 8 8 C H A P I T R E 7
programme, un petit spectacle de… de… de leur façon de patiner. Et
l’année suivante, donc cette année, ce sont les petits Français qui sont
partis en Lettonie pour le retour de cet échange et qui ont suivi là-
bas un programme d’entraînement, donc voilà un exemple d’échange
sportif et, on peut dire, culturel, parce que avec ces liens à l’étranger,
ils apprennent à découvrir un autre pays, d’autres habitudes de vie,
et d’autres régions et tout ce qui va avec.
B. Remarques sur l’opposition entre le
passé composé et l’imparfait
Dans le récit au passé du discours indirect, les verbes de narration (tels que dire, demander et répondre) sont toujours au passé composé (sou-ligné ci-dessous) ou au passé simple, puisqu’ils avancent le récit. En revanche, le contenu du message, c’est-à-dire, ce qu’on a dit, n’est jamais au passé composé ; c’est à l’imparfait, au plus-que-parfait ou au conditionnel (en gras ci-dessous). (Pour le discours indirect, voir le chapitre 8.)
Il a dit qu’il voulait partir.
Elle a demandé si nous avions compris.
Il a promis que sa femme reviendrait dans dix minutes.
Puisqu’il s’agit souvent d’une suite d’actions quand on emploie le passé composé, certains adverbes de temps se trouvent au passé presque toujours avec les verbes au passé composé, par exemple :
d’abord
ensuite
enfi n
tout à coup
soudain
soudainement.
Par contre, certaines expressions verbales s’emploient toujours pour décrire l’arrière-plan, la scène ou la situation, et sont donc toujours à
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l’imparfait (jamais au passé composé ou passé simple). Ces expressions comprennent être en train de + infi nitif (voir l’appendice 21-G), le passé récent (venir de + infi nitif ) et le futur proche (aller + infi nitif ) :
Il était en train de manger.
Il venait de partir.
Il allait partir.
Le verbe faillir n’est jamais à l’imparfait puisqu’il s’agit d’une action qui est sur le point d’être accompli. Au passé, on le trouve au passé composé ou passé simple et au plus-que-parfait :
Il a failli / Il faillit tomber. He almost fell. Il avait failli mourir. He had almost died.
(Pour une explication de ce verbe, voir l’appendice 21-H.)
Comme tous les verbes, le verbe devoir suit les règles pour la dis-tinction entre le passé composé et l’imparfait. C’est-à-dire qu’au passé composé il indique toujours une action, et à l’imparfait une situation. Ce qui pose un problème pour les anglophones, c’est la traduction de ce verbe en anglais, qui utilise plusieurs locutions verbales différentes. Étudiez la traduction du verbe devoir au passé dans les exemples suivants (et voyez l’appendice 14 pour d’autres détails sur ce verbe) :
IMP : Je devais partir. I was supposed to leave. (situation) PC/PS : J’ai dû / Je dus partir. I had to leave (and I did). (action)
Quand on emploie le verbe devoir pour indiquer une supposition au passé, on trouve et l’imparfait et le passé composé / passé simple, selon la situation.
Pour assurer le bon choix du temps en français, refaites la même phrase en remplaçant le verbe devoir par une expression comme peut-être, probablement, ou sans doute.
PC/PS : Il a dû / Il dut oublier. He must have forgotten.
(= Il a sans doute oublié.)
IMP : Il devait être malade. He must have been sick.
(= Il était peut-être malade.) 1 9 0 C H A P I T R E 7
Dans les phrases avec quand au passé, on voit le passé composé et l’imparfait dans les deux parties de la phrase :
Elle habitait à Paris quand elle avait dix-neuf ans.
(IMP quand IMP : deux situations simultanées)
Elle habitait à Paris quand elle a fait la connaissance de son mari.
(IMP quand PC : la situation au moment où quelque chose s’est
passé)
Elle a quitté Paris quand elle avait vingt ans.
(PC quand IMP : quelque chose est arrivé pendant une certaine
situation)
Elle a poussé un cri quand elle a vu le serpent.
(PC quand PC : une action est la réaction à l’autre action)
Quoique les verbes dits d’état soient souvent à l’imparfait au passé, ils peuvent aussi tous être au passé composé (ou au passé simple), mais le mes-sage est bien différent dans les deux cas. Étudiez les exemples suivants.
Imparfait (situation) Passé composé (action) J’étais malade. Tout à coup j’ai été malade (j’ai vomi !).
Elle avait un mari et un Elle a eu un enfant (à l’hôpital) en mai.
enfant.
Il y avait des nuages dans Soudain, il y a eu un coup de tonnerre.
le ciel.
Je le connaissais bien. Je l’ai connu l’année dernière.
(= J’ai fait sa connaissance.)
Je pouvais répondre Après quelques minutes, j’ai pu
(mais je n’ai pas parlé). répondre.
(= J’ai répondu.)
Je savais la réponse Quand elle a lu la lettre, elle a su la
(mais je n’ai rien dit). vérité.
(= Elle l’a apprise.)
Je voulais partir (mais je Quand elle a entendu le téléphone, elle a
n’ai pas osé). voulu se lever.
(= Elle a essayé de se lever.)
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Il pleuvait quand elle est Il a plu tout l’été.
partie.
Je crois qu’elle avait dix Elle a eu dix ans mardi dernier.
ans quand je l’ai connue. ( = C’était son anniversaire.)
Passé composé et imparfait : résumé
Dans un récit,
• tous les verbes à l’imparfait répondent à la question :
Quelles étaient les conditions ? (IMP)
et
• tous les verbes au passé composé répondent à la question :
Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? (PC)
Exemples du choix passé composé (souligné) / imparfait (en gras) i. Parlez un peu de votre découverte de la musique
(Amiens 2000)
Alors, disons que j’ai commencé par le piano lorsque j’avais cinq
ans. Et en fait, j’ai commencé le piano parce que ma sœur faisait
du piano, donc [il] y avait un piano à la maison, mais en fait j’ai
toujours voulu faire de la harpe, et je ne sais pas pourquoi parce qu’il
n’y avait personne qui jouait de la harpe dans ma famille. Et donc
après avoir harcelé mes parents, ma sœur m’a inscrite au conserva-
toire dans la classe de harpe en cachette et ensuite, on a enfi n… bon,
devant le fait accompli, ils ont bien été obligés d’accepter que je joue
de la harpe, et donc voilà, et donc j’ai, j’ai fait le conservatoire à
Amiens, ensuite je suis rentrée dans un conservatoire à Paris avec un
professeur avec qui je voulais travailler depuis très, très longtemps et
j’ai eu mon prix au conservatoire de Paris, et voilà, et maintenant je
fais une formation pour être professeur de harpe en conservatoire.
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ii. Pouvez-vous nous parler de votre voyage [en Égypte]?
(Amiens 2000)
En Égypte donc, je fais de la plongée sous-marine comme distraction,
comme passe-temps avec mon mari, et nous faisons partie d’un club
et le club a proposé un séjour d’une semaine pour plonger dans la
mer Rouge, et nous sommes partis là avec d’autres personnes qui font
de la plongée […] une vingtaine de personnes. Alors le séjour là-bas
c’était sur un bateau du matin au soir avec une plongée le matin, un
peu de repos à midi, une plongée l’après-midi, et le soir un petit peu
de découverte, les environs, la ville, les souks égyptiens, et le dernier
jour comme nous ne pouvions pas plonger, nous avons fait une ex-
cursion dans le désert égyptien, là on a vu de grandes étendues de
sable, c’était un bon complément de ce séjour, parce que la mer c’est
une chose mais le désert c’est une autre.
iii. Jean Giono, Regain, 1930
Dans cet extrait, remarquez l’emploi du présent (en italique) à la
place du passé composé. Cet emploi, qu’on appelle le présent de la nar-
ration, rend l’histoire plus vivante.
... Son homme, c’était un puisatier [...]. On faisait un puits, nous,
à Aubignane ; lui, il était de l’autre côté des Alpes, peut-être bien
tranquille. Nous, avec notre puits, on arrive à un endroit diffi cile tout
en sable qui coule, et notre maçon qui était des Corbières nous dit :
« Je ne descends plus là-dedans ; j’ai pas envie d’y rester. » Lui, le
Piémontais, c’est juste à ce moment qu’il arrive à Aubignane, avec
guère de sous et une femme qui allait faire le petit. [...]
— Moi je descends, qu’il dit.
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Il a creusé au moins quatre mètres. Il remontait tous les soirs, blanc,
gluant, comme un ver, avec du sable plein le poil. Et, un soir vers les six
heures, on a entendu, tout par un coup, en bas, comme une noix qu’on
écrase entre les dents ; on a entendu couler du sable et tomber des
pierres. Il n’a pas crié. Il n’est plus remonté. On n’a jamais pu l’avoir.
Quand au milieu de la nuit, on a descendu une lanterne au bout d’une
corde pour le voir, on a vu monter l’eau au-dessus de l’écroulement.
Elle montait vite. On était obligé de hausser la corde à mesure. Il y
avait au moins dix mètres d’eau au-dessus de lui.
C. Variante linguistique : l’imparfait narratif
L’étudiant de français avancé lira et entendra assez souvent un em-ploi de l’imparfait qui ne se conforme pas aux emplois décrits dans ce chapitre. Nous proposons ici une explication pour cet emploi non- traditionnel pour que l’étudiant comprenne son existence. Nous décon-seillons cependant fortement l’imitation de cette forme par l’étudiant car son abus donnerait facilement l’impression qu’il ne comprend pas la distribution traditionnelle des temps du passé et qu’il fait une faute de grammaire.
Comme nous l’avons vu, les verbes qui avancent l’action d’une nar-ration sont traditionnellement au passé composé ou passé simple et les verbes qui fournissent l’arrière-plan à ces actions successives, à l’impar-fait. Mais il arrive très souvent qu’un passé composé ou passé simple « logique » se remplace par un imparfait dans une narration. Appelé le plus souvent l’imparfait narratif (ou pittoresque), cet usage se trouve non seu-lement dans des textes littéraires mais aussi dans la langue écrite popu-laire (par ex., les romans policiers). Il s’agit normalement de quelques verbes à l’imparfait situés au milieu d’une narration commencée et terminée par des verbes au passé composé ou passé simple.
Cet imparfait de narration s’entend aussi dans la langue parlée quand on raconte des rêves, des souvenirs et des visions: Voici mon rêve : Je mar-chais tranquillement dans un champ, je voyais soudain une porte ; je l’ouvrais ; j’entrais dans une petite salle ...
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Quand on emploie l’imparfait à la place du passé composé ou passé simple dans la narration, l’effet est de sortir cette action ou cette suc-cession d’actions du contexte temporel de l’histoire, libérant l’action de l’accumulation chronologique, « gelant » ce moment dans le temps, le dissociant de l’avancement de l’histoire et le mettant en relief de sorte qu’il serve d’arrière-plan au reste de l’histoire. Quand on veut recom-mencer la narration principale, on retourne au passé composé ou passé simple.
Dans des dialogues au passé, on voit souvent la « libération » des verbes du discours (dire, répondre) de la progression des actions par l’em-ploi de l’imparfait narratif.
Exemple de l’imparfait narratif (verbes soulignés)
Georges Simenon, Le meurtre d’un étudiant, 1971
Le commissaire Maigret est en visite chez son ami le Docteur Pardon :
De quoi avaient-ils parlé ensuite ? De choses banales qu’on ne se rap-
pelle pas le lendemain. Pardon était assis devant son bureau, fumant sa
cigarette. Maigret dans le fauteuil rigide réservé aux malades. Il régnait
ici une odeur particulière que le commissaire connaissait bien, car il la
retrouvait à chacune de ses visites. Une odeur qui n’était pas sans rap-
peler celle des postes de police. Une odeur de pauvre.
Les clients de Pardon étaient des habitants du quartier, presque tous
d’un milieu très modeste.
La porte s’ouvrait. Eugénie, la bonne, qui travaillait depuis si long-
temps boulevard Voltaire qu’elle faisait un peu partie de la famille,
annonçait :
— C’est l’Italien, Monsieur...
— Quel Italien ? Pagliati ?
— Oui, Monsieur... Il est dans tous ses états... Il paraît que c’est très
urgent...
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Il était dix heures et demie. Pardon se leva, ouvrit la porte du triste
salon d’attente où des magazines étaient éparpillés sur un guéridon.
Plus tard, Maigret et Pardon vont trouver un homme blessé sur le trottoir :
A cinquante mètres de ce café, peut-être, une femme au corps replet
se tenait debout, immobile, sous un parapluie que le vent secouait, et
un réverbère permettait de distinguer à ses pieds la forme d’un corps
étendu. [...]
L’homme était jeune. Il paraissait à peine vingt ans, portait un blou-
son de daim et ses cheveux étaient longs sur la nuque. Il était tombé en
avant et le dos de son blouson était plaqué de sang...
— Vous avez averti la police ?
Pardon, accroupi près du blessé, intervenait :
— Qu’elle envoie une ambulance...
Cela signifi ait que l’inconnu était vivant et Maigret se dirigea vers la
lumière qu’il apercevait à cinquante mètres. On lisait, sur la devanture
faiblement éclairée, les mots : « Chez Jules ». Il poussa la porte vitrée
tendue d’un rideau crème et pénétra dans une atmosphère si calme
qu’elle en était comme irréelle. On aurait pu croire à un tableau de
genre.
C’était un bar à l’ancienne mode, avec de la sciure de bois sur le
plancher et une forte odeur de vin et d’alcool. Quatre hommes d’un
certain âge, trois d’entre eux gras et rougeauds, jouaient aux cartes.
— Je peux téléphoner ?...
On le regardait avec stupeur se diriger vers l’appareil mural, près du
comptoir d’étain et des rangées de bouteilles.
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III. LE PLUS-QUE-PARFAIT
Ce temps du passé indique une action qui s’est terminé avant le contexte temporel du récit, une action qui ne fait donc pas partie de l’arrière-plan (imparfait) ni ne fi gure dans la suite des actions du récit (passé composé).
Comparez les trois paragraphes suivants. Dans le premier, il s’agit d’une simple liste d’actions (verbes au passé composé, soulignés). Dans le deuxième on ajoute l’arrière-plan (verbes à l’imparfait, en italique) et dans le troisième on ajoute d’autres détails sur des actions terminées avant le contexte temporel du paragraphe (verbes au plus-que-parfait, en gras).
1. Il est monté dans sa chambre s’habiller pour la fête. Il a choisi un
beau costume et puis il a mis sa nouvelle cravate.
2. Il est monté dans sa chambre s’habiller pour la fête. Il était très
content. Il faisait très beau et la fête allait être dehors. Il a choisi un
beau costume et puis il a mis sa nouvelle cravate.
3. Il est monté dans sa chambre s’habiller pour la fête à laquelle on
l’avait invité. Il était très content. Il faisait très beau et la fête allait être
dehors. Il a choisi un beau costume et puis il a mis la nouvelle cravate
qu’il avait achetée la veille.
Exemples du plus-que-parfait
Étudiez les récits suivants, dans lesquels on trouve des verbes au passé composé (la suite des actions, souligné), à l’imparfait (l’arrière-plan, en italique) et au plus-que-parfait (détails venant d’une période antérieure, en gras).
i. Jean-Philippe Toussaint, La salle de bain, 1985
Edmondsson se maquillait devant le lavabo. Elle avait ouvert un des ri-
deaux, qu’elle avait coincé contre une chaise, et le soleil entrait large-
ment dans la pièce. [...] Assis en tête à tête à côté de la fenêtre, nous
étions seuls dans la salle à manger de l’hôtel. A travers les rideaux de
tulle que le soleil amincissait, on pouvait voir ce qui se passait dans la rue.
Nous avions terminé le petit déjeuner. Les bras croisés, fumant une
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cigarette devant ma tasse de café vide, j’expliquais que j’avais acheté
deux liquettes de chez Benetton, une jaune pâle et une bleue, mais
que je n’avais pas de short. Edmondsson n’écoutait pas.
© 1985 by Les Éditions de Minuit. Reprinted by permission of Georges
Borchardt, Inc., on behalf of Les Éditions de Minuit.
ii. Études, travail (Amiens 2000)
Eh ben, j’ai commencé en 1978. J’ai fait un apprentissage de deux
ans chez un employeur. […] Trois semaines chez un employeur, une
semaine dans un centre de formation […] un peu de mathématiques,
un peu de français, puis de la technologie et puis au bout on a un CAP
[Certifi cat d’aptitude professionnelle], puis après on cherche un emploi.
Moi, j’ai eu la chance d’avoir un emploi dans la même entreprise où
j’avais fait mon CAP. Et puis après, euh, la vie suit son cours. Le ser-
vice militaire, quelques remplacements, et un beau jour, on s’installe.
iii. Les fêtes (Amiens 2000)
• Euh, le Nouvel An, je suis allée avec des amis dans une [petite] ville
[…], et, euh, on était très, très, très, très nombreux on a fait un bal,
enfi n c’était vraiment sympathique et on s’est beaucoup amusé […]
Et puis … auparavant il y avait eu une énorme tempête en France
qui avait déraciné tous les arbres et c’était assez diffi cile de circuler,
euh, on est resté plusieurs heures bloquées sur la route […] donc,
je crois aussi que les gens sont restés chez eux parce que […] ça
les ennuyait de prendre la voiture alors qu’il y avait eu toute cette
tempête.
• Bah, on a rien fait de spécial… Le Nouvel An, on l’a fêté tout
simplement à deux. On avait fi ni notre journée, on était fatigué. Et 1 9 8 C H A P I T R E 7
le 14 juillet, on a rien fait d’exceptionnel, euh, le temps s’y prêtait
pas non plus. Non, non, rien de spécial. On a regardé le Tour de
France.
• [...] alors pour le Nouvel An, nous étions en famille dans la région
de Bordeaux parce que mes parents habitent à côté de Bordeaux,
donc nous avons décidé d’être avec ma famille et nous avons passé
la soirée du 31 décembre dans une… soirée organisée dans une
auberge, dans une ferme auberge avec un repas et des danses toute
la soirée jusqu’à 5 heures du matin.
— Les enfants aussi ?
— Les enfants aussi, les enfants aussi. Alors ils n’ont pas résisté
jusqu’à cette heure-là mais nous avions pris des chambres d’hôtel
à côté, donc ils sont allés se coucher et nous avons de temps en
temps jeté un œil pour voir si tout allait bien dans la chambre.
iv. Un repas au restaurant (Amiens 2000)
… alors au dîner, nous étions avec des professeurs de français lettons,
c’était un repas d’adieu un petit peu, et nous sommes allés dans une
brasserie dans le quartier de Saint-Lure, alors nous avons visité cette
brasserie avec le propriétaire qui fait la bière lui-même, donc il nous
a expliqué le processus de fabrication de la bière… Et cet établisse-
ment fait également restaurant, donc nous avons mangé là hier soir.
Alors c’était un menu composé d’un apéritif, un cocktail à base de
bière et d’alcool, c’était très, très bon, je n’avais jamais goûté cette
assemblage de bière et d’alcool avant. Ensuite nous avons eu une en-
trée, c’était une salade composée avec salade verte, concombre, petits
morceaux de chèvre, donc du fromage, des tomates, et des olives…
L E S T E M P S D U PA S S É À L’ I N D I C AT I F 1 9 9
IV. LE PASSÉ ET LES PRÉPOSITIONS AVEC
EXPRESSIONS DE DURÉE DE TEMPS
Le système de prépositions qui introduisent les périodes de temps en français est beaucoup plus compliqué que celui de l’anglais, qui n’emploie la plupart du temps qu’une seule préposition : for. Notez la traduction en français des phrases suivantes.
1. He worked (for) three hours. Il a travaillé pendant trois heures.
2. He will work (for) three hours. Il va travailler pendant/pour trois
heures.
3. He usually works (for) three hours. Il travaille normalement pendant
trois heures.
4. He has been working (for) three Il travaille depuis trois heures.
hours. Voilà / Ça fait / Il y a trois heures
qu’il travaille.
5. He hasn’t worked for/in three Il ne travaille plus depuis trois
months. mois.
Il n’a pas travaillé depuis trois
mois.
Ça fait / Voilà / Il y a trois mois
qu’il n’a pas travaillé.
Le choix de préposition dans les phrases françaises dépend de l’éten-due de la période de temps qui la suit. Celle-ci peut commencer et se terminer dans un seul contexte temporel (par exemple, le passé). Elle peut aussi commencer dans un contexte temporel et se terminer (ou continuer) dans un autre, par exemple, commencement au passé et continuation au présent. Dans les cinq exemples ci-dessus, nous remar-quons donc les différences suivantes :
1. action commencée et terminée dans le passé
2. action qui commencera et se terminera à l’avenir
3. action qui commence et se termine au présent
4. action commencé au passé et qui continue au présent 5. action accomplie dans le passé mais qui continue à infl uencer le
présent.
2 0 0 C H A P I T R E 7
Dans la version française de ces cinq phrases on voit une grande va-riation de prépositions pour marquer la durée de temps. L’étudiant de français doit apprendre lesquelles à employer dans chaque contexte. Il doit aussi faire attention à son choix de temps verbal. Ce sont les deux sujets que nous discutons dans cette section.
A. Pendant
On choisit cette préposition si l’action se déroule dans un seul contexte temporel.
• Action commencée et terminée au présent : Il court normalement pen-
dant une heure.
• Action commencée et terminée au passé : Elle a habité en Suisse pendant
huit ans.
• Action à commencer et à terminer à l’avenir : Il restera à Paris pendant
huit jours.
Il est important de noter que, comme en anglais, aucune préposition n’est obligatoire dans ce contexte. On peut aussi dire : Il court une heure ; elle y a habité huit ans ; il y restera huit jours.
On peut aussi employer la préposition pour dans le contexte futur : Il va en France pour huit jours. On n’emploie jamais cette préposition dans les contextes présents ou passés.
Dans le contexte temporel passé, le verbe est toujours au passé com-posé ou passé simple (jamais à l’imparfait).
B. Depuis
On emploie depuis si l’action commence dans un certain contexte temporel et se termine dans un autre. Cette préposition peut aussi se suivre d’un moment dans le passé (depuis janvier). Le choix de temps ver-bal dans ce genre de phrase est parfois diffi cile pour l’étudiant anglo-phone car il dépend non seulement de l’étendu du contexte temporel (passé → présent ; passé antérieur → passé) mais aussi de la présence ou l’absence d’une négation dans la phrase.
• Action commencée au passé et continuée au présent (verbe à
l’affi rmatif ): Il habite Paris depuis trois mois / depuis janvier. (He has been
living in Paris for three months / since January).
L E S T E M P S D U PA S S É À L’ I N D I C AT I F 2 0 1
• Action accomplie dans le passé mais qui continue à infl uencer le
présent (verbe au négatif ) : Il ne fume plus depuis trois mois / depuis juin ou
Il n’a pas fumé depuis trois mois / depuis juin. (He hasn’t smoked for three
months / since June.)
Dans la phrase affi rmative, le verbe est (logiquement) au présent puisque l’action n’est pas encore terminée ; elle est toujours en train. Il faut noter que dans la traduction anglaise, le verbe est aussi au présent (present perfect progressive : has been living).
Dans la phrase négative, le verbe peut être au présent (de préfé-rence avec ne…plus, qui souligne les conséquences présente) ou au passé composé (de préférence avec ne…pas, qui souligne la dernière fois que l’action a eu lieu, c’est-à- dire, au passé).
• Action commencée au passé antérieur et continuée au passé
(verbe à l’affi rmatif ) : Quand je l’ai vu, il habitait Paris depuis trois mois /
depuis l’an précédent. (When I saw him, he had been living in Paris for
three months / since the previous year.)
• Action accomplie dans le passé antérieur mais qui a continué à
infl uencer le passé (verbe au négatif ) : Quand je l’ai vu, il ne fumait
plus depuis trois mois / depuis l’an précédent ou Quand je l’ai vu, il n’avait pas
fumé depuis trois mois / depuis l’an précédent. (When I saw him, he hadn’t
smoked for three months / since the previous year.)
Dans la phrase affi rmative, le verbe est à l’imparfait.
Dans la phrase négative, le verbe peut être à l’imparfait (de pré-férence avec ne…plus) ou au plus-que-parfait (de préférence avec ne…pas).
C. Il y a ; cela/ça fait ; voilà
Ces trois expressions ont le même sens que la préposition depuis mais se trouvent dans une structure bien différente : expression (au début de la phrase) + durée de temps + que + phrase (sujet-verbe). Comparez la structure de la phrase de gauche avec celles de droite :
Il y habite depuis trois mois. Il y a trois mois qu’il y habite.
Ça fait trois mois qu’il y habite. Voilà trois mois qu’il y habite. 2 0 2 C H A P I T R E 7
Le choix de temps verbal avec les trois structures à droite suit les mêmes règles que pour la préposition depuis. Notez que l’expression voilà s’emploie seulement si les actions continuent au présent (ou continuent à infl uencer le présent).
Voilà trois mois qu’il n’a pas fumé / qu’il ne fume plus.
Il y a trois mois qu’il n’a pas fumé / qu’il ne fume plus.
Cela/Ça fait trois mois qu’il n’a pas fumé / qu’il ne fume plus.
Il y avait trois mois qu’il n’avait pas fumé / qu’il ne fumait plus.
Ça faisait trois mois qu’il n’avait pas fumé / qu’il ne fumait plus.
Variante linguistique : depuis et il y a
On peut quelquefois substituer la préposition depuis à l’expres-
sion il y a. Cette substitution ne change pas le sens ; elle corres-
pond plutôt à un autre point de vue où on insiste sur l’origine
d’une action qu’on voit comme encore importante :
Les voleurs ont quitté le pays depuis bien du temps. =
Les voleurs ont quitté le pays il y a bien du temps.
Note de vocabulaire : il y a
La tournure il y a, suivie d’une expression de durée (comme il y a
trois jours, il y a un an), peut aussi s’employer pour marquer un mo-
ment dans le passé, le moment du commencement d’une action.
Elle se traduit par le mot ago en anglais (three days ago). Dans ce
cas, c’est une entité indépendante, qui peut exister seule (Quand
l’avez-vous vu ? Il y a trois jours), au début ou à la fi n d’une phrase
(Il y a trois jours, j’ai vu Pierre ; je l’ai vu il y a trois jours).
Par contre, pour l’expression qui se traduit for three days en
anglais, il y a se place au début de la phrase, suivi par le pé-
riode de temps + que + une phrase (Il y a trois jours que je ne l’ai
pas vu).
(à suivre)
L E S T E M P S D U PA S S É À L’ I N D I C AT I F 2 0 3
Quand on marque un moment dans le passé (et pas une du-
rée), le verbe est toujours au passé, mais il peut s’agir d’une ac-
tion (passé composé) ou d’une situation (imparfait) :
J’ai vu le fi lm il y a trois jours.
Il y a cinq ans, j’habitais à Paris.
Exemples
Étudiez l’emploi de la préposition depuis dans les récits suivants. (Amiens 2000)
• Alors j’ai vécu trente-deux ans à Amiens, et depuis deux ans, j’habite
Paris. Voilà.
• Et bien, je suis professeur de cuisine dans un lycée d’enseignement
professionnel depuis vingt ans maintenant. Donc j’enseigne… j’en-
seigne la cuisine.
• Ben, je suis installé depuis quatorze ans maintenant. Enfi n, nous
sommes installés depuis quatorze ans. Et puis ben, on travaille arti-
sanalement, c’est-à-dire qu’on fabrique tout nous-mêmes. La pâtisse-
rie, la viennoiserie, c’est-à-dire les croissants, tout ça, le pain aussi.
• — En fait, je suis étudiante à Paris depuis neuf ans alors mainte-
nant… Au début, les trois premières années, je faisais les trajets
Paris-Amiens et maintenant depuis six ans, j’habite Paris.
— Tu suis encore des cours, alors !
— Alors, euh, en fait j’enseigne depuis… depuis très longtemps,
mais je suis parallèlement des cours.
• [...] je suis rentrée dans un conservatoire à Paris avec un professeur
avec qui je voulais travailler depuis très, très longtemps.
2 0 4 C H A P I T R E 7
V. LES TEMPS LITTÉRAIRES AU PASSÉ :
PASSÉ SIMPLE, PASSÉ ANTÉRIEUR
Les temps littéraires ne sont plus utilisés dans la conversation, mais on les trouve souvent dans la langue écrite et on entend quelques-uns dans les formes orales de la langue écrite (conférences, journal parlé), surtout avec l’expression il y a et les verbes être, faire et falloir à la troi-sième personne du singulier (il y eut ; il fut ; il fi t ; il fallut). L’étudiant typique n’utilisera presque jamais ces formes et n’aura donc pas besoin de les mémoriser ; cependant, il doit pouvoir les reconnaître en lisant. (Bien sûr, il peut s’en servir en écrivant ses rédactions, mais ce ne sera qu’aux niveaux les plus avancés de la langue.)
Dans la langue écrite, le passé simple est l’équivalent du passé com-posé (mais voir la note linguistique suivante) et le passé antérieur peut remplacer le plus-que-parfait:
Langue parlée Langue littéraire imparfait imparfait passé composé passé simple plus-que-parfait plus-que-parfait / passé antérieur
Note linguistique : passé simple et passé composé
La différence entre le passé simple et le passé composé s’explique
traditionnellement comme une distinction entre l’usage littéraire
et non-littéraire. Mais la réalité est plus compliquée. Même si on
ne parle que de textes littéraires (mettant du côté donc articles de
presse, correspondance personnelle, guides touristiques, etc.), on
voit que certains genres refusent l’emploi du passé simple presque
catégoriquement (pièces de théâtre contemporain) tandis que
d’autres s’en servent presqu’uniquement (romans policiers, contes
de fée, folklore). Dans d’autres genres écrits (littéraires et non-
littéraires), le passé simple s’emploie à côté du passé composé,
souvent pour différencier la narration (PS) du dialogue (PC).
À titre d’explication, il paraît que la distribution entre ces deux
temps du passé dans la langue écrite dépende plutôt de leur
(à suivre)
L E S T E M P S D U PA S S É À L’ I N D I C AT I F 2 0 5
fonction dans le discours. Le passé simple sert à créer une dis-
tance entre le lecteur et le texte (évident dans les œuvres de fi c-
tion qui n’ont aucun rapport avec la réalité du lecteur). Le passé
composé, par contre, crée un lien entre le texte et le présent
(comme dans les pièces de théâtre). Dans les textes qui alternent
les deux temps, le passé simple crée un sens de détachement
dans la narration tandis que le passé composé dans le dialogue
met le lecteur carrément dans la conversation (qui refl ète la réa-
lité de la langue parlée, où on n’emploie presque jamais le passé
simple).
Pour l’étudiant anglophone, qui n’aura pas à produire les formes littéraires, l’identifi cation du passé simple et du passé antérieur n’est pas diffi cile. Pour la plupart des verbes au passé simple, le radical est identique à celui de l’infi nitif (parl-/er, fi n-/ir, vend-/re) et le verbe est évident même si le radical diffère de celui de son infi nitif. Il suffi t donc de reconnaître les terminaisons verbales pour savoir que le verbe est au passé simple. Le passé antérieur se compose du verbe auxiliaire (avoir ou être) conjugué au passé simple, suivi du participe passé (il eut parlé ; il fut parti). Une révision des formes littéraires se trouve à l’ap-pendice 8.
Exemples de la langue littéraire
Dans les textes suivants, étudiez l’emploi des temps du passé : le passé simple, le passé composé, l’imparfait et le plus-que-parfait.
i. Paragraphe adapté du Petit Robert 2, 1987
Marie Curie (née Skłodowska) naquit en 1867 à Varsovie. Intéressée
par le phénomène de radioactivité dès la découverte d’H. Becquerel,
elle entreprit, sur les conseils de son mari Pierre, des recherches
qui les conduisirent tous deux à la découverte du polonium et du
radium (1898). Elle fut la première femme nommée professeur à la 2 0 6 C H A P I T R E 7
Sorbonne. Elle reçut les Prix Nobel de physique en 1903 et de chimie
en 1911. Elle mourut en 1934.
ii. Antoine de St-Exupéry, Le petit prince, 1943
Je crois qu’il profi ta, pour son évasion, d’une migration d’oiseaux
sauvages. Au matin du départ, il mit sa planète bien en ordre. Il
ramona soigneusement ses volcans en activité. Il possédait deux vol-
cans en activité. Et c’était bien commode pour faire chauffer le petit
déjeuner du matin. Il possédait aussi un volcan éteint. Mais, comme
il disait, « On ne sait jamais ! » Il ramona donc également le volcan
éteint.… Le petit prince arracha aussi, avec un peu de mélancolie, les
dernières pousses de baobabs. Il croyait ne jamais devoir revenir. Mais
tous ces travaux familiers lui parurent, ce matin-là, extrêmement
doux. Et, quand, il arrosa une dernière fois la fl eur, et se prépara à
la mettre sous son globe, il se découvrit l’envie de pleurer.
iii. Jean-Philippe Toussaint, La salle de bain, 1985
Le train arriva avec deux heures et demie de retard. Il y eut soudain
du bruit autour de moi, des portes qui s’ouvraient, des chocs de valise
contre le sol, des voix, presque des cris. On passait devant moi, on me
croisait. Des gens me frôlaient. J’attendais sur le quai, très droit, la tête en
évidence. Dès qu’Edmondsson m’aperçut, elle me fi t de larges signes
avec les raquettes de tennis, avança vers moi en se balançant, gonfl ant
les joues, me souriant. Elle accourut à ma rencontre. Je l’attendais. Elle
me toucha le visage, me félicita de mes cheveux propres.
© 1985 by Les Éditions de Minuit. Reprinted by permission of Georges
Borchardt, Inc., on behalf of Les Éditions de Minuit.
L E S T E M P S D U PA S S É À L’ I N D I C AT I F 2 0 7
iv. Albert Camus, « Recherche du père »,
dans Le premier homme, 1994
J’ai connu un homme, dit-il,... qui n’aimait pas les pâtisseries et sa
femme n’en mangeait jamais non plus. Eh bien, au bout de vingt ans
de vie commune, il surprit sa femme chez le pâtissier, et il se rendit
compte en l’observant qu’elle allait plusieurs fois par semaine s’em-
piffrer d’éclairs au café. Oui, il croyait qu’elle n’aimait pas les douceurs
et en réalité elle adorait les éclairs au café.
v. Jean-Philippe Toussaint, La salle de bain, 1985
J’avais réservé une table pour vingt et une heures. Lorsque nous arri-
vâmes au restaurant, bien qu’il fût plus de onze heures, le maître
d’hôtel, très accueillant, ne nous fi t pas de reproches. Nous laissâmes
la valise et les raquettes au pied d’un porte-manteau et le suivîmes
dans la salle, nous-mêmes suivis d’une dame qui tâchait vainement de
me mettre un ticket de vestiaire dans la main, et qui essaya même,
lorsque je me débarrassai de mon pardessus, de s’emparer du vête-
ment ; mais je fus très prompt et, avec beaucoup de souplesse, réussis
à éloigner le manteau de la portée de ses bras pour le mettre à l’abri.
La dame regarda méchamment Edmondsson, et déposa le ticket sur
la table.
© 1985 by Les Éditions de Minuit. Reprinted by permission of Georges
Borchardt, Inc., on behalf of Les Éditions de Minuit.
vi. Philippe Soupault, Les dernières nuits de Paris, 1928
Nous fîmes dans [la] rue de Seine, qui s’étonne encore de son exis-
tence, une rencontre qu’on ne peut qualifi er ni d’agréable, ne de
choquante, ni de désespérante, mais qui laissa une trace d’ombre, 2 0 8 C H A P I T R E 7
une raie noire dans le paysage de notre soirée. Un chien noir, un
barbet, un mâtin sans doute, courait en zigzag d’un trottoir à l’autre,
comme s’il avait perdu la conscience. Ni l’heure ni le temps maussade
ne parvenaient à ralentir les allées et venues de ce toutou de contre-
bande. J’eus la certitude qu’il nous attendait. Il n’avait cependant pas
la tête d’un chien qui va faire un mauvais coup. Quand il aperçut
ma compagne, il sembla la reconnaître et tourna autour d’elle en
jappant. Je ne pus savoir si elle le reconnaissait, car elle lui murmura
d’abord : « Tais-toi, chien. » Et elle ajouta : « Qu’est-ce que c’est
que ce cabot ? »
vii. Marivaux, La vie de Marianne, 1731–41
Un carrosse de voiture qui allait à Bordeaux fut, dans la route, at-
taquée par les voleurs ; deux hommes qui étaient dedans voulurent
faire résistance, et blessèrent d’abord un des voleurs ; mais ils furent
tués avec trois autres personnes. Il en coûta aussi la vie au cocher et
au postillon, et il ne restait plus dans la voiture qu’un chanoine de
Sens et moi, qui paraissais n’avoir tout au plus que deux ou trois ans.
Le chanoine s’enfuit, pendant que, tombée dans la portière, je faisais
des cris épouvantables, à demi étouffée sous le corps d’une femme
qui avait été blessée, et qui, malgré cela, voulant se sauver, était retombée
dans la portière, où elle mourut sur moi, et m’écrasait.
Exercices oraux : passé composé et imparfait
Exercice 1. L’imparfait des actions habituelles
Avec un partenaire, parlez de ce que vous faisiez d’une façon habituelle lorsque vous étiez enfant. N’oubliez pas de situer vos actions dans un contexte temporel et de mettre les verbes à l’imparfait.
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MODÈLE : Quand j’étais très jeune, avec ma famille, nous passions toujours le mois
de juillet au bord de la mer. Nous allions à la pêche, nous nagions dans la mer, etc.
Exercice 2. L’imparfait pour mettre la scène
Avec un partenaire, choisissez parmi les situations suivantes et décrivez l’atmosphère dans chaque cas. Ne vous limitez pas aux descriptions simples de l’état des choses (par ex., il faisait chaud) ; n’oubliez pas d’in-clure aussi les actions qui avaient lieu et qui faisaient partie de l’arrière- plan (par ex., le professeur attendait devant le tableau). Employez autant de verbes possible, tous à l’imparfait.
Décrivez :
• la salle quand vous êtes arrivé en classe aujourd’hui. • l’atmosphère autour de vous quand vous vous êtes réveillé ce matin. • l’atmosphère à l’intérieur de l’autobus (ou du train) quand vous y
êtes entré pour venir au campus aujourd’hui.
• le campus quand vous êtes descendu de votre voiture/bicyclette ou
de l’autobus/du train en arrivant sur le campus aujourd’hui.
Exercice 3. Le passé composé pour le déroulement de l’action
Parlez de ces sujets avec un partenaire. N’employez que des verbes au passé composé.
1. votre vie : où vous êtes né(e), où vous avez habité et étudié 2. vos voyages : où et quand
3. vos activités du dernier Nouvel An
Exercice 4. Le récit d’un événement
Parlez de quelque chose d’intéressant qui vous êtes arrivé ou qui est ar-rivé à quelqu’un que vous connaissez. Employez le passé composé pour l’action et l’imparfait pour la situation. MODÈLE : J’ai vu un météorite traverser l’horizon derrière notre maison ! J’avais onze ans. Il était quatre heures de l’après-midi et je jouais avec mes sœurs dans le jardin.
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Exercice 5. Être en train de
Examinez les phrases suivantes avec un partenaire. Pour chaque phrase, indiquez si on peut utiliser être en train de. Si oui, transformez la phrase en employant cette tournure.
1. Il était au lit.
2. Il fumait un cigare.
3. Elle fait la sieste.
4. Nous écoutons une belle chanson.
5. Tu travailles ?
6. La voiture faisait 100 km/l’heure.
Exercice 6. Devoir
Avec un partenaire, identifi ez la forme (temps/mode) du verbe devoir et puis expliquez son usage. Enfi n, traduisez le verbe en anglais.
1. Nous avons dû acheter une nouvelle voiture.
2. Tu devrais faire attention en classe.
3. Cette classe doit être intéressante.
4. Elle a dû oublier le rendez-vous.
5. Vous n’auriez pas dû dire cela.
6. Jean n’est pas encore là ? Il devait arriver avant nous. 7. Le fi lm doit commencer à quelle heure ?
Exercice 7. Devoir
Avec un partenaire, traduisez avec une forme du verbe devoir.
1. Vous __________________ vous excuser. (should, ought to) 2. Tu __________________ oublier tes clés chez toi. (must have) 3. La conférence ___________________ être remise à un autre jour.
(will have to)
4. Nous __________________ écouter ce qu’il a dit. (should have) 5. J’ai dit ça ? Je __________________ être fatiguée. (must have) 6. Elle __________________ partir avant la fi n du concert. (had to)
L E S T E M P S D U PA S S É À L’ I N D I C AT I F 2 1 1
Exercice 8. Devoir
Avec un partenaire, parlez d’une chose...
1. que vous avez dû faire le week-end dernier (et que vous avez donc
faite).
2. que vous deviez faire le week-end dernier (mais que vous n’avez pas
faite).
3. que vous avez faite et que vous n’auriez pas dû faire.
Exercice 9. Des récits au passé composé et à l’imparfait
Dans le deuxième récit (b) de chaque histoire qui suit (exercices 1 et 2), soulignez ce qui est de plus (ce qui décrit l’arrière-plan du récit, donc avec tous les verbes à l’imparfait).
1. Qu’est-ce que tu as fait pour fêter le 14 juillet ? (Amiens 2000)
a. Rien, j’ai dormi toute la journée. Ah si, je suis allée au fabuleux
pique-nique. Tout le monde est venu nous demander [quelque chose]. Il n’y a pas eu de soleil.
b. Rien, j’ai dormi toute la journée. J’étais extrêmement fatiguée. Ah
si, je suis allée au fabuleux pique-nique qui traversait la mairie de Vienne et, euh, j’étais avec des amis très organisés qui avait un barnum extra parce qu’on avait peur qu’il pleuve. Donc on était les plus organisés, tout le monde est venu nous demander si on faisait partie de l’organisation du pique-nique. En plus, j’avais un imperméable fl uorescent comme les organisateurs. Donc, euh… mais c’était un petit peu décevant parce qu’il n’y a pas eu de soleil. Il y avait une fanfare australienne, etc.… Donc c’était assez, assez drôle, euh, assez sympathique.
2. Qu’est-ce que tu as fait pour fêter le Nouvel An ? (Amiens 2000)
a. Alors le Nouvel An. On a fait un bal, en fait. Je sais même plus le
nom du village.
b. Alors le Nouvel An. J’étais où ? Bah, on était avec des amis et je
sais même plus, on était dans un petit village, on a fait un bal, en fait. Je sais même plus le nom du village et c’était du côté d’Angers et on était à peu près 150 à faire la fête. Oui. Voilà… c’était dans 2 1 2 C H A P I T R E 7
une espèce d’auberge de jeunesse. Avec une grande salle commune dans le réfectoire.
Exercice 10. Visualisation
Mettez les verbes du paragraphe suivant au passé en faisant bien atten-tion au choix du temps verbal. Ensuite, faites la visualisation de l’his-toire en dressant une liste à deux colonnes dans laquelle celle de gauche donne les verbes au passé composé (actions) et celle de droite donne les verbes à l’imparfait (arrière-plan).
C’est une nuit noire et silencieuse… trop silencieuse ! Je marche lentement
quand soudain, j’entends quelque chose dans la forêt. C’est un monstre !
Il a cinq pieds et deux têtes. Tout à coup, il avance et m’attrape ! Il com-
mence à manger ma main quand le réveil sonne. J’ai mal à la tête.
Exercice 11. Récits de la vie, du travail (Amiens 2000)
Dans les deux récits suivants, choisissez bien le temps du verbe (passé composé ou imparfait).
1.
Je __________________ (grandir),… enfi n je _________________
(habiter) dans l’est de la France dans le territoire du Périgord parce que
mon père _______________ (être) militaire donc il ______________
(devoir) déménager tous les quatre ans en France pour avoir une nouvelle
garnison, une nouvelle fonction, donc je ________________ (habiter)
quatre ans le territoire de Belford ; je __________________ (habiter)
également à Paris pendant quatre années ; je ___________________
(habiter) quatre années en Allemagne et je ________________ (naître)
à Paris, mais je __________________ (faire) ma petite enfance dans la
ville de Poitiers, voilà, un parcours itinérant.
L E S T E M P S D U PA S S É À L’ I N D I C AT I F 2 1 3
2.
Alors je _______________________________ (commencer) à chan-
ter lorsque je ______________ (avoir) dix-huit ans, donc quand
je ___________________ (venir) faire mes études à Paris,… on
_________________________ (me + envoyer) à Paris… comme
le professeur que j’ ________________ (avoir) au lycée de musique
_____________________ (connaître) un très, très bon professeur de
chant sur Paris, elle ____________________ (me + mettre) en contact,
donc je ________________ (avoir) la chance de commencer le chant
avec un très grand professeur.
Exercice 12. Une histoire
Complétez l’histoire suivante au passé en choisissant bien le temps du verbe : passé composé ou imparfait ? Ensuite, faites des listes des verbes à l’imparfait (la scène derrière les actions) et au passé composé (les actions qui avancent l’histoire).
C’______________________ (être) un après-midi calme et silen-
cieux. Le soleil _________________________________ (ne… pas +
briller) et il ______________________ (faire) froid. Les oiseaux
______________________________ (ne… pas + chanter). La neige
_________________________ (commencer) à tomber. Le silence
_______________ (être) complet. Marc _________________________
(se promener) tranquillement dans le parc avec son chien. Il
__________________________ (ne… pas + faire) attention à sa route ;
il ____________________________ (réfl échir) à un argument avec son
petite amie. SOUDAIN, Marc _________________ (voir) une lumière
brillante et jaune dans le ciel et il ___________________ (entendre) de 2 1 4 C H A P I T R E 7
la musique fantastique. Un grand objet, qui _______________________
(ressembler) à un vaisseau spatial, ___________________ (tomber)
juste devant lui. Sa porte ____________________ (s’ouvrir) et une
petite créature en _________________ (sortir). Imaginez sa surprise
quand il _____________________ (remarquer) que c’___________
(être) E.T. !
Exercice 13. Le petit prince
Dans le récit suivant (adapté du Petit prince), choisissez bien le temps du verbe (passé composé ou imparfait).
Le narrateur _____________ (être) dans le désert du Sahara. Il
_____________ (ne… pas + pouvoir) partir parce que son moteur
_____________ (être) en panne. Il _____________ (être) tout seul et
_____________ (se trouver) à mille miles de toute région habitée.
Un jour quand il _____________ (se réveiller) il _____________
(remarquer) un petit garçon. Le garçon lui ___________________
(demander) de dessiner un mouton. Le narrateur _____________ (des-
siner) une caisse et _____________ (dire) au petit prince que le mou-
ton qu’il _____________ (vouloir) _____________ (être) dedans. Le
petit prince en _____________ (être) content.
Il n’y _____________ (avoir) de l’eau à boire que pour huit jours.
Pendant ces journées, le petit prince et le narrateur _____________
(parler).
Le petit prince _____________ (être) d’une autre planète. Là, il y
_____________ (avoir) des fl eurs simples et des petits baobabs. Tous les
jours, il _____________ (arracher) les baobabs, qui _____________
(être) dangereux pour une petite planète.
L E S T E M P S D U PA S S É À L’ I N D I C AT I F 2 1 5
Un jour, une nouvelle fl eur _____________ (commencer) à croître.
Elle _____________ (mettre) des jours et des jours à se préparer, mais
enfi n, un matin, elle _____________ (se réveiller). Elle _____________
(être) belle mais coquette. Elle _______________ (demander) trois
choses au petit prince: son petit-déjeuner, un paravent et un globe.
Le petit prince lui _____________ (obéir) mais il _____________
(devenir) malheureux parce que la fl eur _____________ (être) si
contradictoire. Il l’______________ (aimer) mais il ______________
(ne… pas + la + comprendre). Il _____________ (juger) la fl eur sur
ses mots (et pas sur ses actes) et donc il _____________ (décider) de
quitter sa planète.
Exercices oraux : Passé composé, imparfait et plus-que-parfait Exercice 14. Plus-que-parfait, la visualisation de l’histoire
Faites une liste à trois colonnes des verbes utilisés dans les deux pre-mieres exemples du plus-que-parfait — Toussaint (i) et « Études, tra-vail » (ii) — de la section III, pages 196–197. La colonne de droite donne le déroulement de l’action (passé composé), celle au milieu les conditions ou l’arrière-plan (imparfait), et celle de gauche les actions complétées avant le contexte temporel du récit (plus-que-parfait).
Exercice 15. Plus-que-parfait
Avec un partenaire, faites une phrase des deux données en utilisant le plus-que-parfait.
MODÈLE : J’ai fi ni de travailler. Je suis allé au cinéma.
J’avais fi ni de travailler quand je suis allé au cinéma.
1. Margot n’a pas encore fi ni sa dissertation. Elle est arrivée en classe. 2. Les étudiants ont étudié la leçon. Ils ont passé l’examen. 3. Jean s’est déjà endormi. Vous avez téléphoné.
4. Le petit a déjà entendu la nouvelle à l’école. Sa mère a téléphoné la
lui dire.
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5. Le train est parti. Ce passager est arrivé.
6. Nous n’avons pas encore fi ni de manger. Le garçon a apporté l’ad-
dition.
7. Tu es rentré chez toi. Ton père est venu te chercher.
Exercice 16. Récits
Dans les récits suivants, choisissez bien le temps du verbe (passé com-posé, imparfait ou plus-que-parfait).
1. Le petit chaperon rouge
Il était une fois une petite fi lle qui _________________ (marcher)
dans la forêt ; elle ___________________ (aller) rendre visite à sa
grand-mère, qui _____________ (être) malade. Elle _____________
(porter) une corbeille pleine de bonnes choses à manger. Elle
______________________ (ne... pas + le + savoir), mais un grand
loup la ___________________ (regarder) et il _________________
(avoir) faim. Le loup, qui ___________________ (ne... pas + être)
bête, ________________ (parler + d’abord) à la petite fi lle et puis
_________________ (décider) d’arriver chez la grand-mère avant elle.
Quand la petite fi lle _________________________ (arriver) chez
sa grand-mère, elle __________________________ (frapper) et puis
___________________ (entrer). Elle ____________________ (poser)
plusieurs questions au loup, qui ______________ (manger) la grand-
mère, ______________ (mettre) sa chemise de nuit, et _____________
(monter) dans son lit. Quand la petite fi lle ________________ (voir)
la grande bouche du loup, elle _______________ (avoir) peur. Mais il
_____________ (être) trop tard: le loup _______________________
L E S T E M P S D U PA S S É À L’ I N D I C AT I F 2 1 7
(la + manger) comme il _______________________ (dévorer + déjà)
sa pauvre grand-mère.
2. Une fable de La Fontaine: le corbeau et le renard
Un jour, dans une forêt, un corbeau ________________ (être) per-
ché sur un arbre. Dans son bec, il ______________ (tenir) un fro-
mage qu’il _____________________ (trouver) par terre. Un renard,
qui ____________ (avoir) faim, ____________________ (se pro-
mener) dans la forêt. Quand il ____________________ (sentir) le
fromage, il ___________________ (aller) vite le trouver. Quand le
renard _______________________ (apercevoir) le corbeau sur l’ar-
bre, il ___________________ (décider) d’essayer d’obtenir le fro-
mage. Le renard __________________ (savoir) que tous les corbeaux
________________ (être) prétentieux, alors il _______________ (faire)
un compliment au corbeau. Il lui ____________ (dire) que le corbeau
_____________ (être) très beau et ensuite il lui _________________
(demander) s’il ______________ (avoir) aussi une belle voix. Quand
le corbeau _______________________ (entendre) le compliment, il
__________________ (oublier) qu’il ____________ (avoir) un fro-
mage dans son bec; et quand il ___________________ (ouvrir) son
bec pour montrer sa belle voix, le fromage _____________________
(tomber). Le renard ____________________ (prendre) le fromage qui
_________________ (tomber) et ______________ (dire) au corbeau
que tous les fl atteurs ________________ (vouloir) quelque chose et que
le corbeau _____________________ (apprendre) une bonne leçon.
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Exercices oraux : depuis ; pendant ; il y a Exercice 17. Vos passe-temps
Avec votre partenaire, faites une liste de vos passe-temps et dites depuis combien de temps vous les faites.
MODÈLE : Je joue de la guitare depuis cinq ans.
Exercice 18. Activités arrêtées
Avec votre partenaire faites une liste des choses que vous avez arrêté de faire et depuis combien de temps ou depuis quand.
MODÈLES : Je ne fume plus depuis cinq ans, depuis la naissance de mon premier
enfant.
Je n’ai pas fumé depuis septembre.
Exercice 19. Activités dans le passé
Avec votre partenaire faites une liste de choses intéressantes que vous avez faites dans le passé et pendant combien de temps vous les avez faites. MODÈLE : J’ai habité en France (pendant) deux ans.
Exercice 20. Récit
Complétez le récit au passé en faisant attention aux temps des verbes (Amiens 2000).
Bah, je ____________________________ (faire) un peu de tout. Je
_____________________ (commencer) par faire un bac scientifi que,
donc avec une spécialisation mathématiques-physique. Avec mes pa-
rents qui ______________________ (vouloir) absolument que je de-
vienne ingénieur comme tous les parents de classe moyenne. Et ensuite
je _______________________ (décider) de m’orienter vers le com-
merce, mais comme mon objectif ________________________ (ne...
pas + être) de faire du fric, eh ben, je ________________________
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(quitter) les écoles de commerce pour me diriger vers l’université et
vers des études de lettres, puisque je _____________________ (lire)
déjà beaucoup. Donc voilà, ça __________________ (faire) quatre ans
que je ___________ (être) à l’université [maintenant].
Exercices oraux : les temps littéraires du passé Exercice 21. Identifi er l’infi nitif
Dans les exemples du passé littéraires (section V, pages 205–208), iden-tifi ez l’infi nitif de tous les verbes au passé simple.
Exercice 22. Visualiser l’histoire
Pour tous les exemples du passé littéraires (section V, pages 205–208), faites la visualisation de chaque histoire : dressez une liste à trois co-lonnes des verbes utilisés. La colonne de droite (passé simple) donnera le déroulement de l’action, celle du milieu (imparfait) les conditions, l’arrière-plan, et celle de gauche (plus-que-parfait), les actions complé-tées avant le contexte temporel du récit. Pour tous les verbes au passé simple, donnez aussi leur équivalent dans la langue parlée.
Exercice 23. Les formes littéraires
Mettez les verbes dans la biographie suivante aux temps littéraires.
Monsieur X (1) est né en Touraine. Il (2) a passé sa jeunesse en Tou-
raine. Il (3) a fait ses études à l’école hôtelière à Paris pendant trois ans
et il (4) a vécu un peu à Paris après avoir fi ni ses études. Il (5) a ensuite
voyagé dans le monde. Il (6) a travaillé à l’ambassade de France en Italie.
Il (7) a travaillé aussi dans le Var et à Paris. Il (8) s’est enfi n installé à
Amiens où il (9) a été professeur de cuisine jusqu’à sa retraite.
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Exercices écrits : les temps du passé
Exercice 1. Imparfait habituel
Dans un petit paragraphe, faites votre portrait à un jeune âge. N’oubliez pas d’inclure vos actions habituelles. Mettez tous les verbes à l’imparfait.
Exercice 2. Passé composé
Dans un petit paragraphe, racontez les grands événements dans la vie de quelqu’un dans votre famille ou de quelqu’un que vous connaissez bien. Parlez de sa naissance (où et quand), dites où il/elle a habité et a travaillé et pendant combien de temps.
Exercice 3. Faillir
Traduisez en anglais.
1. Elle était tellement nerveuse qu’elle a failli oublier son nom. 2. Il a bien failli glisser sur le verglas.
3. J’ai failli rater le bus ce matin.
4. Il a failli vous téléphoner hier soir.
5. Nous avons failli partir, tellement la musique était mauvaise.
Exercice 4. Faillir
Traduisez en utilisant le verbe faillir.
1. I very nearly said yes.
2. He almost died.
3. After having almost fallen, he stopped running.
4. She had almost fi nished when we arrived.
5. Almost succeeding is not as good as (ne vaut pas) succeeding.
Exercice 5. Passé composé
Dans quelques lignes, imaginez les actions (au passé composé) qui auraient pu interrompre ce tableau vivant tiré de « Recherche du père » par Camus (1994).
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Dans le ciel plus pâle, des petits nuages blancs et gris passaient lente-
ment, et du ciel tombait tour à tour une lumière légère puis obscurcie.
Autour de lui, dans le vaste champ des morts, le silence régnait. Une
rumeur sourde venait seule de la ville par-dessus les hauts murs. Parfois,
une silhouette noire passait entre les tombes lointaines.
Exercice 6. Passé composé, imparfait, plus-que-parfait
Dans une page, racontez une expérience qui vous est arrivée récem-ment. Faites bien attention au choix des temps au passé (passé composé, imparfait et plus-que-parfait).
Exercice 7. Depuis ; pendant ; il y a
Traduisez en français.
1. When he fi nally got home, he hadn’t eaten for two days. 2. She has been driving for only a year.
3. She got her driver’s license a year ago.
4. We’ve been waiting for an hour!
5. The musicians practiced the piece for three hours.
6. My mother-in-law is coming for an entire week.
7. He’s been living here since last September.
Exercice 8. Depuis ; pendant ; il y a
Répondez aux questions par des phrases complètes.
1. Depuis combien de temps étudiez-vous le français ? 2. Depuis quand savez-vous conduire ?
3. Mentionnez une chose que vous n’avez pas faite depuis longtemps (et
dites depuis quand).
4. Combien de temps avez-vous étudié hier ?
5. Quand avez-vous commencé à faire cet exercice ?
6. Êtes-vous allé au cinéma récemment ? Quand ?
7. Depuis combien de temps habitez-vous ici ?
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8. Avez-vous déjà habité dans un autre état ou un autre pays ? Si oui,
dites où et pendant combien de temps.
Exercice 9. Passé composé, imparfait, plus-que-parfait
Faites la traduction des phrases suivantes en choisissant bien le temps du verbe.
1. He didn’t come to class because he was sick.
2. He got sick (être) when he saw the accident. 3. It rained yesterday. It rained all summer.
4. I stayed home because it was raining.
5. I met him last summer.
6. I knew him well.
7. There was a big explosion.
8. There were twenty students in the class.
9. He found out the truth (savoir la vérité) by reading the newspaper. 10. She turned fourteen (avoir) in April. 11. We stayed home because we had a lot of homework. 12. We got a lot of homework (avoir). 13. I couldn’t think; I was afraid.
14. I became afraid; I was not able to answer when he spoke to me. 15. I knew I should answer.
16. I was hungry.
17. They lived in that house for thirty years.
18. He worked until midnight.
19. He’s been working here since September.
20. She’s been married for ten years.
21. We had to leave.
22. We were supposed to leave.
23. We almost left.
24. We were eating.
Exercice 10. Les temps littéraires
Écrivez votre propre biographie. Mettez les verbes au passé simple et le sujet à la troisième personne du singulier (il/elle).