Au péril de t'aimer (French Edition)
Chapitre
Chapitre deux
Avery
Arizona
Je n’ai plus de nouvelle depuis des jours ! Tout va bien ?
Appelle-moi ou je vais commencer à flipper.
Ce texto de ma meilleure amie m’arrache une grimace. J’ai volontairement esquivé ses appels et ignoré ses SMS depuis le retour de Milo.
Je ne suis pas pressée de lui annoncer qu’il est rentré. Pourquoi me demanderez-vous ? Parce qu’Arizona est la seule personne à connaître mes sentiments pour Milo. Un secret qui n’aurait jamais franchi la barrière de mes lèvres si je n’avais pas trop picolé lors d’une soirée.
Cela s’est déroulé, il y a quelques années. Arizona avait organisé une soirée avec moi et trois autres filles de notre lycée. À l’époque, notre unique sujet de conversation, c’étaient les mecs bien sûr !
Les filles disaient que j’avais le frère le plus sexy au monde. Toutes mes amies étaient totalement dingues de lui, Arizona en tête de liste. Je devais les écouter parler de lui à longueur de temps et cela me rendait folle. Elles m’assaillaient de questions à son propos et je n’en pouvais plus. Ce fameux soir, j’ai explosé. Je les ai toutes envoyées au diable et je me suis tirée.
L’été venait de débuter et Milo nous avait annoncé qu’il rentrait pour les vacances. C’était sa première année à New York et nous ne l’avions pas vu depuis Noël. J’étais heureuse qu’il revienne, car cette fois, June ne devait pas être là. J’allais vraiment pouvoir le retrouver. Le jour de son arrivée, j’ai insisté pour accompagner Pamela à l’aéroport. Mon cœur a éclaté en mille morceaux lorsque je l’ai vu descendre de l’avion avec June à son bras.
Mon été était fini, bousillé. Tout comme ma vie d’ailleurs. J’étais anéantie. Le fait de devoir écouter mes amies répéter en boucle : « Mais qu’est-ce qui lui trouve ? », « Il serait bien plus heureux avec moi ! » ou encore : « Bientôt, il réalisera que j’existe et il la quittera… » avait été la goutte de trop. Je ne pouvais rien entendre de plus, alors je suis partie.
J’avais beaucoup bu et fumé pour oublier la présence de June alors, quand Arizona m’a suivie dans la rue en me demandant ce qui me prenait, j’ai fini par cracher le morceau. Sur le moment, elle s’est tue. Je m’attendais à ce qu’elle me dise que j’étais bonne à enfermer, qu’elle ne voulait plus me revoir, mais non.
Quand elle a pris la parole, ce fut pour me dire : « Avery, mon Dieu, je suis tellement désolée de ne pas avoir compris. Tu dois tellement souffrir ». Qu’importe l’alcool que j’avais dans le sang ou les deux joints que j’avais fumés, je n’ai pas oublié un mot de ce qu’elle m’a dit ce soir-là. Enfin, je n’étais plus seule à porter ce lourd secret. Depuis, jamais elle ne m’a trahie ni jugée, bien au contraire.
Avery
Excuse-moi, Zoo. Milo est à la maison. C’est un peu bizarre en ce moment…
J’appuie sur « envoyez » en sachant déjà qu’une réaction en chaîne va suivre. Bingo ! pensé-je lorsque mon téléphone se met à vibrer dans ma main. C’est un appel vidéo. Je décroche et me retrouve face à Arizona qui est visiblement en pétard.
— Je vais me pointer chez toi et te mettre un coup de pied au cul si violent que tu vas le sentir jusque dans ta gorge, Avery Evans ! crie-t-elle.
— Mais tais-toi !
Je me hâte de fermer la porte de ma chambre.
— Tout le monde va t’entendre !
Je glisse rapidement mes écouteurs dans mes oreilles.
— Pourquoi tu ne m’as rien dit ? Il est là et tu ne me préviens pas !
— Je voulais le faire, je te le jure, mais tout est allé si vite.
— Il ne vous a pas prévenus de sa visite ?
— Si, si, mais…
— Mais quoi ?
Je me laisse tomber sur mon lit en soupirant.
— Pour tout te dire, ce n’est pas qu’une visite. Il revient vivre ici.
— Excuse-moi ?
— Il vient de décrocher un job dans un grand cabinet d’avocats ici à Miami.
— Tu veux dire qu’ils emménagent définitivement en Floride ?!
— C’est bien le détail qui me perturbe le plus : il est revenu seul.
— Et June ?
— Ils se sont séparés à cause de ce travail, c’est terminé.
L’air déterminé, Arizona rétorque :
— J’en ai assez entendu, j’arrive !
— Arizona, ne fais pas ça, s’il te plaît.
— Avy, tu vas partir en vrille si je ne suis pas là.
— Mais non, je te le promets. Tu es en vacances avec ta famille, reste auprès d’eux. Je t’assure que je vais bien.
Ce qui n’est pas tout à fait vrai, mais je refuse que ma meilleure amie gâche ses vacances. Tous les ans, sa famille se réunit dans leur maison de vacances à Los Angeles et je sais combien elle aime cet endroit. Elle ne doit pas se priver de moments si importants.
— Dans ce cas, prends un billet d’avion et viens me rejoindre.
Une proposition très tentante, mais que je ne peux accepter. Je m’apprête à lui expliquer pour quelle raison quand on pousse la porte de ma chambre. C’est Milo.
— Est-ce que tout va bien ?
— Oui, pourquoi ?
— J’ai cru entendre crier.
— Oh, ça…
Je tourne mon téléphone vers lui.
— C’était Arizona.
Il découvre ma meilleure amie et lui fait un signe de la main.
— Salut Zoo, quoi de neuf ?
J’active le haut-parleur pour leur permettre d’échanger quelques mots.
— La vie est belle. Je suis à Los Angeles pour les vacances et je proposais justement à Avy de me rejoindre.
— Vraiment ?
Milo me regarde la mine triste.
— J’ai cru comprendre que tu passais l’été ici. J’ai pensé qu’on pourrait faire des trucs ensemble, tu sais comme avant.
Prise au dépourvu, j’ai un sourire bête. Zoo se met à rire.
— Franchement, Milano, tu penses bien qu’entre passer l’été avec moi ou rester à Miami la question est vite répondue !
— J’imagine oui, dit-il avec un sourire résigné en rebroussant chemin. À un de ces jours, Arizona.
Il sort, mais il réapparaît aussitôt.
— Au fait Avy, comme les parents ne sont pas là ce soir, j’ai pensé qu’on pourrait se commander des sushis et regarder un film. Comme au bon vieux temps. Qu’en penses-tu ?
Qu’il va me falloir du vin ! Je lève le pouce pour valider son programme. Ravi, il sort. Pour de bon cette fois.
Je me remets dans l’axe de la caméra et Arizona lâche un juron.
— Avy, ma chérie, viens me rejoindre !
Comment refuser ? J’ai envie d’être loin d’ici, de lui. De plus, Arizona est la seule personne capable de me remonter le moral. Malheureusement pour moi, je ne peux pas m’en aller.
Je suis inscrite dans une école de stylisme et, l’an prochain, je dois me dégoter un stage chez un grand couturier. J’ai déjà le nom d’une maison en tête, mais les places sont extrêmement chères. Je dois faire la différence.
— Je ne peux pas. Il faut que je bosse sur mes croquis si je veux postuler chez Andrieu.
— Rien ne t’empêche de travailler ici. C’est un peu bruyant avec les marmots de mon frère, mais je te jure que je ferai ce qu’il faut pour que tu sois tranquille.
— Crois-moi, je voudrais être avec toi, mais j’ai besoin de mes tissus et de mon matériel.
— Bon, écoute, je ne vais pas insister, mais si tu sens que tu perds pied…
— Je t’appelle immédiatement, je sais...
— Et je veux avoir de tes nouvelles tous les jours, tu as compris ?
— Tu auras un rapport quotidien, c’est promis !
— Mouais, ça ne me rassure pas tout ça…
— Tout ira bien, sois tranquille.
Je raccroche après lui avoir adressé un dernier sourire. Arizona s’inquiète et je la comprends. Malheureusement, Milo est ici pour un moment et je dois apprendre à vivre avec lui sous notre toit.
Pour le moment, je vais me préparer à l’idée de le rejoindre pour cette soirée sushis-ciné. Nos moments en tête-à-tête sont de loin les plus éprouvants. Ils me rappellent à quel point on s’entend bien et quel homme merveilleux et attentionné il est. Milo, mon idéal, inatteignable…
Verrou en forme de cœur contour
Milo
La commande de sushis passée, je repose mon téléphone portable sur la table basse. Je suis content qu’Avery ait accepté de me consacrer sa soirée. J’espère pouvoir me rapprocher d’elle et lui montrer que je suis bel et bien de retour. Un plan parfait sur le papier, mais qui sera difficile à réaliser si elle se sauve à Los Angeles.
J’aime bien cette fille. Ou plus précisément, j’aime l’influence positive qu’elle a sur Avery. Son comportement est loin d’être exemplaire, mais elle sait la canaliser. J’aime moins sa façon d’être. Elle est effrontée, elle ne sait pas tenir sa langue et elle fait faire ce qu’elle veut à Avery. Un point qui m’inquiète un peu. Si Arizona s’est mis en tête de la faire venir à Los Angeles, je vais bientôt la voir boucler ses valises.
Je suis revenu à Miami, mais je ne vais pas rester vivre ici éternellement. J’ai l’intention de me trouver rapidement un appartement.
J’aimerais profiter des quelques semaines que je vais passer ici pour rétablir le lien avec Avery. J’ai totalement perdu le contact avec elle et cela me brise le cœur. Nous étions proches, qu’importe notre différence d’âge. Un détail qui exaspérait mon meilleur ami Earnie d’ailleurs.
Je l’ai rencontré en débarquant dans mon nouveau collège à l’époque où ma mère et moi avons emménagé ici. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus et notre amitié a perduré avec les années, même quand j’étais à New York. Il ne m’a pas caché combien il est heureux que je rentre. Nous avons le même âge, mais Earnie n’est pas prêt à se caser. Il aime sa liberté. Du fait, mon nouveau statut de célibataire doit lui avoir donné des idées. Malgré tout, il s’est montré très attentif lorsque je lui ai parlé de ma séparation.
Comme le reste de mes proches, il n’a pas compris pourquoi je précipitais les choses avec June au début de notre relation. Je ne voyais que mon amour pour elle et je n’ai pas pensé une seconde aux conséquences que ma décision aurait sur ma famille et mes amis. Aujourd’hui, je m’en aperçois avec Avery. À moi de faire ce qu’il faut pour me rattraper…
Il est près de 20 heures maintenant et elle n’a pas encore montré le bout de son nez. Apparemment, elle n’est pas pressée de me rejoindre. Comme les sushis ne seront pas livrés avant une quinzaine de minutes, je décide de lui accorder un moment, mais l’heure passe et elle n’arrive toujours pas. Je me lève pour aller la chercher et la trouve en haut des marches.
— J’allais justement te chercher.
— Pas la peine, dit-elle en descendant les marches.
— Les sushis seront là d’une minute à l’autre.
— Tu as été à la cave ?
— La cave ? Pour quoi faire ?
Arrivée au rez-de-chaussée, elle en prend le chemin.
— Pour le vin, voyons ! On ne peut pas manger de sushis sans vin blanc…
Je la suis dans l’escalier qui descend à la cave.
— Bien sûr que si. C’est même souhaitable. J’ai envie de passer la soirée avec toi, Avy, pas avec la version alcoolisée de toi.
Une fois au bas des marches, elle se tourne vers moi pour râler :
— Mais tu es chiant !
— Et tu es plus marrante à jeun.
— Faux ! Sobre, je suis ennuyeuse comme la pluie.
— Je n’ai jamais rien entendu d’aussi ridicule. Tout ce que je désire, c’est une soirée tranquille avec toi. Est-ce que c’est trop demandé ?
La mine renfrognée, elle finit par capituler et passe devant moi pour remonter à l’étage supérieur.
— Eh bien, voilà qui est intéressant, m’étonné-je de la voir céder aussi facilement.
Lorsque je la rejoins dans la cuisine, elle m’attend accoudée à l’îlot central. Je l’imite et lui fais face.
— Tu as une idée de film pour ce soir ? Ou on pourrait se contenter de bavarder si tu préfères.
Elle prend un raisin dans la corbeille à fruits et l’enfourne dans sa bouche.
— Le film, sans hésiter.
— C’est si pénible que ça de discuter avec moi ?
Elle joue des épaules et ses doigts redessinent les motifs sur le marbre.
— Ben… tu es vieux.
— Je suis quoi ? dis-je en riant.
— Et tu parles comme un vieux aussi.
— De mieux en mieux...
Je la vois lutter contre un sourire.
— Avy, loin de moi l’idée de te paraître barbant. Je dis ça uniquement pour ton bien. Et je pense sincèrement ce que j’ai dit : tu n’es pas ennuyeuse. Je m’en veux que tu penses ça de toi.
— Pourquoi ? Tu n’y es pour rien.
— Tu aurais une meilleure opinion de toi si je n’étais pas parti du jour au lendemain. On s’entendait si bien…
— Le passé, c’est le passé. Le ressasser, ça ne mène nulle part !
— Mais j’aimerais qu’on retrouve un peu de notre complicité.
— Je crois qu’on est trop vieux pour ça, non ? Tu as ta vie et j’ai la mienne.
— J’ignorais qu’on pouvait être trop vieux pour former une vraie famille.
Le peu de légèreté qu’il y avait entre nous disparaît lorsque je lui fais cette remarque. Le sourire contre lequel elle luttait s’envole.
— Je vais mettre le couvert, m’annonce-t-elle avant de s’agiter dans la cuisine.
— J’ai dit quelque chose de mal ?
— Pas du tout. Il n’y a pas de problèmes Milo. Tu as seulement été absent.
— Et je le regrette tu sais.
— Les regrets ne servent à rien.
— Je sais. Je suis là maintenant et je n’ai plus l’intention de m’en aller.
— C’est ce qu’on verra, dit-elle sans me cacher que mes propos ne la convainquent pas.
— Avy, je te promets que…
La sonnette de la porte d’entrée résonne dans la maison et Avery ne loupe pas une si belle occasion de se dérober.
— J’y vais, annonce-t-elle en tournant les talons. Apporte les couverts, s’il te plaît.
Je la regarde filer un peu déçu. Évidemment, j’aurais préféré poursuivre notre discussion, mais j’en ai appris davantage sur les sentiments d’Avery. Il est clair qu’elle m’en veut de l’avoir délaissée et qu’elle ne croit pas en mon désir de revenir définitivement à Miami. Tout ceci me donne de bonnes pistes à explorer pour tenter de me rapprocher d’elle et de regagner sa confiance.
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