Arcadia Bell Tome 3 - Rallier les ombres

Jenn Bennett · Chapitre 25 sur 32

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Arcadia Bell Tome 3 - Rallier les ombres

Chapitre 25

 

 

bouffantes d’Adella se découpaient dans les phares de la voiture de location L a lueur dorée émanant du vestibule s’estompa à mesure que j’avançais, le gravier blanc crissant sous mes baskets. Les boucles d’Yvonne.

— Tout va bien ? lança Rose par-dessus mon épaule.

Des coups étouffés résonnèrent depuis le siège arrière de la voiture. Suivis de cris.

— Elle est folle furieuse, répondit Adella.

Je distinguais les mouvements de l’auréole d’Yvonne dans la voiture sombre. Quand je me rapprochai, je vis plus encore. Elle avait les yeux bandés. Je tournai la tête vers Adella. Le foulard autour de sa tête avait disparu. Je me souvenais que son penchant s’était déclenché quand je l’avais regardée, dans le restaurant de fruits de mer.

— Elle est comme Méduse, expliqua-t-elle d’une voix morne.

Rose soupira.

— Transformer les gens en pierre s’avère parfois utile, au moins. Elle ressemble plutôt à la jumelle diabolique de Méduse. Ça vient de la branche de la famille de mon défunt mari.

— Éviter tout contact visuel ne fait que retarder l’inévitable, continua Adella. À moins d’avoir un mur solide entre vous, elle finira par te piéger. Elle m’a eue quand j’avais le dos tourné, une fois. Tu vas le faire ? Lui retirer son sort de transmutation ?

— Je ne peux rien garantir, les avertis-je. On est bien d’accord là-dessus ?

Elles hochèrent toutes deux la tête. Rose me donna les clefs de la voiture.

— Et je vais avoir besoin de la bague du Sceau de Salomon, ajoutai-je. Il vaudrait peut-être mieux que vous retourniez dans la maison, toutes les deux. Continuez d’essayer de contacter Lon. Gardez un œil sur Jupe.

Je songeai à la queue qui m’était poussée et me crispai. Je n’avais pas de jean pour la cacher, cette fois ; je portais un mini short qui couvrait à peine mes fesses. Des fesses qui étaient en train de geler, d’ailleurs, dans l’air frais du soir.

— Ne ressortez pas tant que je ne vous aurais pas dit que c’est sûr.

Adella retira la bague à son doigt et lança un regard méfiant à la voiture tout en me la tendant.

— Allez-y ! les encourageai-je. Avant qu’elle vous fasse changer d’avis.

J’enfilai la bague à mon index et attendis d’avoir entendu la porte d’entrée se refermer. Puis j’approchai de la voiture et appuyai sur le bouton de déverrouillage du trousseau de clefs. Les lumières s’allumèrent dans la voiture, éclairant Yvonne. Le foulard à rayures bleues et blanches de sa sœur avait été déchiré en deux. Une moitié lui couvrait les yeux et l’autre lui liait les poignets dans le dos. Quel dommage que les Giovanni aient eu le sentiment de n’avoir d’autre choix que de faire ça. J’avais presque pitié d’Yvonne.

Presque.

— Sors, m’écriai-je.

Elle ne bougea pas pendant plusieurs secondes. J’ouvris la portière en grand et reculai.

— Où sont-elles ? demanda-t-elle.

Le bas de son bandeau de fortune était trempé de larmes. Du mascara coulait au-dessous, maculant ses joues.

— À l’intérieur de la maison. Il n’y a plus que toi et moi. Sors, s’il te plaît. Il faut qu’on parle.

— Détache-moi, articula-t-elle entre ses dents serrées.

Elle était en colère. Son auréole dansait au-dessus de sa tête. Je l’observais avec attention, craignant qu’elle ne se transmute d’une seconde à l’autre.

— Tu n’as pas besoin de tes bras pour te lever. Descends de la voiture, s’il te plaît.

Elle eut du mal à bouger les jambes, mais finit par réussir à sortir maladroitement, avant de tituber sur ses hauts talons contre le flanc de la voiture.

— Je ne sais pas ce que tu t’attends à accomplir en me parlant, dit-elle, la poitrine se soulevant avec force, mais c’est entre moi et ma famille.

— Tu te trompes. C’est entre toi et ma famille, rectifiai-je en insistant sur le « ma ».

— Ce sera toujours mon fils.

— Mais quand vas-tu commencer à te comporter comme sa mère ?

— C’était juste du vin, pour la millième fois ! s’exclama-t-elle en cognant son talon contre la voiture.

— Il est complètement ivre !

— Je n’ai jamais dit qu’il pouvait boire plus qu’un verre.

— Tu l’as laissé seul à la table.

— Juste une minute !

— Menteuse. Il m’a raconté ce qui s’est passé.

Je me rapprochai et plongeai la main dans la poche de son manteau.

— Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle en se tortillant.

— Où est-elle ? Jupe m’a dit que tu achetais de la drogue. Evan est un dealer ?

Je tentai l’autre poche tout en continuant :

— Il t’a promis quelque chose qui amplifierait ton penchant ?

Elle recula vivement de moi en grognant. Mais je parvins à glisser la main dans la poche de sa robe. Bingo. La fiole en verre, remplie de liquide rouge. Exactement la même que l’autre bouteille de jus bionique.

— Je n’en ai pas pris ! protesta-t-elle d’une voix désespérée. Je suis clean, je le jure.

Je rangeai la fiole dans ma poche.

— Tu ne devrais pas être autorisée à t’approcher de ce truc. Ton penchant est déjà bien assez amplifié comme ça.

— Evan a dit que c’était de la magie, pas une drogue. Que je ne pouvais pas devenir accro. Ça m’éviterait juste d’avoir à montrer mes cornes pour utiliser mon penchant.

Il n’y avait sûrement rien de plus destructeur, pour quelqu’un comme elle.

— Qu’est-ce qui cloche, chez toi, pour l’amour du ciel ? Tu as encouragé Jupe à boire et tu l’as laissé seul pour pouvoir acheter de la drogue ?

— Je n’ai pas à surveiller Jupe à chaque seconde. C’est un ado, pas un bébé.

— Et il voulait passer du temps avec toi. Tu le vois à quelle fréquence, Yvonne ? Une fois par an ? Tu n’es pas venue le voir du tout, l’année dernière… je sais au moins ça. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y avait de si important pour que tu ne puisses pas venir lui rendre visite ? C’est un tel bonheur de passer du temps avec lui.

Elle émit un rire étranglé.

— Ne me dis pas comment il est. Je sais. Je l’ai porté en moi. Je l’ai élevé.

— Non, c’est Lon qui l’a élevé.

— J’étais là chaque fois que je pouvais… j’avais une carrière exigeante. J’ai commis quelques erreurs. Je ne peux pas passer ma vie à payer pour elles.

— Alors, arrête d’en faire.

— Qui es-tu pour me juger ? Depuis combien de temps tu fais partie du tableau ? Quelques mois ? Tu crois que parce que tu es le nouveau modèle de Lon, tu peux débarquer ici et prendre ma place ? Une barmaid de vingt-cinq ans ? Détrompe-toi, ma chérie.

Une colère noire m’envahit.

— Tu devrais être reconnaissante pour chaque seconde que tu passes avec lui, parce que tu ne le mérites pas. Et tu lui brises le cœur.

— Oh, je t’en prie, rétorqua-t-elle en se tortillant contre les liens à ses poignets. Jupiter a toujours été émotif et en recherche d’affection. Il est prêt à tout pour attirer l’attention. Il pleurait des larmes de crocodile tout le temps, quand il était petit.

— Il n’est plus petit. Mais tu ne le sais pas, parce que tu ne le connais pas.

— Je sais qu’il me ressemble plus que quiconque veut bien l’admettre. Il est prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut. Et qu’est-ce que tu feras, quand son penchant se manifestera ? Et s’il héritait du mien ? Si toute la famille le traite comme elle m’a traitée, il viendra rejoindre sa mère en courant, parce que je suis la seule qui comprenne ce que c’est de posséder un tel pouvoir.

Jupe ne lui avait pas parlé de son penchant ? J’étais stupéfaite. J’étais certaine que ce serait la première chose qu’il dirait, quand ils se retrouveraient seuls. Il s’en vantait chaque fois qu’il en avait l’occasion. Bon sang, il le ferait même imprimer sur un T-shirt, s’il le pouvait.

C’est alors que je compris : Jupe ne lui fait pas confiance. Lon lui avait répété encore et encore qu’il devait être prudent et ne pas révéler ça à une personne qui pourrait utiliser l’information contre lui. Malgré toutes les erreurs stupides qu’avait commises ce gamin, il prenait aussi très souvent des décisions intelligentes.

— Tu ne comprends peut-être pas tout à fait ce dont je suis capable, reprit-elle, se méprenant sur mon silence.

— Crois-moi. J’en ai entendu parler.

— Il faut le voir pour le croire.

Son auréole vacilla. L’air ondula, comme quand Lon se transmutait. J’eus la sensation qu’une cavalerie de chevaux au galop approchait… quelque chose d’énorme. Je compris dès la première seconde, quand l’or de son auréole se mit à recouvrir le vert et s’éleva au-dessus de sa tête et de ses épaules comme un feu de camp doré.

Son bandeau s’arracha quand des cornes d’un brun laiteux apparurent. Mais quand celles de Lon poussaient juste au-dessus de ses tempes et s’enroulaient en spirales polies, les siennes étaient droites et s’inclinaient en arrière vers le haut de sa tête. Elles faisaient environ trente centimètres de plus en longueur.

Impressionnant. Encore plus quand son bandeau déchiré tomba autour de son cou. Ses yeux verts étaient désormais dorés. Elle était éblouissante. Si belle. Superbe. Un frisson de ravissement me parcourut.

Si elle n’avait pas arraché les liens autour de ses poignets, je serais peut-être tombée sous son emprise, malgré la bague. Mais ce simple mouvement attira mon regard, et à la seconde où mes yeux se détournèrent des siens, je repris mes esprits.

Le pouvoir d’Enfant de la Lune afflua en moi dans un rugissement. Je l’accueillis comme un ami, savourant les ténèbres qui s’abattirent. Comme dans l’ascenseur de Hajo, une froideur étrange parcourut ma poitrine, et Dieu me vienne en aide, je sentis cette fichue queue glisser de sous mon short. Maintenant que je savais que ça allait arriver, c’était moins perturbant… bizarre, mais pas perturbant. Je pouvais gérer les bizarreries, surtout si ça me faisait me sentir autant en vie et puissante.

Très, très puissante.

Aucun point bleu n’apparut. Mais en un clin d’œil, ma vision se transforma. Il faisait encore sombre, mais tout ce qui était solide était recouvert d’argent, comme si quelqu’un avait versé une cuve de mercure sur tout ce qui m’entourait. Les voitures, les arbres, l’allée en cercle de chez Lon et le moindre affleurement de gravier qui la pavait.

Je n’avais pas créé la lumière argentée : j’étais cette lumière. Et je me projetai sur tout le paysage, éclairant tout sur mon passage.

Y compris Yvonne.

Sa peau scintillait comme celle de Priya, baignée d’une lueur mercuriale surnaturelle. Ses cornes se dressaient en arrière comme deux fines bougies en étain. Et quand je croisai son regard, je vis plusieurs émotions passer dans ses yeux en succession rapide. La certitude se transforma en confusion… puis en peur.

Elle avait raison d’avoir peur. J’étais dangereuse.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? l’entendis-je demander d’une voix lointaine.

Elle tenta de reculer, mais n’avait nulle part où aller. Son dos heurta la voiture. Je fis un pas vers elle et elle s’enfuit en courant. Elle s’élança dans l’allée en direction de l’orée des arbres, cherchant à s’abriter dans l’ombre. Je me précipitai après elle comme une balle, sans me soucier que ses longues jambes soient plus rapides que les miennes. Je bondis et l’attrapai par la taille, la plaquant dans l’herbe humide. Elle poussa un cri furieux. Hurla. Se tortilla entre mes bras pour me faire face. Pour me combattre. Elle agita les bras tandis que je m’asseyais sur elle. Elle leva le poing et me frappa sur le côté de la tête. La douleur me surprit, mais pas assez pour me distraire quand elle tenta de recommencer avec son autre main. Je la bloquai avec mes bras et lui clouai les deux siens au sol.

Du Heka jaillit hors de moi, avant de revenir chargé par l’énergie de la lune. J’avais vaguement conscience que ma mère m’écoutait peut-être, quelque part dans l’Æthyr. Mieux valait agir vite, avant d’entendre son horrible voix dans ma tête.

Ou avant de succomber au penchant d’Yvonne.

Déjà, le doux arôme de sa peau et de ses cheveux se frayait un chemin en moi comme le chant d’une sirène, m’encourageant à y céder. Je fermai les yeux et me concentrai.

Comment la priver du sort de transmutation ? Merde. Je ne savais pas. Je déversai du Heka embrasé dans mes mains, puis l’insufflai à Yvonne pour entamer une petite recherche dans ses veines, dans l’espoir de dénicher la magie de transmutation.

Quelque chose se consolida entre nous. Le Heka était en train de créer un pont. Pendant quelques instants, je me sentis intimement liée à elle… pas de manière sexuelle, mais c’était la comparaison la plus proche que je puisse trouver. Soudain, j’en savais plus sur elle que j’aurais pu en apprendre après des années de conversation. C’était déstabilisant. Brièvement, je me demandai si c’était ce que ressentait Lon, quand il utilisait son penchant. Voyait-il à l’intérieur des gens de cette manière ?

Et s’il pouvait voir Yvonne comme je la voyais à cet instant, je me demandais s’il aurait fait ce que je m’apprêtais à faire, ou s’il aurait tout arrêté là.

Parce qu’enfouie au cœur de ses cellules, je vis son âme démoniaque. Et les coutures qui l’attachaient à son corps étaient noyées dans une tristesse profonde, impénétrable.

Mes yeux s’emplirent de larmes. C’était si bouleversant que je faillis reculer.

Mais tout juste hors de portée, je sentis soudain la magie cachée. Le sort de transmutation. C’était presque quelque chose de vivant, fixé à elle comme un parasite. Et il formait un genre de barrage spirituel entre son âme et son corps. Un interrupteur qui pouvait s’activer et se désactiver, permettant à l’âme démoniaque de se déployer à volonté.

Je pouvais presque sentir le goût de la magie qui l’animait.

Je n’avais pas le temps de débattre ou de douter de moi. J’entendais des bruits au loin. Quelque chose m’observait et approchait. J’étais peut-être parano, après ce que Priya m’avait dit. Mais je n’avais pas envie de le découvrir. Je voulais juste me tirer d’ici.

Je mobilisai toute ma volonté et déversai du Heka embrasé dans ce barrage magique à l’intérieur d’Yvonne, avant de l’arracher à la racine.

Elle hurla comme si je l’avais frappée.

J’ouvris vivement les yeux. Je levai la main et vis une faible lueur rose entre mes doigts. Je repensai à la magie rose que j’avais vue plusieurs moins plus tôt, dans la conserverie, là où des cafards magiques géants s’étaient déversés des os de Jesse Bishop. J’avais aussi vu la même chose au terrain de golf miniature, où un tremblement de terre avait décimé une étendue de terre impossible, manquant de m’engloutir au passage.

La magie Æthyrique était rose. Celle employée par l’archidémon Chora, en tout cas.

Le sort de transmutation n’était pas issu de la Terre.

Terrifiée, je jetai vivement la lueur rose. Elle explosa comme un pissenlit et des éclats roses se mirent à flotter dans l’air, avant de disparaître dans l’ombre. Ce ne fut pas la seule chose qui disparut : les cornes d’Yvonne se replièrent sur sa tête et son auréole s’affola. Du vert et de l’or brillaient par intermittence, comme un projecteur en train de griller. Elle se débattit. Donna des coups de pied. Jura.

L’or grésilla comme un feu de camp aspergé d’eau. Il ne resta bientôt plus qu’un nuage vert léger et terne. J’avais réussi !

Puis elle referma les mains sur ma gorge, me coupant la respiration.

Merde ! Elle était plus forte qu’elle n’en avait l’air. Je refermai les mains sur ses avant-bras et tentai de la repousser, mais ses muscles étaient solides comme la pierre. Une douleur m’enserra le cou. J’avais l’impression que mon larynx allait exploser. Une horrible sensation piquante se déploya dans mes bras. Elle referma les jambes autour de moi et poussa. Avant que je comprenne ce qui se passait, je me retrouvai sur le dos pendant qu’elle m’étranglait.

Au lieu de paniquer (alors que j’aurais sûrement dû le faire, à cet instant), je devins furieuse.

Tout se passa de manière instinctive, comme dans le parking souterrain de Hajo. Ma queue frappa comme un fouet, s’enroulant autour de sa poitrine. Je sentis le tissu de sa robe au-dessous. La fragilité de ses côtes tandis que je me resserrais autour d’elles. Je savais que le point de rupture était proche. Mais ça ne suffisait pas. J’étais aveuglée par la rage.

J’avais envie de l’oblitérer.

Mon auréole s’étendit et s’enroula autour de sa tête comme des nuages recouvrant un pic de montagne. Un brouillard argenté. Je ne voyais plus son visage, mais je sentis mon auréole s’infiltrer dans son esprit. Ce ne fut pas la pression lente et exploratrice dont je m’étais servie pour trouver le sort de transmutation en elle. C’était une invasion brutale.

Et je ne contrôlais rien.

Elle hurla à pleins poumons et lâcha ma gorge, mais je ne m’arrêtai pas. Je ne pouvais pas. Quelque chose d’autre contrôlait mes actes. Je sentais une autre présence, étrangère, distincte et forte. La panique grandit sous toute la colère et je tentai de reculer, mais j’étais à la fois faible et hors de contrôle.

Une lumière aveuglante se déversa sur son dos et transperça la brume argentée. J’entendis vaguement un crissement métallique et sentis quelque chose arriver vers nous, mais je ne compris ce qui se passait que lorsqu’une explosion emplit ma tête.

Pas une explosion, une voix.

— Cady ! hurlait-elle.

Ma magie d’Enfant de la Lune s’effondra comme une avalanche. La vision argentée s’évanouit dans l’ombre et les sons reprirent un volume normal. Tout devint à nouveau solide et réel. Yvonne me fut arrachée des mains, son auréole verte traînant derrière elle.

Mais je m’en rendis à peine compte. J’étais trop occupée à regarder ma peau. De minuscules sillons lisses se déployaient sur ma poitrine, entre mes seins. Qu’est-ce que c’était que ça ? Ce devait être l’origine de cette sensation de froid que j’avais ressentie dans l’ascenseur, chez Hajo.

Je tirai sur mon haut pour mieux voir et perçus un mouvement du coin de l’œil qui manqua de me rendre folle.

Ma queue était en train de se rétracter.

Cerclée de rayures noires et blanches, elle était couverte de petites écailles si brillantes qu’elles avaient presque l’air mouillées. Je tendis la main et parvins à en attraper les derniers centimètres. La magie l’absorbait à nouveau en moi, un peu comme les cornes de Lon quand il se détransmutait. Mais je la touchai un bref instant, la sentant glisser entre mes doigts. Je m’attendais à ce qu’elle soit visqueuse, mais non. Elle était lisse et soyeuse, ronde au bout. Comme un serpent.

Exactement comme un serpent.

Des cris détournèrent mon attention.

— Yvonne !

La voix de Lon.

Il était agenouillé devant son corps. Elle était en train de convulser.

Qu’avais-je fait ?

 

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