Au péril de t'aimer (French Edition)

Elma Hilde · Chapitre 4 sur 33

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Au péril de t'aimer (French Edition)

Chapitre

Chapitre trois

 

 

Milo

Aujourd’hui est un grand jour. Celui qui d’une certaine manière a conduit à tous ces changements dans ma vie.

Ce matin, j’ai pris mon poste au sein du cabinet Hughes & associés et j’avais un trac fou. J’ai déjà travaillé pour un cabinet d’avocats, mais c’était en tant que stagiaire. Aujourd’hui, j’en suis un membre actif et l’enjeu n’est plus du tout le même. C’est grisant et terrifiant à la fois.

J’ai rencontré l’équipe et cette première approche est très positive. Tout le monde s’est montré très sympathique et accueillant. Après avoir fait le tour des locaux pour les présentations, j’ai pu intégrer mon nouveau bureau. Rien d’extravagant. Une pièce moyenne au vingtième étage d’un immeuble flambant neuf situé en plein cœur du quartier d’affaires de Miami. Une simple fenêtre m’offre la luminosité nécessaire. Je dispose d’un bureau et d’une bibliothèque pour ranger les dossiers qui, je l’espère, vont bientôt abonder.

J’ai amené avec moi mes livres de droit ainsi que mon diplôme que ma mère a fait encadrer. C’est une manière de m’approprier les lieux, de les rendre plus personnels.

Après le déjeuner, j’ai rendez-vous avec mon patron pour que nous parlions en détail du premier dossier qu’il désire me confier. Pour le moment, il m’a envoyé un topo sur nos plus gros clients. Il tient à ce que je les connaisse tous.

Après quelques bavardages et un café, je m’installe enfin à mon bureau pour entamer ma lecture, mais la sonnerie de mon portable me retarde. Je n’ai pas l’intention de prendre cet appel. Malheureusement, je vois qu’il s’agit d’Avery et je ne résiste pas à la tentation de lui parler.

— Que puis-je faire pour vous, miss Evans ? décroché-je sur un ton enjoué.

— Eh bien, je cherche un bon avocat pour me défendre, car je vais commettre un crime.

— Quel genre de crime ?

— Je vais tuer ma belle-mère.

— Je suis désolé, Avery, mais je ne vais pas pouvoir te représenter. Tu comprends, il s’agit de ma mère. Il y a donc conflit d’intérêts.

— Attends, tu rigoles ! Je ne veux pas de toi comme avocat. Tu dois être si mauvais que même mère Thérèsa finirait derrière les barreaux si tu devais la défendre.

— Sympa... De toute manière, je suis spécialisé en droit des affaires et non dans le pénal.

— Justement, tu vas connaître du monde bientôt. Tu auras bien des noms à me recommander.

— Tu sais, ma journée n’aurait pas été aussi parfaite si je n’avais pas reçu tous ces beaux encouragements.

— Y’a qu’à demander !

Je glousse.

— Je peux compter sur toi pour retrouver ma mère saine et sauve ?

— Sur ce point, je ne peux rien te promettre.

— Avery, je….

Je veux la retenir et lui demander ce qui s’est passé avec ma mère, mais elle a déjà raccroché.

— Bonne journée à toi aussi…

Je repose mon téléphone en me promettant de tout mettre en œuvre pour calmer le jeu entre elles, mais plus tard. Pour le moment, je dois me mettre au boulot.

J’ouvre le premier dossier pour commencer ma lecture quand mon téléphone s’agite à nouveau. Certain que c’est Avery, je décroche sans prendre la peine de le consulter.

— Trésor, si tu l’as tuée, appelle le 911. J’ai du travail.

Il y a un blanc puis :

— Je crois qu’il y a une erreur. Ce n’est pas ton « Trésor » ...

— June ?

Incrédule, j’éloigne mon portable afin de m’assurer que je ne rêve pas. Eh non, ce n’est pas une erreur. C’est bien June qui m’appelle et je ne m’y attendais pas du tout…

— Effectivement. Je ne vais pas te déranger longtemps, au cas où « Trésor » t’appelle.

C’est quoi ça ? De la jalousie ?

— Même si je n’ai plus aucune raison de me justifier auprès de toi, je préfère éclaircir la situation, je pensais que c’était Avery. Je crois qu’elle s’est encore engueulée avec ma mère.

— J’aurais dû m’en douter. Avy n’est qu’une garce.

— N’importe quoi ! Et ma mère ne lui facilite pas toujours la vie. Mais à quoi bon en discuter avec toi, tu as toujours détesté Avery alors qu’elle ne t’a jamais rien fait.

— Elle m’en a toujours voulu de faire partie de ta vie et toi, tu passais ton temps à lui trouver des excuses, à la défendre.

— Et ce n’est plus un problème vu que tu ne fais plus partie de ma vie. D’ailleurs pourquoi est-ce que tu m’appelles ? C’est important ? Parce que j’ai du travail.

Et aucune envie de te parler !

— Je te téléphone au sujet de l’appartement.

— Quel est le problème ?

— J’ai décidé de le garder.

— Très bien. En quoi ça me concerne ?

— Il faut que tu écrives un courrier qui stipule que tu n’y vis plus pour que l’agence retire ton nom du bail.

— OK. Il te fallait autre chose ?

— J’ai retrouvé quelques vêtements. Veux-tu que je te les envoie ?

— Pas la peine. Jette-les ou donne-les, ça n’a pas d’importance. Je m’occupe du courrier ce midi.

— Merci.

Il y a un nouveau blanc. J’ignore si elle a encore quelque chose à me dire ou si elle espère que je bavarde avec elle, mais je raccroche. Je n’ai plus de temps à perdre, il faut que je me mette au travail.

Malheureusement, il me faut un moment pour me plonger dans la lecture de mes dossiers.

L’appel de June m’a pris de court. Je comprends qu’elle n’a pas eu le choix, mais lui parler a tendance à me faire sortir de mes gonds. On ne tire pas un trait sur six ans de relation aussi facilement.

Soucieux de tourner définitivement cette page, j’ouvre mon logiciel de traitement de texte et commence à rédiger le courrier que June me réclame. Ce bail est la dernière chose que nous avons en commun, il faut y mettre un terme. Ce nouvel emploi, ma mère, Avery et même Earnie, ce sont eux, mon nouveau départ. Je dois me détacher du passé et me tourner vers l’avenir.

Moins de cinq minutes plus tard, la lettre arrive sur sa boîte mail. Une bonne chose de faite ! Plus rien ne m’obligera à regarder derrière moi. Je n’ai plus qu’à avancer.

 

Verrou en forme de cœur contour

Avery

Non, mais tu es vraiment nulle, ma pauvre fille ! me lamenté-je en reposant mon téléphone sur la table de jardin où je prends mon petit-déjeuner.

Aujourd’hui est un jour spécial pour Milo et j’ai tenu à me lever suffisamment tôt pour le voir et l’encourager à ma manière. Il tient tant à ce nouvel emploi. J’ai failli regretter de m’être levée en le voyant sortir dans le jardin où j’avais servi le petit-déjeuner. Il était si beau dans son costume flambant neuf et j’en ai perdu mes moyens. Nous avons pris un café ensemble, mais ni lui ni moi n’étions très loquaces. Je ne me souviens pas l’avoir déjà vu stresser à ce point.

Il faut dire que le comportement de sa mère n’a pas dû l’aider. Pendant vingt minutes, elle n’a eu de cesse de lui rabâcher que tout irait bien en trifouillant son nœud de cravate toutes les deux secondes. Du Pamela tout craché…

Après un café et à peine quelques mots échangés, il a fini par prendre la route du bureau. De mon côté, je me suis éternisée dans le jardin en pensant à lui. A-t-il bien été accueilli par ses nouveaux collègues ? Et son bureau, lui plaît-il ? Mais surtout y a-t-il de jolies secrétaires chez Hugues & Associés ? C’est probablement le cas et Milo ne tardera pas à faire tourner les têtes…

Je me suis posé toutes ces questions et j’ai eu envie de prendre de ses nouvelles pour être certaine que cette première matinée de travail est agréable. Le coup de génie était de l’appeler sans paraître trop curieuse.

Il m’a fallu un bon moment pour réunir le courage nécessaire à cet appel et je me suis ridiculisée. Pourquoi lui ai-je parlé de sa mère, bon sang ? C’était totalement débile ! Le seul point positif, c’est qu’il a eu l’air ravi de m’avoir au téléphone et ce n’est déjà pas si mal…

Ce coup de fil du désastre terminé, je m’intéresse à l’heure qu’il est : 10 h 30. Eh bien, c’est du joli ! Il est déjà tard et je ne suis ni douchée ni habillée. Quelle matinée productive !

Après avoir débarrassé les restes du petit-déjeuner, je file vers l’entrée pour me rendre au premier étage. Je veux y prendre ma douche avant d’aller travailler au studio. Mais à peine me suis-je engagée dans l’escalier que l’on sonne à la porte. Et zut ! Je reviens sur mes pas pour aller ouvrir à notre visiteur. Sûrement un livreur ! Pamela est une accro du shopping en ligne…

Mais ma surprise est de taille lorsque j’ouvre. Il ne s’agit pas d’un livreur, mais d’Andy, le cousin d’Arizona.

— Andy ? marmonné-je sans en croire mes yeux.

Que fait-il ici ? Il devrait être à Los Angeles avec le reste de sa famille.

— Salut, ma beauté ! chantonne-t-il en m’ouvrant les bras. Tu es heureuse de me voir ?

Quelle question ! Rien ne pouvait me faire plus plaisir que de revoir Andy. Pour répondre à sa question, je me jette à son cou et l’enlace.

— Bien sûr que je suis heureuse de te voir ! Ça fait si longtemps.

Andy m’enlace à son tour et me fait tournoyer dans les airs.

— Bien trop longtemps. C’est pour cette raison que je n’ai pas hésité une seconde quand Zoo m’a demandé de te rendre une petite visite.

— Ta cousine est incorrigible, m’amusé-je avant de l’embrasser. Mais elle a aussi de très bonnes idées.

— N’est-ce pas ?

— Je suis quand même surprise. Tu n’es pas en Californie avec le reste de la tribu ?

— Tu sais comment ça se passe avec eux : ils passent deux mois au bord de l’océan et ça dure depuis des années. J’aurai bien le temps de les rejoindre plus tard.

Et je ne vais pas m’en plaindre ! Heureuse de cette visite, je prends la main d’Andy et l’attire à l’intérieur de la maison.

Cela fait maintenant deux ans que je n’ai pas vu Andy. C’était à l’occasion de ce fameux été en famille. Je l’ai rencontré dans les mêmes circonstances l’année de mes dix-sept ans et j’ai eu un vrai coup de cœur pour lui. Il est si drôle et doté d’une grande intelligence. Bien sûr, il n’a jamais été question d’amour, mais d’une très belle amitié.

— Il y a longtemps que tu es à Miami ? le questionné-je en le guidant dans la cuisine.

Sur place, je l’invite à s’asseoir sur l’un des tabourets autour de l’îlot.

— Il y a une semaine tout juste et Zoo m’a appelé hier pour me missionner. Je dois faire de mon mieux pour te remonter le moral.

— Ce qu’elle peut être têtue, gloussé-je. Et si tu commençais ta mission « remontage de moral » par un café ?

— Je vois qu’il y a du travail alors oui, je veux bien, s’amuse-t-il.

Je ris avec lui et je nous prépare deux bons cafés.

— Alors, beauté, pourquoi Zoo se fait-elle du souci pour toi ?

— Parce qu’elle est loin et qu’elle n’a aucun contrôle sur ce qui se passe dans ma vie à cette distance.

Andy pouffe de rire.

— Je vois que tu connais ma cousine sur le bout des doigts, dit-il hilare.

— Et si je te préparais un petit-déj ! Tu as faim ?

— Attends, tu plaisantes ? Je meurs de faim !

Très heureuse de pouvoir passer ce moment avec Andy, je me hâte de sortir les ingrédients nécessaires pour me lancer dans la préparation de gaufres.

— Je suis désolée que Zoo t’ait obligé à changer ton programme. Tu devais sûrement avoir des choses plus intéressantes à faire avec tes amis.

— Ne dis pas de bêtises, princesse. Il n’y a pas de programme plus cool que toi et je reste autant que tu le désires.

— Dans ce cas, tu as oublié quelque chose.

— Quoi donc ?

— Tes valises, dis-je avant de pouffer de rire.

Andy rit avec moi et je suis incroyablement heureuse de passer quelques heures avec lui. Je sens que je vais passer une belle journée et c’est exactement ce dont j’ai besoin.

*

Andy et Arizona ont en commun cette incroyable capacité à rendre un moment on ne peut plus banal en quelque chose d’incroyable. Ils ont la même énergie, la même joie de vivre contagieuse.

Ma journée était vouée à être banale et, grâce à l’intervention d’Andy, elle a été fabuleuse. Après notre petit-déjeuner tardif, nous avons pris le chemin de la plage où nous avons commandé des cocktails et, plus tard, nous sommes allés manger des fruits de mer dans un restaurant du front de mer. Quel moment agréable ! En fin d’après-midi, j’ai proposé à Andy de rentrer pour que nous nous prélassions autour de la piscine en sirotant un énième cocktail et il a accepté. Cette journée ne pouvait pas être plus réussie.

— Alors, princesse, on a beaucoup parlé aujourd’hui, mais tu ne m’as pas dit pour quelle raison Zoo se fait du souci pour toi. Quel est le problème ? Il s’agit d’un mec ?

Je ramasse le pichet de mojito et me sers un nouveau verre lorsqu’Andy me pose cette question. Devant mon silence, il s’assied sur le rebord du transat et nos genoux se frôlent.

— Je vois que tu es toujours aussi loquace lorsqu’il est question de ta vie amoureuse…

— Ma vie amoureuse, m’exclamé-je avant de pouffer de rire. Tu es sérieux ?

— Ben quoi ?

— On est fait du même bois sur ce point, Andy. Tu sais parfaitement que je ne fais que papillonner. Comme toi…

— Il n’y a rien de mieux que le papillonnage, s’amuse-t-il en ramassant le tube de crème solaire avant de venir s’asseoir près de moi.

Je lui présente mon dos et le laisse me crémer. Je maintiens ma tignasse épaisse en l’air lorsqu’il s’aventure sur ma nuque.

— Que dirais-tu si on sortait, ce soir ?

J’aimerais tant prolonger ce moment.

— Malheureusement, je ne peux pas ce soir. Mais si tu as une soirée de libre dans les jours à venir, ça serait avec plaisir.

— Eh bien, je suis libre comme l’air !

Je retiens mon souffle quand Andy se rapproche de mon visage jusqu’à sentir son souffle contre mon oreille.

— C’est ce que j’aime le plus chez toi, Avery : ta liberté.

Je me tourne légèrement vers lui et son pouce caresse le lobe de mon oreille.

— J’avais oublié combien c’est bon de te voir.

Nos regards se croisent et un frisson surprenant me parcourt l’échine.

— Andy ? bredouillé-je quand il me flatte la joue.

Je le vois desserrer les lèvres et j’appréhende ce qu’il va pouvoir en sortir quand :

— Bonsoir !

Comme prise sur le fait, je sursaute lorsque la voix puissante et rocailleuse de Milo retentit dans le jardin. Andy me relâche, mais ne s’éloigne pas. Milo et lui se toisent un instant dans le plus grand silence. Je me lève pour accueillir Milo.

— Alors, comment a été ta journée ?

— Très bien, m’apprend-il sans détourner les yeux d’Andy.

Il tend sa main vers lui.

— Salut, je suis Milo, le frère d’Avy.

Andy accepte cette poignée de main.

— Andy, le cousin d’Arizona.

— Oh… quelle chance !

Milo me fait un clin d’œil et je lui souris en retour. Andy ne se vexe pas, il rit même de la plaisanterie de Milo.

— Qu’est-ce que vous faisiez ?

— Rien de spécial. Andy est en vacances avec des amis pour quelques jours et il a voulu me rendre visite.

Milo accueille cette information dans un sourire poli.

— Et je vais devoir les rejoindre, nous annonce Andy en ramassant sa serviette de bain. Avery, je peux aller me changer dans ta chambre ?

— Bien sûr. N’hésite pas à prendre une douche si tu le souhaites.

— Merci.

Andy salue Milo et entre dans la maison. Une fois seule avec Milo, je réalise que je suis en bikini. Je m’enroule dans ma serviette avant de venir m’allonger sur mon transat.

— Ce matin, tu as laissé sous-entendre que tu avais du travail, me dit Milo en s’asseyant sur le transat voisin.

— C’était le cas, mais Andy m’a fait cette surprise et nous avons passé la journée ensemble.

Milo tire sur sa cravate et déboutonne les premiers boutons de sa chemise.

— J’aimerais aller boire un verre pour fêter cette première journée. Tu m’accompagnes ?

— Euh… oui, bien sûr.

— Je vais aller prendre une douche.

— Je vais faire pareil quand Andy sera parti.

Milo se lève et fait deux pas vers la maison avant de me jeter un coup d’œil par-dessus son épaule.

— J’ai interrompu quelque chose ? Entre toi et Andy…

— Il n’y avait rien à interrompre, je t’assure.

— Vous sembliez pourtant très… proches.

— Andy m’a seulement aidée à mettre de la crème solaire. C’est un ami, rien de plus.

— Bon, très bien…

Il repart.

— Passe une belle robe, trésor. Je t’invite à dîner, m’annonce-t-il avant de passer la baie vitrée.

Je réprime un sourire lorsqu’il me fait cette proposition. C’est contradictoire, car même si me retrouver seule avec lui n’est pas toujours simple, j’adore qu’il réclame à passer du temps avec moi.

 

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