Arcadia Bell Tome 3 - Rallier les ombres

Jenn Bennett · Chapitre 32 sur 32

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Arcadia Bell Tome 3 - Rallier les ombres

Chapitre 32

 

lever la tête, mais j’étais incapable de bouger. Ni les doigts, ni les bras, ni D es herbes hautes me chatouillaient la joue. J’ouvris les yeux et vis des fleurs sauvages se balancer sous la légère brise. Je tentai de les jambes. Je ne pouvais que regarder.

Je tournai les yeux sur le côté. De l’herbe. Lon ne dormait pas à côté de moi, cette fois. Je levai la tête et vis une traînée d’herbe noircie, ainsi qu’une robe blanche tournoyant sous la brise.

Ma mère se tenait à mes pieds.

— Cassée. Ruinée, marmonna-t-elle en français en secouant la tête. Tu t’es complètement détruite, hein ? Qu’est-ce que je suis censée faire d’un corps brisé ?

Je tentai de répondre, mais rien ne sortit de ma bouche.

— Tu as intérêt à te trouver un guérisseur très vite, ou je serai très mécontente, Sélène Aysul Duval. Pendant que tu fais ça, je vais trouver un meilleur moyen de me lier à toi. C’est la porte de derrière pour ainsi dire, mais je pense connaître quelqu’un qui pourra m’aider à trouver celle de devant. Je reviendrai quand tu pourras à nouveau m’être utile.

Elle se retourna et s’éloigna, traversant l’herbe noircie jusqu’à disparaître à ma vue. Je restai couchée au sol, les yeux levés vers le ciel. Je crus entendre des oiseaux, au loin. Mais quand le son s’amplifia, je réalisai qu’il s’agissait d’un bip.

Le son d’une machine.

De mon pouls qu’on mesurait.

L’herbe disparut. Le ciel bleu devint blanc. Je ne voyais que d’un œil. À peine entrouvert. J’avais tant de mal à le garder ouvert. Je sentis une odeur d’antiseptique et de plastique. Vis des corps remuer autour de moi. Ils avaient l’air occupés. Leurs mouvements étaient vifs, empressés. L’un d’eux parlait à quelqu’un.

— … une hanche, des côtes, les bras, une jambe, la mâchoire et les doigts cassés. Une hémorragie interne. Un traumatisme crânien. Elle a de la chance d’être encore en vie. J’aimerais que ça reste comme ça. Tu vas devoir sortir d’ici et me laisser travailler. Je ne peux pas risquer que des gens entrent et te voient comme ça.

Comme quoi ? Je parcourus la pièce du regard. Le docteur Mick. Il avait les yeux tournés vers un écran d’ordinateur. Un autre médecin était en train de me brancher à une autre machine. Je regardai sur le côté.

— Je suis là. Tu es en vie, dit Lon en se penchant vers moi, ses cornes s’enroulant en spirales autour de ses oreilles. Tout va bien. Mick va te soigner.

Mon cerveau était embrouillé. Kar Yee… elle n’était pas au bar.

— Elle va bien, assura-t-il d’une voix basse et grondante.

Jupe ? Les Giovanni ?

— Les Giovanni sont en chemin pour Portland. Jupe est dans la salle d’attente avec Kar Yee et les Holiday. Je ne voulais pas qu’il te voie comme ça.

Je baissai les yeux sur moi-même. Je ne vis que le sang qui imbibait le papier bleu dont on s’était servi pour me couvrir. Je relevai la tête vers Lon et me souvins de ce qui s’était passé au Tambuku, les événements défilant dans mon esprit à toute vitesse.

J’ai tué Dare. Je les ai tous tués.

Lon hocha la tête.

— Priya est venu voir Jupe. Il nous a tout raconté.

Je ne m’en veux pas.

— Moi non plus.

Dare est mort. Merrimoth aussi. Je suppose qu’il n’y a plus de Hellfire Club. Soit ça, soit c’est toi qui en es le chef.

Je ris en silence, me sentant un peu délirante. C’est fou, hein ? Tu es le grand manitou, maintenant. Tous les autres sont morts.

— C’est le cadet de mes soucis, répondit-il.

Il leva la main comme pour toucher mon visage, puis s’interrompit, les doigts au-dessus de ma joue.

Ma mère va revenir. S’ils me soignent, dis-leur de m’attacher. De placer des sceaux anti-magie dans toute la chambre. Parce que je serai dangereuse, si elle me contrôle.

— Oh, Cady, dit-il, sa voix se brisant.

— Tu dois partir, Lon, intervint Mick.

Je reconnaissais sa voix, maintenant.

Lon se pencha encore plus près.

— Je trouverai un moyen d’arrêter ta mère. Je ne sais pas comment, mais j’y arriverai.

Je ne suis pas sûre qu’elle puisse être stoppée.

— S’il existe un moyen…

— Lon, l’interrompit Mick avec fermeté. Allez, mon pote.

Je ne voulais pas qu’il s’en aille. Je t’aime. Tu le sais, hein ?

Il murmura quelques mots pleins d’angoisse que je ne compris pas, la respiration lourde comme s’il avait couru. Mick l’attira à l’écart. Ses cornes se rétractèrent tandis qu’il le poussait dehors. Deux infirmières prirent sa place. Mick leur donna des instructions, puis se plaça au-dessus de moi et se passa la main dans ses cheveux courts, qui avaient l’air plus roux que bruns, sous les lampes de la salle d’opération.

— Je sais que vous ne pouvez pas parler, mais je pense que vous pouvez m’entendre. Je vais devoir vous anesthésier.

Je clignai des paupières. C’était le mieux que je pouvais faire pour répondre.

L’auréole de Mick tournoyait, grande et bleue.

— Je voulais aussi vous prévenir de quelque chose avant qu’on commence. Je ne savais pas si Lon était au courant, raison pour laquelle je lui ai demandé de partir.

S’il était au courant de quoi ?

Mick baissa la voix et continua :

— Le bébé a survécu. Je ne comprends pas bien comment… vous souffrez de graves contusions et vous avez la hanche brisée. Mais je l’ai vu dans les analyses sanguines et je détecte le battement de son cœur grâce à mon penchant.

De quoi parlait-il ? Je le dévisageai, incapable de poser la question.

— Vous êtes enceinte d’environ sept semaines, je dirais. Peut-être huit.

Impossible… il était fou. Je ne pouvais pas être enceinte. Je prenais la pilule ! J’avais programmé une alarme sur mon téléphone pour me rappeler de la prendre. Il y avait la semaine où on ne la prenait pas et où la tablette vous donnait des pilules de sucre pour éviter que vous perdiez l’habitude de la prendre, mais il m’arrivait de sauter celles-là. Ce qui n’était pas grave, tant que je n’oubliais pas de reprendre avec les vraies pilules une semaine plus tard. Et je le faisais toujours. Enfin, sauf la semaine après Halloween, quand mon alarme de téléphone s’était mise à buguer. J’avais loupé quelques jours, mais quand je m’en étais souvenue, j’avais pris le double de pilules. OK, j’avais peut-être sauté plus de jours que je le croyais, mais Kar Yee m’avait dit que ça lui arrivait tout le temps, d’oublier et de les prendre en double ensuite, et que ce n’était pas si grave. Et puis, je la prenais régulièrement depuis lors, je ne pouvais donc pas être enceinte.

Je me souvenais d’avoir eu mes dernières règles. C’était… quand ?

Oh, bon Dieu.

C’était avant Halloween. Je levai les yeux vers Mick.

— Vous le saviez ? m’interrogea-t-il. Je pensais que oui, mais j’ai soudain des doutes. J’aimerais le savoir. On va faire venir un télépathe ici un peu plus tard, quelqu’un qui pourra lire vos pensées en plus d’en envoyer, contrairement à Lon.

Oh, Seigneur ! Ça ne pouvait pas être vrai. Je le saurais, si j’étais enceinte, non ? Je songeai à Jill, l’une des serveuses du Tambuku. Elle avait eu un bébé plus tôt dans l’année. Je tentai de me souvenir de l’époque où elle était enceinte. Elle était tout le temps fatiguée. Nauséeuse. Elle vomissait. J’avais vomi aussi, mais pas le matin… juste après avoir pratiqué la magie, ce qui était normal. Après la visite de ma mère en rêve, cette première nuit. Mais ça pouvait très bien être lié à la magie qu’elle avait utilisée sur moi.

J’avais pleuré. Beaucoup. Jill pleurait beaucoup quand elle était enceinte.

Je me souvins de la remarque impolie de Hajo, affirmant que j’avais pris du poids. Mes seins étaient délicats. Peut-être même sensibles. Était-ce un symptôme ? Je ne savais pas !

Comment pouvais-je ne pas savoir ?

Bip-bip, bip-bip.

La machine devenait folle.

— Oh, là, votre pouls est trop élevé. Vous devez vous calmer. Votre corps est… j’ai beaucoup de boulot. Je vais amener un deuxième guérisseur qui travaille ici. On va faire notre possible, mais je ne peux pas tout soigner en une fois. On va peut-être devoir vous garder sous sédatifs pendant quelques jours, le temps de pratiquer quelques soins supplémentaires. Je ferai tout mon possible pour sauver le bébé. Je voulais juste que vous le sachiez.

Bip-bip, bip-bip.

Non, non, non ! C’était impossible. Je ne pouvais pas être enceinte. Je songeai à ce que les hommes de Dare m’avaient fait subir. Ils m’avaient donné des coups de pied dans le ventre. Dans le dos. Ils m’avaient brisé les os. Oh, Seigneur. Des larmes obscurcirent ma vision.

Oh, bon Dieu… ma mère était-elle au courant de ça ? Elle n’avait rien dit. Elle ne savait peut-être pas. Oh, je vous en supplie, faites qu’elle ne sache pas. Lon n’était pas au courant non plus.

— Elle fait une hémorragie. On ne peut pas attendre plus longtemps.

Attendez… une hémorragie à quel endroit ? Que se passait-il ? Étais-je en train de perdre le bébé ?

— Je l’anesthésie.

Mieux valait peut-être que je le perde. J’étais un monstre. Lon était un démon. Qu’allions-nous créer ensemble ? Un être contre-nature ?

Ou quelque chose de beau ?

Je n’étais au courant de son existence que depuis une minute. Soudain, j’avais la sensation que c’était la chose la plus importante au monde. Plus encore que le fait d’avoir tué Dare. Que les plans diaboliques de ma mère. Que la nécessité de fuir en Floride.

Quel que soit cet être, nous l’avions créé ensemble, Lon et moi. Et je le voulais.

Je devais le dire à Mick, d’une manière ou d’une autre. Il fallait qu’il le sauve.

— Elle est presque endormie, dit-il tandis que mes yeux se fermaient. Commençons.

 

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