Arcadia Bell Tome 3 - Rallier les ombres

Jenn Bennett · Chapitre 27 sur 32

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Arcadia Bell Tome 3 - Rallier les ombres

Chapitre 27

 

Jupe seul dans le restaurant, c’était parce qu’elle voulait être seule avec un J e m’écartai pour regarder Lon. — Je dois te dire quelque chose d’important. Quand Yvonne a laissé type du Hellfire appelé Evan…

Lon plissa les yeux en deux fentes.

— Evan Johnson ?

— Je ne sais pas. Jupe a dit que tu le détestais.

— C’est bien Evan Johnson.

Je tirai la fiole rouge de ma poche.

— Voilà ce qu’elle lui a acheté.

Une rare expression de surprise se peignit sur les traits de Lon. Il me la prit des mains et l’étudia.

— Est-ce que c’est…

— Je ne sais pas si c’est une fausse dose ou pas, mais ouais. Elle a admis que c’était ce qu’elle avait acheté.

— Tu crois qu’Evan est le dealer ?

— Je ne sais pas. Peut-être.

— Seigneur. Il est membre du Hellfire. Un simple membre régulier, pas un officier, et il n’est pas si actif que ça dans le club.

— C’est peut-être la source première de Telly. Tu sais où il vit ?

— Oui, je sais, acquiesça Lon en mettant la fiole dans sa poche. Je suppose qu’on a plus qu’à rendre une petite visite à Evan, toi et moi.

Ma plus grande crainte à l’idée de me retrouver face à Evan Johnson, c’était qu’il possède un penchant amplifié, mais Lon m’expliqua qu’Evan n’avait aucun penchant. De l’avis de Lon, c’était sûrement l’une des raisons pour lesquelles il n’avait jamais été un participant régulier des fêtes « Succubes et drogues » mensuelles du Hellfire Club.

— Les membres du Hellfire n’ayant aucun talent spécial ont tendance à être ignorés, me dit-il. Ce sont des exclus.

Comme si j’avais besoin d’une autre raison de haïr ce stupide club.

La maison d’Evan était située à quelques pâtés de maisons de l’hôpital. Il était près de minuit, mais je songeai que puisque Jupe avait entendu Yvonne lui promettre de passer le voir chez lui plus tard, il devrait être encore debout.

Nous sonnâmes à la porte. Quand elle s’ouvrit, nous nous retrouvâmes face à un canon de fusil.

— Lon Butler ?

L’arme s’abaissa, révélant un homme bedonnant aux cheveux noirs, qui avait l’air un peu plus âgé que Lon. Il aurait pu être séduisant, mais son T-shirt et son caleçon n’étaient pas flatteurs, et ses yeux avaient l’air fatigués et paniqués. Il me lança un coup d’œil méfiant, puis regarda par-dessus nos épaules.

— Vous êtes seuls ?

— Content de te voir aussi, Evan, dit Lon, avant de lui asséner un coup de poing au visage.

Evan recula avec un cri, laissant tomber le fusil pour se protéger le visage.

Ça ne faisait pas partie de notre plan.

— Qu’est-ce qui te prend ? parvint à cracher Evan, avant de tituber et de se cogner dans un mur.

Lon secoua la main.

— Ça, c’était pour avoir saoulé mon fils.

Evan écarta sa main de son visage et regarda ses doigts couverts de sang. Lon l’avait bien amoché. Et tout en faisant reculer Evan dans le couloir, il commença à se transmuter.

— Je suis désolé, je suis désolé ! s’écria Evan en levant les mains en signe de reddition. C’est Yvonne qui l’a encouragé, je le jure. Et je n’essayais pas de la draguer ou quoi que ce soit.

Il émit un son douloureux et ajouta :

— Bon Dieu, Butler… je crois que tu m’as cassé le nez. Arrête, s’il te plaît. Je ne peux pas… s’il te plaît.

Les cornes de Lon étaient apparues. Je fermai la porte d’entrée pour que personne ne nous surprenne.

Pendant ce temps, Lon accula Evan contre le mur.

— Je me fous de savoir ce que fait Yvonne, mais je pourrais te faire arrêter. Mon fils est à la maison, malade. Et en plus de ça, tu vends ce truc à Yvonne ?

Il tira la fiole rouge de sa poche et la fourra sous le nez d’Evan.

Ce dernier émit un sanglot.

— Dégage ça d’ici ! Je l’ai donné à Yvonne… je ne veux plus rien avoir à faire avec ça. S’il te plaît !

Lon observa Evan pendant quelques instants, lisant dans ses pensées.

— Qu’est-ce que…, finit-il par lâcher en vacillant.

Il tourna la tête vers une arche ouverte menant à un salon.

— Seigneur !

Je jetai un œil à l’angle du mur, désirant comprendre ce que Lon avait vu. Le salon était ravagé comme si quelqu’un l’avait fouillé : les tiroirs étaient arrachés, les coussins jetés par terre et les meubles brisés.

Et, étalé sur la moquette, il y avait un adolescent avec une balle entre les deux yeux.

Telly.

Je tournai la tête vers Evan.

— Vous l’avez tué ?

— Je l’ai trouvé comme ça, assura Evan. Lon, tu dois me croire. C’est comme ça que marche ton penchant, non ? Tu le vois, hein ? Je n’aurais jamais tué mon propre beau-fils.

— Une seconde, lâchai-je. Telly est votre beau-fils ?

— Sa mère et moi sommes séparés, marmonna Evan, s’affaissant contre le mur et posant les yeux sur le cadavre. Il ne m’a apporté que des ennuis depuis le jour où je l’ai rencontré. Mais maintenant…

— C’est à vous qu’il a volé l’élixir bionique au départ ? m’enquis-je, me remémorant les paroles de Telly dans le campement sous le pont.

Evan eut l’air surpris.

— Vous savez ce qu’il fait ?

— Votre gamin a failli nous tuer avec son penchant. Il a cambriolé mon bar à Morella. Il a tué d’autres gens.

— Oh, Seigneur. Cet élixir… j’aurais préféré ne jamais poser les yeux dessus.

Je regardai Lon. Vas-y, l’encourageai-je en pensée. Sers-toi de ton penchant transmuté pour le pousser à te parler. S’il résiste, je l’entraverai.

Lon referma la main autour de l’épaule d’Evan, le faisant sursauter.

— On doit tout savoir sur cet élixir, et tu veux tout nous dire.

Il avait tempéré sa colère pour prendre un ton patient et cajoleur.

— Et si tu commençais par le début, d’accord ?

Qu’Evan soit conscient ou pas des capacités de persuasion de Lon, il ne résista pas.

— Tout a commencé à Thanksgiving. Je venais de signer les papiers du divorce. Je n’étais plus retourné à une réunion dans les grottes du Hellfire depuis des mois, mais je n’avais rien d’autre à faire. Je me suis retrouvé dans l’une des pièces aux Succubes, avec David et la femme qu’il essayait de séduire ce soir-là.

Je me figeai.

— David Merrimoth ?

— Ouais. D’habitude, il ignore mon existence, mais on était tous bourrés, vous voyez. Bref, c’est à ce moment-là que j’ai entendu parler de ça pour la première fois. Il nous a expliqué qu’il existait un élixir rare capable d’accroître la puissance de vos penchants. Je n’en ai pas vu ce soir-là. C’était juste une histoire et je n’y aurais sûrement jamais plus repensé, si…

— Continue, l’encouragea Lon. Quand est-ce que tu en as entendu parler pour la deuxième fois ?

— Avant qu’on quitte les cavernes aux Succubes, Merrimoth nous a invités à une fête chez lui. Une fête privée… on était les seuls membres du Hellfire invités.

Evan essuya le sang qui coulait de son nez et continua :

— Avant ce soir-là, il ne m’avait jamais adressé la parole. Je me sentais comme l’homme le plus chanceux du monde. Mais quand je suis arrivé à la fête, il ne se souvenait plus de mon nom. Il a cru que je faisais partie de l’équipe de traiteurs. C’était humiliant. Je m’apprêtais à partir, mais il s’est mis à frimer en faisant tomber de la neige dans sa maison. Pendant qu’il ne regardait pas, je me suis faufilé à l’étage et j’ai fouiné un peu. J’ai trouvé sa réserve d’élixir dans son placard. Dix fioles. J’en ai pris cinq.

— Par vengeance ? demandai-je.

— Pas vraiment. Je me suis dit que si l’élixir pouvait avoir cet effet sur Merrimoth, il pourrait peut-être m’aider aussi. Tout le monde a un penchant, dans ma famille… je suis le seul qui n’ait rien. Je me disais qu’en prenant l’élixir, ça déclencherait peut-être quelque chose chez moi.

— Ça a marché ? l’interrogea Lon.

Evan secoua la tête.

— J’ai bu une bouteille entière. Il ne s’est rien passé. Ma femme est passée récupérer des trucs dans le grenier et m’a surpris avec la fiole alors je lui ai expliqué ce que c’était. Telly était avec elle. Il a dû nous entendre nous disputer, parce que la nuit suivante, il s’est introduit chez moi et a volé trois bouteilles. Peu de temps plus tard, j’entendais parler de tous ces penchants débridés utilisés pour commettre des crimes à Morella. Je savais que c’était Telly. Il a fait plusieurs séjours en maison de redressement. Il lui arrive de fuir la maison de sa mère pendant des jours. Il a été viré de l’école deux fois.

Il regarda le corps de Telly, une expression apitoyée sur le visage.

— Stupide gosse. S’il s’était mêlé de ses affaires…

— Une minute, l’interrompis-je. Si Telly vous a volé ces fioles et qu’on l’a entendu envisager de se rendre directement à la source, il ne pouvait pas parler de Merrimoth. Il est mort.

— Non, répondit doucement Evan. Merrimoth n’était pas la source.

Lon grogna. Il voyait les réponses dans la tête d’Evan avant qu’il ait pu les prononcer. Et au regard qu’il me lança, je devinai que les nouvelles n’étaient pas bonnes.

Je reportai mon attention sur Evan.

— Qui est la source ?

La question resta suspendue entre nous un instant, puis il répondit :

— Dare.

 

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