Au péril de t'aimer (French Edition)
Chapitre cinq
Avery
Le week-end suivant arrive vite. Il faut dire que le temps passe à toute vitesse quand je travaille. C’est très passionnant, mais aussi une bonne distraction pour détourner mes pensées de Milo. Ces derniers temps, mes sentiments pour lui sont si contradictoires qu’ils m’en donnent le tournis. J’oscille entre le bonheur de le revoir et la douleur d’être une nouvelle fois confrontée à cet amour fraternel qu’il me voue.
Lors de notre déjeuner dans ce restaurant italien, je me suis surprise à lui rappeler que je n’étais pas réellement sa sœur. Jamais avant je n’avais osé le lui dire. Même plus jeune, lorsqu’il me sermonnait, je n’ai jamais trouvé le courage de lui faire cette remarque. Il n’est pas habitué à m’entendre parler comme cela. Il était surpris, je l’ai constaté à sa manière de m’observer au restaurant. Pour chasser le malaise entre nous, j’ai dévié notre conversation sur sa recherche d’appartement. Ce qui a très bien fonctionné.
Je m’en veux d’avoir réagi de cette manière, mais j’ai perdu tous mes moyens en apprenant que June avait repris contact avec lui. Il a beau dire qu’il n’est plus intéressé, j’ai du mal à le croire. Personne ne peut oublier une relation aussi importante en un claquement de doigts…
Et quand bien même il y arrive un jour, il y aura d’autres femmes après elle. La plupart ne compteront pas. Elles seront le pansement dont il a besoin pour soigner la blessure de la séparation. Seulement un jour, il rencontrera celle qui remplacera définitivement June et mon enfer recommencera. La douleur et la sensation de vide seront tout ce qu’il me restera. Il peut me faire toutes les promesses du monde, la vérité c’est que je ne compterai jamais. Jamais comme j’en rêve.
Ce soir, j’ai accepté de sortir avec Andy. Nous nous étions promis de le faire et j’ai pensé que cela serait une bonne distraction. Il faut que je pense à remercier Arizona. Andy est drôle et sa légèreté me fait le plus grand bien.
Pour notre rendez-vous, Andy m’a demandé de le rejoindre dans un club situé près de l’océan. J’y suis déjà venue et j’avais adoré ma soirée dans cet endroit.
Il est 21 heures passées de quelques minutes lorsque j’en franchis les portes. Le club est déjà bondé et il me faut un moment pour retrouver Andy au milieu de cette foule. Assis autour d’une table au fond de la salle, il discute avec la serveuse.
— Excuse-moi, dis-je en m’asseyant auprès lui. Je t’ai fait attendre.
La serveuse me salue poliment.
— Salut, ma beauté. Tu tombes bien, j’allais commander.
— Qu’est-ce que je vous sers ? s’enquit la jolie serveuse.
— Un Miami Beach, s’il vous plaît, lui annoncé-je.
— Et un double whisky pour moi.
La serveuse prend note de notre commande et s’en va. Une fois que nous sommes seuls, Andy dépose un baiser sur ma joue.
— Comment va la plus belle fille de Miami ?
Son sourire est incroyablement charmeur lorsqu’il me pose cette question. Ce qui me fait rire.
— Je vais très bien. Et toi, comment tu vas ?
— J’attendais de te revoir.
— Et tes vacances ?
— Ça se passe très bien. Malheureusement, je vais devoir repartir dans quelques jours.
— Mais tu vas rejoindre ta famille. C’est bien, non ?
— C’est vrai. D’ailleurs, Zoo m’a encore demandé d’insister auprès de toi pour que tu m’accompagnes.
Je lève les yeux au ciel.
— J’adorerais venir, Andy, mais j’ai vraiment besoin de travailler sur mon projet.
— Je comprends, mais c’est dommage. On se serait bien amusé tous les trois.
— Ça ne fait aucun doute.
— Heureusement, l’été ne fait que commencer. Tu auras peut-être le temps de finir ton dossier et de nous rejoindre plus tard. À moins que tu sois trop occupée à autre chose…
Je fronce le regard lorsqu’il me dit cela. Ses propos n’ont pas l’air anodins. Cependant, j’ignore ce qu’ils sous-entendent. Je veux lui poser la question, mais la serveuse arrive avec nos boissons. Andy, en grand charmeur, la remercie avec ce sourire ravageur que je lui connais bien. Celle-ci s’en va en le couvant d’un regard lourd de sens. J’en connais un qui ne va pas rentrer seul ce soir…
— Je peux te demander ce que tu entends par là ?
Andy m’interroge du regard.
— Tu as dit : « À moins que tu sois occupée à autre chose ».
— Oh, ça ! ricane-t-il. C’est juste que…
Il se racle la gorge.
— J’ai eu une drôle d’impression l’autre jour.
— Ce qui veut dire ?
— Eh bien…
Il semble hésiter à poursuivre.
— Ton frère n’a pas eu l’air d’apprécier le fait de nous trouver dans le jardin. Je me trompe ?
— Milo ? Je ne vois pas pourquoi ça l’aurait dérangé.
Andy me fait un clin d’œil avant de me présenter son verre pour trinquer. Je l’imite même si je suis surprise par sa réponse.
— Je ne comprends pas, Andy.
— C’est ce que je constate, s’amuse-t-il.
Je le pousse quand il se met à rigoler.
— Bon, ça suffit ! Parle-moi clairement !
— Disons que j’ai trouvé l’ambiance très pesante tout à coup.
— Je t’assure que tu te fais des idées.
— Vraiment ?
Andy s’appuie sur la table et enfonce ses yeux dans les miens.
— Si son comportement m’a paru bizarre, le tien était encore plus curieux.
— Excuse-moi ?
— Oh, arrête Avy ! On aurait dit que tu venais de te faire prendre la main dans le sac.
— Je ne vois pas de quoi…
Andy lève la main vers moi pour me faire taire.
— Beauté, je m’en fous. Je ne suis pas là pour te juger. Je te parle seulement de ce que j’ai vu : tu es très différente en présence de Milo. Pour moi, ce n’est pas anodin et je dirais que tu l’aimes.
Je fais non de la tête pour nier bêtement l’indéniable. Andy secoue ses épaules.
— Je ne te dis pas ça pour te mettre dans l’embarras. Je voulais seulement te faire savoir que ça ne passe pas inaperçu. Sauf pour lui apparemment…
Comme je n’ose toujours pas lever le nez de mon verre, Andy attrape mon menton pour me faire redresser la tête.
— Avy, je t’adore, tu le sais. Rien ne changera ça. Surtout pas le fait que tu sois tombée amoureuse de Milo. Tout ce que je veux te dire, c’est que je suis là si tu as besoin de te confier.
Les yeux remplis de larmes, j’observe Andy sans savoir quoi dire.
— Ne pleure pas, voyons, me console Andy en repoussant mes larmes naissantes. Il n’y a rien de grave, tu sais. Ce n’est pas comme s’il était véritablement ton frangin.
Je le remercie d’un sourire timide. Comme avec Arizona, je n’ai pas les mots pour exprimer ce que je ressens. C’est si difficile pour moi de parler de mes sentiments pour Milo. C’est un mélange entre honte et douleur et rien n’arrive à en sortir.
Après avoir déposé un baiser sur mon front, Andy se laisse retomber contre le dossier du canapé en cuir. Il prend une gorgée de whisky. Je l’imite et avale un peu de mon Miami Beach.
— Ce ne sont pas mes affaires, mais si j’avais un conseil à te donner ça serait : ouvre-lui les yeux !
— Comment ça ?
— Tu n’es pas sa sœur et il faut qu’il le comprenne. Sans ça, tu n’auras aucune chance de…
— Mais je n’ai aucune chance ! intervins-je. Milo ne me voit pas comme ça. À ses yeux, je ne suis que sa gentille petite sœur.
— Prouve-lui le contraire dans ce cas.
— Mais comment ?
— Tu es une femme, Avery ! dit-il avec véhémence. Et pas n’importe quelle femme ! Tu es foutrement belle et incroyablement intelligente. Tu es drôle et attachante.
Cette pluie de compliments me fait rougir. Je me dérobe dans mon verre.
— Cesse de lui donner ce qu’il veut voir et montre lui enfin celle que tu veux qu’il regarde !
Je hausse les épaules.
— Je ne sais pas comment faire…
— C’est simple : ensorcelle-le !
— Je ne peux pas aguicher mon frère, ça ne se fait pas ! protesté-je.
Je reçois une pichenette sur le front.
— Aïe !
— Premièrement, ce n’est pas ton frère alors banni ce mot de ton vocabulaire. Et deuxièmement, tu dois croire en tes atouts. Tu as tout ce qu’il faut pour le rendre dingue de toi.
— L’image de la sœur est bien trop ancrée dans son esprit. Je doute qu’il accepte de changer sa manière de me voir.
— Tu oublies un détail important, Avy.
— Lequel ?
— Eh bien, je suis un homme tout comme lui. Je peux te garantir que devant une belle femme notre capacité de réflexion chute de quelques étages pour finir au niveau du calbut.
Je glousse.
— C’est dans nos gènes, chérie, et Milo ne fait pas exception. S’il voit enfin la Avy sensuelle et charmeuse, il ne te verra plus que comme une possibilité.
— Je n’arrive même pas à me détendre en sa présence. Comment le séduire ?
— Sois toi-même, tout simplement. Maintenant !
Andy vide son verre avant de se jeter sur ses pieds. Debout, il me tend la main.
— On va oublier cet imbécile et aller se déchaîner sur la piste. Finis ton verre.
J’obéis et je vide le reste de mon Miami Beach. Mon verre terminé, j’accepte la main d’Andy et le laisse me traîner jusqu’à la piste. Là, il me glisse à l’oreille :
— Rends-le jaloux, Avy. Rends-le fou ! Et il n’y a aucune chance qu’il te résiste.
Sur ces mots, Andy se met à se dandiner et m’entraîne avec lui. Même si le moment est propice à ce que je m’amuse, je n’y parviens pas. Les paroles d’Andy m’empêchent d’y arriver. Dois-je écouter ses conseils et tenter de séduire Milo ? Pour rien au monde, je ne voudrais qu’il comprenne que je l’aime et que ça détruise notre relation, pire, notre famille. Songeuse, je rêve que mon prochain Miami Beach m’aide enfin à me plonger dans cette soirée.
Verrou en forme de cœur contour
Milo
1 h 25. Vu l’heure tardive, il serait plus raisonnable que j’éteigne la télévision et que je dorme, mais je n’en ai aucune envie. Un détail me chagrine, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.
C’est probablement le travail qui me trotte dans la tête. Lundi, je dois faire un compte rendu à mon patron sur le dossier Milton. J’ai peur de ne pas me montrer à la hauteur. La preuve en est, j’ai apporté mon ordinateur avec moi afin de peaufiner mon travail.
Conscient qu’une nuit blanche ne m’aidera pas à être au top lundi matin, je coupe la télévision puis ma lampe de chevet. Je viens de me glisser sous les draps lorsqu’un boum retentit au rez-de-chaussée.
Sans me poser de question, je me lève pour aller voir ce qui s’y passe. Je sors de ma chambre et remonte le palier jusqu’à la rambarde qui surplombe l’entrée.
Le spectacle que je découvre en bas des marches m’est malheureusement très familier. Avy est cramponnée à la rampe d’escalier et, l’index pressé contre ses lèvres, elle dit « chut » au mur d’en face. Sa chaussure repose sur le sol. J’imagine qu’elle est à l’origine de ce boum que je viens d’entendre. Je n’ai pas besoin d’en voir plus pour comprendre qu’elle est saoule.
Avec ce raffut, elle a sûrement réveillé nos parents et elle va au-devant d’une énième engueulade s’ils s’aperçoivent qu’elle a bu.
— Avy, soupiré-je en allant la rejoindre.
Dans son état, elle ne pourra pas monter l’escalier sans réveiller tout le quartier...
— Oh, salut Milo, dit-elle lorsque j’arrive près d’elle.
Elle retire sa seconde chaussure et manque de tomber en arrière. Je la rattrape à temps.
— Bon sang Avy, comment peux-tu te mettre dans un état pareil ? la grondé-je.
Accrochée à mon bras, elle lève ses yeux brillants d’ivresse vers moi.
— Pourquoi tu me cries dessus, Milo ? gémit-elle. Hein ! Pourquoi tu ne m’aimes pas ?
Avy renifle dans mon t-shirt. J’aimerais qu’elle m’explique ce qu’elle entend par là, mais elle est ivre. Est-il judicieux d’essayer de lui parler dans son état ? Le plus urgent est de la mettre au lit avant que son père, pire que ma mère se lève pour voir ce qui se passe.
— Je ne crie pas, je t’assure.
J’enroule mon bras autour de sa taille de guêpe avant de fouler la première marche.
— Et ne dis pas n’importe quoi, je t’aime.
Sans que je la lâche, nous atteignons le premier étage. Malheureusement, arrivés au niveau de ma chambre à coucher, j’entends le bruit d’une porte qui s’ouvre.
Eh merde ! Certain que l’un de nos deux parents s’apprête à sortir de la chambre, je pousse Avery dans la mienne et rabats la porte en vitesse.
Je suis bien content de l’avoir fait quand ma mère apparaît.
— Milo ?
Si j’en crois ses yeux papillonnants, Avery vient de la réveiller.
— Maman, je t’ai réveillée, pardon, m’empressé-je de m’excuser. J’ai voulu boire un verre d’eau et je me suis cogné contre le fauteuil dans l’entrée.
— Ah bon, très bien.
— Retourne te coucher. Tout va bien, lui dis-je avec un sourire rassurant.
Elle me souhaite bonne nuit avant de retourner dans sa chambre et j’en fais de même. À l’intérieur, je suis surpris en trouvant Avery en sous-vêtements. Je me précipite vers elle et ramasse sa robe sur le sol.
— Mais qu’est-ce que tu fous ? dis-je mal à l’aise de la voir dans cette tenue.
Je rencontre une nouvelle fois son regard d’animal blessé.
— Mais tu as dit qu’on devait se mettre au lit.
— Je voulais dire chacun dans son propre lit.
J’essaie de dissimuler son corps derrière sa robe, mais elle me l’arrache des mains.
— C’est quoi ton problème ? Tu m’as poussée ici.
— Je voulais t’éviter de tomber sur ma mère.
— Ta mère, c’est une conne !
Elle hausse les épaules et s’affale sur mon lit dans lequel elle se laisse tomber.
Dans ces conditions, il est difficile de ne pas la regarder. Elle est là, étendue devant moi. Il n’y a que son soutien-gorge en dentelle noire et le tanga assorti pour la couvrir.
Les bras au-dessus de sa tête, ses jambes fines et grandes repliées, elle lâche un soupir tranquille, comme avant de s’endormir. Le temps s’arrête autour de moi tandis que mes yeux s’attardent sur ses courbes divines. Tout est parfait chez elle. De la courbe de ses fesses à la beauté de ses seins, de ses abdos dessinés à ses hanches délicates.
— Je… euh… bafouillé-je déstabilisé par le spectacle qu’elle m’offre.
Je m’approche sans réussir à détourner les yeux et tire sur les draps.
— Tu vas dormir ici et on parlera de tout ça demain matin.
Avery semble parfaitement bien là où elle est, car elle ne bouge pas d’un cil.
— Allez ma puce, l’encouragé-je en tapotant sur sa cheville. Viens te mettre au lit.
Elle remue, mais ne viens pas se coucher. Je n’ai plus d’autres choix que de la prendre contre moi. La toucher n’arrange rien au malaise que je ressens à cet instant.
— Milo, tu sens incroyablement bon.
Je me hâte de la déposer là où j’étais allongé et la couvre rapidement avec mon drap. Mieux vaut soustraire à mes yeux impolis ses formes attirantes.
Je devrais la laisser dormir et m’éloigner au plus vite, mais au lieu de ça, je m’assieds près d’elle et dégage la mèche de cheveux qui lui encombre la moitié du visage.
— Pourquoi t’es-tu mise dans cet état, ce soir ? Et avec qui étais-tu ?
— Avec Andy, m’apprend-elle d’une voix pleine de sommeil. On a parlé, on a dansé. C’était trop bien…
— Et tu as bu visiblement. Pourquoi ? Quelque chose ne va pas ?
— Je ne crois pas… Les verres se sont enchaînés, c’est tout.
— Eh bien, Andy pourrait veiller à ce que tu ne boives pas lorsque vous sortez tous les deux.
— Andy est gentil, Milo.
— Est-ce que…
Nerveux, je bats la mesure contre mon genou.
— Est-ce que vous êtes ensemble ?
Avery étouffe un rire dans son oreiller.
— Moi ? Sortir avec un mec ? Jamais de la vie !
— Pourquoi pas ?
— L’amour, ça ne sert à rien. Si ce n’est à nous blesser.
— Ce n’est pas moi qui vais te contredire…
Avy se redresse, ce qui fait glisser le drap. Je veux m’en saisir pour la cacher, mais elle pose délicatement sa main sur ma joue et je n’ose plus bouger, à peine respirer.
— June n’est qu’une conne !
Je glousse, car elle m’amuse. Je n’aime pas qu’elle s’enivre, mais son ivresse a au moins un effet positif : l’alcool abat certaines barrières chez Avy et elle ne se cache plus… plus autant…
— Et toi ! Toi, tu es parfait, Milo !
— Merci, trésor, mais il est temps que tu dormes.
Je veux qu’elle se couche pour ne plus voir son décolleté, mais elle se débat.
— Non ! se plaint-elle. Écoute-moi !
— Très bien, capitulé-je. Mais après tu dors !
Elle a un mouvement de tête franc pour marquer son assentiment.
— Milo, dit-elle avec sérieux quand nos visages sont plus proches que jamais. Tu dois rendre fou de jalousie tous les dieux de l’Olympe tellement tu es canon.
J’esquisse un sourire discret. J’ignore ce qui m’intimide le plus : ses compliments ou le fait qu’elle soit à moitié nue. Un peu des deux, je suppose…
— Tu es déterminé, brillant et intelligent. Je me sens tellement stupide à côté de toi…
— C’est ridicule. Tu es…
Avy me fait taire en pressant ses doigts contre ma bouche. Je les sens glisser lentement alors qu’elle redessine longuement les contours de mes lèvres.
— Tu es si… sexy…
Un frisson me parcourt l’échine lorsqu’elle emploie ce terme pour me décrire.
— Très bien ! Cette fois, il est l’heure de dormir, petit monstre.
Elle me met un coup de poing dans l’épaule.
— Hé !
Elle redresse la tête avec une drôle de fierté dans le regard.
— Je suis une femme, Milo Ambrosio !
L’index pointé sur mon torse, elle poursuit :
— Il faut que tu ouvres un peu tes yeux ; je n’ai plus rien d’une petite fille.
Mon regard se baisse sur sa poitrine. C’est ce que je constate, pensé-je sans oser le dire à voix haute.
— Je ne te vois pas comme une enfant, Avery. C’est une marque d’affection, rien de plus.
Je prends le drap et lui demande de se coucher. Elle le fait.
— Viens te coucher, m’invite-t-elle.
— Je vais aller me coucher dans ton lit.
Avery attrape ma main.
— Non Milo, je t’en prie, ne me laisse pas seule, s’il te plaît.
Une nouvelle fois, je rencontre ses larmes, comme l’autre jour dans la cuisine. Son attitude est tellement étrange, ces derniers jours. Je l’étreins et Avery se relâche dans mes bras.
— Pourquoi es-tu aussi à vif depuis mon retour ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
— J’ai mal, se livre-t-elle cachée dans mon cou. Tu me fais tellement mal, Milo.
Je m’éloigne pour prendre son visage dans mes mains.
— Mais pourquoi ? Dis-moi ce que tu me reproches.
— Tu m’abandonnes, sanglote-t-elle dans mes bras. Tu ne me vois pas, comme si je ne comptais pas réellement.
— Arrête de dire ça. Tu comptes pour moi ! Plus que tout.
Elle balance la tête de gauche à droite.
— Tu ne comprends pas ! Moi, je t’attends Milo. Je t’attends depuis trop longtemps.
— Mais je suis revenu maintenant. Je suis là.
J’enfonce mes yeux dans les siens.
— Je te l’ai dit, Avy : je ne partirai plus.
— Tu le feras quand June reviendra.
— Non !
— Tu me laisseras quand elle réalisera son erreur.
Je la saisis par les épaules.
— Ça n’arrivera pas, tu entends ? Je suis revenu pour de bon et je suis là pour toi.
Avery se jette à mon cou et fond en larmes en me serrant contre elle de toutes ses forces. Je lui rends son étreinte malgré le fait qu’elle soit si peu couverte.
— C’est fini, dis-je pour la consoler. On est ensemble et tout va bien.
De longues minutes s’écoulent avant que ses larmes se tarissent. Je comprends très vite qu’elle s’est endormie dans mes bras. Doucement, je la couche et la borde. Elle semble plongée dans un profond sommeil. Ce qui veut dire que je pourrais rejoindre sa chambre sans qu’elle s’en aperçoive. Mais je ne veux pas la laisser après l’avoir écoutée pleurer.
Je fouille dans mon placard et en sors deux couettes. Je les déploie sur le sol. Avant de me coucher sur mon lit de fortune, je m’accroupis près d’elle et dépose un baiser sur sa joue.
— Dors bien, mon trésor, murmuré-je contre son oreille.
Je sens qu’elle remue et mon cœur s’emballe. J’ai peur de la réveiller. Son bras retombe le long du matelas. Après quelques secondes sans le moindre mouvement, j’en déduis qu’elle dort. Je me tourne sur le côté droit et glisse ma main dans la sienne. Pour la rassurer ? Pour me rassurer ? Je l’ignore. C’est ainsi que je m’endors, en tenant la main d’Avery dans la mienne et toujours avec ces nombreuses questions à son propos.
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