Au péril de t'aimer (French Edition)

Elma Hilde · Chapitre 25 sur 33

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Au péril de t'aimer (French Edition)

Chapitre vingt-quatre

 

 

Avery

Cette nuit va-t-elle enfin se finir ? C’est la question que je me pose en quittant la cabine de douche. Je me suis accordé quelques minutes pour me délasser sous l’eau chaude après ce vol interminable entre Paris et Miami et cette horrible soirée.

Après ce désastre, je voudrais me coucher et tenter de dormir quelques heures, mais mon père m’attend dans la pièce voisine et je ne peux pas lui refuser cette conversation qu’il me réclame.

Quand je le rejoins, il est assis sur mon lit, le regard perdu dans le vague. Cela me désole de le voir dans cet état. Comment ai-je pu être aussi stupide ?

— Oh papa, je suis tellement désolée, m’excusé-je en m’asseyant près de lui.

J’enroule mes bras autour de ses épaules et plonge mon visage dans son cou.

— Pardon…

— Ma petite chérie, dit-il en m’enlaçant. J’ai tellement peur.

Tout en me câlinant les cheveux, il poursuit :

— Peur de ne pas avoir su te protéger, que tu m’échappes, de te perdre…

— Ne dis pas ça, gémis-je en l’embrassant à plusieurs reprises. Tout est ma faute. Je ne savais pas comment vous annoncer la nouvelle et j’ai tout fait de travers…

Mon père se détache de moi pour prendre mon visage entre ses mains robustes.

— Je comprends que c’était difficile et je n’aurais pas fait mieux.

Nous nous jaugeons tendrement quelques instants et je place mes mains sur ses joues.

— Tu ne me perdras jamais, c’est impossible !

— Mais aujourd’hui, il y a…

Mon père ferme les yeux et prend une profonde inspiration avant de poursuivre :

— Je n’aurais jamais imaginé dire ça un jour, mais il y a Milo dans ta vie.

J’ai un sourire confus quand il évoque ma relation avec Milo. J’ai l’effroyable sensation de l’avoir trahi en lui cachant mes sentiments à son égard.

— Et je sens déjà au fond de moi combien cette histoire t’a transformée. J’ai senti que tu es différente ces derniers temps, et je comprends qu’il est responsable de ces changements.

— Je l’aime, papa, et la vérité, c’est que je l’aime depuis des années.

Le regard de mon père s’assombrit quand je lui fais cet aveu. Je peux presque voir ce flot de questions tournoyer dans ses grands yeux gris.

— Bien sûr, il n’en a jamais rien su. Tout a changé depuis son retour. Son regard a changé, dis-je un sourire tendre en coin.

Mon père emprisonne mes mains dans les siennes et avec un grand sérieux, il me dit :

— Avy, je suis désolé de te poser cette question, mais mon rôle de père exige que je le fasse.

J’opine du bonnet pour lui signifier que je comprends parfaitement sa réaction.

— Il ne s’est jamais rien passé avant cet été, tu me le jures ? Milo n’a jamais rien tenté avec toi lorsque tu étais plus jeune ?

— Non, papa, je te le jure. Milo n’est pas comme ça. C’est quelqu’un de bien. Et si j’étais si perdue, c’est justement parce qu’il me considérait comme sa « sœur ». Il était avec June et moi, j’étais malheureuse comme les pierres.

— Mon cœur, murmure mon père en câlinant mes joues. Je suis tellement navré que tu aies enduré tout ça. Je n’ai jamais rien soupçonné.

— J’ai toujours fait ce qu’il fallait pour ça. Je pensais que vous me prendriez pour un monstre…

Son regard se fronce.

— Jamais je n’aurais pensé une telle chose, voyons. On ne contrôle pas ses sentiments et Milo n’est pas ton frère. Je ne t’ai jamais poussée à le considérer ainsi d’ailleurs. J’ai simplement eu l’impression que cette affiliation était naturelle entre vous. J’ai respecté ça en pensant que ça te ferait du bien d’avoir quelqu’un sur qui compter.

— Au début, c’était le cas, mais mes sentiments envers lui ont changé et ma vie est devenue un enfer.

Tendrement, mon père range mes cheveux encore mouillés derrière mon oreille.

— Si tu es heureuse aujourd’hui, c’est le principal. Ne te focalise pas sur le chemin parcouru, mais sur la destination, mon cœur.

— La destination, répété-je l’air triste. Je crois que je viens de tout détruire, alors je ne sais plus vraiment où regarder…

— Pour être franc, maintenant que je sais tout ça, j’ai du mal à comprendre que tu veuilles partir au bout du monde.

— Parce que je suis une idiote ! Milo m’a dit que je devais vivre mes rêves et que la distance ne changerait rien entre nous.

— Ça lui ressemble bien, mais ma chérie, on ne prend pas une décision aussi importante sans en parler à la personne qui partage notre vie. Milo peut être très compréhensif, mais là, tu lui en demandes trop.

— Je m’en rends compte, bien sûr. Je me suis sentie prise au piège entre mon amour pour lui et mon ambition. Et puis, ce n’est pas tous les jours qu’on reçoit une telle proposition. J’ai eu très peur de montrer à monsieur Laval que j’hésitais.

— Ça, je peux le comprendre. Milo aussi y arrivera, mais avant ça, tu vas devoir t’excuser et le rassurer.

— Je doute qu’il accepte mes excuses. Il ne croit même plus en mes sentiments.

— Nous sommes tous très tendus, ce soir, mais les choses vont s’apaiser. Pour le moment, il est tard et nous sommes fatigués.

Il dépose un baiser dans mes cheveux.

— La nuit porte conseil à ce qu’on dit. Dors et tu aviseras demain, quand tu auras les idées plus claires.

Mon père a raison, il n’y a rien de plus à faire, ce soir. Je me couche sous le regard attendri de mon père. J’aimerais lui dire « bonne nuit » et dormir quelques heures avant d’affronter la colère de Milo, mais je repense aux paroles de mon père et j’ai l’impression qu’il n’y aura pas de meilleures occasions pour l’interroger à ce sujet.

— Papa, avant que tu t’en ailles, j’aimerais comprendre le sens de tes propos lorsque tu t’es adressé à Pamela. Tu lui as dit qu’elle savait ce que j’ai vécu, mais je ne comprends pas… Que m’est-il arrivé ?

Je remarque à sa manière de m’examiner qu’il n’est pas à l’aise avec mes questions. J’imagine qu’il aurait préféré que je ne remarque rien.

— Avy, dit-il en se frottant la nuque. Ce n’est pas une bonne chose de revenir sur le passé…

— C’est un peu tard pour ça, non ?

— Je crois que tu as raison, me concède mon père en venant s’asseoir à ma droite.

Il m’invite à me blottir contre lui, ce que je fais.

— Pour commencer, je suis navré au sujet de Pamela. Je n’arrive pas à réaliser qu’elle a osé faire ça.

Je me redresse pour le voir.

— Malheureusement, je pense que ça couvait depuis longtemps.

— Je suis à l’origine de son animosité envers toi, j’en ai conscience. Je t’ai toujours protégée, souvent de manière exagérée et elle s’est sentie lésée et humiliée.

— Je reconnais que je n’étais pas toujours défendable, mais tu l’as fait sans te poser de questions.

— J’espère que tu ne m’en voudras pas d’avoir gardé cette histoire pour moi, mais tu étais si petite et en grandissant, tu es devenue plus fragile.

Certaine que cette conversation va me bouleverser, je le serre plus fort.

— J’espère ne pas commettre une erreur en déterrant ce bout de ton passé, mais tu as le droit de connaître ton histoire.

— Comme tu l’as dit, je ne dois pas me focaliser sur le passé, mais regarder vers l’avenir. Je veux me construire dans l’amour de Milo et auprès des gens que j’aime. Je sens déjà combien c’est important et je veux savoir, mais je refuse que ça me détruise.

Mon père m’embrasse tendrement et en me disant :

— Dans ce cas, je vais te raconter.

J’ai le cœur battant alors que mon père s’apprête à me livrer une part de ma vie dont j’ignore tout.

— J’ai trouvé mon premier job important quelques semaines seulement avant ta venue au monde. Je venais de finir mes études et j’aurais voulu que le timing soit meilleur. Mais tu as pointé ta jolie frimousse plus tôt que prévu dans mon plan.

J’ai un sourire pour lui, il est tellement doux en disant cela.

— Mon travail m’accaparait énormément et ta mère a dû s’occuper de toi seule. À l’époque, ta grand-mère, ma mère, voulait lui apporter son aide, mais elle a refusé. Rien n’était simple entre elles. Les premiers mois, tu étais un bébé incroyablement calme, mais tu as grandi et tu as appris à marcher. À partir de là, un nouveau monde s’est ouvert à toi et tu es devenue une petite chipie extrêmement curieuse et malicieuse.

— J’étais chiante quoi, dis-je en roulant des yeux.

— Oh non, mon cœur. Tu étais un petit bonheur sur pied et je souffrais de ne pas pouvoir t’accorder plus de temps. Malgré cela, tout allait bien. Enfin… c’est ce que je croyais…

Mon père presse sa bouche dans mes cheveux.

— Un jour, je suis rentré assez tôt pour te donner le bain et j’ai remarqué que tu avais un bleu. J’ai questionné ta mère à ce sujet et elle m’a répondu que tu avais fait une chute. Tu marchais depuis peu alors, je n’ai pas trouvé ça étrange. Je n’ai rien dit de plus et les semaines ont passé jusqu’à ce que je remarque un autre bleu sur ton bras.

Son récit n’est pas terminé, mais je peux déjà en deviner le contenu. Les yeux remplis de larmes, je me redresse pour voir mon père.

— Papa ?

Il y a tellement de questions qui viennent se confronter aux souvenirs liés à mon enfance, mais je ne me souviens pas de ma mère. Tout ce que je croyais savoir, c’est qu’elle nous a abandonnés quand j’étais toute petite. De toute évidence, il y a plus que cela.

— J’aurais sûrement dû avoir des doutes à ce moment-là, mais j’étais aveuglée par l’amour que je portais à ta mère, continue-il de se confier de plus en plus ému. Un jour, j’ai été appelé par l’hôpital, car tu avais fait une chute dans l’escalier. J’ai su au fond de moi que ça n’avait rien à voir avec une quelconque chute. J’ai couru pour te rejoindre et, comme la procédure l’exige dans ce genre de cas, une assistance sociale est venue pour poser des questions sur les circonstances de cet « accident ». Je n’ai pas hésité une seconde et je lui ai fait part des deux autres incidents.

Mon père repousse les larmes qui roulent sur mes joues.

— Ce jour-là, c’est la dernière fois que tu as vu ta mère. À partir de cet instant, j’ai remué ciel et terre pour qu’elle n’ait plus jamais le droit de s’approcher de toi. Tu comprends ce que ça veut dire, chérie ?

À court de mots, je me contente de faire oui de la tête.

— J’étais tellement en colère après ta mère. Elle avait osé lever la main sur toi et, par sa faute, on menaçait de t’arracher à moi. Il a fallu que je prouve que je n’étais pas violent. Une assistante sociale nous a suivis durant des mois. J’ai eu cette épée de Damoclès au-dessus de la tête pendant trop longtemps. J’avais si peur qu’on ne me croit pas. Dès que tu t’écorchais un genou ou que tu te cognais, le monde s’arrêtait de tourner et une peur viscérale me nouer les entrailles. Je déteste ta mère pour t’avoir infligé ces coups et pour m’avoir fait vivre l’enfer.

— Oh mon Dieu, papa, bafouillé-je avant de me jeter dans ses bras pour y fondre en larmes.

Il me serre de toutes ses forces.

— Rien ne compte plus pour moi que de te protéger, Avy. Aujourd’hui, je dois te laisser t’en aller. Pars, mon trésor. Va vivre cette vie qui t’attend à Paris. Ne regarde pas derrière toi, mais devant toi. Regarde tout ce que tu peux avoir, ce que tu mérites.

— J’ai peur, papa. Peur de vivre loin de toi ou de Zoo et respirer devient insoutenable quand je songe à Milo.

— Avy, regarde-moi, m’ordonne-t-il avec douceur.

J’obéis et mes larmes disparaissent sous les pouces de mon père.

— Maintenant que tu as pris ta décision, chacun d’entre nous doit en faire de même vis-à-vis de toi. Pour ma part, je fais le choix de te soutenir et je te fais la promesse de faire tout mon possible pour que nous souffrions le moins possible de notre séparation. Tu rentreras aussi souvent que possible et je prendrai le temps de venir te voir à Paris. Arizona fera son propre choix et Milo en fera autant.

— Je ne sais pas ce que je vais devenir s’il choisit de me quitter…

— Je comprends que tu te poses la question, mais tu es plus forte que tu ne le crois, Avery. Tu sauras surmonter cette épreuve.

— Papa, bredouillé-je avant de l’embrasser. Merci de m’avoir dit la vérité à propos de ma mère. C’est important que je sache.

Je me blottis dans ses bras avec l’envie de m’y endormir. Il n’y a pas d’endroit plus rassurant que celui-ci.

— Tout ce que je viens de te raconter est encore tout chaud et tu vas avoir besoin de temps pour digérer cette information, mais je ne te demande qu’une chose Avery : si un jour tu ressens le besoin de revoir ta mère, je veux que tu viennes m’en parler d’abord.

— Tu sais où elle se trouve ? m’étonné-je en levant les yeux vers lui.

— Je l’ai toujours gardée à l’œil pour m’assurer qu’elle ne débarque pas dans ta vie comme un cheveu sur la soupe. C’est ton droit de vouloir la rencontrer.

Je fais non de la tête.

— Elle n’a jamais fait partie de ma vie et il est hors de questions que ça change. Rien de ce qu’elle pourrait me dire ne justifiera ce qu’elle m’a fait, ça ne m’intéresse pas. Il y a tout l’amour dont j’ai besoin ici, dis-je en posant un doigt sur son cœur.

— Tu n’as pas idée, mon cœur. Cet amour-là n’a pas de limites. Je tuerai pour toi.

— Ça, c’est toujours bon à savoir, dis-je avant de rire dans son t-shirt.

Il m’imite.

— Dors maintenant, ma chérie. Tu as besoin de repos.

— C’est peu de le dire, dis-je en me relaxant.

— Et puis, on a du pain sur la planche pour préparer ton départ.

— Pour le moment, je refuse d’y penser. Je veux seulement dormir pendant des jours.

— Alors, dors. Je reste avec toi.

Je m’endors rapidement, bercée par les caresses de mon père. J’ai toujours senti combien il m’aimait, mais ce soir, je viens de comprendre la portée de son amour. Il n’a pas de fin. Rien que pour vivre quelque chose d’aussi fort, je deviendrai maman un jour. Qu’importe la tournure que prendra ma vie, je vivrai cet amour inaliénable.

 

Verrou en forme de cœur contour

 

Milo

Ce matin, les premiers rayons du soleil m’offrent un dégradé époustouflant d’orange, de rose et de violet. Dans mes souvenirs, embrumés par l’alcool, je ne crois pas avoir déjà vu un ciel aussi spectaculaire. En tout cas, jamais aucun ciel ne m’a fait cet effet-là. Je renifle et dévisse le bouchon de la bouteille de whisky pour m’en servir un autre verre.

C’est ici que j’ai passé la nuit, assis autour de cette table où j’ai fougueusement aimé Avy, il y a quelques semaines à peine. J’ai enquillé verre après verre pour tenter d’anesthésier la douleur, mais rien n’y fait. Je souffre et la quantité d’alcool dans mon sang n’y change rien.

Mes doigts appuyés contre mes paupières, je tente de retenir de nouvelles larmes. Enivré, perdu comme jamais je ne l’ai été, je pleure comme un foutu gamin.

Elle a choisi de m’abandonner, sans même m’en parler, sans se demander ce que cette décision aurait comme conséquences sur notre couple.

— Milo ?

La voix prudente de ma mère me fait relever la tête. J’essuie grossièrement mes joues. Avec tout ce whisky, j’avais presque oublié qu’elle était là…

Elle a débarqué hier soir en prétextant vouloir être présente pour moi. Très vite, elle s’est mise à me questionner au sujet d’Avery et j’ai rapidement perdu patience. Je lui ai ordonné de me foutre la paix et je me suis enfermé dans la cuisine avec ma bouteille de whisky.

— Ne me dis pas que tu as passé la nuit à boire, dit-elle agacée en fonçant vers la bouteille.

Même si mes réflexes ne sont pas au top, je m’en empare avant qu’elle le fasse.

— Et ne me dis pas ce que je dois faire ! D’ailleurs, je préfère que tu rentres. J’ai envie d’être seul.

— Dans ton état, c’est hors de question. Non, mais regarde ce qu’elle a fait de toi !

— Ne me parle pas d’elle, maman ! Ça ne te concerne en rien !

— Comment as-tu pu te laisser embobiner par cette croqueuse d’hommes ? C’est une… une…

Mon poing s’abat sur la table et je bondis de ma chaise.

— N’insulte pas Avy devant moi maman ou tu risques de le regretter ! Ici, tu es chez moi, mais aussi chez elle. Respecte-la ou va-t’en !

Ma mère se décompose devant moi.

— Qu’est-ce que tu viens de dire ?

— Tu as très bien compris ! Sache que je n’hésiterai pas à tirer un trait sur toi si tu t’en prends à elle.

J’avale mon verre dans son intégralité.

— Avy fait partie de moi maintenant et je n’aimerais plus jamais personne d’autre. Accepte-le ou sors de ma vie, maman…

Je tourne les talons et je disparais dans la chambre en prenant soin de garder ma bouteille de whisky. Je voudrais dormir quelques heures et son aide me sera bien utile…

 

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