Variations styli
Chapitre 6. L’interrogatif
6 • L’interrogatif
Si on veut poser une question en français, plusieurs structures sont possibles. Par exemple, toutes les phrases suivantes posent la même question :
Où est-ce que le garçon habite ?
Où le garçon habite-t-il ?
Où habite le garçon ?
Le garçon habite où ?
Il habite où, le garçon ?
Où c’est qu’il habite, le garçon ?
Pour l’étudiant du français, il ne suffi t pas de reconnaître ni de reproduire ces formes sans réfl exion. On doit pouvoir bien choisir celle qui convient le mieux à chaque situation dans laquelle on se trouve. L’usage dépend de plusieurs facteurs, dont on mentionne les principaux ici et dont on discutera plus longuement dans le chapitre.
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D’abord, on ne peut pas dire tout simplement qu’il existe certaines formes interrogatives pour la langue orale et d’autres pour l’écrit. Il faut tenir compte des innombrables genres qui existent dans la langue orale et dans la langue écrite. À l’oral, par exemple, dans le domaine du dialogue, en outre la conversation spontanée, on a des interviews plus structurées et des débats. Il existe aussi des situations où le locu-teur s’adresse à un groupe sans dialoguer, comme à des conférences ou dans le journal parlé. Quant à la langue écrite, à côté des maintes types de littérature (théâtre, roman, polar, poésie, entre autres), on a tout une gamme d’autres genres, tels que la correspondance (person-nelle ou offi cielle), la publicité, les magazines, le journal et les guides touristiques.
La situation se complique davantage par le fait que dans un seul genre (par exemple la conversation orale spontanée), le niveau de langue dé-pendra de l’auditeur (ou du lecteur) à qui on s’adresse. Il faut trouver le style qui convient sur le continuum de styles suivant : relâché ↔ familier (ou courant) ↔ soigné (ou soutenu).
D’autres facteurs (syntaxiques et lexiques) qui infl uencent le choix de tournure interrogative seront aussi présentés dans ce chapitre.
L’étudiant est donc censé ne pas se contenter d’employer n’importe quelle structure interrogative dans n’importe quelle situation. Il doit toujours essayer de choisir la forme qui convient le mieux à la situation dans laquelle il se trouve.
Pour aider l’étudiant à poser des questions non seulement grammati-calement correctes mais aussi appropriées à la situation, la présentation de chaque structure interrogative dans ce chapitre contiendra des indi-cations sur son usage en français moderne.
Ce chapitre s’organise autour des deux types de questions qui exis-tent en français : les questions totales et les questions partielles. Les questions totales contiennent tout ce qu’il faut pour répondre et ne de-mandent qu’un simple oui, non ou si comme réponse. Les questions par-tielles, par contre, demandent de l’information supplémentaire. Celles-ci contiennent un mot interrogatif, comme pourquoi, qui ou lequel.
I. QUESTIONS TOTALES
Tout manuel de grammaire offre à l’étudiant trois possibilités pour poser une question totale en français :
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1. l’intonation montante de la phrase : par ex., Vous comprenez ? 2. l’addition de l’expression est-ce que au début de la phrase : par ex.,
Est-ce que vous comprenez ?
3. l’inversion du sujet et du verbe : par ex., Comprenez-vous ?
Il serait absolument erroné, cependant, de suggérer que ces trois structures s’emploient « également » dans la langue française, et que l’on puisse choisir n’importe laquelle des trois chaque fois qu’on pose une question totale. Dans les sections suivantes, nous examinerons l’em-ploi de chacune de ces structures dans les questions totales.
A. Intonation montante
Toutes les questions totales contiennent une intonation montante, tandis que dans toutes les questions partielles l’intonation descend à la fi n de la phrase. Le premier type de question totale donné ci-dessus utilise pourtant cette intonation montante toute seule, sans autre indi-cation de l’interrogation (comme l’expression est-ce que ou l’inversion de l’ordre normal du sujet et du verbe). Cette intonation montante seule est la tournure qu’on voit presqu’à l’exclusion des deux autres options pour poser une question totale dans la conversation en français. Ceci est vrai pour tous les niveaux de style, de la langue relâchée jusqu’au style soi-gné. Or, il est important de se rappeler que la conversation ne se limite pas à la langue parlée : elle existe aussi dans plusieurs types de la langue écrite. On peut spécifi er donc qu’on préfère l’intonation montante seule pour poser une question totale dans tous les genres de la langue orale ainsi que de la langue écrite qui favorisent le dialogue. On peut citer comme exemples la conversation orale spontanée à l’écrit, des scènes de théâtre, la correspondance personnelle, même parfois la publicité.
Pour les autres genres, ceux qui excluent le dialogue (beaucoup de littérature écrite, conférences, discours publics), on ne voit presque jamais l’intonation montante seule dans une question totale. L’emploi dans ces contextes est discuté plus loin dans les sections qui suivent.
Il faut ajouter que la seule façon de poser une question de confi r-mation est par l’intonation seule : Je suis venue voir le directeur. → Ah, vous êtes donc venue voir le directeur ? Cette question est impossible avec est-ce que ou l’inversion, structures qui démontrent l’ignorance de l’information donnée dans la première phrase. Notez aussi l’addition de l’expression
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n’est-ce pas à la fi n d’une question de confi rmation: Vous êtes venue voir le directeur, n’est-ce pas ? Cette expression est souvent remplacée par le mot non ? dans la langue populaire parlée.
Il faut aussi noter que dans la conversation, quand le sujet de la question totale est un pronom, l’emploi de l’intonation montante seule dans une question totale est presque universelle (Tu viens ? Vous compre-nez ?). Pour imiter cette structure, quand il s’agit d’un sujet nominal, on entend très souvent une tournure qui remet le sujet nominal à la fi n de la phrase et commence par le pronom qui le remplace : Il vient aussi, ton père ? (au lieu de Ton père vient aussi ?). On entend aussi des phrases du type Et ton père, il vient aussi ? Cette dernière tournure s’entend plutôt quand le sujet (ton père) est nouveau dans la conversation.
B. Est-ce que
Les questions totales avec est-ce que sont assez rares en français. Elles sont presque absentes des genres (écrits ou parlés) qui excluent le dialogue. (Nous verrons comme exception, par exemple, qu’un confé-rencier utiliserait est-ce que quand il pose une question rhétorique à ses auditeurs.) Et même dans la conversation (de tous les genres, écrits aussi bien que parlés) son emploi est très limité. À titre d’exemple, on peut citer une étude du parler des enfants de trois ans, qui n’a trouvé aucune question posée avec est-ce que, ni par les enfants, ni par les adultes (Re-dard 1976). Ce n’est que dans des situations spécifi ques qu’on rencontre cette structure dans la conversation. Voici les contextes principaux dans lesquels on la voit.
1. On entend souvent est-ce que avec le pronom je. L’inversion avec ce
pronom est presque toujours interdite (voir les notes de grammaire
pour l’inversion, plus bas). Pour la plupart des verbes donc on n’a re-
cours qu’à l’intonation montante seule (Je vous suis ?) ou à la tournure
avec est-ce que (Est-ce que je comprends bien ?).
Il semble que la structure avec est-ce que soit plus courante si le
groupe verbal est court : Est-ce que j’ai bien entendu ? Mais si le groupe
verbal est long, on préfère la structure interrogative plus simple : Je
prends celui-ci ou celui-là ? J’attends ici ou je viens avec vous ?
Une très petite liste de verbes accompagne régulièrement le pro-
nom je dans des questions totales (pouvoir, devoir, avoir, être, aller, faire). 1 4 6 C H A P I T R E 6
Quoiqu’on entende ces deux structures avec ces verbes et le pronom
je, celle avec est-ce que est un peu plus polie.
(Est-ce que) je peux rester encore un peu ?
(Est-ce que) j’ai le temps de fi nir ?
(Est-ce que) je suis à l’heure ?
(Est-ce que) je dois vous téléphoner ?
(Est-ce que) je vais être en retard ?
(Est-ce que) je fais une erreur ?
Il faut noter que dans la conversation ces six verbes emploient aussi
l’inversion avec le pronom je dans un style très soigné, comme nous
le verrons dans la prochaine section.
2. Le préfi xe interrogatif est-ce que sert parfois à rendre la communica-
tion plus claire, en « annonçant » une question longue ou diffi cile à
comprendre. Les Français l’utilisent alors souvent
• quand ils parlent au téléphone (surtout si la communication n’est
pas bonne).
• quand ils parlent avec des gens dont le français n’est pas la langue
maternelle. C’est pour cette raison que l’étudiant étranger entend cette structure si souvent dans ses classes de français, où le pro-fesseur est souvent inconscient de sur-employer une structure que les Français utilisent si rarement lorsqu’ils parlent entre eux.
• dans des entrevues et des conférences qui favorisent les questions
longues et les phrases complexes (que ces questions soient rhéto-riques ou non).
3. On peut aussi utiliser est-ce que dans la conversation
• quand on veut souligner la question ou montrer de l’indignation,
de la surprise ou du doute.
Est-ce que c’est ici qu’on devait attendre ?
Est-ce que nous devons vraiment vous croire ?
• pour introduire des questions abstraites, hypothétiques ou rhé-
toriques (souvent avec le verbe au conditionnel, au futur ou au négatif ) :
Est-ce qu’on pourrait discuter plus longuement de… ? Est-ce qu’il n’a pas suggéré que… ?
• pour introduire un nouveau sujet dans la conversation
• pour mettre en relief la question
• pour offrir au locuteur du temps pour composer son discours,
pour préparer ce qu’il veut dire.
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C. Inversion
C’est surtout dans la langue écrite qu’on voit l’inversion dans une question totale. Il est pourtant important de noter que dans les genres qui favorisent le dialogue (théâtre moderne, contes de fée) on voit beaucoup moins d’inversion. La prose du 20 e e et du 21 siècles tend aussi à montrer moins d’inversion que celle des siècles précédents.
Quant à la conversation, l’emploi de l’inversion est réservé presqu’uni-quement au style soutenu, et ceci avec un sujet pronominal : Comprenez-vous ? Puis-je vous aider ? On entend plus souvent l’inversion dans les genres oraux qui sont proches de la langue écrite (conférences, le journal parlé) que dans les genres qui se prêtent au dialogue (conversations, interviews).
Il faut noter une exception importante au manque de l’inversion dans les questions totales dans la conversation. On l’entend régulièrement dans ce contexte avec les verbes vouloir, pouvoir, savoir, avoir, être et aller, surtout à la deuxième personne du pluriel :
Voulez-vous le faire ?
Pouvez-vous venir ?
Savez-vous son nom ?
Avez-vous fi ni ?
Êtes-vous prêts ?
Allez-vous partir ?
Cet emploi est cependant fortement concurrencé par l’interrogation par l’intonation montante seule :
Vous voulez le faire ?
Vous pouvez venir ?
Vous savez son nom ?
Vous avez fi ni ?
Vous êtes prêts ?
Vous allez partir ?
Une étude (Terry 1970) a trouvé la distribution suivante :
• l’inversion le plus souvent avec vouloir, pouvoir et savoir (Voulez-vous bien
m’écouter ? Pouvez-vous le faire ? Savez-vous pourquoi il est parti ?)
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• est-ce que avec avoir (Est-ce que vous l’avez ?) • l’intonation montante seule avec aller et être (Vous y allez ? Vous y êtes ?)
Note linguistique : facteurs qui infl uencent l’inversion
Avec un sujet nominal (SN), l’inversion directe entre le verbe et
le sujet est impossible. Donc on ne dit pas, par exemple, *Vien-
dra Paul ? *Comprennent les enfants ? On trouve à sa place SN
+ verbe + pronom redondant: Paul viendra-t-il ? Les enfants
comprennent-ils ?
N’oubliez pas que si le verbe se termine par une voyelle, il
faut interposer un t entre le verbe et le pronom sujet commen-
çant par une voyelle : Va-t-elle nous accompagner ? Pierre a-t-il
compris ?
L’inversion est interdite entre le pronom je et les verbes qui
n’appartiennent pas au premier groupe (-er) : *Finis-je ? *Le
vends-je? ; l’inversion est d’ailleurs très rare entre je et les verbes
du premier groupe, où elle est limitée à la langue écrite (style
soutenu). On voit cependant l’inversion avec je dans un style très
soigné (à l’oral et à l’écrit) avec les verbes avoir, être, aller, faire,
dire, devoir, pouvoir, savoir et voir (au présent de l’indicatif) :
Ai-je le temps de fi nir ?
Suis-je en retard ?
Dois-je vous téléphoner ?
Puis-je vous inviter ?
Exemples de la littérature
i. Stendhal, Le rouge et le noir, 1830
Remarquez la préférence pour l’intonation montante seule dans cette
conversation entre Mme de Rênal et Julien, le jeune paysan.
— Quoi, monsieur, lui dit-elle enfi n, vous savez le latin ?
Ce mot de monsieur étonna si fort Julien qu’il réfl échit un
instant.
— Oui, madame, dit-il timidement.
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Madame de Rênal était si heureuse, qu’elle osa dire à Julien :
— Vous ne gronderez pas trop ces pauvres enfants ?
— Moi, les gronder, dit Julien étonné, et pourquoi ?
— N’est-ce pas, monsieur, ajouta-t-elle, après un petit silence et
d’une voix dont chaque instant augmentait l’émotion, vous serez bon
pour eux, vous me le promettez ?
ii. Marivaux, La vie de Marianne, 1731–41
Comparez avec la préférence pour l’inversion dans ce texte du 18e
siècle. Il s’agit de conseils que Mme Dutour donne à Marianne au
sujet d’un jeune homme qui l’aime.
Premièrement, il faut du temps pour que vous l’aimiez ; et puis,
quand vous ferez semblant de commencer à l’aimer, il faudra du temps
pour que cela augmente ; et puis, quand il croira que votre cœur est à
point, n’avez-vous pas l’excuse de votre sagesse ? Est-ce qu’une jeune
fi lle ne doit pas se défendre ? N’a-t-elle pas mille bonnes raisons à dire
aux gens ? Ne les prêche-t-elle pas sur le mal qu’il y aurait ?
D. Résumé de l’usage dans les questions
totales : conseils pour l’étudiant
L’étudiant étranger doit être conscient de deux facteurs qui infl uencent sa compétence en français : la compréhension passive de la langue qu’il entend ou lit et son besoin de s’exprimer oralement ou à l’écrit.
Quant il s’agit de sa compréhension passive de l’interrogatif, l’étu-diant verra l’inversion dans certains textes écrits mais il ne l’enten-dra pas souvent (la plupart du temps avec les verbes comme vouloir et pouvoir). On lui posera des questions avec est-ce que par le fait qu’il est étranger, mais il ne lira ni n’entendra pas souvent cette structure parlée entre deux Français, à moins que ce soit à la radio ou à la télévision. Ce qui importe le plus pour sa compréhension orale, c’est qu’il doit se préparer à entendre la plupart du temps des questions totales qui se servent de l’intonation montante seule.
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Lorsque l’étudiant étranger veut poser une question lui-même, son choix de structures diffère un peu de celui des Français. En tant qu’étran-ger, son usage de l’expression est-ce que dans la conversation spontanée ne choquera pas. Plus il augmentera son niveau de connaissances dans la langue, moins il se servira de cette expression pour la remplacer par l’intonation montante seule. Tout étudiant doit tout de même éviter l’inversion dans les questions totales dans la conversation, sauf avec les verbes comme vouloir et pouvoir.
II. QUESTIONS PARTIELLES AVEC ADVERBES INTERROGATIFS
Comme nous l’avons vu, les questions partielles sont celles qui contiennent un mot interrogatif (MI), tels que quand et où, et demandent plus qu’un simple oui ou non comme réponse. Nous examinons d’abord l’emploi des adverbes interrogatifs où, quand, pourquoi, comment et combien. Les pronoms et adjectifs interrogatifs sont discutés plus loin dans ce chapitre.
Si le MI est le sujet de la phrase, une seule structure est possible, celle du verbe qui suit le sujet : Combien d’enfants sont restés ?
Mais la position du MI dans les questions qui ont déjà un sujet mé-rite une discussion plus longue. Les phrases suivantes illustrent les qua-tre structures les plus courantes pour poser ce type de question partielle en français moderne.
Avec sujet pronominal Avec sujet nominal 1. Où est-ce que tu vas ? 1. Où est-ce que Pierre va ?
2. Où vas-tu ? 2a. Où va Pierre ?
2b. Où Pierre va-t-il ?
3. Tu vas où ? 3. Pierre va où ? 4. Pourquoi tu pars? 4a. Pourquoi il part, Pierre ?
4b. Pourquoi Papa il travaille tout le temps ?
Comme pour les questions totales, bien que plusieurs structures existent, certaines s’emploient rarement dans la langue courante parlée. Nous allons pouvoir constater que, comme les questions totales, les questions partielles limitent l’inversion plutôt aux genres qui ne favo-risent pas le dialogue et que tous les genres n’emploient que rarement
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l’expression est-ce que. Ce sont, en fait, les deux structures qu’on n’en-seigne pas traditionnellement aux étudiants étrangers (numéros 3 et 4, ci-dessus) qu’on entend le plus souvent dans la conversation. Dans les sections suivantes, nous examinerons l’emploi de chacune de ces quatre structures.
A. Est-ce que : MI + est-ce que + sujet + verbe (Où est-ce que vous allez ?)
Comme dans les questions totales, il est rare qu’on voie l’expression est-ce que après un mot interrogatif dans la langue écrite (c’est le plus évident dans les genres qui contiennent des dialogues). On la voit un peu plus dans les dialogues, mais beaucoup moins souvent que les deux dernières structures interrogatives qu’on examinera plus loin dans ce chapitre.
Comme pour les questions totales, on peut ajouter est-ce que à la question partielle dans une conversation pour la clarté quand on parle au téléphone ou avec des étrangers, avec le pronom sujet je, et dans des phrases longues et complexes qui contiennent des idées abstraites, hypothétiques ou rhétoriques. On l’entend aussi dans une conversation style familier pour choquer l’auditeur, pour mettre un peu de distance entre lui et celui qui parle. Par exemple dans le fi lm contemporain La faute à Fidel un jeune couple se dispute et un instant après, la femme lance : Comment est-ce que tu as pu me faire ça ?!
Le choix de mot interrogatif infl uence aussi la fréquence de l’expres-sion est-ce que. Bien que beaucoup moins employée avec les autres MI, on a constaté que cette structure se voit plus souvent avec les MI courts (où et quand) qu’avec ceux qui sont plus longs (comment, pourquoi, dans le style soigné).
Et enfi n la longueur du groupe verbale peut infl uencer le choix de cette expression interrogative. On la trouve plus souvent avec un verbe simple qu’avec un verbe composé : Où est-ce que vous mangez ? mais Où avez-vous mangé ?
Il faut noter qu’on trouve parfois dans la littérature (style soigné) le groupement est-ce que + inversion : Qu’est-ce que fait cet homme ? Cette structure n’est jamais correcte dans la langue parlée, où il faut toujours suivre est-ce que par sujet + verbe.
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B. Inversion : MI + verbe + sujet (Où allez-vous ?)
Comme pour les questions totales, l’inversion dans les questions par-tielles se limite presque complètement à la langue écrite, ou plutôt aux genres qui ne contiennent pas de dialogue. Parallèlement, si on voit son emploi dans la conversation c’est dans un style soigné et presque tou-jours avec un sujet pronominal. On l’entend aussi régulièrement dans certaines expressions fi gées (Comment dirais-je ? Quelle heure est-il ?) et dans des tours de politesse (Comment puis-je vous servir ?). Mais la tendance à éviter l’inversion dans la conversation est si forte que mêmes certaines questions populaires (Quelle heure est-il ? Comment allez-vous ?) sont concur-rencées par des structures sans l’inversion ni est-ce que (Il est quelle heure ? ou même Vous avez l’heure, s’il vous plaît ? Comment ça va ?). Nous parlerons de ces structures plus loin dans ce chapitre. Il est intéressant de noter, cependant, que quand on demande aux Français de décrire leur parler, ils prétendent souvent utiliser l’inversion beaucoup plus qu’ils ne le font en réalité (Behnstedt 1973, 235A).
Quoique l’inversion soit rare dans la langue familière et relâchée, on peut néanmoins la choisir pour souligner la question ou montrer une émotion. Par exemple, dans le fi lm Caché, parmi les maintes questions par-tielles du style familier, seules deux (celles-ci entre un mari et sa femme) emploient l’inversion et dans chaque cas, c’est pour indiquer l’impatience ou la colère : Comment veux-tu que je le sache ? Où étais-tu tout ce temps ?
N’oubliez pas que l’inversion est interdite entre le pronom je et les verbes qui n’appartiennent pas au premier groupe (-er) et qu’elle est très rare avec je et les verbes du premier groupe. On voit cependant l’inver-sion avec je dans des questions partielles et dans un style très soigné avec un petit groupe de verbes:
Que sais-je ?
Où vais-je ?
Comment dirais-je ?
Qui suis-je ?
Que puis-je faire pour vous ?
Avec un sujet nominal, l’inversion directe est impossible avec pour-quoi : *Pourquoi pleurent les enfants ?
Avec tout autre mot interrogatif (MI), deux structures sont permis-sibles avec un sujet nominal:
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a. Inversion directe b. Inversion + pronom redondant MI + verbe + sujet nominal MI + sujet nominal+ verbe + pronom Où conduit ce chemin ? Où ce chemin conduit-il ? Comment va votre mère ? Comment votre mère va-t-elle ? Combien coûte cet objet ? Combien cet objet coûte-t-il ? Quand arrive le train ? Quand le train arrive-t-il ?
Dans les genres qui évitent la conversation, qu’ils soient oraux ou écrits (magazines, guides touristiques, conférences, journal parlé), on préfère la deuxième structure. Dans le dialogue (conversations orales, interviews, théâtre moderne), à tous les niveaux de langue, on entend couramment la première structure, surtout si le sujet est long : D’où viennent ces jolies fl eurs blanches ?
Il faut ajouter qu’on entend souvent dans le dialogue (style soigné) une autre structure invertie, celle où on remet le sujet nominal à la fi n de la phrase pour la remplacer par un pronom :
Que font-ils, vos enfants ?
D’où viennent-elles, ces jolies fl eurs ?
Dans la phrase avec un sujet nominal, si le verbe a un complément d’objet, l’inversion directe est impossible. On ne peut pas dire, par exemple, *Où a acheté Louise cette robe ? *Quand chantent les enfants à l’école ?
De la même manière, s’il ne s’agit pas d’un verbe simple—c’est-à-dire composé d’un seule mot, comme le présent ou le future simple—on pré-fère la structure b (toujours style soigné). On n’entendra jamais, par exem-ple, *À quelle heure se sont couchés les enfants ? *Comment vont arriver vos parents ?
C. MI postposé ou antéposé (Tu vas où ? Pourquoi il pleure ?)
Ce sont les deux structures qui évitent l’inversion et l’expression est-ce que qu’on entend le plus souvent dans la conversation (langue familière) en France aujourd’hui. Dans ces structures on garde l’ordre normal du sujet-verbe et ajoute le MI à la fi n ou au début de la phrase. Au lieu de (a) donc, on entend (b) :
a. Plus soigné b. Langue familière Où vas-tu ? Tu vas où ? (MI postposé) Pourquoi est-ce que tu pars ? Pourquoi tu pars ? (MI antéposé) 1 5 4 C H A P I T R E 6
La structure avec MI antéposé s’entend le plus souvent avec les mots interrogatifs pourquoi et comment et la structure postposée avec combien, où et quand / à quelle heure / en quelle année, etc.
MI antéposé :
Pourquoi il a dit ça ?
Comment il a fait pour venir ?
MI postposé :
Je vous dois combien ?
Vous êtes où ?
Tes parents arrivent à quelle heure ?
Il est important de noter que bien que ce soient les structures qu’on entend le plus souvent dans la langue familière (selon des études lin-guistiques), les autres possibilités ne sont pas exclues de la langue fami-lière. On entend également des phrases comme :
MI postposé :
Et ils vous ont viré pourquoi ? (cinéma : Le placard)
Tu t’appelles comment ?
MI antéposé :
Combien je te dois ?
Où tu vas, Maman ? (cinéma : La faute à Fidel)
Dans la structure MI postposé, on peut avoir un sujet nominal ou pronominal. Avec le MI antéposé, cependant, on préfère un sujet pro-nominal. Si le sujet est un substantif, on le transpose souvent à la fi n de la phrase, tout en suivant le MI par un pronom. On voit cette structure aussi pour le MI postposé et un sujet nominal.
A quelle heure il a lieu, ce pot ? (cinéma : Le placard)
Comment elle est, la nouvelle ? (roman : Dominique Fabre, La serveuse
était nouvelle, 2005)
Elles montent jusqu’où, ces bottes ? (Myers 2007)
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On voit aussi l’addition d’un sujet pronominal après le sujet nominal :
Pourquoi Papa il est tout le temps avec Pilar et sa maman ? (cinéma :
La faute à Fidel)
Note linguistique : anté- ou postposition du MI ?
Il est probable que le MI comment s’entend le plus souvent
dans la position antéposé car il existe tant d’expressions fi gées
comme Comment ça se fait ?, Comment ça se dit ? et Comment
ça s’appelle ?
Certains linguistes trouvent que quand on met le MI dans la
position postposée, celui qui pose la question connaît déjà la ré-
ponse ou la réponse est évidente ou facile à donner. Tandis que
où demande un simple endroit et quand une simple expression
de temps, pourquoi demande presque toujours une explication
plus longue et compliquée. C’est pour cette raison que les MI
où et quand se trouvent le plus souvent à la fi n de la question
et pourquoi est presque toujours au début. Dans l’exemple plus
haut Et ils vous ont viré pourquoi ?, la personne qui pose la ques-
tion sait déjà la réponse ; elle pose la question seulement pour
souligner l’idée que son camarade avait perdu son travail pour
cette raison.
On n’entend presque jamais le MI quand en tête de la phrase
interrogative et directement devant le sujet (*Quand il arri-
vera ?), pour éviter la confusion avec une phrase déclarative qui
commence par la conjonction quand : Quand il arrivera, nous
partirons.
Dans une autre structure qu’on entend souvent dans les
conversations (langue familière), on précède le MI par c’est et le
suit du mot que. On entend cette tournure le plus souvent avec le
MI quand : C’est quand que vous partez ?
Exemples de la langue parlée
Films contemporains
Exemples pris des fi lms Il y a longtemps que je t’aime, 2008 ; La faute à Fidel, 2006 ; Angel-A, 2005 ; Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, 2001 ; Le placard, 2001.
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Pourquoi je ne me souviens pas ? (Longtemps)
Pourquoi tu ne nous l’as pas dit ? (Longtemps)
Pourquoi Papa il va plus à son bureau ? (Fidel)
Mais pourquoi elles ne peuvent pas rentrer chez elle ? (Fidel)
Pourquoi vous y êtes pas allés ? (au téléphone ; Fidel)
Pourquoi elle s’intéresserait à moi ? (Fidel)
Elle est comment ? Elle est grande ? Elle est petite ? Elle est blonde ?
Elle est brune ? (Amélie)
Il s’appelle comment ? (Amélie)
Comment elle s’appelle ? (Fidel)
Comment c’était chez Marga et Pilar ? (Fidel)
Comment tu sais, toi, si c’est le mouton ou l’esprit de groupe ? (Fidel)
Tu crois qu’elle va rester combien de temps ? (Longtemps)
Vous avez passé combien de temps en prison ? (Longtemps)
Tu as eu combien ? (Fidel)
Combien il te faut pour être heureux ? (Angel-A)
Et vous avez rencontré votre mari où ? (Longtemps)
Elle est où Panayota ? (Fidel)
Tu vas où là ? (Angel-A)
C’est où que vous allez danser ? (Longtemps)
C’est où ta maison ? (Fidel)
Alors, elle revient quand maman ? [elle = maman] (Longtemps)
C’est quand la dernière fois qu’on y est allées ? (Longtemps)
Quand c’est que vous rentrez ? (au téléphone ; Fidel)
Alors, c’est quand que je viens dormir chez toi ? (Fidel)
Exemples du style soutenu
Revues et journaux
Comment vous, le spécialiste des animaux, en êtes-vous venu à pro-
duire ce fi lm ? (Paris Match, 12–18 juin 2008)
Pourquoi alors la profession [dentaire] hurle-t-elle à l’arnaque ? (Le
Nouvel Observateur, 3–9 janvier 2013, n° 2513)
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III. QUESTIONS PARTIELLES AVEC ADJECTIFS
ET PRONOMS INTERROGATIFS
À part les adverbes interrogatifs dont on vient de parler, il existe aussi des adjectifs et des pronoms interrogatifs. Nous traitons ces sujets dans les sections suivantes.
A. Les adjectifs et pronoms invariables interrogatifs
Les adjectifs interrogatifs sont quel(s) et quelle(s). Comme tous les autres adjectifs, l’adjectif interrogatif doit s’accorder avec le substantif qu’il modifi e. Dans la plupart des cas, l’adjectif précède directement le substantif : quelles fl eurs ? L’adjectif interrogatif peut aussi être séparé du mot qu’il modifi e par le verbe être : Quel est son nom ? Comme avec les adverbes interrogatifs, si le groupe nominal avec quel n’est pas le sujet de la phrase, le choix de structure dépend du niveau de style et du genre de communication (par exemple roman, théâtre, conversation spontanée, conférence).
Quel pays est renommé pour ces cathédrales ? (Quel pays = sujet)
Quelles villes avez-vous visitées ? (style soigné)
Tu viens à quelle heure ? (style familier)
Note de vocabulaire : expressions qu’on
voit souvent avec quel + être
Quelle est la date ? son adresse ? sa profession ? sa nationalité ?
Quel est son nom ? son numéro de téléphone ? son acteur
préféré ?
Il est important de noter, cependant, que les expressions avec Quel + être + substantif s’emploient le plus souvent dans la langue soutenue. Dans la langue familière on entend des formules telles que :
Comment tu t’appelles ? = Quel est ton nom ? Combien ça coûte ? / Ça coûte = Quel est le prix ?
combien ?
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Qu’est-ce que vous faites dans = Quel est votre métier ? la vie ?
Qu’est-ce que tu penses de… ? = Quelle est ton opinion de… ? Tu habites où ? = Quelle est ton adresse ? Tu préfères qui comme acteur ? = Quel est ton acteur préféré ? Vous venez d’où ? = Quelle est votre nationalité ? C’est quoi le problème ? = Quel est le problème ?
Les pronoms interrogatifs variables sont lequel, laquelle, lesquels, lesquelles. Pour chacun des adjectifs interrogatifs il existe un pronom équivalent. Ce pronom remplace l’adjectif et le substantif. Le choix de tournure inter-rogative dépend du niveau de langue et du genre de communication.
Quels étudiants ont compris ? Lesquels ont compris ? (MI = sujet)
Vous allez voir quel fi lm ? Vous allez voir lequel ? (style familier)
Quelle robe voulez-vous ? Laquelle voulez-vous ? (style soigné)
Quel gâteau est-ce que vous prenez ? Lequel est-ce que vous prenez?
(soigné)
Quelles fl eurs tu préfères ? Lesquelles tu préfères ? (style familier,
relâché)
N’oubliez pas que lequel, lesquels/lesquelles deviennent auquel, auxquels/aux-quelles quand le verbe en question prend la préposition à et duquel, desquels/ desquelles quand il prend de.
Il s’agit de cinq livres : duquel tu parles ? (style familier)
J’ai vu plusieurs professeurs : auxquels pensiez-vous ? (style soigné)
B. Le pronom invariable qui
Pour demander l’identité d’une personne inconnue en français on utilise le pronom qui. Si qui est le sujet de la phrase on entend et lit le plus souvent (dans tous les styles et genres) des phrases telles que Qui est à l’appareil ?
Mais dans le style soigné (langue parlée ou écrite), on entend aussi Qui est-ce qui suivi du verbe. Cette structure représente en effet la création d’une phrase complexe : une phrase principale (qui + l’inversion du sujet et verbe : est-ce) suivi d’une phrase subordonnée, avec le pronom relatif qui dans la position du sujet, suivi d’un verbe.
L’ I N T E R R O G AT I F 1 5 9
Qui est-ce qui ne comprend pas ? (soigné)
Dans le style relâché on entend le même groupement mais sans inversion :
Qui c’est qui ne comprend pas ? (relâché)
Dans ces structures, le style soigné respecte donc la règle traditionnelle de l’inversion après MI (est-ce) mais le style relâché emploie la structure populaire MI + sujet + verbe.
Le MI qui comme objet direct du verbe ou objet d’une préposition se trouve dans toutes les structures où il s’agit d’adverbes, d’adjectifs et de pronoms variables interrogatifs déjà discutées dans ce chapitre, c’est-à-dire avec est-ce que, l’inversion et le MI antéposé ou postposé. Notez la nécessité d’employer est-ce que dans le premier exemple ci-dessous pour éviter l’ambiguïté de la question Qui cherche Paul ?
Qui est-ce que Paul cherche ? (style familier)
Avec qui travaillez-vous ? (style soigné)
Vous êtes qui ? (style familier, du fi lm Amélie)
Vous avez tué qui ? (style familier, du fi lm Il y a longtemps que je t’aime)
Vous parliez de qui ? (style familier, du fi lm Le placard)
Pour qui tu l’as acheté ? (style familier)
C. Les pronoms invariables interrogatifs que et quoi
S’informer sur l’identité d’une chose est plus compliqué en français qu’en anglais, qui n’a qu’un seul MI : what ? En français, le MI change selon sa fonction grammaticale dans la phrase.
Si le MI est le sujet de la phrase on emploie toujours Qu’est-ce qui, qui parallèle la structure avec qui discutée ci-dessus mais avec un change-ment de MI, c’est-à-dire, une phrase principale MI (que) + verbe-sujet (est-ce) suivie d’une phrase subordonnée (pronom relatif sujet qui + verbe) : Qu’est-ce qui est arrivé ?
On emploie quoi si le MI est dans une position accentuée dans la phrase, c’est-à-dire s’il est placé après une préposition, après l’expres-sion c’est ou à la fi n de la phrase dans la position d’objet direct: Avec quoi ? C’est quoi, ça ? Il t’a dit quoi ?
1 6 0 C H A P I T R E 6
Si le MI est l’objet direct de la phrase et il est placé devant le sujet et le verbe, on emploie soit que devant l’expression est-ce que, soit l’inver-sion : Qu’est-ce que tu dis ? Que voulez-vous ?
Comparez la structure des pronoms interrogatifs dans le tableau suivant.
Structure des pronoms interrogatifs invariables
Phrase principale Phrase subordonnée
MI verbe-sujet Pronom relatif
Qu’est-ce qui que est-ce sujet : qui + verbe : s’est
s’est passé ? passé
Qu’est-ce que que est-ce objet direct : + sujet-verbe :
tu veux ? que tu veux
Qui est-ce qui qui est-ce sujet : qui + verbe : est
est parti ? parti
Qui est-ce que qui est-ce objet direct : + sujet-verbe :
tu as vu ? que tu as vu
N’oubliez pas qu’on emploie l’adjectif quel avec le verbe être suivi d’un substantif : Quelle est votre adresse ? Quelles sont les possibilités ?
Comparez quel + être + substantif avec qu’est-ce qui + verbe (≠ être) :
What is the problem? Quel est le problème ? (adjectif quel modifi e problème) What happened? Qu’est-ce qui est arrivé ? (sujet du verbe arriver)
Variations stylistiques : que et quoi
Comme avec tous les autres MI, l’emploi de qu’est-ce que, que et
quoi varie selon le niveau de langue et le genre de l’énoncé. Voici
quelques notes spécifi ques sur ces tournures.
L’expression qu’est-ce que est très populaire et s’entend dans
tous les niveaux de langue, y compris la langue relâchée. Comme
(à suivre)
L’ I N T E R R O G AT I F 1 6 1
nous l’avons constaté, ce n’est pas le cas pour les autres MI, qui
se suivent de l’expression est-ce que seulement dans des con-
textes spécifi ques (tels que des conférences et pour la clarté).
Dans un style très familier, on entend souvent la postposition
du MI quoi : Il fait quoi ? (au lieu de qu’est-ce qu’il fait ?).
Parfois (mais pas toujours) la postposition du MI quoi à la place
de l’expression courante qu’est-ce que peut signaler une diffé-
rence de sens : Qu’est-ce que tu fais ? ≠ Tu fais quoi ? Comme
nous l’avons vu plus haut avec les adverbes interrogatifs, la post-
position du MI peut marquer le fait que la réponse est connue,
évidente ou facile à donner. Par exemple, dans le fi lm Il y a long-
temps que je t’aime, quand une sœur demande à l’autre (style
familier) Vous auriez pu faire quoi ? tout le monde sait que la ré-
ponse est rien. Quand la même personne demande à son futur
employeur (style soutenu) Vous comprenez quoi ? elle veut dire
qu’en effet il ne comprend rien.
On n’entend jamais l’antéposition du MI que devant le sujet-
verbe : *Que tu fais ? À sa place on entend dans la langue fami-
lière et relâchée : C’est quoi que tu fais ?
Dans la langue parlée courante, on évite l’inversion après que
si le verbe commence par une voyelle : *Qu’aiment-ils ? *Qu’avez-
vous dit ? Cette structure s’utilise couramment cependant dans la
langue écrite, style soutenu.
Note linguistique : MI et pronom relatif
Il est important de ne pas confondre les pronoms relatifs indéfi nis
ce qui, ce que et ce dont avec les pronoms interrogatifs qu’est-
ce qui, que et quoi puisque tous ces pronoms se traduisent par
le même mot en anglais (what). Comparez les formes dans les
exemples suivants.
Qu’est-ce qui reste ? What’s left ?
Voilà ce qui reste. Here’s what’s left.
(à suivre) 1 6 2 C H A P I T R E 6
Que voulez-vous ? What do you want ?
Voilà ce que je veux. Here’s what I want.
De quoi avez-vous besoin ? What do you need ?
Voilà ce dont j’ai besoin. Here’s what I need.
À quoi pensez-vous ? What are you thinking about?
Voici (ce) à quoi je pense. Here’s what I’m thinking about.
IV. RÉSUMÉ DE L’USAGE DANS LES QUESTIONS
PARTIELLES ; CONSEILS POUR L’ÉTUDIANT
Pour sa compréhension passive des questions partielles dans tous les genres, l’étudiant lira et entendra l’inversion et (moins souvent) est-ce que, mais cet usage se limitera pour la plupart à la langue soutenue. Dans les interviews, par exemple, les questions partielles se posent presque toujours avec l’inversion. Dans la littérature, surtout d’avant le 20e siècle, on voit le plus souvent l’inversion mais les exemples avec est-ce que ne sont pas rares. Dans la conversation de tous les jours, est-ce que est plus ou moins absent mais l’inversion s’entend régulièrement au style soutenu.
N’oubliez pas ces exceptions importantes :
• l’inversion directe avec un sujet nominal : Combien coûte cette chemise ? • l’inversion avec les verbes comme vouloir : Que voulez-vous ? • qu’est-ce que est la formule préférée pour le MI que.
Pour comprendre les conversations dans la langue familière, l’étu-diant doit s’attendre aux structures qui excluent l’inversion et est-ce que : Pourquoi vous avez rien dit ? T’as appris ça où ? (exemples du fi lm Il y a longtemps que je t’aime).
Quand l’étudiant étranger veut poser une question partielle lui-même, il doit toujours tenir compte du niveau de langue : relâché, familier ou soutenu.
Aux niveaux les plus élevés de la langue orale (et quand il écrit), il doit se servir de l’inversion et parfois de l’expression est-ce que pour
L’ I N T E R R O G AT I F 1 6 3
poser des questions partielles. Mais dans la langue familière et surtout dans la langue relâchée, il fera mieux d’éviter ces deux structures et de mettre le MI soit au début soit à la fi n de la phrase sujet + verbe. Son choix entre ces deux dernières structures dépendra des facteurs discutés ci-dessus. Il doit aussi ne pas oublier les trois exceptions cités ci-dessus (combien coûte cette chemise ? que voulez-vous ? et qu’est-ce que ?). Et en fi n de compte, comme avec toute autre structure, pour bien maîtriser l’inter-rogatif en français, il vaut mieux bien écouter et suivre les modèles des Français avec lesquels on parle.
Exemples du style soutenu
i. Film contemporain Le placard
Quels produits traitons-nous ?
ii. Paris Match, 12–18 juin 2008
Questions posées à Jacques Chirac :
Monsieur le Président, comment allez-vous ?
Comment vous êtes-vous réveillé le 16 mai 2007 ?
Vous travaillez également à un livre ?
Que faites-vous par ailleurs ?
Que vous manque-t-il le plus : l’action ou le pouvoir ?
Quel est le but de votre fondation ?
Allez-vous organiser des conférences ?
Comment recueillez-vous des fonds ?
Pour vous, quelles sont les urgences du XXIe siècle ?
Quels sont, à vos yeux, les effets de la mondialisation ?
Auriez-vous découvert les vertus de la sieste ?
Imagineriez-vous retourner un jour à l’Élysée ?
La télévision, la radio et les journaux sont-ils importants ? Réussis-
sez-vous enfi n à « donner du temps au temps » et à ne pas vous ennuyer ?
Pensez-vous qu’un président de la République en exercice soit loin
du monde ?
Jacques Chirac peut-il être un père et un grand-père ordinaire ?
Comment contez-vous l’Histoire à votre petit-fi ls ?
Avez-vous des regrets ?
Qu’emporteriez-vous sur une île déserte ?
1 6 4 C H A P I T R E 6
Le mot « vacances » vous donne-t-il le vertige ?
Quel message adressez-vous aux Français ?
iii. Alphonse Daudet, Les vieux, du recueil Lettres de mon
moulin, 1869
Deux vieilles personnes posent des questions :
Comment va-t-il ? Qu’est-ce qu’il fait ? Pourquoi ne vient-il pas ?
Est-ce qu’il est content ?
iv. Victor Hugo, Les misérables, 1862
Jean Valjean se mit à songer dans les ténèbres. « Où en suis-je ?
— Est-ce que je ne rêve pas ? — Que m’a-t-on dit ? Est-il bien
vrai que j’aie vu ce policier et qu’il m’ait parlé ainsi ? — Que
peut être ce Champmathieu ? Il me ressemble donc ? — Est-ce
pos sible ? — Quand je pense qu’hier j’étais si tranquille à pareille
heure ! Qu’y a-t-il dans cet incident ? Comment cela se dénouera-
t-il ? Que faire ? »
v. Stendhal, Le rouge et le noir, 1830
Conversation entre un père et son fi ls :
— Réponds-moi sans mentir, si tu peux, chien de lisard ; d’où
connais-tu Madame de Renard, quand lui as-tu parlé ? [lisard =
quelqu’un qui lit beaucoup]
— Je ne lui ai jamais parlé, répondit Julien, je n’ai jamais vu cette
dame qu’à l’église.
— Mais tu l’auras regardée, vilain effronté ?
— Jamais ! Vous savez qu’à l’église je ne vois que Dieu, ajouta
Julien [...]
L’ I N T E R R O G AT I F 1 6 5
— [...] Au fait, je vais être délivré de toi, et ma scie n’en ira que
mieux. [...] Va faire ton paquet, et je te mènerai chez M. de Rênal,
où tu seras précepteur des enfants.
— Qu’aurai-je pour cela ?
— La nourriture, l’habillement et trois cents francs de gages.
— Je ne veux pas être domestique.
— Animal, qui te parle d’être domestique ? est-ce que je voudrais
que mon fi ls fût domestique ?
— Mais, avec qui mangerai-je ?
vi. Marivaux, La vie de Marianne, 1731–41
J’ai peur de vous aimer trop, Marianne, me disait-il ; si cela
était que feriez-vous ?... Vous ne me dites mot ; est-ce que vous
m’entendez ?
vii. Molière, L’avare, 1668
Au voleur ! Au voleur ! À l’assassin ! Au meurtrier ! Justice ! Juste
Ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge, on m’a
dérobé mon argent.
Qui peut-ce être ? Qu’est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-
t-il ? Que ferais-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ?
N’est-il point là ? N’est-il point ici ?
Qui est-ce ? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin. (Il se prend lui-
même le bras.) Ah ! c’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je
suis, qui je suis et ce que je fais.
1 6 6 C H A P I T R E 6
Exemples du style familier
i. Films contemporains
Exemples pris des fi lms Il y a longtemps que je t’aime, 2008 ; The Da Vinci Code, 2006 ; La faute à Fidel, 2006 ; Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, 2001 ; Le placard, 2001.
Il est quelle heure pour vous ? (Fidel)
Elle avait quel âge, la petite Lys ? (Longtemps)
Vous êtes arrivée ici en quelle année ? (Amélie)
C’est qui, le peintre ? (Longtemps)
C’est pour qui, ce chocolat ? (Placard)
Vous êtes qui ? (Amélie)
Ça me sert à quoi ? (Fidel)
De quoi vous parliez ? (Longtemps)
Qu’est-ce qu’il y a au courrier aujourd’hui ? (Placard)
Elle est malade ? Qu’est-ce qu’elle a ? (Fidel)
Qu’est-ce qu’il y a ? (Placard)
Qu’est-ce qu’ils veulent ? (Fidel)
Qu’est-ce que je vous sers ? (Amélie)
Qu’est-ce que nous traitons dans cette usine ? Que traitons-nous ?
(Placard)
Qu’est-ce que tu racontes ? (Placard)
Qu’est-ce que vous allez en faire ? (Placard)
Et toi, tu voulais faire quoi ? (Longtemps)
Qu’est-ce qu’elle fait dans la vie ? (Placard)
C’est quoi son métier ? (Longtemps)
Il fait quoi, là-dedans ? (Da Vinci)
Qu’est-ce que tu fais là, toi ? (Placard)
Qu’est-ce que c’est, ça ? (Placard)
Qu’est-ce que c’est ? (Placard)
C’est quoi ça ? (Longtemps)
Qu’est-ce que c’est un « beatnik-hippie » ? (Fidel)
Vous allez ramener quoi comme cadeau ? (Fidel)
L’ I N T E R R O G AT I F 1 6 7
ii. Raymond Devos, « Ça fait déguisé », du recueil Ça n’a
pas de sens, 1968
L’autre jour j’étais dans ma voiture, je me fais arrêter par un agent
de police. Il me dit :
AGENT : Donnez-moi vos papiers !
MOI : À quel titre ?
AGENT : Police !
MOI : Je ne vous crois pas.
AGENT : Puisque je vous le dis !
MOI : Prouvez-le !
AGENT : J’ai l’uniforme !
MOI : Justement, il ne vous va pas ! Ça fait déguisé !
AGENT : Vous ne m’avez pas bien regardé, non ?
MOI : Si ! Et plus je vous regarde, plus je trouve que vous
n’avez pas l’air vrai !
AGENT : Qu’est-ce qui vous choque ?
MOI : Tout !… Le képi est de travers !… les manches sont
trop longues… et votre bâton, il est douteux !
AGENT : C’est réglementaire !
MOI : Bon. Vous avez vos papiers ?
AGENT : Oui !
MOI : Passez-les-moi. ( Je regarde ses papiers.) Oui, il y a bien
marqué « agent de police », mais rien ne prouve que ces papiers soient les vôtres ! [...] Vous prétendez être un agent de police ?
AGENT : Oui !
MOI : Bon ! Eh bien ! Je vais vous demander quelques
renseignements…
AGENT : À votre service !
MOI : Où se trouve le boulevard Haussmann ? Oh ! Ce n’est
pas la peine de regarder dans votre carnet!… Vous ne savez pas ?
AGENT Non !
MOI : C’est grave ! C’est grave !… et la rue de la Chaussée-
d’Antin ?
1 6 8 C H A P I T R E 6
AGENT : Ça, je l’ai su !…
MOI : Et vous ne le savez plus ?… C’est très grave !!!
AGENT : Les rues, ce n’est pas mon fort !
MOI : Bon ! Je vais vous poser quelques questions sur le
code de la route… Je suis dans ma voiture, je roule à droite… une voiture venant de la gauche me rentre dedans… qu’est-ce que vous faites ?
AGENT : Je fais un constat !
MOI : Non, Monsieur !
AGENT : Pourquoi ?
MOI : Parce que quand on a besoin de vous, vous n’êtes ja-
mais là !
AGENT : C’est juste ! Je n’y avais pas pensé.
MOI : Faites attention ! C’est que c’est grave ! C’est grave !
AGENT : !!!
MOI : Bon ! Une autre question ! J’arrive à un carrefour, je
brûle un feu rouge,… qu’est-ce que vous faites ?
AGENT : Rien !
MOI : Pourquoi ?
AGENT : Parce que je ne suis pas là !
MOI : Si, Monsieur, quand on brûle un feu rouge, il y a tou-
jours un agent qui est là !
AGENT : C’est juste ! Je suis là ! Je suis caché, mais je suis là !
MOI : Bon ! Que faites-vous ?
AGENT : Je vous demande vos papiers.
MOI : À quel titre ?
AGENT : Police !
MOI : Je ne vous crois pas !
AGENT : Puisque je vous le dis !
MOI : Prouvez-le !
AGENT : Je ne peux pas… alors là… j’avoue… je ne peux pas.
MOI : Bon ! Vous allez me suivre au commissariat de police.
AGENT : J’en viens !
MOI : Vous allez y retourner.
AGENT : Je ne veux pas y retourner ! Je ne veux pas retourner
au commissariat !
MOI : Pas d’enfantillage ! Ils ne vous feront pas de mal !
AGENT : Vous ne les connaissez pas !
L’ I N T E R R O G AT I F 1 6 9
MOI : Écoutez !... vous prétendez être un agent de police…
vous ne connaissez ni le code, ni le nom des rues… Savez-vous seulement où se trouve le commissariat de police ?
AGENT : Oui ! C’est à l’angle du boulevard Haussmann et de la
rue de la Chaussée-d’Antin.
MOI : Ah ! C’est maintenant que ça vous revient ? C’est trop
tard ! Allez ! Au poste !
Je l’ai emmené au poste. J’ai dit au commissaire:
MOI : Vous connaissez ce Monsieur ?
COMMISSAIRE : Oui !… Qu’est-ce qu’il a encore fait ?
MOI : Il veut me faire croire qu’il est agent de police !
COMMISSAIRE : C’est exact ! Ce n’est pas la première fois qu’on nous le
ramène ! Il n’a pas le physique… Personne n’y croit… Nous-mêmes, on n’y croit plus…
Exercices oraux : questions partielles avec adverbes interrogatifs
Exercice 1. Variations stylistiques
Travaillant dans des groupes et suivant le modèle, posez toutes les ques-tions possibles, en indiquant toujours le style.
MODÈLE : pourquoi le ciel est bleu
Style soigné : Pourquoi le ciel est-il bleu ?
Style familier : Pourquoi est-ce que le ciel est bleu ?
Style relâché : Pourquoi le ciel est bleu ?
1. combien coûte le livre de classe
2. où le professeur va passer ses prochaines vacances
3. pourquoi la grammaire française est si diffi cile
4. à quelle heure le soleil se lèvera demain
5. quand les prochains Jeux Olympiques auront lieu
6. comment on prépare des crêpes
Exercice 2. Pourquoi, style soigné
Dans des petits groupes, écrivez deux ou trois questions qui traitent des grandes questions de l’existence en utilisant pourquoi et l’inversion du 1 7 0 C H A P I T R E 6
genre : Pourquoi les oiseaux chantent-ils ? Ensuite, imaginez les réponses à ces questions. N’oubliez pas que cette structure représente le style soigné.
Exercice 3. Pourquoi, style familier
Dans des petits groupes, écrivez deux ou trois questions plus person-nelles avec pourquoi suivi du sujet + verbe, du genre Pourquoi tu étudies le français ? Ensuite, donnez les réponses à ces questions. N’oubliez pas que cette structure représente le style familier.
Exercice 4. Où, quand, comment et combien, style familier
Dans le style familier, posez des questions personnelles qui emploient les mots interrogatifs où, quand, combien et comment. N’employez ni l’inver-sion ni est-ce que. Mettez les MI où, quand et combien à la fi n de la question et comment au début. Ensuite, donnez les réponses à ces questions.
Exercice 5 : Quel
Discutez des réponses à ces questions avec votre partenaire, suivant le modèle.
MODÈLE : Quelle est ta nationalité ?
nationalité
profession
couleur favorite
restaurant favori
classe favorite
Exercices oraux: questions partielles avec qui, que et quoi Exercice 6. Qu’est-ce qui
Parlez des sujets suivants avec votre partenaire, selon le modèle.
MODÈLE : Qu’est-ce qui t’intéresse beaucoup ?
La politique m’intéresse beaucoup.
choque
amuse
plaît à cette université
L’ I N T E R R O G AT I F 1 7 1
déplaît
manque
Exercice 7. Qu’est-ce que : préférences
Parlez des sujets suivants avec votre partenaire, selon le modèle.
MODÈLE : Qu’est-ce que tu détestes ?
Je déteste la violence.
aimer boire au dîner
devoir faire ce week-end
regarder à la télévision
aller faire pendant les vacances
Exercice 8. Qu’est-ce que : opinions
Parlez des sujets suivants avec votre partenaire, selon le modèle.
MODÈLE : notre campus universitaire
Qu’est-ce que tu penses de notre campus universitaire ?
Je l’aime beaucoup. / Je ne l’aime pas.
Je le trouve intéressant / joli / assez grand...
Je pense qu’il est [adjectif ]...
cette classe
le président français
le système scolaire aux États-Unis
les possibilités d’emplois après tes études
les problèmes de l’environnement
Exercice 9. Préposition + quoi
Parlez des sujets suivants avec votre partenaire, selon les modèles. Atten-tion au choix de préposition à ou de.
MODÈLES :
avoir peur : De quoi est-ce que tu as peur ?
s’intéresser : À quoi est-ce que tu t’intéresses ?
avoir peur
t’intéresser
1 7 2 C H A P I T R E 6
croire (to believe in)
avoir besoin
t’inquiéter
parler avec tes amis
te servir pour écrire tes devoirs
Exercice 10. Qui, que, quoi et quel
Dans des petits groupes, traduisez en français. Imaginez que vous êtes des collègues qui emploient vous et le style familier. Faites attention à la structure de la question et expliquez le choix de pronom interrogatif dans les questions 7–13.
1. Who is speaking?
2. Who did you see?
3. Who were you dancing with?
4. Who did you call?
5. Who do you need?
6. Who do you work for?
7. What happened?
8. What did you say?
9. What do you need?
10. What are you working with?
11. What are you thinking about?
12. What time is it?
13. What is your phone number?
Exercice 11. Qui, que et quoi : une soirée chez moi
Votre partenaire décrit vaguement une soirée récente dans la maison qu’il/ elle partage avec plusieurs colocataires, mais vous voulez en savoir plus. Posez des questions pour apprendre les détails. Employez le style familier.
MODÈLE : Quelqu’un regardait la télé.
Qui regardait la télé ?
C’était moi qui regardais la télé.
1. Quelqu’un lisait un roman.
2. Jean-Louis écoutait quelque chose.
L’ I N T E R R O G AT I F 1 7 3
3. Alice téléphonait à quelqu’un.
4. Valérie a apporté quelque chose à manger.
5. Sylvie est arrivée avec quelque chose à boire.
6. Quelqu’un a commencé à manger.
7. Quelque chose était délicieux.
8. Tout le monde pensait quelque chose.
Exercice 12. Qui, que et quoi : l’aventure du chien
Votre chien a fait quelque chose de mal hier soir. Pour chaque phrase que vous dites, votre partenaire en demandera les détails. Donnez-lui une réponse logique. Employez le style familier et suivez le modèle.
MODÈLE : Je faisais quelque chose dans la cuisine.
Qu’est-ce que tu faisais ?
Je lisais le journal.
1. Quelqu’un travaillait dans la cuisine.
2. Mon père parlait avec quelqu’un.
3. Quelqu’un a ouvert la porte.
4. Le chien a vu quelqu’un dehors.
5. Le chien a couru après ce quelqu’un.
6. Quelque chose est tombé par terre.
7. Quelqu’un a rattrapé le chien.
8. Le chien a cassé quelque chose.
9. Quelqu’un n’était pas content.
Exercice 13. What: interrogatif ou pronom relatif ?
Dans des petits groupes, traduisez en français. Employez vous et le style familier, comme si vous étiez des collègues qui se vouvoyaient.
1. What’s happening?
2. I don’t know what’s happening.
3. What do you want?
4. I don’t know what I want.
5. What do you think about this?
6. You never listen to what I think!
7. What are you thinking about?
1 74 C H A P I T R E 6
8. I don’t want to tell you what I’m thinking about.
9. What movie did you see?
10. What’s the movie about?
11. I’ve forgotten what it’s about.
12. What’s wrong?
13. What’s your address?
Exercices oraux : révision
Exercice 14. Analyse de l’interview avec Jacques Chirac
Avec un partenaire, étudiez les phrases interrogatives dans l’interview avec Jacques Chirac (pages 163–164, « Exemples du style soutenu », ii) et répondez aux questions suivantes.
1. Combien de questions emploient l’expression est-ce que ? 2. Quel est le moyen préféré pour poser une question totale ? Y a-t-il
des exceptions ?
3. Combien de questions partielles emploient l’inversion ? 4. Quelle autre tournure interrogative marque le style soutenu dans cette
interview ?
Exercice 15. Analyse du sketch « Ça fait déguisé »
Avec un partenaire, étudiez les phrases interrogatives dans le sketch « Ça fait déguisé » (pages 167–169, « Exemples du style familier », ii) et répondez aux questions suivantes.
1. Combien de questions emploient l’expression est-ce que ? Expliquez
cet usage.
2. Quel est le moyen préféré de poser une question totale ? Donnez-en
des exemples.
3. Combien de questions partielles emploient l’inversion ? Et de ques-
tions totales ? Expliquez ces exemples de l’inversion.
4. Trouvez la question avec un pronom interrogatif comme sujet de la
phrase.
L’ I N T E R R O G AT I F 1 7 5
Exercice 16. Jouez des rôles
Travaillez avec un partenaire. Suivant le sketch de Devos (voir exer-cice 15, ci-dessus), écrivez un petit dialogue entre deux personnes dont une est dans une position d’autorité. Questionnez l’identité de cette personne (suggestions : politicien, gangster, dentiste, médecin, prêtre, professeur, vétérinaire, roi…) en posant au moins trois questions aux-quelles elle devrait savoir les réponses. Attention au niveau de style. On vous demandera de présenter des parties de votre dialogue en classe.
Exercice 17. Variations linguistiques
Divisez la classe en trois groupes. En employant le niveau de style ap-proprié, chaque groupe trouvera des questions pour obtenir les infor-mations qui manquent dans les phrases suivantes and inventera aussi des réponses logiques. S’il y a un substantif dans la phrase, laissez-le dans la question.
Groupe 1 : le directeur de l’entreprise et son assistant (qui se vou-
voient et emploient le style soigné)
Groupe 2 : des collègues dans une grande entreprise (qui se vou-
voient et emploient un style familier mais pas trop relâché)
Groupe 3 : des étudiants universitaires (qui se tutoient et emploient
un style relâché)
MODÈLE : Ma sœur cherche quelqu’un.
G1 : Qui votre sœur cherche-t-elle ? Qui cherche-t-elle, votre sœur ? Qui est-ce
que votre sœur cherche ?
G2 : Qui est-ce que votre sœur cherche ? Elle cherche qui, votre sœur ?
G3 : Elle cherche qui, ta sœur ? Ta sœur cherche qui ? C’est qui que ta sœur
cherche ?
1. Quelque chose est arrivé hier soir.
2. Quelqu’un est venu me rendre visite.
3. J’ai dit quelque chose d’important.
4. J’ai vu quelqu’un dans la rue hier.
5. Ma sœur a besoin de quelque chose.
6. Le président a honte de quelque chose.
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7. Vous devriez vous inquiéter de quelque chose.
8. Les politiciens travaillent pour quelqu’un.
9. Mes parents vont acheter une maison quelque part. 10. L’avion va atterrir à une certaine heure.
11. Mon ami partira pour une bonne raison.
12. La femme a acheté un certain nombre de tomates.
13. La lettre a été envoyée d’une certaine façon.
Exercice 18. Comment ? Je n’ai pas compris.
Votre partenaire vous a parlé, mais vous n’avez pas bien entendu. De-mandez qu’il/elle répète. Remplacez l’expression soulignée par un pro-nom interrogatif. Employez le style familier.
MODÈLE : Mon frère a acheté une voiture.
Vous : Qui a acheté une voiture ?
Votre partenaire : Mon frère !
1. Sophie a écrit une lettre.
2. Elle était dans sa chambre.
3. Elle écrivait à ses parents.
4. Elle leur demandait de l’argent.
5. Ils lui ont répondu quelques jours plus tard.
6. Ils lui ont envoyé l’argent.
7. Sa mère lui a téléphoné hier soir.
8. Elle lui a dit que son frère était malade.
9. Sa maladie lui fait peur. (His illness scares her.) 10. Elle a peur parce qu’elle aime beaucoup son frère.
Exercice 19. Jouez des rôles
Imaginez que vous passez un an en France pour faire vos études à la Sorbonne. Pour chaque situation ci-dessous, demandez les renseigne-ments suivants, faisant toujours attention au niveau de langue. Quelles autres questions poseriez-vous ? Écrivez les questions et puis présentez votre dialogue devant la classe.
L’ I N T E R R O G AT I F 1 7 7
Pour des renseignements spécifi ques
À qui vous parlez Ce que vous voulez savoir
1 votre concierge le prix du loyer,
quand il faut le payer, etc.
2 un professeur : où acheter le livre de classe,
a. jeune si vous pouvez venir dans son b. plus âgé bureau lui poser des ques-
tions, etc.
3 un agent de police où se trouve le musée de l’art
moderne,
à quelle heure il s’ouvre, etc.
4 un fonctionnaire à la gare l’heure du départ du prochain
train pour Nice,
le prix d’un billet aller-retour,
la durée du voyage, etc.
5 un passant dans la rue : où se trouve le bureau de
a. un étudiant tourisme, b. une dame d’un s’il est ouvert le lundi
certain âge
6 un passant dans le comment acheter un billet,
métro : le prix d’un billet,
a. un étudiant les choix de billets, b. un monsieur d’un comment lire le plan du métro,
certain âge comment aller au Sacré-Cœur,
etc.
7 un serveur au restaurant ce qu’il recommande,
si le plat est piquant,
quel vin prendre avec ce plat,
etc.
8 un employé à l’hôtel plus de serviettes de bain et un
sèche-cheveux,
à quelle heure le petit-déjeuner
est servi, etc.
9 un employé au magasin où se trouve le rayon de
chaussures
à quelle heure le magasin se
ferme
(à suivre) 1 78 C H A P I T R E 6
si vous pouvez payer par
chèque
où se trouvent les cabines
d’essayage
s’il a la même chemise mais
d’une autre couleur, etc.
10 un vendeur au marché le prix des tomates,
comment préparer le poisson,
etc.
Pour des renseignements plus personnels
À qui vous parlez Ce que vous voulez savoir
11 un autre étudiant dont ce qu’il étudie,
vous venez de faire la s’il veut aller boire un coup, connaissance d’où il vient en France, etc.
12 les parents d’un ami fran- comment ils ont préparé la
çais qui vous invitent viande, au dîner chez eux depuis combien de temps ils
habitent là,
ce qu’ils font comme travail,
etc.
13 les grands-parents d’un s’ils ont toujours habité à Paris,
ami français où ils ont grandi,
s’ils gardent des souvenirs de
la guerre, etc.
14 l’enfant de votre prof son nom,
(âgé de huit ans) où il va à l’école, etc.
Exercices écrits
Exercice 1. Répétez, s’il vous plaît
Imaginez que vous parlez avec votre professeur mais que vous ne l’en-tendez pas bien. Posez-lui des questions pour les réponses suivantes.
L’ I N T E R R O G AT I F 1 7 9
Employez vous. Dans vos questions, gardez toujours les substantifs non soulignés (ne les remplacez pas par des pronoms).
MODÈLE : Jean est venu avec sa mère.
Avec qui est-ce que Jean est venu ?
1. Pierre est parti parce qu’il était fatigué.
2. Les étudiants vont manger ensemble après la classe. 3. Vous devez m’attendre devant mon bureau.
4. Le livre a été expédié par avion.
5. La conférence commence à 5 heures.
6. Le directeur parlait à son collègue.
7. Le livre est tombé par terre.
8. Je vous ai demandé deux devoirs.
Exercice 2. Qui, que et quoi, style familier
Imaginez qu’un bon ami vous dit les phrases suivantes. Posez-lui des questions logiques. Employez tu et le style familier.
MODÈLE : Quelqu’un a téléphoné.
Qui a téléphoné ?
1. Quelque chose sent bon.
2. Ma sœur a peur de quelque chose.
3. Je n’aime pas quelqu’un.
4. J’ai parlé de quelque chose.
5. Je pense à quelqu’un.
6. Quelqu’un est parti.
7. J’achèterai une certaine voiture.
8. J’ai peur de quelque chose.
9. Je déteste quelque chose.
10. J’ai peur de quelqu’un.
11. Je pense à quelque chose.
12. Je suis content de quelque chose.
Exercice 3. Qui, que et quoi, style soutenu
Imaginez que vous aidez une personne âgée. Posez-lui ces questions. Employez vous et le style soutenu.
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1. What do you need?
2. What do you want?
3. What are you afraid of?
4. What do you remember?
5. What did you forget?
6. What are you talking about?
7. What are you thinking about?
8. What are you worried about?
9. What are you preoccupied with?
10. What are you sure of?
11. What are you tired of?
12. What are you waiting for?
13. What are you looking for?
14. What are you looking at?
15. What are you listening to?
Exercice 4. Une interview
Imaginez que vous êtes un journaliste pour Le Monde. Écrivez une liste de cinq questions (style soutenu) que vous allez poser au président français, au président américain ou à un autre politicien qui traitent des sujets pertinents (pas de questions sur sa vie personnelle !). Faites très attention au style et à la structure des questions.