Au péril de t'aimer (French Edition)

Elma Hilde · Chapitre 1 sur 33

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Au péril de t'aimer (French Edition)

Elma Hilde

 

Au péril

de t’aimer

 

OceanofPDF.com

Prologue

 

Milo

Cela faisait longtemps que je n’avais plus eu la chance d’arpenter les avenues interminables de Miami ; trois ans pour être précis.

Tout ce que j’aime dans cette ville me revient en mémoire grâce à l’odeur de l’océan et de son sable chaud. Le long des promenades habillées de majestueux palmiers, j’observe des dizaines de joggeurs et tout un ballet de vélos et de rollers.

Ce cadre idyllique est une invitation à la détente et au loisir. D’ailleurs, les habitants de Miami ne manquent jamais une occasion de s’y livrer dès que l’occasion s’offre à eux. Ici, chiller, c’est un mode de vie, un état d’esprit ; ce que tout le monde recherche.

Il y a six ans, j’ai posé mes valises dans la ville que l’on surnomme « la grosse pomme ». En quelques jours, j’ai compris que ma vie à New York serait très différente de celle que je menais en Floride.

À l’époque, je pensais m’en accommoder et j’y suis parvenu, les premiers mois. Mes études et ma vie avec ma petite amie June me suffisaient. Malheureusement, le mal du pays m’a rattrapé et la Floride m’a très vite manqué. Par amour pour June, je suis resté, sans jamais cesser de rêver du jour où je rentrerais à la maison.

J’ai fait la connaissance de June l’année de mes dix-huit ans à l’occasion du Spring Break à Panama City. Fille d’un riche homme d’affaires new-yorkais, elle avait quitté la météo morne de sa ville natale pour la chaleur et l’exotisme de la Floride. Nous nous sommes rencontrés au cours d’une énième soirée de folie dans l’un des clubs branchés de la ville.

Après des heures à bavarder et quelques cocktails, elle m’a invité à la suivre dans sa chambre. J’ai accepté avec une idée précise en tête : le sexe. June était parfaitement d’accord avec ce principe. Nous étions jeunes, en vacances, et tout ce à quoi nous aspirions, c’était de nous amuser.

Quelques jours après la reprise des cours, June m’a contacté sur les réseaux sociaux. J’ai été très surpris qu’elle le fasse. Nous avons commencé à échanger, mais je ne voulais pas que les choses deviennent sérieuses. Nos discussions étaient agréables, mais cela ne devait pas aller plus loin. Avec le temps, je me suis fait prendre au piège des sentiments. Pour la première fois de ma vie, je suis tombé amoureux. Et voilà pourquoi, j’ai quitté Miami…

À l’époque, je finissais ma première année de droit à l’université de Miami et j’ai tout plaqué du jour au lendemain. Après seulement quelques semaines, j’ai abandonné ma mère, mon beau-père et ma sœur pour m’installer avec June.

Cette folie n’était pas du goût de nos parents respectifs. Ils ont bien essayé de nous en dissuader, en vain. Ma mère était folle de rage quand je lui ai annoncé la nouvelle. De son côté, son père a menacé de lui couper les vivres si elle ne renonçait pas à l’idée de se mettre en ménage.

Quelques jours plus tard, j’ai rencontré ses parents à l’occasion de sa fête d’anniversaire. Je leur ai fait très bonne impression et, après cela, ils nous ont laissé une chance de leur prouver que notre amour était sincère. Très vite, une vraie amitié est née entre son père et moi. Avec le temps, Brandon Davidson est devenu une véritable figure paternelle.

Mon père est mort lorsque j’avais six ans. Des années plus tard, ma mère s’est remariée à Malcolm Evans. Il était divorcé et élevait seul sa fille de neuf ans, Avery. J’avais douze ans quand nos parents ont pris la décision de vivre ensemble. Malcolm est un type bien et je l’apprécie beaucoup. Même si nous nous sommes toujours très bien entendus, je n’ai jamais réussi à établir le même lien qu’avec Brandon.

Égaré dans ma pensive contemplation, je ne remarque pas tout de suite que le taxi s’est arrêté devant l’immense villa où vivent Malcolm, ma mère et ma sœur. À vingt-cinq ans, mon baluchon sur l’épaule et le cœur en miettes, me voilà de retour à la maison…

Verrou en forme de cœur contour

 

Avery

Mes doigts s’accrochent aux barreaux du lit lorsque sa main se pose sur ma nuque pour la serrer. Il raffermit sa prise et se met à me besogner plus vigoureusement. Mes dents s’enfoncent dans mon bras où j’étouffe un gémissement extatique.

Hier soir, j’ai rencontré ce type dans l’un des clubs où j’ai mes habitudes et, en toute franchise, je ne pensais pas qu’il serait aussi bon amant. Je ne me suis pas vraiment posé de questions en choisissant celui avec qui j’allais passer la nuit.

Je ne courais pas après un mec beau comme un dieu ou riche comme Crésus ; je n’espérais pas de lui une conversation, de la tendresse ou je ne sais quelle mièvrerie. Non, je voulais seulement du sexe.

Après mon troisième cocktail, je me suis mise en quête d’un homme facile à aborder et qui répondrait à mes besoins. Par chance, Matthew a croisé ma route et moins de vingt minutes plus tard, je lui faisais une fellation sur le chemin de son appartement.

Du sexe, une baise sauvage et l’avilissement, voilà tout ce que je recherchais en entrant dans ce club. Et mes attentes ont été comblées.

Le plan initial ne consistait pas à dormir chez lui, mais les trois cocktails et notre baise intense ont eu raison de moi. Je suis tombée comme une masse après les deux orgasmes que Matthew m’a généreusement offerts.

Réveillée avant lui, j’aurais pu filer à l’anglaise, mais, ce matin, je n’ai pas choisi cette option. Au contraire, j’ai décidé de le réveiller avec ma bouche. Après une autre fellation rondement menée, me voilà à genoux au milieu de son lit à recevoir ses assauts. Et ce n’est pas déplaisant du tout !

— Putain, c’est bon ! s’écrie Matthew dans mon dos en empoignant mes fesses.

— Plus fort ! réclamé-je en rejetant la tête en arrière. Baise-moi plus fort !

Il obéit et redouble d’efforts pour accélérer la cadence et m’apporter satisfaction.

J’ai envie et même besoin qu’il m’emmène loin. Loin dans le plaisir et dans l’extase, là où je pourrais oublier ma douleur et mon cœur mort, assassiné par amour. Le sexe est le seul moyen que j’ai trouvé pour me sentir un peu vivante.

J’ai conscience que multiplier les amants et leur laisser utiliser mon corps ne résoudra pas mon problème, mais je cours après ces quelques secondes de plaisir durant lesquelles j’oublie. J’oublie le vide en moi, la solitude et l’envie que tout s’arrête.

Le rugissement à mon oreille et le souffle haletant qui réchauffe ma joue m’apprennent que la délivrance de mon amant est proche. Si jouir m’apporte un bref soulagement, j’aime particulièrement sentir ce moment d’abandon chez mon partenaire. Ma démarche n’est pas totalement égoïste… Ou peut-être que si… J’aime qu’un homme perde la tête en jouissant en moi. J’imagine que cela comble mon pathétique besoin d’être désirée.

Réajustant mes mains autour des barreaux pour me donner de la force, j’accentue mes coups de hanches pour m’empaler plus loin autour de son sexe. Ce qui le fait grogner. Son membre palpite quand son orgasme explose et qu’il se déverse en moi.

Triomphante, je m’empale une nouvelle fois autour de lui avant d’accueillir ma propre délivrance. Cette fois, je ne cherche pas à retenir mon cri de plaisir. Je peux réveiller l’immeuble entier je m’en moque, car pendant un court instant, je suis libre !

— Oh merde ! se réjouit Matthew en quittant mon corps après avoir longuement savouré son orgasme.

Je glousse et me laisse tomber contre le matelas. Il en fait autant et nous nous retrouvons face à face.

— Tous mes réveils ne sont pas aussi sympas.

— Les miens non plus. Et pour être franche, en quittant le club avec toi, j’étais persuadé que ça serait…

Je fronce le nez.

— Moyen…

— Ça, c’est moins sympa.

— Ça vient des lunettes. Elles te donnent un côté trop sérieux. Très loin du mec prêt à me chevaucher sauvagement, tu vois ?

— Donc la surprise est plutôt bonne, rit-il.

— Très bonne, rigolé-je avec lui.

— Tu veux rester…

Mes yeux s’arrondissent quand il me fait cette proposition.

— Houla ! doucement, dit-il avant d’éclater de rire. Comme c’était très cool, j’ai pensé qu’on pouvait partager un café, rien de plus. Ne va pas t’imaginer que je vais te demander ton numéro ou je ne sais quoi. Hier soir, je cherchais la même chose que toi.

Je me détends lorsqu’il apporte cette précision. Appuyée sur mon coude, je l’examine plus sérieusement.

— Tu t’es récemment fait larguer par ta copine et tu cherches à l’oublier en couchant avec toutes les filles que tu croises, c’est ça ?

— Non, j’estime que je suis trop jeune pour me caser, alors je papillonne.

— À ce propos, quel âge as-tu ?

— Vingt-six ans. Et toi ?

Je veux lui dire que j’ai bientôt vingt-deux ans, mais mon portable se met à sonner.

— Eh merde ! soupiré-je en me laissant à la recherche de ma veste.

J’ai dû le laisser dans l’une de mes poches.

— Réponds, me dit Matthew en me faisant un clin d’œil. Je vais faire du café, au cas où tu en aies envie…

Je lui adresse un sourire reconnaissant en me disant que je vais accepter ce café, mais avant cela, je dois répondre à mon père.

— Avery !? Mais où es-tu bon sang ?

J’éloigne le téléphone de mon oreille pour me renseigner de l’heure qu’il est : 12 h 37. Fais chier ! J’ai oublié l’évènement du jour : le retour de Milo…

— Je suis désolée, papa. J’arrive. Je serai là dans quinze minutes.

— Ton frère est là et tu ne fais même pas l’effort d’être présente pour l’accueillir.

— Milo revient vivre à la maison, il n’est pas simplement de passage. J’aurai plus d’une occasion de passer du temps avec lui.

— Pamela s’est donnée du mal pour préparer ce déjeuner. Tu as dix minutes pour rentrer, jeune fille !

Mon père raccroche après avoir aboyé cet ordre. Désolée Matthew, mais on va oublier le café, pensé-je en ramassant mes sous-vêtements.

En moins de deux minutes, j’ai enfilé ma robe et mes talons aiguilles. J’ai ma veste sous le bras et mon sac en bandoulière. Je sors de cette petite chambre tout à fait accueillante et traverse le couloir donnant sur le salon et la cuisine ouverte. Mon hôte se tient derrière le bar où reposent deux tasses.

— C’était mon père. Je suis attendue pour un déjeuner en famille et ça m’était un peu sortie de la tête. Je ne vais pas pouvoir rester pour le café. Je suis désolée, Matthew.

— Il n’y a pas de mal, me dit-il avec un sourire.

Je repère la porte d’entrée sur ma gauche.

— Alors… euh…

Je marche vers elle.

— Je te souhaite une bonne journée.

— Une bonne journée à toi aussi.

Il a toujours ce sourire amusé aux lèvres. Je pousse la porte et sors quand :

— C’est Andrew. Pas Matthew.

Je me sens rougir, coupable de ne pas avoir su retenir son prénom. Cela dit, il y a des soirs où je ne leur demande même pas.

— Pardon, dis-je à la hâte avant de claquer la porte derrière moi.

J’ai tout juste le temps de l’entendre glousser avant qu’elle se referme.

J’aimerais rire de la situation moi aussi. Après tout, j’ai passé une nuit très agréable et mon réveil l’a été tout autant. Mais après quelques pas dans le couloir menant aux ascenseurs, je retrouve ce poids dans ma poitrine. Le même qui m’étouffait hier. Celui qui m’a poussé à franchir la porte du club pour trouver un amant pour la nuit.

Hier soir, j’étais prête à tout. À coucher avec le premier venu, qu’importe l’endroit simplement pour oublier l’espace d’une seconde que Milo revenait à la maison.

Il y a treize ans que Milo fait partie de ma vie et je suis viscéralement tombée amoureuse de lui vers l’âge de quatorze ans. Il y a plusieurs années, il m’a abandonnée pour vivre avec cette pétasse de June et c’est autant de jours où j’ai eu envie de mourir. J’ai survécu, malgré les deux mille kilomètres qui me séparaient de lui. Et c’est maintenant que je meurs. Maintenant qu’il revient et qu’elle ne fait plus partie de sa vie. Avant, je pouvais me dire que c’est pour cette raison qu’il ne me voyait pas. Je me mentais pour éviter d’affronter la vérité. La vérité, c’est qu’il ne peut pas m’aimer, parce que je suis sa sœur.

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