Au péril de t'aimer (French Edition)
Chapitre
Chapitre quatre
Milo
Le nez plongé dans le dossier que mon patron m’a confié lors de mon arrivée chez Hughes & associés, je commence les vérifications d’usage afin de m’assurer que les futurs investissements de mon client sont viables et à moindre risque.
Je vois la mission qu’il m’a confiée comme une manière de me tester, d’évaluer mes compétences ainsi que ma méthode de travail. Je viens d’obtenir mon diplôme et mes quelques stages en entreprise sont mes seules expériences. Mon patron doit se faire une opinion à mon sujet, voir ce que j’ai dans le ventre en quelque sorte.
Cela ne m’inquiète pas, car j’ai confiance en moi. Je dois une fière chandelle à mon ex-beau-père. Grâce à ses conseils et à son expérience, je connais mieux les rouages du métier. J’ai pleinement conscience de la chance que j’ai eu d’avoir un homme de son envergure comme mentor.
J’aurais voulu ne pas le décevoir en sabotant ma relation avec sa fille. Évidemment, il a essayé de me faire changer d’avis et tenir bon n’a pas été simple. Je dois tellement à cet homme.
Heureusement, j’ai cet emploi tant espéré et une nouvelle vie à bâtir ici. Je dois me raccrocher à mes projets pour ne pas me noyer sous les regrets. L’essentiel est que j’avance.
C’est dans ce but que j’ai appelé l’amie de ma mère qui est agent immobilier. La vie avec ma mère, Malcolm et Avery n’a rien de désagréable, mais je vais devoir me dégoter un appartement et retrouver mon indépendance.
Nous avons rendez-vous dans un mois pour une journée de visite. Cela lui laissera le temps d’effectuer des recherches en fonction de mes critères et je ne suis pas pressé.
Heureux d’avoir franchi ce nouveau pas, je récupère mon téléphone pour appeler Avery. J’ai un service à lui demander.
— Qu’est-ce que tu veux ? décroche-t-elle.
Je lève les yeux au ciel.
— Bonjour à toi aussi.
— On s’est quittés, il y a moins de 2 h, Milo.
— Est-ce que je te dérange ?
— Je bosse sur un croquis, mais ce n’est pas un problème. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?
— Est-ce que tu seras à Miami le 28 juillet ?
— Quelle drôle de question ! Où veux-tu que je sois ?
— Apparemment, Arizona veut que tu ailles à Los Angeles alors j’ai pensé que…
— Je ne peux pas y aller, j’ai trop de travail…
— À cause de ton stage ?
— Exactement. Que se passe-t-il le 28 juillet ?
— J’ai rendez-vous avec un agent immobilier pour trouver mon futur appartement et j’ai pensé qu’un regard féminin serait une bonne chose.
— Si ce n’est que ça, vas-y avec ta mère.
— C’est avec toi que j’ai envie de faire ces visites, mais si ça te dérange…
— Non, je viendrai, se hâte-t-elle d’accepter. Ta mère n’a aucun goût de toute façon.
Je réprime un rire.
— Est-ce qu’un jour vous arriverez à vous entendre toutes les deux ?
— Après toutes ces années, tu te poses encore la question ?
— Je garde espoir que vous enterriez la hache de guerre. Ce qui nous ferait des vacances…
— Eh bien, dis ça à ta mère, soupire-t-elle.
— C’est ce que je fais très souvent, Avy. Et pour ta gouverne, je prends toujours ta défense.
— Rien ne t’y oblige.
— Probablement. J’imagine que je m’en veux de t’avoir abandonnée.
Je me tais pour lui laisser l’occasion de rétorquer quelque chose, mais rien ne se passe. Je crois l’entendre renifler, mais c’est sûrement mon imagination.
— Je lui ai souvent répété qu’elle se montre trop sévère avec toi et ce n’est pas la bonne méthode, poursuivis-je.
— Et toi tu penses l’avoir trouvée bien sûr…
— C’est peut-être présomptueux, mais j’ai la sensation d’arriver à t’atteindre, dis-je avec une drôle de timidité.
Ce qui est très surprenant venant de moi… Sans surprise, Avery reste silencieuse. Elle ne baisse pas les armes aussi facilement. Un coup d’œil vers l’écran de mon portable m’apprend qu’il est presque midi. Il me vient alors une idée.
— Tu as faim ? Je peux t’inviter à déjeuner ?
— J’ai du travail.
— J’imagine que tu as pris du retard avec la visite surprise d’Andy…
Waouh ! Quel coup bas ! Je me surprends moi-même de lui avoir fait une telle remarque. La faire culpabiliser n’est franchement pas sympa de ma part, mais j’ai peur qu’elle m’éconduise. Pourquoi préfère-t-elle passer du temps avec lui plutôt qu’avec moi ?
— Ce n’est pas ça, mais te rejoindre va me demander du temps. Tu sais comment est la circulation dans le centre de Miami.
— Ce n’est pas si terrible que ça. Allez viens, je t’en prie.
Elle ne dit rien pendant quelques secondes. Ce qui me laisse penser qu’elle réfléchit à ma proposition.
— On dit 12 h 30. Ça te semble faisable ? dis-je impatient de savoir ce qu’elle a décidé.
— Bon d’accord. Je vais venir.
Ma bouche s’étire en un sourire ravi lorsqu’elle accepte mon invitation.
— Super ! Je vais nous trouver un restaurant sympa.
— À tout à l’heure.
Je raccroche et m’accorde une seconde pour savourer ma victoire. Je n’ai plus qu’à nous dégoter un endroit agréable où déjeuner…
Verrou en forme de cœur contour
Avery
12 h 40 – je le savais, pesté-je en moi-même. C’est du suicide de venir en centre-ville à cette heure-ci. Malheureusement, Milo ne m’a pas vraiment laissé le choix.
Il a joué la corde sensible et j’ai capitulé. J’ai trouvé surprenant qu’il évoque ma journée avec Andy, comme s’il était jaloux de ce temps accordé à mon ami. J’étais perdue lorsqu’il m’a suppliée de le rejoindre. Comment lui résister ? J’ai adoré chaque minute que nous avons passée ensemble depuis son retour et je commence à ne plus pouvoir m’en passer.
Toujours bloquée dans les embouteillages, je prends une seconde pour consulter le texto que je viens de recevoir :
Milo
Sauf erreur de ma part, on avait dit 12 h 30.
Il ne manque pas d’air ! Je profite d’un nouveau ralentissement pour lui répondre.
Avery
Et sauf erreur de ma part, je t’ai dit que la circulation est épouvantable en ville.
Sa réponse me parvient rapidement et me fait lever les yeux au ciel.
Milo
Je suis certain que ça tient plus à ta manière de conduire qu’aux
bouchons. Tu conduis comme une grand-mère.
La voiture devant moi redémarre et je repose mon portable. Je n’ai plus que quelques mètres à faire pour rejoindre le bâtiment où se trouvent les bureaux du cabinet d’avocats où travaille Milo. La chance me sourit, car je trouve une place de stationnement devant l’entrée. À travers les immenses vitres qui font la façade de cet immeuble haut de plusieurs dizaines de mètres, je fais signe à Milo. Il sort lorsqu’il me voit.
C’est fou ! J’ai beau le voir tous les matins avant qu’il quitte la maison, je suis toujours abasourdie par son élégance. Il est sexy en diable dans son costume, si bien que je rêve de planter mes dents dans mon volant et de me mettre à crier.
Depuis le trottoir, il me fait un signe de la main avant de s’engouffrer dans ma voiture.
— Eh bien ! J’ai failli attendre…
— On prend ma voiture ? m’étonné-je. Ça ne te gêne pas que grand-mère te conduise ?
— Voyons le bon côté des choses : j’arriverai en un seul morceau, se marre cet imbécile.
Je hausse les épaules et redémarre en suivant les instructions de Milo. Il m’explique qu’il a réservé une table dans un restaurant italien qui est ma cuisine préférée. Naturellement, je me demande si ce choix est délibéré. Curieuse, je lui demande :
— Qui t’a parlé de ce restaurant ?
— C’est un collègue. D’après lui, il est excellent.
— En parlant de tes collègues, pourquoi tu ne déjeunes pas avec eux plutôt qu’avec moi ?
— J’aurai d’autres occasions de déjeuner avec mes collègues. Pour le moment, j’ai envie de passer du temps avec toi. Ce n’est pas un crime, si ?
Je joue des épaules une nouvelle fois. Milo m’indique la devanture d’un petit restaurant à l’angle de l’avenue.
— C’est ici.
Je me gare au bord du trottoir et Milo m’offre son bras quand je sors de ma voiture. Je le laisse me guider à l’intérieur du restaurant. Près de l’entrée, nous patientons que l’hôtesse vienne nous accueillir quand Milo me glisse à l’oreille.
— Tu es très belle aujourd’hui.
Je rougis lorsqu’il me fait ce compliment.
— Ta robe te va comme un gant. C’est ta création ?
J’examine ma tenue comme si j’avais oublié ce que je porte. Je ne peux pas nier que je suis très fière de savoir qu’il la trouve à son goût.
— Je l’ai faite, il y a un ou deux ans.
Milo me passe en revue en secouant lentement la tête.
— Quoi ? dis-je en priant pour ne pas rougir.
— Rien. C’est seulement que ton talent m’impressionne toujours.
L’hôtesse arrive et nous salue. Milo se présente et elle nous escorte jusqu’à notre table idéalement placée près d’une immense fontaine agrémentée de plantes aquatiques.
— C’est magnifique ici, constaté-je en prenant place sur la chaise que me tient Milo.
— Si la cuisine est aussi délicieuse que la déco est raffinée, je dirai qu’on a décroché le jackpot.
L’endroit est raffiné, c’est incontestable.
— Si je peux me permettre un conseil, n’invite jamais un de tes collègues dans ce restaurant.
— Pourquoi ça ?
— C’est évident, non ? Il va penser que tu le dragues.
Milo se met à rire.
— Je vais regretter de ne pas avoir de secrétaire.
— C’est un très mauvais plan. Ici, elle va s’attendre à ce que tu la demandes en mariage.
Milo remplit nos deux verres d’eau avant de lever le sien vers moi.
— Et dire que tu te demandes pourquoi j’aime tant passer du temps avec toi, s’amuse-t-il. Je ferais n’importe quoi si tu n’étais pas là pour me guider.
Un sourire timide en coin, je trinque avec lui.
— Tu te serais évité bien des ennuis si tu t’étais aperçu de ça avant de rencontrer June…
Milo grimace.
— C’est vrai que tu ne l’as jamais beaucoup aimée.
Il me fait un clin d’œil.
— J’aurais dû y voir un signe…
Je prends une gorgée d’eau que je recrache immédiatement quand Milo m’annonce :
— En parlant de June, elle m’a rappelé, il y a deux jours.
Honteuse, je me jette sur ma serviette pour m’essuyer. Je le savais ! Il était évident qu’elle reviendrait vers lui. Il faut être stupide pour laisser filer un homme comme lui.
— Excuse-moi. Je n’étais pas prête.
— Rassure-toi, je ne l’étais pas plus que toi.
— Et alors ? dis-je après quelques secondes d’un silence étrange. Vous allez vous remettre ensemble ?
— Pardon ? s’étonne Milo. Qu’est-ce que tu me racontes ?
— Ce n’est pas la raison de son appel ? Elle ne regrette pas sa décision ?
— Absolument pas.
— Mais tu aurais aimé qu’elle t’appelle pour ça.
— C’est faux !
— Menteur !
— Bon, ça suffit maintenant ! dit-il très sérieusement. Je t’assure que je n’espère pas que June change d’avis.
— Est-ce que tu l’aimes encore ?
— L’amour, ce n’est pas le problème, Avy. Nous n’avons pas la même vision de ce que doit être un couple et ça, c’est un problème.
— Donc, tu l’aimes encore, dis-je sans réussir à cacher que cela me désole.
— En quoi est-ce important ?
Je hausse les épaules et m’intéresse à la carte qui est posée sur la table. Un bon moyen de lui dissimuler mes joues rosies par la colère.
— Ne me dis pas que tu boudes sous prétexte que j’éprouve toujours des sentiments pour elle.
Toujours retranchée derrière mon menu, je me mords la lèvre jusqu’à sentir le goût du sang dans ma bouche.
— Avy ?
Milo me subtilise la carte du menu.
— Mais enfin Avy, qu’est-ce qui t’arrive ?
— Rien…
— Avy, regarde-moi, m’ordonne-t-il d’une voix douce et rassurante.
Je n’ose pas, mais Milo insiste et je cède.
— Je ne quitterai plus Miami, je te le promets. C’est fini l’époque où je vous négligeais. J’ai fait passer les intérêts de June avant les miens et les vôtres et vois où ça m’a conduit. Je l’ai perdue parce que je n’ai plus voulu me prêter à ce jeu plus longtemps. Je vais retenir cette leçon et je n’oublierai plus ni ma famille ni moi pour le bien-être d’une autre personne. Et…
Milo pose sa main sur la mienne.
— Personne ne compte plus que toi.
Je lui souris pour le remercier, mais je me force. Au fond de moi, je sais que l’amour dont il parle, celui qu’il ressent pour moi n’a rien à voir avec celui que j’éprouve à son égard. Il ne peut pas me comprendre.
— Après tout, tu es ma petite sœur chérie.
Mes yeux se dérobent aux siens pour venir dessiner les contours de mon assiette. Dans un soupir las, ces quelques mots m’échappent :
— Ce n’est pas vrai, je ne suis pas ta sœur…
Un silence pesant s’instaure entre nous. Milo me jauge d’un drôle de regard si bien que je n’arrive plus à le regarder en face. Heureusement, la serveuse nous interrompt et je l’en remercie silencieusement. Je passe commande et décide de faire comme si de rien n’était. Je veux mettre de côté ce moment gênant et ne plus y penser.
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