Au péril de t'aimer (French Edition)

Elma Hilde · Chapitre 20 sur 33

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Au péril de t'aimer (French Edition)

Chapitre dix-neuf

 

Milo

Diling, diling…

La sonnette de mon appartement retentit entre ses murs et me fait sursauter au passage. Une réaction un peu stupide, car j’attends cette visite. Malheureusement, elle me rend nerveux.

Il faut dire que cette soirée va sûrement être très étrange. Ces derniers jours, je pense beaucoup à ce qu’Avy m’a dit à propos de mon histoire avec June. Elle prétend qu’elle n’est peut-être pas derrière moi. J’étais persuadé que c’était le cas, mais je ne peux pas nier que la revoir m’a bouleversé. Depuis le jour où je l’ai trouvée dans mon bureau à m’attendre, je me dis qu’il est impératif que je tire toute cette affaire au clair.

Comme Avy l’a dit, elle mérite plus que mes doutes et mes hésitations. Elle a besoin que je la rassure sur mes sentiments pour June, sur mes intentions envers elle. Pour en être capable, je dois être certain que mon amour pour June et les années que nous avons passées ensemble ne représentent plus rien à mes yeux.

C’est pour trouver la réponse à toutes ces questions que j’ai invité June à dîner. Sur le moment, j’ai envisagé que l’on se retrouve au restaurant en terrain neutre. Cela dit, j’ai pensé que notre discussion serait très personnelle et j’ai opté pour la discrétion de mon appartement. Même si l’idée de la laisser venir ici me met très mal à l’aise vis-à-vis d’Avy. Après tout, c’est elle qui s’est occupée de faire de cet endroit un lieu agréable à vivre.

— Salut, dit June d’une voix intimidée quand je lui ouvre.

— Entre, l’invité-je en me poussant pour lui faire place.

Elle pénètre chez moi et explore les alentours d’un œil curieux. Je lui indique le salon et elle avance dans cette direction. 

— J’ai cru comprendre que tu ne vis pas ici depuis longtemps, dit-elle en s’asseyant sur mon canapé.

Sur la table basse, j’ai sorti deux verres, une bouteille de vin blanc et du jus de fruits, car je sais qu’elle boit rarement de l’alcool. J’ai également acheté quelques amuse-bouche.

— Non, c’est vrai. J’ai emménagé, il y a moins de deux semaines.

Je nous sers et m’installe dans le fauteuil à droite du canapé.

— Je dois t’avouer que j’ai été très surprise lorsque tu m’as invitée ici. Je présume que ça ne doit pas plaire à ta petite amie.

Mon cœur se serre quand je pense à Avy. Que dirait-elle si elle nous voyait ici tous les deux ?

— Eh bien… on s’est séparé…

— Oh ! s’exclame June intéressée.

— Pour tout dire, c’est elle qui m’a quitté.

Je bois une bonne gorgée de mon verre. J’aimerais me détendre et parler d’Avy n’est pas le meilleur moyen d’y parvenir.

— Elle a voulu me laisser de l’espace pour gérer… tout ça…

— Tu parles de moi ?

Je me laisse choir contre le dossier de mon fauteuil et y repose ma tête en soupirant.

— La situation n’est pas simple, June.

— Pour être franche, quand j’ai pris la décision de venir à Miami, je n’ai pas envisagé une seule seconde que tu aurais quelqu’un dans ta vie.

— Tout était fini entre nous !

— Et tu as retrouvé quelqu’un au bout de quelques semaines à peine !

Cette fois son ton ne laisse plus de place au doute, elle est sur la défensive.

— Il n’y a ni règle ni mode d’emploi dans ce domaine, pas de délai raisonnable ! Dois-je te rappeler que tu as rompu ?

— Je ne suis pas venue pour me disputer avec toi, dit-elle avec fermeté en posant son verre sur la table.

— Dans ce cas, il vaut mieux éviter de parler d’elle. D’ailleurs, ça ne concerne que moi.

— Mais je le sais aujourd’hui !

— Ce qui s’est passé depuis notre séparation ne te regarde pas. Je ne veux plus en parler et tu dois assumer les conséquences de tes actes !

Piquée au vif, elle pose son verre et goûte les amuse-bouche que j’ai dressés dans un plat.

— Et ton travail ? me demande-t-elle pour changer de sujet. Il te plaît ?

— Beaucoup oui. Je suis sur un gros dossier, en ce moment. C’est passionnant. Et toi ? Tu dis vouloir venir en Floride. Comment vois-tu les choses à ce sujet-là ?

J’écoute sa réponse sans vraiment être attentif. Je suis plus occupé à la regarder. C’est bizarre de la voir ici. J’ai rêvé de cela pendant longtemps au moment où j’ai pris la décision de rentrer à Miami. Les jours qui ont suivi mon arrivée, j’ai espéré qu’elle saute dans un avion pour me surprendre. Je croyais qu’elle allait réaliser combien je lui manquais. Après tout, elle me manquait atrocement, elle.

Aujourd’hui, j’ai tout ce dont je rêvais et quelque chose semble clocher dans ce tableau. June est toujours aussi jolie, elle ne semble pas avoir changé. Alors quel est ce détail qui me perturbe ? Est-ce moi qui suis différent ?

— Qu’en penses-tu ?

Je reviens à l’instant présent quand June me pose cette question. J’aimerais bien lui dire ce que je pense, le hic, c’est que je ne l’ai pas écoutée.

— Pardon, j’étais ailleurs. Que me disais-tu ? 

Mon manque d’attention l’agace, mais elle se maîtrise et n’en dit rien. Très poliment – tellement que cela sonne presque faux – elle répète :

— J’ai décidé de poursuivre mes études pour me spécialiser dans le moléculaire. Je retourne donc à l’université.

June suit des études en sciences. Elle a suivi un parcours pour devenir chercheuse en biologie cellulaire.

— Oh… c’est… euh… c’est bien.

— Tu désapprouves ?

— Je t’ai toujours soutenu dans tout ce que tu as entrepris, alors pourquoi je désapprouverais ? Je comprends ton désir de te spécialiser, mais tu sais, pour moi les études, l’université, la vie d’étudiants, c’est derrière moi. Je préfère la vie active. Combien d’années durera ta spécialisation ?

— Trois ans.

— Et tu envisages de t’inscrire ici, à l’université de Miami ?

— Si tu acceptes de nous laisser une chance, oui. Je ferai transférer mon dossier.

— C’est un peu court comme délai, non ? La rentrée est pour bientôt, je crois. Il te faudrait t’inscrire, trouver un logement et préparer ton déménagement.

— Je… euh…

Elle semble surprise par ce que je viens de dire. Je comprends rapidement ce qui a créé son malaise.

— June, soupiré-je. Dans l’éventualité où j’accepte, tu ne crois tout de même pas qu’on pourra reprendre les choses là où on les a laissées, c’est impossible ! Il faut du temps pour voir si ça peut coller.

— Tu voulais que je vienne et j’accepte de te suivre, Milo, s’agace-t-elle. Que te faut-il de plus ?

— Tu oublies qu’entre le moment où je t’ai demandé de venir avec moi et celui où tu as accepté, tu m’as quitté. Tu crois qu’on efface cette douleur, cette déception, aussi vite ?

— Si je comprends bien me pardonner te prendra du temps, mais te glisser entre les cuisses d’une autre fille ne t’a pris que quelques semaines, me balance-t-elle rouge de colère.

— Tu peux me jeter ça au visage autant que tu le souhaites, June, mais je ne me sentirai pas coupable. Je t’ai toujours été fidèle. Jamais je n’ai eu l’envie de te tromper. Je suis quelqu’un de bien et de respectueux. Je n’ai pas à me sentir minable d’avoir rencontré quelqu’un et d’avoir couché avec elle.

Si on met de côté le fait qu’il s’agit de ma sœur…

— Si tu ne peux pas t’en accommoder, alors tu n’as rien à faire là !

— En ce qui me concerne, je n’ai été avec personne. Pour ce que ça t’intéresse, siffle-t-elle.

— Il aurait pu en être autrement, ça ne m’aurait fait ni chaud ni froid.

Elle se raidit et je me rends compte que j’ai été très brutal dans ma réponse. Cela étant dit, je ne crois pas que cela m’aurait perturbé.

— Pardon. C’était maladroit de te dire ça.

— Maladroit ? dit-elle d’une voix blanche. Milo, tu es en train de me dire que ça ne compte même pas pour toi.

— Ce n’est pas ça… Je suis encore en colère après toi, June !

Je me lève et fais quelque pas dans mon salon.

— Tout ce que je voulais c’était construire mon avenir avec toi. Je n’avais pas d’autre plan en tête. Il n’y avait que toi ! Je t’ai parlé de Miami et ta seule réaction a été : « Si tu pars, c’est seul ! » Jamais je ne m’étais senti aussi merdique. Après toutes ces années, je ne méritais pas plus qu’un « Fais ce que tu veux, mais fais-le sans moi ! » ? C’était dégueulasse de ta part !

— Je sais, couine-t-elle avant de me rejoindre.

Elle serre ses doigts fins autour de mon t-shirt et pose prudemment sa bouche sur la mienne.

Je la laisse faire et reste immobile quelques secondes. Cet acte est encore familier pour moi. Je connais le goût de ses lèvres. Jusqu’à récemment, il n’y avait que lui qui faisait vibrer mon cœur. Aujourd’hui je ne lui trouve plus la même saveur. Il a perdu de sa perfection, de son innocence.

Je la repousse avec délicatesse. 

— Pardon, insiste-t-elle en revenant à la charge.

Je ne me fais pas surprendre cette fois et recule d’un pas pour éviter son baiser. J’estime qu’elle ne peut pas s’en tirer à si bon compte avec un baiser et des excuses.

— J’avais peur, Milo, pleure-t-elle en restant accrochée à moi. Peur de m’éloigner de ma famille, de mes amis.

— Et moi, June ? Je n’ai pas eu peur en quittant la Floride pour venir à New York peut-être ? On se connaissait à peine, mais je n’ai pas hésité. Je me suis fâché avec ma mère pour ça. J’ai tout abandonné, perdu mes repères. Malgré cela, j’ai foncé tête baissée. Pour toi, pour nous !

— Et je suis navrée de ne pas avoir eu le même enthousiasme que toi sur le moment. On était installés dans notre vie, dans notre petit confort et la perspective de recommencer à des milliers de kilomètres m’a terrifiée.

— Mais pas me voir partir seul ou me briser le cœur ? Ce n’était qu’un point de détail à tes yeux.

— Oui, j’ai honte de l’admettre, mais j’ai fait passer mes désirs avant les tiens. Si je suis ici ce soir, c’est pour corriger mon erreur, pour me rattraper.

June m’enlace et je reste paralysé quand elle m’étreint.

— Milo, je t’aime, me confie-t-elle avec désespoir avant de fondre en larmes.

Je la sens faiblir. Son corps semble s’échapper, se dérober. Je la serre dans mes bras pour éviter qu’elle s’effondre.

— Pardon, couine-t-elle dans mon cou. Mon amour, tu m’as tellement manqué.

Je resserre mes bras autour d’elle et la soulève pour la réconforter.

— Bon sang, June, tu aurais pu nous faciliter la tâche. Je suis perdu aujourd’hui et je ne sais plus quoi faire, lui avoué-je en sentant le délicat parfum dans ses cheveux.

— Laisse-nous une chance, je t’en prie. On pourrait être heureux, Milo. Je le sens au plus profond de moi, une nouvelle vie nous attend ici. J’en suis convaincue.

Le silence fait suite à ces quelques mots. Pour tout dire, je n’ai plus aucun mot. Il n’y a plus que ce silence qui semble dire quelque chose.

Verrou en forme de cœur contour

 

Avery

Quelques jours après cette première soirée gâchée, je suis de nouveau au pied de l’immeuble de Milo. Retranchée dans ma voiture depuis cinq longues minutes, j’attends de trouver le courage d’en sortir. Je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis notre séparation et je n’ai pas cherché à en avoir. Il a fallu que j’encaisse le coup comme on dit et ce n’est pas simple tous les jours.

C’est comme faire un bon dans le passé à l’époque où June a fait son apparition dans la vie de Milo. Je retrouve cette douleur familière d’être placée devant l’évidence que Milo n’est pas pour moi. Aujourd’hui, l’unique différence, c’est que je connais le bonheur d’être dans ses bras et cela ne me facilite pas les choses…

La présence de sa voiture confirme ce que je redoutais : il est rentré du travail. J’aurais voulu ne pas avoir à revenir, pas aussi vite après notre rupture, mais je suis partie précipitamment l’autre soir et j’ai oublié mes affaires.

Après avoir rempli mes poumons d’air, je trouve enfin la force d’ouvrir ma portière. Sur le chemin de son appartement, je répète mon petit discours préparé en amont. Le plus important est d’être concise, rapide, efficace et surtout de ne pas me laisser guider par mes émotions. Tout un programme…

Je ne réfléchis pas, j’avance, pour ne pas renoncer. Sur le pas de sa porte, j’appuie sur la sonnette en me balançant sur les pieds. Respire, Avy ! m’encouragé-je quand j’entends le loquet de la porte.

Comme je le craignais, mon cœur explose littéralement en le voyant apparaître derrière la porte. D’après sa tenue, je dirais qu’il vient de rentrer. Il porte encore son costume, mais il a retiré sa cravate et défait les premiers boutons de sa chemise.

Sur le pas de sa porte, il reste figé quelques secondes. Ma visite est une surprise pour lui.

— Avy ?

— Salut… Je… euh…

Je bafouille un début de phrase que je ne finis pas, car en l’espace d’une seconde, je suis attirée à l’intérieur de l’appartement, la porte claque dans mon dos et je m’écrase contre le torse de Milo.

— Pardon, mon cœur, s’excuse-t-il en prenant mon visage en coupe. J’ai cru que tu allais partir en courant.

J’y ai pensé, c’est vrai !

— Je… je… bégayé-je perdue dans ses yeux débordants de tendresse mélangée à de la tristesse. Je ne voulais pas te déranger, mais l’autre soir, j’ai oublié mon sac dans ta chambre et…

Je perds mes mots face à la douceur de ses caresses. Il m’a tellement manqué.

— Il y avait quelques vêtements, mais surtout ma pilule.

— Je comprends, murmure-t-il en frôlant mes lèvres de la pulpe de son pouce. Et tu ne me déranges pas.

Le temps se suspend entre nous. Nous nous jaugeons visiblement incapables de nous lâcher, mais sans aller au bout de nos gestes, comme si cela nous était interdit.

— Comment est-ce que tu vas ? s’enquit Milo en rangeant minutieusement mes cheveux, mèche après mèche.

— Oh…

Je hausse les épaules.

— Ça va. J’ai demandé un rendez-vous à l’homme qui a répondu à ma candidature chez Andrieu. S’il accepte de me prendre comme stagiaire l’an prochain, je trouverai un boulot.

— Je suis certain qu’il va te faire une proposition.

— Et ce dossier sur lequel tu travailles, est-ce que tu avances ? me renseigné-je en jouant avec le bouton de sa chemise.

J’aimerais l’ouvrir pour révéler ce petit tapis de poil que je connais si bien. Je voudrais tant entortiller mes doigts autour comme je le faisais souvent après l’amour.

— Je n’ai pas envie de parler du boulot, Avy. Tu es là et c’est tout ce qui compte.

Ses mains sur mes épaules, il me serre plus fort contre lui.

— On ne peut pas, Milo. Tu as besoin de remettre les choses…

— Tu me manques, me coupe-t-il en câlinant mes joues avec ses pouces.

Il est sur le point de m’embrasser, je le sens à sa manière dont il lorgne ma bouche, et je ne peux pas le laisser faire. J’en meurs d’envie et si je cède maintenant, je perdrai le contrôle de la situation. À contrecœur, je le repousse. Pourtant, tout ce que je désire, c’est l’embrasser et lui faire l’amour en lui répétant inlassablement combien je l’aime. Mais tant qu’il n’aura pas mis de l’ordre dans sa vie, il est impératif que je me préserve.

J’ignore son air de chien battu et file dans sa chambre. Prends ton sac et sauve-toi d’ici, Avy, m’encouragé-je.

— Avy, j’en ai assez de cette histoire, dit-il en me suivant. Cette situation devient ridicule, tu ne crois pas ?

— Il n’y a rien de ridicule dans ce que je te demande. Tu dois faire le ménage dans ta vie et déterminer ce que tu veux vraiment.

Sur place, j’ouvre la porte de son dressing et ramasse mon sac de voyage.

— Là tout de suite, je sais exactement ce que je veux…

Je balance la tête sur le côté lorsqu’il use de son ton grivois. Accoudé au chambranle de la porte, il me déshabille du regard.

— Je suis sérieuse, Milo !

Cet imbécile se met à rire.

— Et je prends les choses très au sérieux, ma puce, mais je ne vais pas me raconter des histoires : cette rupture ne me plaît pas !

Maintenant que j’ai récupéré mon sac, je suis bien décidée à ne pas m’éterniser. Je fonce vers la sortie, mais Milo me fait barrage quand je veux passer la porte de sa chambre.

— Tu m’écoutes ou tu es seulement venue pour me narguer ?

— Tu crois que ça m’amuse…

— D’agiter tes petites fesses devant moi ? Oui, je le crois.

— Espèce de… sifflé-je. T’es qu’un con, Milo !

Milo m’enserre à la taille et me soulève avant de me prendre mon sac pour le jeter au sol.

— Je deviens con parce que tu me manques, chérie…

Son bras sous mes fesses, il nous fait avancer au milieu de sa chambre.

— Si c’est ce que tu éprouves, tu sais ce qu’il te reste à faire.

Un sourire en coin, Milo fonce sur ma bouche et m’embrasse. Cette fois, je n’essaie même pas de lutter. Pire, je me laisse totalement emportée dans ce baiser. Ses lèvres viennent à bout de ma détermination à ne pas laisser les choses m’échapper.

Il suffit d’une seconde dans ses bras pour que j’oublie tout. Tout ce qui nous a conduits à cette situation. Plus rien n’a d’importance hormis ce baiser.

Je sens au fond de mes entrailles qu’une partie de moi se débat encore, elle me hurle de ne pas céder, mais Milo a une telle emprise sur moi sur mon corps que je ne l’écoute même plus.

— Milo, grogné-je en enfonçant ma langue entre ses lèvres.

Je laisse échapper un cri surpris lorsqu’il me jette sur le lit. Amusé, il me regarde en souriant, mais son sourire disparaît très vite quand ses mains remontent le long de mes jambes emportant ma robe sur leur passage. Milo n’est plus qu’un fauve en pleine chasse et je suis sa proie.

Je veux protester et ne pas céder à la tentation, mais sa bouche me condamne une nouvelle fois au silence. Mon désir et ma conscience se livrent bataille. Je veux renouer avec l’odeur de sa peau. Je veux la sentir sous mes doigts. Rien ne me fait plus envie à cet instant. Le traitement que Milo inflige à mes lèvres ne m’aide pas. Il les mord, les titille, les agace et j’en veux plus.

Aux prises de ce plaisir fougueux, je redessine les formes de son torse puis de son dos avant de me diriger vers ses fesses. Son cul me rend dingue et j’y enfonce mes ongles.

— Avy, rugit-il en réponse.

Ses mains abandonnent mes seins pour se glisser entre nous. J’entends le bruit de sa ceinture quand il la détache puis celui du zip de sa braguette.

— Mon trésor, souffle-t-il contre ma joue. J’ai tellement envie de toi.

Ses mains remontent le long de mes cuisses et je connais déjà leur destination : mon tanga. Il va me le retirer et se fondre en moi une nouvelle fois. J’en ai envie, mais que se passera-t-il après ? Oui, je vais prendre du plaisir et lui en donner, mais que vais-je ressentir quand l’extase se retirera ? La douleur d’être avec lui sans qu’il soit réellement avec moi ? Milo est perdu entre son passé avec June et le présent de notre histoire. Il n’a rien résolu et ce ne sont que nos corps qui parlent. Il me l’a dit lui-même : avec elle ce n’était pas aussi intense et je lui ai fait découvrir le sexe autrement. Mais ce n’est que ça : du sexe !

— Mon ange, tu n’as idée comme je…

Mon cœur se serre dans ma poitrine. Ce constat l’étouffe, le brise, le meurtrit. Je le sais depuis le premier jour : Milo ne m’aime pas. Le regard qu’il pose sur moi a changé, c’est indéniable. Pour autant, il n’est pas amoureux de moi.

— Avy, il faut que je te dise que je…

— Arrête, Milo ! lui ordonné-je en le repoussant avec véhémence.

Il me libère et je bondis du lit pour mettre de la distance entre nous.

— Avy, est-ce que tu m’écoutes ? J’essaie de te dire quelque chose d’important.

Je remets ma robe en place sans arrêter de m’éloigner du lit.

— Ce n’est pas dans cette position qu’on peut avoir une discussion importante.

— Très bien…

Il s’assied au milieu du lit et m’indique le fauteuil près de la salle de bains.

— Pose ton petit cul dans ce fauteuil que l’on bavarde sérieusement.

Je commence à marcher dans cette direction.

— Après on baisera…

Je me tourne vivement vers lui en le grondant du regard, ce qui le fait rire.

— Quoi ?

— Pauvre crétin, râlé-je en prenant le cousin posé sur ce fichu fauteuil.

Ce que je découvre en dessous me fait frissonner d’effroi. J’attrape entre mes doigts tremblants le bout d’étoffe qui traînait sous le cousin.

— À qui est-ce ? le questionné-je en lui présentant ce foulard bariolé.

— Il est à toi, je suppose.

— Crois-tu que je te poserais cette question si ce foutu foulard était à moi ?

— Attends, Avy, pourquoi cherches-tu la petite bête à ce sujet ?

— Dis-moi simplement à qui il appartient.

La chemise ouverte, le pantalon tombant sur ses hanches, Milo se lève.

— J’imagine que June l’a oublié, dit-il l’air penaud.

Même si je m’attendais plus ou moins à cette réponse, elle fait mal à entendre.

— Elle, m’étranglé-je, la voix prise dans un étau. Elle est venue ici ?

— Ma puce, je te rappelle que tu m’as demandé d’éclaircir la situation avec elle.

— Dans ta chambre à coucher ?

— Tu deviens insultante ! réplique-t-il calmement en croisant ses bras sur son torse dénudé. Ma patience a des limites, même pour toi, trésor.

Boudeuse, je me laisse tomber dans le fauteuil où reposer le foulard.

— Je reconnais que June est venue ici, il y a quelques jours. Pour discuter, m’explique-t-il posément. Elle m’a demandé à emprunter la salle de bains. Il n’y a rien de plus à dire.

— C’était supposé être notre refuge, Milo.

Je ravale un sanglot et balance ce maudit foulard sur le sol.

— Mon cœur, murmure Milo avant de s’agenouiller devant moi.

Il prend mes mains dans les siennes et les embrasse.

— C’est toi qui as voulu tout ça. On n’était pas obligé d’en arriver là.

— Tu dois avoir l’esprit tranquille pour mettre de l’ordre dans tes idées.

— Des idées dont tu as décidé qu’elles étaient en désordres.

— Tes hésitations…

— Sont peut-être à placer sur le compte de l’effet de surprise, me coupe-t-il. J’étais profondément convaincu qu’elle ne reviendrait jamais sur sa décision.

— Maintenant qu’elle t’a prouvé le contraire, il te faut prendre le temps d’y penser.

— Je connaissais ton côté borné, mais je ne l’aurais pas cru aussi prononcer, s’amuse Milo en pressant sa main contre ma joue.

J’ai tellement souffert de le voir avec June que j’ai peur de vivre la plus grande désillusion de ma vie. Suis-je trop méfiante pour voir que Milo est prêt à l’oublier ?

— Est-ce que je peux te demander de quoi vous avez parlé ?

— Pour tout te dire, c’était un peu tendu. Tout est allé si vite au moment de notre séparation que nous n’avons pas vraiment pris le temps d’en parler.

— Mais aujourd’hui, elle est prête à tout quitter pour venir te rejoindre…

— Justement, je l’ai questionnée à ce sujet. Je voulais savoir comment elle envisageait les choses si elle venait ici…

— Oh…

Ce qui implique qu’il n’a pas totalement rejeté l’idée qu’elle puisse s’installer avec lui. Milo a beau vouloir m’en convaincre, je sais qu’il hésite.

— Quoi ? s’étonne-t-il quand je me renfrogne. Qu’est-ce que j’ai dit ?

Je refuse d’entrer dans ce débat, je me contente de presser mes lèvres dans ses cheveux.

— Parle-moi, Avy…

— Je t’aime, lui confié-je le nez dans ses cheveux. Et je sais que tu es prêt à tout pour me protéger. C’est ce que tu as toujours fait. Un détail qui a contribué à ce que je tombe si farouchement amoureuse de toi.

Je prends son visage entre mes mains et le lève vers moi pour retrouver le noir de ses yeux.

— Mais ce n’est pas ce dont j’ai besoin aujourd’hui, Milo. Je ne veux pas que tu me dises ce que j’ai envie d’entendre, que tu me protèges ou que tu arrondisses les angles. Je veux que tu sois honnête avec moi, tout simplement. Même si la vérité doit me blesser. Si cela peut te rassurer et te simplifier la tâche, je peux t’assurer que je ne vais pas partir en vrille. Je dois grandir et accepter les aléas de la vie plutôt que de les fuir.

— Tu comptes pour moi, dit-il lentement comme pour être certain que j’entende chaque mot. Elle est là la vérité.

— Mais tu as aussi envisagé la possibilité de lui laisser une chance, je me trompe ? Sinon savoir ce qu’elle programme de faire à Miami ne t’aurait pas intéressé.

— Ce n’est pas comme ça que je le voyais quand on en a parlé…

— Je ne demande qu’à te croire, je t’assure. Mais j’ai…

— Besoin de plus que ça, finit-il pour moi. Tu mérites plus que ça.

Ces derniers mots sont une affirmation.

— Quand je suis avec toi, je suis bien, Avy. Tout est si simple. Tu me rends heureux et le sexe entre nous c’est dingue !

— Mais elle, tu l’aimes.

— Elle, c’est une immense partie de ma vie. En ce qui te concerne, je n’ai pas le même recul, car, pendant des années, je t’ai vue comme ma sœur. Quand je pense à toi, je pense à ce que nous avons été, ce que nous sommes lorsqu’on est tous les deux, mais je ne peux pas oublier tout ce que ça implique…

— Alors peut-être que tu devrais vivre cette seconde chance qu’elle te réclame et voir où ça vous mène.

— Avy, soupire Milo en venant poser sa tête contre mon ventre. Comment suis-je supposé vivre sans toi ?

Je le serre pour le garder contre moi aussi longtemps que possible. Je vais devoir le quitter, le laisser tracer son chemin et je n’ai pas le droit de me laisser abattre. Je lui ai fait une promesse et je compte bien la tenir.

Ma douleur est immense, mais je dois apprendre à affronter mes émotions. Si je dois perdre Milo, je veux que quelque chose de positif ressorte de notre histoire. Je veux être une personne différente pour la simple et bonne raison que Milo m’a changée. Et qui sait ? Après avoir perdu mon stage et Milo, la chance va peut-être me sourire…

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