Au péril de t'aimer (French Edition)

Elma Hilde · Chapitre 31 sur 33

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Au péril de t'aimer (French Edition)

Chapitre trente

 

 

Milo

Les jours qui suivent cette nouvelle qui chamboule ma vie se déroulent dans un climat plutôt étrange. Je me sens extrêmement bizarre face à cette future paternité. Elle exige de moi que je fasse des sacrifices et ce n’est pas facile. Laisser Avery s’en aller est tellement difficile.

Le moment tant redouté de son départ va arriver plus vite que je ne le voudrais et chaque instant qui nous en sépare est tellement précieux. J’aimerais en faire des moments inoubliables des moments magiques et la présence de June ne m’aide pas.

Avery fait de son mieux pour ne pas se laisser miner par cette situation inconfortable et sa détermination à rester positive me rend admiratif. Je sens son soutien dans toutes les décisions que je prends pour mon avenir et il n’y a rien de plus précieux que de la sentir avec moi. Savoir que tout va bien entre nous me donne la force de garder la tête hors de l’eau.

Les derniers jours qui nous restent sont peu nombreux et je refuse de perdre une minute de mon temps libre à ne pas être avec elle. Elle aussi m’accorde le plus de temps possible. Sauf aujourd’hui… Aujourd’hui, j’ai dû insister pour qu’elle reste déjeuner avec moi. Je comprends sa réticence, car, ce midi, j’ai invité ma mère pour lui annoncer la grossesse de June. Naturellement, Avery n’était pas très emballée à l’idée de la revoir.

Nos rapports sont toujours très tendus depuis qu’elle sait pour notre histoire d’amour. Cette histoire de gifle a du mal à passer aussi. Même si rien n’est simple j’aimerais que les tensions s’apaisent enfin. Ma vie va prendre un tournant très compliqué avec l’arrivée du bébé et j’ai besoin d’Avy et de ma mère à mes côtés.

Ce matin, je me suis donné du mal pour que la magie opère. Après un doux réveil dans les bras d’Avery et une matinée absolument parfaite passée à lui faire l’amour, j’ai quitté notre lit en laissant derrière moi ma jolie blonde endormie. J’en ai profité pour me lancer dans la préparation de notre repas.

Avy s’est levée une bonne heure plus tard et, après que nous avons pris un café ensemble, je lui ai fait couler un bain chaud dans l’espoir qu’elle soit parfaitement détendue avant l’arrivée de ma mère. À cette heure-ci, elle doit être prête et moi, je finis de dresser le couvert.

Je viens d’y mettre la touche finale lorsque mon téléphone s’agite sur le plan de travail. Cela doit être ma mère qui me passe un petit coup de fil pour m’avertir qu’elle vient de se garer. Malheureusement, ce n’est pas elle qui essaie de me joindre et je grimace en lisant le prénom de June sur l’écran.

Tout est très compliqué entre nous depuis son retour au point qu’un simple appel me fait redouter le pire. Je décroche avec l’espoir que ce coup de fil sera moins désagréable que d’ordinaire.

— Salut June. Je suis désolé, mais je n’ai pas beaucoup de temps,

qu’est-ce que tu veux ?

— L’agent immobilier vient de m’appeler pour me dire qu’il a un appartement à me faire visiter. Nous avons rendez-vous à 14 heures.

Super ! Ça me fait une belle jambe…

Depuis que June a décidé de rester à Miami, les choses se sont accélérées. Dans un premier temps, elle a dû parler à ses parents et ce fut franchement agité. Point positif – surtout pour moi –, ils ont consenti à assumer financièrement June. Une partie qui était loin d’être gagnée. J’ai dû appeler moi-même mon ex-beau-père pour lui faire entendre raison.

Brandon m’a froidement rappelé que je devais assumer les conséquences de mes actes et prendre en charge mon enfant. Je lui ai rétorqué que j’étais heureux que nous soyons sur la même longueur d’onde, car lui aussi devait prendre en charge sa fille vu qu’elle n’a aucun moyen de subsistance.

Mon enfant ne manquera de rien, mais en ce qui concerne sa mère, je n’ai pas réellement d’obligations. Il va de soi que je ne la laisserai jamais sans rien, mais j’ai ma vie et il est grand temps qu’elle construise la sienne.

— Eh bien, tu me raconteras comment ça s’est passé…

— Mais je pensais que tu voudrais venir avec moi.

— Je ne vois pas pourquoi. C’est ton appartement. C’est donc à toi de le choisir.

— Je te rappelle que ton enfant va y vivre.

— J’en ai pleinement conscience et je te sais suffisamment intelligente pour choisir l’endroit parfait pour vous deux.

— Si je comprends bien, tu préfères me laisser seule dans une ville que je ne connais pas alors que je suis enceinte simplement pour ne pas laisser cette pauvre Avery seule une heure ou deux.

— Une fois que le bébé sera là, tu devras faire bien plus que te balader seule dans Miami. Tu seras une mère célibataire, ne l’oublies pas. Et pour la millième fois, laisse Avy en dehors de ça !

Comme chaque fois que je lui tiens tête, June me raccroche au nez.

— Je rêve, soupiré-je en me pinçant l’arête du nez.

Et dire que nous ne sommes qu’au début de cette histoire… Elle va m’en faire baver !

— Ta mère ou ton ex ?

Je glousse quand la voix d’Avy vient me caresser les oreilles avec cette question malheureusement habituelle. Elle sait qu’elles ont le don de me coller la migraine, ces derniers temps. J’oublie bien vite ma conversation avec June en la trouvant à l’entrée de la cuisine. Un détail m’étonne chez elle, elle est tirée à quatre épingles.

C’est un déjeuner on ne peut plus banal alors pour quelle raison s’est-elle endimanchée ? Moi-même, je porte un pantalon et un t-shirt on ne peut plus classiques.

— Eh bien bravo ! À cause de toi, je vais passer pour un plouc, rigolé-je.

Elle grimace et son air contrarié m’amuse.

— J’en ai trop fait, c’est ça ?

— Beaucoup trop, effectivement.

Je viens l’enlacer avant de déposer un baiser sur ses lèvres divines.

— Mais j’apprécie l’effort que tu fais pour que tout soit parfait, mon cœur.

— Tu n’as pas répondu à ma question : ta mère ou June ?

Je lève les yeux au ciel.

— À ton avis ?

Avec une tendresse infinie, Avy passe doucement ses mains sur mon torse.

— Qu’est-ce qu’elle te voulait cette fois ?

— Elle a une visite d’appartement et elle aurait aimé que je l’accompagne.

— Et que tu y emménages par la même occasion…

Je prends son visage entre mes mains et lui dis :

— Ferme les yeux.

Je n’ai pas besoin d’en dire plus, elle sait déjà où je veux en venir et cela l’a fait soupirer.

— Dépêche-toi ou je ne te mettrai pas la fessée, ce soir.

Avy arque un sourcil.

— Quoi ? Je n’y suis pour rien si ta plus grande peur ce n’est pas de recevoir une fessée, mais d’en être privée.

— Tu marques un point, dit-elle dans une moue amusée.

Elle cède et ferme les yeux. Tenant toujours son visage dans mes paumes, je dépose un doux baiser du côté droit de ses lèvres.

— Je me souviens de notre première rencontre. J’ai été marqué par tes grands yeux verts et par tes cheveux blonds comme les blés.

Avery, plus encline à jouer à notre jeu, prend mon visage dans ses mains. C’est à mon tour de fermer les yeux et de recevoir un baiser.

— Je me souviens d’un après-midi à la piscine. Au cours d’une partie de volley, nous avons fait équipe contre Earnie et Zoo et tu m’as donné un baiser lorsque nous avons gagné. C’est la première fois que tu as fait chanter mon cœur.

Je lui donne un autre baiser au centre de ses lèvres.

— Je me souviens du soir où nous avons regardé L’Exorciste tous les deux. Tu t’es blottie contre moi et j’ai aimé sentir que je te rassurais.

— Tu parles ! Tu avais autant la trouille que moi, se moque-t-elle.

J’ouvre un œil et je vois qu’elle en a fait de même.

— Les boutades sont interdites dans ce jeu, jeune fille, la grondé-je.

— Pardon, dit-elle avant de se pincer les lèvres pour ne pas rire.

Elle referme les yeux et je l’imite. C’est à son tour de m’embrasser.

— Je me souviens d’un été et il faisait très chaud. Tu as joué un match de basket avec tes amis du lycée. Quand tu es rentré à la maison, tu étais torse nu et dégoulinant de sueur. C’est la première fois que je me suis masturbée en pensant à toi.

Je pouffe de rire lorsqu’elle me livre ce détail. J’aime de plus en plus ce petit jeu, car j’en apprends tous les jours sur Avy et toutes ces années au cours desquelles elle m’a aimé en secret. Je l’embrasse, heureux de lui livrer un autre souvenir de notre histoire. C’est le troisième et, donc, le dernier.

— Je me souviens de la nuit après notre première nuit. Tu t’es glissée dans mon lit et nous avons discuté. C’est à ce moment que j’ai su que je pourrais vraiment tomber amoureux de toi. J’ai senti en moi que c’était possible et que, si je laissais ça arriver, il n’y aurait que toi pour le reste de mon existence.

Avy me donne son dernier baiser.

— Je me souviens de cette soirée, il y a quelques semaines, j’étais assise sur le fauteuil du salon lorsque tu m’as dit que j’étais ton avenir. J’ai compris que tu m’aimais, que tu m’aimais vraiment.

J’ouvre les yeux et Avery en fait autant.

— Tous ces souvenirs n’appartiennent qu’à nous, chérie. Ils sont les fondements de notre histoire. C’est eux qui nous ont construits et qui définissent notre couple.

Un sourire timide au coin des lèvres, elle acquiesce.

— Si j’aime tant qu’on joue à ce jeu, c’est pour qu’on se rappelle, qu’on se raconte notre histoire. Je veux que l’on garde tout ça à l’esprit alors que tu t’apprêtes à partir. Je veux que tu n’oublies pas combien nos destins sont liés quand tu flippes à propos de June. Mon histoire avec elle a commencé par une soirée de baise pendant un spring break. La nôtre a débuté le jour où nos parents se sont rencontrés. Le chemin a été long, et très douloureux pour toi, mais ça nous rend plus forts, tu ne crois pas ?

— Si, mâchouille-t-elle en m’enlaçant de ses bras fins. Et je sais que rien ne pourra nous atteindre tant qu’on reste soudés.

— Alors, ne pense plus à June et pense plutôt à ta belle-mère adorée qui doit être impatiente de nous voir.

— Arrête tes bêtises, me rouspète Avy. C’est déjà assez gênant comme ça.

— Tu serais plus à l’aise dans une paire de jeans, lui dis-je en la poussant vers notre chambre à coucher. Fais-moi plaisir, va te changer mon cœur.

— Mais j’ai mis une heure à me préparer !

— Une heure ! On aurait pu baiser deux fois dans ce laps de temps. Te rends-tu seulement compte du temps que tu nous fais perdre ?

Avy pouffe de rire avant de disparaître dans la chambre. Même si sa tenue est parfaite, je ne veux pas qu’elle se prenne la tête et qu’elle reste elle-même, surtout lorsque nous sommes chez nous. Elle n’est pas une invitée ici, c’est notre refuge et plus elle sera à l’aise plus ma mère comprendra le sérieux de notre histoire.

Lorsqu’elle réapparaît cinq minutes plus tard, elle a passé une paire de jeans noir et un haut de la même couleur que ses yeux. Elle est pied nu et ses cheveux sont attachés grossièrement sur le haut de sa tête.

— Ah voilà ! m’exclamé-je sur un ton amusé. Comme ça, on est le couple de ploucs le mieux assorti de Miami.

— Ce que tu es bête, glousse Avy en trottinant vers moi pour se suspendre à mon cou.

Je la réceptionne dans mes bras et l’embrasse en la faisant tournoyer.

— Je prends les choses en main à partir de maintenant, alors arrête de faire marcher ta petite tête. Tout va bien se passer, OK ?

Avy opine du bonnet et c’est à cet instant que la sonnette de la porte retentit. Je vois bien qu’elle n’est pas tranquille lorsque je la repose sur le sol. Je l’encourage d’un dernier baiser avant d’ouvrir à ma mère.

— Bonjour, maman, l’accueillis-je d’un ton chaleureux pour réchauffer l’ambiance.

— Bonjour, mon chéri.

Elle entre dans l’appartement.

— Je suis content de te voir.

La porte refermée, je glisse mon bras autour d’Avy pour la ramener contre moi.

— Maman, j’aimerais te présenter quelqu’un.

— Milo, tente d’intervenir ma mère qui doit trouver ma démarche ridicule.

— Si, si, j’y tiens. Une nouvelle vie commence pour chacun d’entre nous et le moment est venu de repartir à zéro.

— Milo, bafouille Avy.

Je l’ignore et attrape la main de ma mère.

— Maman, tu connaissais Avery, la fille de Malcolm, mais aujourd’hui, je voudrais te présenter, Avy, la femme que j’aime et près de qui je rêve ma vie.

— Mon cœur, chuchote ma mère.

Je profite qu’elle baisse légèrement la garde pour poser sa main sur celle d’Avery.

— Avy, mon amour, je ne serais pas l’homme dont tu es tombée amoureuse sans ma mère. Il est temps que vous appreniez à vous comprendre, car vous vous ressemblez plus que vous ne le pensez. Ce n’est pas sans raison que vous aime tant l’une et l’autre. Laissons le passé là où il est et regardons vers l’avenir.

Il y a un moment de silence et je n’essaie pas de le briser. Elles m’ont écouté et mes paroles feront leur effet. Pour le moment, elles se familiarisent avec cette nouvelle situation.

— Soit la bienvenue, Pamela, articule Avy après quelques longues secondes de silence.

— Merci, Avery.

Elle désigne les cheveux d’Avery.

— J’ai toujours trouvé que ça t’allait bien de relever tes cheveux.

Quelle scène inédite ! pensé-je en moi-même. Jamais je n’ai entendu ma mère faire le moindre compliment à Avery.

— Et si nous passions au salon ? dis-je pour ne pas laisser s’instaurer un malaise.

Ce début de déjeuner me rend optimiste. À moi de faire ce qu’il faut pour qu’elles gardent ce cap.

Ma mère se met en route et je profite qu’elle s’éloigne pour ramener Avy contre moi. Je lui glisse à l’oreille :

— T’y crois toi ?

— Oh la ferme, ronchonne-t-elle en me mettant un coup de coude dans le ventre.

Je la titille un peu, mais cela m’amuse de les voir fournir des efforts, toutes les deux. Je n’aurais jamais cru ce miracle possible. Et pourtant… Avy m’aime, je n’ai aucun doute à ce sujet, mais je ne pensais pas qu’elle arriverait à faire preuve d’autant de mansuétude vis-à-vis de ma mère, surtout après les derniers évènements. Je suis très agréablement surpris et cela me retire un poids. Tout est très compliqué entre June et Avery et j’aurais eu du mal à gérer en plus ce perpétuel conflit entre elle et ma mère.

*

La vie est incroyablement surprenante parfois. J’en ai fait l’expérience, ces derniers jours. Tout ce qui se passe dans ma vie est très inattendu. Ma relation avec Avery, son départ imminent pour Paris et la grossesse de June sont des évènements qui me semblent totalement surréalistes. Tout cela bouleverse ma vie et j’ai encore l’impression d’être dans le flou, mais rien n’est insurmontable avec Avery à mes côtés.

En parlant de détails surréalistes, je n’aurais pas cru possible de passer un déjeuner en compagnie de ma mère et d’Avery et de trouver cela si agréable.

L’une comme l’autre, elles m’impressionnent dans leur volonté à faire de leur mieux pour passer outre les anciennes querelles. Rien n’est encore naturel, mais j’ai bon espoir que le temps facilite leurs échanges.

Je savais qu’Avery se donnerait du mal pour arrondir les angles avec ma mère. J’ai encore du mal à réaliser à quel point elle m’aime. Notre histoire est encore récente pour moi, tout comme mes sentiments, mais dans son cas, tout est très différent. Elle a gardé ses sentiments cachés pendant très longtemps et depuis que tout est plus clair entre nous, j’ai un millier de questions qui m’arrivent.

J’ai envie de tout savoir de cette longue période où elle a joué la comédie pour que je ne comprenne pas qu’elle était amoureuse de moi. Notre jeu du souvenir est un bon moyen d’en découvrir les détails, mais pas trop vite. Il est aussi un bon moyen de nous rappeler combien nous pouvons être forts lorsque nous sommes ensemble, ce qui nous sera très utile dans les mois à venir.

Mais avant que nous en arrivions là, Avy est encore à Miami et c’est tout ce qui compte. Je veux me concentrer sur elle, car bientôt ce « bébé surprise » va investir ma vie et je devrai me couper en deux entre mon enfant et la femme que j’aime. Je dois dire que tout cela me fait très peur.

— Ce repas était délicieux, annonce ma mère en reposant ses couverts sur la table, visiblement repue.

Ma voisine, à qui ma mère a adressé ce compliment, se hâte de préciser :

— Oh, mais ce n’est pas à moi qu’en revient le mérite. C’est Milo qui a cuisiné.

Ma mère m’observe, surprise.

— J’ignorais que tu aimais cuisiner.

— Je l’ignorais aussi avant qu’Avy m’achète tout un tas d’ustensiles lorsque j’ai emménagé. Il a bien fallu que je leur fasse honneur. Je me suis surpris à aimer cuisiner.

Je lance un coup d’œil complice à Avy.

— Cette cuisine est inspirante.

Avery glousse à cette remarque. Elle sait parfaitement que c’est une allusion directe à cette mémorable partie de jambe en l’air à laquelle nous nous sommes honteusement livrés sur cette table où nous mangeons et pas à mes talents de cuisinier débutant.

— Eh bien bravo, mon chéri. Je trouve ça très bien vu qu’Avery va partir à Paris. Tu devras te débrouiller seul.

Ma mère commence à plier sa serviette de table. Elle semble plus nerveuse tout à coup.

— À moins que tu m’aies fait venir pour m’annoncer que tu pars à Paris avec Avery…

Elle est peinée en faisant cette supposition. Lorsque je l’ai invitée, je lui ai parlé d’une nouvelle que je voulais partager avec elle et cela a dû faire marcher son imagination. Mon départ pour Paris était ce qu’il y avait de plus probable.

— Eh bien, je dois reconnaître que nous avons envisagé cette possibilité.

Ma main enrobe celle d’Avery posée sur la table.

— Et j’étais prêt à la suivre, je l’avoue.

Ma mère, qui ne nous cache pas son émoi, nous observe tour à tour, l’air inquiet.

— Je l’aurais fait si un petit imprévu n’était pas venu compromettre nos plans.

J’échange un regard avec Avery. Elle me sourit, même si ce « petit imprévu » reste encore quelque chose de douloureux pour elle. Nous sommes tous sous l’effet du choc.

— Un imprévu ?

— June est revenue à Miami, il y a quelques jours pour m’apprendre qu’elle…

Mes doigts se ferment sur ceux d’ Avery.

— Maman, je vais être papa. June est enceinte.

Cette annonce laisse ma mère sans voix. Elle se fige sur sa chaise et semble analyser le sens de mes propos. J’ajoute :

— Tu vas devenir grand-mère.

Dans un hoquet ému, elle porte une main à sa bouche avant de bafouiller :

— Est-ce que tu te moques de moi ? C’est une plaisanterie ? dit-elle perdue.

Comme si j’oserais lui faire une blague pareille…

— Maman, je suis avec Avery aujourd’hui. Tu penses sincèrement que je te ferais ce genre de blague…

— Non, bien sûr… Excuse-moi…

Elle laisse ses mains retomber contre la table.

— Je suis seulement… enfin… je ne m’attendais pas à ça.

— Je t’assure que nous aussi.

Le regard de ma mère se pose sur Avery qui s’est enfoncée dans sa chaise comme si elle aimerait y disparaître.

— Je suis désolée, Avery, lui dit ma mère avec compassion. Je n’ose pas imaginer combien ça doit être perturbant pour toi.

Sa main bouge d’Avy à moi.

— Pour vous.

J’échange un sourire entendu avec ma voisine.

— On fait face, on improvise, dis-je à ma mère. Cela dit, ce n’est pas tous les jours faciles.

— Mais tu as le droit de te réjouir, précise Avy à ma mère. Ce n’est pas parce que je suis là qu’il faut rendre ça dramatique. Milo va être papa et je suis très heureuse pour lui. Un bébé, c’est toujours une merveilleuse nouvelle…

Ma mère sourit et l’émotion la gagne une nouvelle fois.

— Oh, mon chéri, dit-elle au bord des larmes. Je n’arrive pas à le croire.

Je me lève et fais le tour de la table pour aller m’accroupir près d’elle et l’enlacer. En réponse, elle s’accroche à mon cou.

— C’est tellement incroyable…

Je m’éloigne pour prendre son visage entre mes mains.

— Je vais avoir besoin de toi, maman. Avy ne sera pas là et ton aide me sera précieuse.

— Bien sûr que tu peux compter sur moi, mon cœur, mais…

Elle lance un regard oblique à Avery.

— Pourquoi ne restes-tu pas ? La situation est compliquée, il s’agit de l’enfant d’une autre, mais…

— Non, non, non, l’interrompis-je en la forçant à me regarder. Avy avait des projets avant que l’on apprenne l’arrivée de ce bébé et j’ai besoin qu’elle poursuive ses rêves. Je m’en voudrais toute ma vie si elle y renonçait.

— J’ai envisagé de rester, Pamela, lui explique Avy. Mais même si notre situation n’est pas simple, on a de bonnes chances de trouver un équilibre. Et puis, je ne vais pas rester à Paris éternellement. Juste le temps de prendre de l’expérience, de vivre cette aventure. Ensuite, je reviendrai auprès de Milo.

— Dans ce cas, je vous soutiendrai de mon mieux.

Elle lance un coup d’œil bienveillant à Avery.

— Milo a raison, tu dois te rendre à Paris. Il ne faut pas que tu aies de regrets. Si je peux vous aider en quoi que ce soit…

— J’espère obtenir de June qu’on partage la garde du bébé et si par chance elle accepte, ton aide me sera indispensable. Avec mon boulot…

— Compte sur moi, me rassure ma mère en prenant mon visage dans ses mains. Je serai là à chaque fois que tu auras besoin de moi.

— Merci, maman, lui dis-je tendrement avant de l’embrasser.

Après une longue étreinte, ma mère se tourne vers Avery. Les yeux encore humides, elle bafouille :

— Pardon pour l’autre soir, je n’aurais jamais dû te gifler.

— C’est bon, soupire Avy en fendant l’air avec sa main. Comme l’a dit Milo, il faut tirer un trait sur le passé, oublier ce qui s’est passé. J’ai des torts moi aussi.

Ma mère acquiesce en séchant ses larmes. Je l’étreins et lui glisse à l’oreille :

— Merci, maman. Merci d’avoir compris combien elle compte pour moi.

Je l’embrasse tendrement avant de me lever. Je frappe dans mes mains en m’exclamant :

— Tout ceci vaut bien une bouteille de champagne, vous ne croyez pas ?

Avy bondit de sa chaise et se précipite vers le vaisselier dans le salon.

— Je m’occupe des coupes !

Je la regarde faire un sourire aux lèvres. Cette femme est incroyable et j’en suis totalement fou. Après Paris, il n’y aura plus aucun obstacle pour nous empêcher de vivre pleinement notre histoire d’amour. Malheureusement, le chemin sera encore long avant que nous en arrivions à cet instant.

 

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