Au péril de t'aimer (French Edition)
Chapitre vingt-sept
Avery
— Alors, qu’est-ce que tu en dis ?
Assise devant ma coiffeuse, Arizona se tord le cou pour regarder dans ma direction. Je viens de sortir de ma salle de bains où j’ai passé ma nouvelle robe.
— Waouh ! s’extasie-t-elle en se levant. Tu es sensas !
Devant mon miroir, je tourne sur moi-même pour examiner ma tenue sous tous les angles.
— Je n’en reviens pas d’avoir eu le temps de finir cette robe en quelques jours à peine.
Un pari risqué… C’est seulement en début de semaine que Milo et Arizona m’ont parlé de la soirée qu’ils avaient organisée pour célébrer mon nouveau travail. J’ai été très touchée par leur initiative et, pour marquer le coup, j’ai eu envie de me confectionner une tenue qui serait parfaitement dans le thème. Je crois y être parvenue avec cette robe.
J’ai choisi un modèle tiré des années 50. Le haut est fait dans un tissu vieux rose avec des motifs divers comme la tour Eiffel, Paris écrit en lettres noires et autres décorations. J’ai coupé la ceinture et la jupe bouffante dans un tissu noir glacé.
Je passe une main dans mes cheveux que j’ai bouclés pour les disposer sur mon épaule droite quand des éclats de rire provenant du rez-de-chaussée m’interpellent.
— Seigneur Zoo, combien de personnes avez-vous invitées ce soir ?
— Pas assez à mon goût, dit-elle en appliquant du gloss sur ses lèvres. Je voulais que ce soit la fête du siècle. Malheureusement pour moi, ton mec est un vieillard qui n’a aucun sens de la fête.
Je lève les yeux au ciel. Ces préparatifs ont dû être une partie de plaisir pour l’un comme pour l’autre…
— Milo voulait qu’on passe un moment sympa entre nous et pas qu’on fasse la bringue avec la moitié des habitants de la Floride.
— Tu sais quel est ton problème, Avy ?
— Non, mais tu vas me le dire, dis-je un sourire amusé en coin.
— Tu es trop influençable ! Il suffit que Milo dise quelque chose pour que tu penses comme lui.
— C’est bizarre, il dit exactement la même chose en ce qui te concerne.
Outrée, Arizona enfonce ses poings dans ses hanches. Elle est prête à en découdre, mais quelqu’un toque à la porte. La seconde suivante, elle s’ouvre et Milo apparaît. Il ne manquait plus que ça…
— Comme ça, j’exerce une mauvaise influence sur Avery ! l’attaque immédiatement Arizona.
Ne comprenant pas pourquoi elle lui dit cela, Milo cherche du secours auprès de moi. Je secoue la tête en fronçant mon nez comme pour lui dire : « laisse tomber ! »
— Je ne crois pas avoir parlé de mauvaise influence, Zoo.
Cela ne suffit pas à calmer la bête. Elle reste plantée là à dévisager sévèrement Milo.
— Eh bien, dit mon pauvre Milo avant de se racler la gorge. Il serait bien que l’attraction de la soirée fasse une apparition ou on risque de perdre la moitié de nos invités.
Je lance un regard suppliant à Zoo en espérant qu’elle acceptera de s’occuper des gens qu’elle a invités.
— C’est bon, soupire-t-elle en prenant la direction de la sortie. Je m’occupe de mettre un peu d’animation.
— Merci, Zoo.
Avant de sortir, elle lance un regard noir à Milo.
— Qu’est-ce que j’ai encore fait ? me demande-t-il en levant les mains.
Je m’approche pour me lover contre lui.
— N’y pense plus, dis-je en glissant mes doigts dans ses cheveux.
Milo pose ses mains sur ma taille et me soulève pour me faire tournoyer.
— J’ai un aveu à te faire : j’ai menti pour qu’elle s’en aille. J’avais envie d’être seul avec toi, me confesse-t-il avant de m’embrasser.
Milo me repose et me fait tourner sur moi-même pour examiner ma robe.
— Il n’y a pas à dire, tu es parfaitement habillée pour cette soirée, s’amuse-t-il avant de me ramener dans ses bras.
Je m’écrase contre sa bouche et Milo me donne l’un de ses baisers qui nous conduisent inévitablement à l’horizontale.
— Doucement, dis-je pour le modérer. J’ai mis deux heures à me préparer et, à ce rythme-là, je vais devoir recommencer.
— Et moi, je vais devoir passer la soirée à attendre que ces imbéciles s’en aillent avant de pouvoir te retirer cette robe, aussi jolie soit-elle.
— Si tu l’aimes tant, pourquoi me la retirer ?
— J’aime bien cette idée. En attendant d’en arriver au moment le plus croustillant de la soirée, il faut descendre. Ton père se languit de toi.
Main dans la main, nous sortons et rejoignons le rez-de-chaussée.
Je suis immédiatement impressionnée par le monde qui a investi ma maison. Il y a des invités dans tous les coins et l’ambiance semble vraiment bonne. Comme je m’en doutais, il y a beaucoup de visages que je ne connais pas. En revanche, je n’ai aucun mal à croire que ce ne soit pas le cas d’Arizona. Elle a un côté hypersocial et sa gentillesse fait qu’on se prend rapidement d’affection pour elle. Je n’ai jamais compris pourquoi le feeling passe si mal entre elle et Milo.
Pourtant, ils se débrouillent très bien lorsqu’ils unissent leurs forces. J’en veux pour preuve cette soirée. Tout a l’air tellement parfait. Ils n’ont pas lésiné sur les moyens : un bar a été installé dans le salon et des serveurs déambulent au milieu des invités pour leur servir des hors-d’œuvre et du champagne. Une musique agréable s’échappe des enceintes de mon père et la décoration est, comme ma tenue, sur le thème de Paris.
— Milo, c’est tellement beau ! m’extasié-je en parcourant les environs.
Il dépose un baiser sur ma joue et me dit :
— J’espère que tu m’accorderas une danse.
Je balance ma tête sur le côté et nos visages se frôlent.
— Tu veux danser, toi ?
— Avec la plus belle fille de la soirée, bien sûr !
Je glousse et Milo emprisonne ma main pour m’entraîner au milieu de toute cette foule. Je salue quelques personnes au passage.
Après avoir échangé quelques bises et reçu de nombreuses félicitations, nous parvenons à atteindre la cuisine. C’est là que mon père se cache. Assis autour de la table sous la véranda, il sirote un verre de whisky.
— Ma chérie, tu es resplendissante, dit-il en se levant pour venir m’embrasser.
— Merci, papa.
Nous nous embrassons et, comme Milo tout à l’heure, mon père me fait tourner sur moi-même.
— Il n’y a rien de surprenant à ce qu’ils t’engagent. Tu as tellement de talent.
Un nouveau compliment qui me fait rougir.
— On va devoir apprendre à la partager avec la France, s’amuse Milo.
Il m’offre l’une des deux coupes de champagne qu’il a récupéré auprès d’un serveur en chemin.
— Pour l’instant, nous t’avons avec nous encore quelques jours et il faut savourer chaque seconde.
Milo ressert un verre à mon père et, une fois que nous sommes tous servis, il lève sa coupe.
— Nous sommes extrêmement fiers de toi, mon cœur. Une nouvelle vie s’offre à toi. Qu’importe les ajustements que nous allons tous devoir faire, nous les ferons avec grand plaisir, car rien ne compte plus pour nous que ton bonheur.
Mon père imite Milo et lève son verre.
— À ton bonheur, ma chérie. Paris est à toi, tu n’as plus qu’à le conquérir.
— À toi, mon amour, me dit Milo en faisant s’entrechoquer nos coupes.
— À nous, dis-je mes yeux plongés dans les siens.
Verrou en forme de cœur contour
Milo
Deux heures après avoir trinqué avec Avery, la soirée bat toujours son plein. L’ambiance est incroyable. Je ne le crierai pas sur tous les toits, mais Arizona a su organiser une très belle fête pour son amie. Il n’y a que le nombre d’invités que je déplore. J’aurais aimé lui offrir un moment plus intimiste, mais Avy s’amuse et c’est l’essentiel.
Je le vois à la manière dont elle déambule au milieu de ses invités. Elle discute et rigole avec aisance, elle qui redoutait cette foule. Je la trouve particulièrement radieuse. Outre la magnifique robe qu’elle porte, son bonheur est si visible qu’elle irradie.
J’ai l’audace de croire que je suis en partie responsable de son immense joie. Au-delà du fait qu’elle a décroché cet emploi et qu’une nouvelle vie l’attend à Paris, je pense que notre histoire d’amour l’aide à s’épanouir dans sa vie de femme.
Un verre de champagne dans la main, je l’observe depuis un coin de la pièce. Elle me lance un coup d’œil de temps à autre et ce regard en dit long sur ce qu’elle pense. Aussi agréable que soit cette soirée, elle se languit du moment où nous serons tous les deux. Et moi aussi. En attendant de la retrouver en toute intimité, je la laisse à ses amis avant de rejoindre le seul invité que je connais parfaitement : Earnie.
Ce dragueur n’a pas perdu de temps pour s’entourer de deux belles jeunes femmes. Il faut dire qu’il a une tchatche impressionnante et que je lui ai parfois enviée.
— Alors mon ami, tu t’amuses bien ? le taquiné-je en posant une main sur son épaule alors qu’il rit aux dires des deux jeunes femmes avec qui il bavarde.
— Carrément ! s’amuse Earnie en me présentant sa bière.
Je trinque avec lui.
— Et Avy ? Sa soirée lui plaît ?
— J’en ai bien l’impression.
Earnie s’excuse auprès des deux jeunes femmes en leur promettant de revenir les voir plus tard et nous partons en direction du jardin. Avec toute cette foule, j’ai envie de prendre un peu l’air. Nous prenons place autour de la piscine, sur les transats.
— Comment se sent-elle à l’approche du départ ? Une part d’elle doit être assez anxieuse, non ?
— Elle est impatiente à l’idée d’aller vivre en France, mais le fait de devoir quitter son père et ses amis l’angoisse. Je ne suis pas tranquille à la pensée qu’elle reste seule à Paris…
— Mais c’est l’histoire de quelques semaines, non ?
— Oui, tu as raison. Je t’avoue que j’aurais préféré partir avec elle tout de suite.
— Ne te fais pas de soucis pour elle, Milo. Avy va très bien se débrouiller. Et puis, tu as besoin de ce laps de temps pour te concentrer sur ton avenir. Je trouve remarquable la manière dont tu soutiens Avy, mais n’oublie pas de penser à toi.
— Il n’y a aucune chance que ça se produise. Je vais profiter de son absence pour mettre sur pied mon départ. En ce qui concerne le travail, je crois qu’il sera plus simple de me pencher sur le sujet une fois que je serai à Paris.
— Je pense que ça sera plus facile, effectivement.
— Milo !
Je lève brusquement la tête lorsque j’entends qu’on m’appelle à travers le jardin. Je balaie les environs et trouve Arizona près de la baie vitrée. Elle me fait de grands signes pour me dire de venir.
— Mais qu’est-ce qui se passe ? dis-je en me précipitant dans sa direction.
À la tête qu’elle fait, je vois bien que quelque chose ne va pas.
— Qu’y a-t-il ? m’enquis-je quand j’arrive près d’elle.
— C’est June. Elle est au salon avec Avery.
— Eh merde !
Ni une ni deux, j’entre dans la maison et me faufile au milieu des gens. Je dois même jouer des coudes avec certains d’entre eux. Il faut que je rejoigne Avy avant que cette soirée tourne au drame.
June a très mal réagi lorsqu’elle a appris ma relation avec Avy et je peux m’attendre au pire.
Quand je les repère enfin, elles se trouvent près de l’entrée du salon. June s’adresse à Avery. Elle n’est pas véhémente ou en colère, bien au contraire. Elle semble prise par l’émotion et son visage est trempé de larmes. Ma pauvre Avery se décompose un peu plus à chaque mot qui sort de la bouche de June.
Immédiatement, je me sens coupable que mon passé vienne entacher cette soirée en son honneur. Comme si ce moment n’était pas suffisamment malaisant, il se déroule sous le regard curieux de ses invités.
Sans réfléchir, je saisis June par le bras et l’attire en direction de la cuisine.
— On va aller discuter ailleurs qu’ici, sifflé-je en la faisant traverser l’entrée de la maison.
— Je suis venue pour lui parler à elle ! s’agace June en se débattant.
— Elle n’est pas concernée par notre histoire. Et tu ne vois pas que tu te ridiculises !
Arrivés dans la cuisine, je la relâche. June me signifie qu’elle est prête à en découdre en croisant les bras sur sa poitrine.
— Je me ridiculise, moi ? J’espère que c’est une plaisanterie. Je te rappelle que tu couches avec ta sœur, Milo !
Je soupire en me pinçant le nez lorsqu’elle profère cette accusation.
— Tu ne comprendras jamais…
— Ça, aucune chance !
Fou de rage, je ne parviens plus à garder mon calme.
— Tu n’as aucun droit de débarquer ici et de lui faire ton numéro ! Notre histoire était finie avant que je me lance dans cette relation. Avy n’y est pour rien.
C’est à cet instant qu’elle entre dans la cuisine. Elle est blanche comme un linge et ça me brise le cœur de la voir comme ça.
— Mon cœur sors et va t’amuser. Je vais régler ce détail avant de te rejoindre.
Je crois qu’Avery veut rétorquer quelque chose, mais June se plante devant moi.
— Tu vois ! Je t’avais dit qu’elle ferait passer ses désirs avant toi ! Il n’y a qu’elle qui compte !
— Je me fous complètement de ce que tu penses, June. Je fais ce que je veux de ma vie, ça ne te concerne plus ! Et si l’idée de nous voir ensemble est si insupportable pour toi, rassure-toi, car nous partons en France…
Une nouvelle qui lui coupe le sifflet. Son regard hagard passe de moi à Avery.
— C’est une plaisanterie ?
— Oh que non ! C’est bel et bien ce qui va se produire.
— Tu es prêt à tout abandonner pour t’en aller avec elle alors que tu n’as même pas voulu rester à New York pour moi ! s’indigne-t-elle.
— Ça n’a rien à voir !
— En quoi est-ce différent ? se rebiffe-t-elle.
— Elle, je l’aime, bordel ! aboyé-je avant de me stopper net, surpris par ma réponse.
June la reçoit aussi violemment qu’une gifle en plein visage et je regrette de lui causer autant de peine. Si seulement elle voulait bien comprendre que je ne ferai pas marche arrière.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ? bafouille June au bord des larmes.
— June, je suis désolé. Il faut que tu te fasses une raison que tu comprennes que tout est terminé…
June qui paraissait abattue se ressaisit subitement. Elle fait un pas vers moi et abat ses deux poings sur mon torse.
— Salaud ! hurle-t-elle pendant que des larmes de rage coulent le long de son visage blême. Ça ne sera jamais terminé ! Même si je le voulais, tu feras partie de ma vie à jamais.
— Je n’y peux rien si…
— Je suis enceinte, Milo !
Un silence de mort suit ce cri de douleur de June. Un très long silence. June et moi, nous nous jaugeons alors que j’essaie encore d’assimiler ce qu’elle vient de m’avouer.
— Ce... ce n’est pas possible… ânonné-je.
— Crois-moi, je préférerais que les choses soient différentes, mais je ne peux rien y faire ! Je suis enceinte de toi qu’on le veuille ou non…
C’est un cauchemar… Mon Dieu, dites-moi que ce n’est qu’un cauchemar…
— Tu ne peux pas partir, Milo. Tu ne peux pas t’en aller. Je n’ai pas la force de traverser ça toute seule… me dit June d’un air triste. Je suis terrifiée…
Comme je la comprends… Cela fait à peine trente secondes que je suis au courant de sa grossesse et je suis paniqué moi aussi. Et encore ! Je suis très loin de mesurer encore les conséquences qu’une telle nouvelle aura sur ma vie.
Je sens au fond de moi combien June a besoin que je la rassure et je ressens la même chose. J’attrape délicatement ses mains et la ramène contre moi. Elle s’effondre dans mes bras et j’aimerais me laisser aller moi aussi. J’aimerais, mais je ne peux pas. June est fragilisée par la situation et par cette grossesse que nous ne voulions pas. Je dois me montrer fort même si tout se brise en moi.
Je la serre contre moi et mes yeux se posent sur l’autre personne dans la pièce. Celle qui n’a pas dit un mot depuis qu’elle est arrivée. Nos regards se croisent et je cherche au fond de ses yeux un réconfort. J’exige beaucoup d’Avery, ce soir. Je lui réclame son soutien et sa compréhension alors que la situation est aussi épouvantable pour elle qu’elle l’est pour moi.
En trois mots, June a brisé nos rêves et bouleversé notre avenir. Plus rien ne sera jamais pareil, notre insouciance vient de voler en éclats et je vois dans le regard d’Avy qu’elle le comprend aussi bien que moi.
Elle passe ses doigts fins sur ses joues pour chasser ses larmes avant de m’adresser un sourire rassurant. Un simple sourire timide, mais qui veut dire tellement. Je le vois et je sais qu’elle me soutiendra qu’elle m’aimera malgré ce coup du sort.
Mes lèvres lui miment un « je t’aime », car je veux qu’elle sache que rien ne changera mes sentiments pour elle. Avy est mon âme sœur et notre amour peut tout affronter, même cette paternité imprévue, j’en suis convaincu.
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