Au péril de t'aimer (French Edition)
Chapitre trente-deux
Dix mois plus tard
Avery
Pour la seconde fois de la journée, mon appel à Milo termine sur messagerie. Ce midi, j’ai déjeuné sur le pouce pour avoir un moment à lui accorder à son réveil, mais il ne me répond pas. S’il ne le fait pas rapidement, je vais devoir attendre ce soir pour lui parler… Inquiète, je tente ma chance une dernière fois et Milo ne décroche pas. Étrange…
J’ai quitté l’atelier pour passer cet appel à Milo plus tranquillement et me voilà faisant les cent pas sur le trottoir qui longe l’imposante bâtisse où se trouvent les ateliers du couturier Marchand en me demandant ce qui peut bien le retenir.
Ce n’est pas habituel chez Milo de manquer nos rendez-vous, même si ceux-ci se raréfient depuis la naissance de Nathan. Nos appels en vidéo sont devenus de simples coups de fil, plus pratiques pour Milo. Il gère tellement de choses que chaque minute de sa journée compte. Nos échanges sont souvent plus brefs lorsque Nathan est chez son père et le décalage horaire n’arrange rien.
Malgré cela, nous faisons de chaque instant, un moment agréable. Notre séparation est de plus en plus compliquée et il faut mettre toute notre volonté pour que notre quotidien soit plus facile.
Déçue de ne pas avoir réussi à le joindre, je décide de rebrousser chemin. Je viens d’ouvrir la porte du studio quand mon téléphone se met enfin à vibrer. Je décroche immédiatement en voyant cette photo de Milo qui tient Nathan dans ses bras.
— Mon amour ! décroché-je folle de joie qu’il m’appelle.
— Avy, excuse-moi, mais c’est la course ce matin.
— Tu t’es levé en retard ? Je ne suis pas là pour t’épuiser pourtant, le taquiné-je.
— J’adore quand tu me mets en retard. Malheureusement, je suis à la bourre parce que j’ai mon petit bonhomme avec moi. Il a fallu que je le prépare pour le conduire chez sa nourrice.
— Je vois, dis-je en roulant des yeux. June t’a encore demandé de le garder.
Milo ne dit jamais non à un moment avec son fils et il a raison de profiter de chaque minute ; Nathan grandit si vite. Malheureusement, June a bien compris qu’il ne refusait jamais de partager un moment avec son fils. Évidemment, je me garde bien de mettre ce sujet sur la table. Milo est heureux et c’est l’essentiel.
— Ce n’est pas important. Et ta journée ?
— Tout va très bien. On travaille sur la nouvelle collection.
— Tu es en week-end, ce soir. Quels sont tes projets ?
— Une sortie en club avec des collègues. Et toi ?
— Ma mère vient déjeuner dimanche. J’aurai Nathan avec moi. J’espère avoir un moment à t’accorder samedi matin si Nathan fait la grasse matinée. On pourrait se faire une petite vidéo…
— Une vidéo ? dis-je d’une voix sensuelle. Me ferais-tu des avances ?
— Et comment ! J’ai envie de toi, c’est atroce.
— Dans ce cas, je vais rester au lit en attendant que tu m’appelles.
— Je t’aime, Avy.
— Moi aussi.
— Trésor, tu sais que j’adorerais rester plus longtemps, mais…
— Je sais, ne t’en fais pas. Tu as une longue journée qui t’attend.
— Je te passe un coup de fil plus tard. Je pense à toi chaque seconde.
— Embrasse Nathan pour moi. Je vous aime si fort.
— Nous aussi. À plus tard.
Il raccroche et mon cœur se brise lorsqu’il le fait.
Le vent d’octobre vient me fouetter le visage et sèche par la même occasion les larmes au coin de mes yeux. Ces échanges en coup de vent sont de plus en plus douloureux à chaque fois qu’ils se terminent. Un profond malaise grandit en moi. Milo a sa vie à Miami et j’ai la mienne à Paris. Cela devient très compliqué de les faire s’entrecroiser pour que le poids de la distance soit supportable. Je ressens une douleur, une faille dans notre fonctionnement, mais ça ne semble pas être le cas de Milo. Entre son travail et Nathan, il est déjà très préoccupé alors je ne vais pas l’embêter avec mes problèmes ?
Verrou en forme de cœur contour
Milo
— Baba !
Je jette un dernier coup d’œil dans le rétroviseur pour y voir Nathan installé dans son siège-auto.
— On est arrivés à la maison, mon bébé.
— Baba ! s’écrie-t-il en agitant ses petits bras potelés.
Je sors de la voiture et ouvre la portière pour libérer Nathan de son siège. Son sac à dos jeté sur mon épaule, je récupère mon fils ainsi que ma sacoche de travail, direction la maison.
— Je vais te donner ton bain. Ensuite, on se préparera un bon dîner et hop, au dodo, lui expliqué-je en pénétrant dans l’immeuble.
— Dodo ! babille-t-il sagement installé dans mes bras.
— Papa est crevé lui aussi…
Malheureusement, j’ai un milliard de choses à faire entre cet instant et celui où je pourrai enfin à me mettre au lit. Entre ce dossier au travail qui requiert toute mon attention et les tâches du quotidien dont je dois bien m’acquitter, la soirée promet d’être longue.
— Baba ! répète-t-il en attrapant ma lèvre entre ses petits doigts boudinés.
Il y a quelques jours qu’il a dit son premier « baba » et depuis il le répète sans arrêt. Un détail dont je ne me lasse pas. Dans l’ascenseur, je m’amuse à faire la grimace, ce qui le fait rire comme toujours.
Chez nous, je me débarrasse grossièrement de nos affaires dans l’entrée avant de filer dans la salle de bains. J’aurais aimé quitter le bureau plus tôt pour avoir plus de temps à accorder à Nathan, malheureusement il n’était pas supposé être chez moi.
Habituellement, je profite qu’il est chez sa mère pour caler mes rendez-vous et blinder mon agenda. Ainsi je suis plus disponible lors de ma semaine de garde, mais, une fois n’est pas coutume, sa mère m’a demandé de le prendre deux jours.
Si c’est toujours un bonheur de voir mon fils, j’avoue que le comportement de June commence à me poser un problème. Elle devrait être plus présente pour notre fils, mais son rôle de mère n’est pas prioritaire, visiblement.
— C’est l’heure pour mon petit champion d’aller barboter, annoncé une fois la baignoire remplie d’eau.
Je déshabille rapidement Nathan et l’installe dans son siège de bain. Il adore l’eau et l’heure du bain est toujours un moment d’amusement pour lui. Je profite qu’il s’amuse avec ses jouets pour enfiler une tenue plus décontractée. Après quoi je m’installe près de la baignoire pour jouer avec lui. C’est l’un de mes moments préférés à moi aussi.
— Toi, tu prends la pieuvre géante et moi, le bateau de pirates. Il faut que tu fasses chavirer le bateau de papa. D’accord ?
Nathan est trop occupé à manger la fameuse pieuvre pour se préoccuper de mon bateau. Je le regarde faire en riant quand :
— Bonsoir vous deux…
Cette voix… Ces quelques mots m’arrivent aux oreilles et les caressent, mais je n’arrive pas à réaliser que cela est possible. Mes yeux refusent eux aussi de croire ce qu’ils voient quand je trouve Avery dans l’encadrement de la porte de la salle de bains. Il se passe quelques secondes pendant lesquelles je me demande si je ne me suis pas endormi sur le rebord de la baignoire. Je dois rêver, c’est impossible autrement.
— Vous vous amusez bien ? nous demande celle que je prends encore pour l’un de mes rêves.
Il y a si longtemps que je ne l’ai pas vue ni touchée et il ne me reste plus que mes rêves pour la sentir auprès de moi.
Avy traverse la salle de bains et vient s’accroupir devant moi.
— C’est bien moi, s’amuse-t-elle en posant sa main sur ma joue. Je peux te pincer si tu veux…
— Mon amour, marmonné-je en me cachant dans sa main.
Avery, tout aussi émue que moi, me ramène contre elle. Je me plonge dans son cou, respire l’odeur délicate de sa peau et réalise doucement qu’elle est bien là.
— J’avais oublié combien c’est bon de te prendre dans mes bras, lui dis-je en l’enlaçant de toutes mes forces.
— J’en avais besoin, Milo. Il fallait que je me rappelle quel effet ça fait de me perdre dans tes bras et combien j’en ai rêvé.
Interloqué par ses paroles, je me redresse et examine un moment son sublime regard vert. Il est si triste ce soir, et jamais je ne l’avais vu ainsi depuis que nous nous aimons.
— Ça ne va pas, mon cœur, il y a un problème ?
Elle m’adresse un sourire tendre.
— On en parlera lorsque Nathan sera au lit, mais oui, j’ai besoin de te parler, Milo.
Mon cœur manque une note lorsqu’elle me confirme ce que je lis en elle. Quelque chose cloche ! Si je n’avais pas senti dans son étreinte tout son amour, je pourrais m’attendre au pire. Mais qu’a-t-elle à me dire ? Y aurait-il eu un problème grave à Paris ? Probablement. Sinon pourquoi aurait-elle fait tout ce chemin ? Une ribambelle de questions vient envahir mes pensées.
— Coucou, mon petit bonhomme, dit Avery à Nathan. Tu m’as manqué.
Comme à chaque fois qu’il la voit, Nathan la couve de sourires.
— Quand es-tu arrivée ? me renseigné-je pour chasser mes doutes.
— Il y a deux heures environ. Je me suis assoupie dans la chambre en attendant que tu rentres. Je pensais que tu serais seul.
Je secoue la tête.
— June m’a appelé ce matin pour me demander de le récupérer chez sa nourrice.
— Tant mieux. J’ai l’occasion de le voir comme ça.
Elle embrasse Nathan et se lève.
— Finis de lui donner son bain. De mon côté, je vais lui préparer à manger. Il semble épuisé.
— La journée a été longue pour lui, c’est vrai.
Nos regards se croisent et Avy passe doucement sa main dans mes cheveux. J’aime de moins en moins ce que je lis dans son regard. Elle s’éloigne et j’ai l’effroyable impression qu’elle m’échappe.
Une fois seul avec Nathan, c’est sur lui que mon regard se pose.
— Baba, babille-t-il en me tendant le bateau.
Je m’en empare et commence à jouer avec lui.
— Pardon, mon cœur. Papa est ailleurs, mais ça va passer…
Après tout, c’est Avy. Avy et moi. Nous sommes insubmersibles tous les deux…
*
Il est 20 h 30 lorsque je couche enfin Nathan. Il s’est régalé de la purée préparée par Avery. Cette dernière a tenu à lui donner à manger et, l’espace d’une seconde, j’ai pensé qu’elle retardait volontairement le moment de se confronter à moi. Finalement, je crois surtout que sa visite surprise me rend un peu parano.
Après avoir mis Nathan au lit, je rejoins Avy au salon où elle m’attend sous un plaid et avec un verre de vin à la main.
— C’est bon, il dort ? s’enquit-elle en me tendant mon verre.
Je l’accepte et lui dis :
— Il est tombé comme une masse.
Sur le canapé, je m’installe près d’elle. Le bras déplié sur le dossier, je viens lui caresser la nuque.
— Voilà ma chérie, je suis tout à toi. Si tu me disais ce qui ne va pas.
J’essaie de paraître serein, mais rien en moi ne l’est. J’ai peur de ce qu’elle a à me dire. Je crois en elle, en notre amour, mais Avy est si loin de moi que sa vie peut m’échapper.
— J’ai… euh… commence-t-elle timidement. Il y a quelques jours, j’ai été conduite aux urgences.
Stupéfait, je me redresse.
— Aux urgences ? Mais pourquoi ?
— Je n’arrivais plus à respirer, comme si mes poumons étaient subitement bloqués. Ça m’a pris au travail et j’étais complètement terrorisée.
— Mon amour, dis-je en posant une main sur la sienne.
— Le médecin a dit que j’ai fait une crise de panique.
— Une crise d’angoisse, mais…
Une main sur sa joue, je tourne son visage vers moi.
— Avy, qu’est-ce qui se passe ?
Avery disparaît dans son verre et regarde le vin rouge tournoyer devant elle quelques instants avant de desserrer enfin les lèvres.
— Je suis venue parce que j’ai besoin qu’on fasse un état des lieux de la situation Milo.
— Un état des lieux ? Qu’est-ce que tu entends par là ?
Tout cela n’inaugure rien de bon…
— Eh bien, pendant longtemps j’ai pensé que ces règles que nous nous imposons depuis mon départ nous aidaient à mieux vivre la séparation. Ces règles sont devenues des habitudes au fil du temps. Si bien que je ne me suis jamais autorisée à te dire que tu me manques. Lors de nos appels, je veux que tu me voies souriante et épanouie, heureuse et comblée. Même les jours où je ne suis rien de tout ça.
— Ma chérie, lorsqu’on a mis ces règles en place, c’était pour nous faciliter les choses. Jamais je n’ai voulu qu’elles t’empêchent d’exprimer ce que tu ressens.
— Je le sais et j’ai agi comme ça pour toi, Milo. Pour que tu n’aies pas de soucis à te faire pour moi. Au début, tout allait très bien, mais les choses ont changé depuis la naissance de Nathan.
— Mon cœur, soupiré-je en câlinant doucement ma joue. Je sais que je manque de temps parfois.
— Et loin de moi l’idée de t’en faire le reproche. Ce n’est pas du tout le but. Je comprends qu’il demande beaucoup d’attention et d’énergie. Il t’occupe au point que la distance et la solitude te paraissent moins lourdes à porter.
— Pardon ?
Elle lève ses grands yeux verts vers moi.
— Tu crois que le fait d’avoir Nathan comble le vide que toi, tu laisses ? C’est mon fils et tu es ma femme, Avy.
— Je me disais seulement que tes journées sont tellement remplies que tu ressentais probablement moins le manque.
— Mes journées sont remplies de mon travail et de Nathan, c’est vrai, mais elles sont vides de toi.
Une réponse qui lui arrache un léger sourire.
— C’est ça qui te fait angoisser, chérie ? Que je vive mieux la situation que toi ?
Avy fait non de la tête.
— Il y a environ quinze jours, je suis sortie en club avec des collègues.
Je me souviens qu’elle a évoqué cette soirée lors de notre appel quotidien.
— Je n’avais pas envie d’y aller, mais ça faisait plusieurs fois que je refusais des invitations alors cette fois, j’ai accepté.
— J’avais cru comprendre que tu sortais très souvent avec eux.
La mine coupable, elle me dit :
— Je te raconte qu’on doit faire ceci ou cela, mais la majorité du temps, je ne vais nulle part. Je renonce toujours à la dernière minute.
— Pourquoi me fais-tu croire que tu sors avec eux dans ce cas ?
— Pour que tu penses que je vais bien et que je m’amuse, mais la vérité c’est que si je ne suis pas à l’atelier, je suis seule chez moi.
— Et il y a longtemps que ça dure tes manigances ?
— Quelques mois. Je ne voulais pas que tu t’inquiètes.
— Eh bien, c’est loupé ma chérie, parce que là, je m’inquiète que ma femme me mente dans le seul but de me faire croire qu’elle va bien.
— Ce ne sont pas des mensonges, Milo. C’est un masque, une façade, un jeu auquel on joue pour rassurer l’autre et lui faire penser que tout va bien même quand ce n’est pas le cas. Je doute d’être la seule à agir ainsi, je me trompe ?
Je baisse les yeux lorsqu’elle me pose cette question.
Il est évident que je ressens les choses comme elle, mais comment lui avouer que je me sens dépassé par notre situation et que l’arrivée de Nathan a changé considérablement la donne. Depuis sa naissance, j’éprouve une grande solitude. Mes journées sont chargées et je ne peux compter que sur moi-même. June n’est pas un soutien. Alors oui, il m’arrive souvent de pousser la porte de notre appartement et de sentir s’abattre sur moi le poids de la séparation.
— Tu n’as pas fini ton histoire au sujet de cette soirée à laquelle tu as assisté. Que vient-elle faire au milieu de cette conversation ?
— J’ai…
Elle fait tournoyer son verre de Merlot entre ses mains.
— Ce soir-là, il y avait l’un de mes collègues et, après quelques verres, il s’est montré très charmeur. Jamais il ne m’avait montré le moindre intérêt.
Plus d’un homme deviendrait vert de jalousie en entendant ce récit, mais pas moi. J’ai pleinement confiance en Avy et je dois voir la vérité en face, j’ai épousé une femme magnifique. Il est assez naturel qu’elle ait du succès auprès des autres hommes.
— Ce n’est sûrement pas la première fois qu’on te fait du gringue, si ?
Elle a un sourire timide.
— Je me suis empressée de lui rappeler que je suis mariée et sa seule réponse a été qu’il l’était lui aussi et que cela ne lui posait aucun problème.
— Tu as des collègues qu’il me tarde de rencontrer, ironisé-je.
Avy esquisse un bref rictus.
— Finalement, je lui ai seulement proposé que nous prenions un verre en toute amitié. C’était présomptueux de ma part, mais en faisant ça, j’espérais qu’il me parlerait de lui et de son mariage en difficultés. Au bout du compte, nous avons discuté jusqu’au petit matin.
Le sourire qui passe sur ses lèvres ne me plaît pas. Elle semble contente de se remémorer ce souvenir.
— J’ai vraiment apprécié cette conversation… dit-elle l’air absent.
— Trésor, si la chute à cette histoire, c’est que ton collègue t’a tapé dans l’œil sache que tu as une drôle de manière de me l’avouer.
— Arrête de dire des bêtises, me sermonne-t-elle en agrémentant ses paroles d’une petite tape contre mon épaule. Je t’aime, idiot.
— En quoi cette discussion est-elle si importante alors ?
— David m’a parlé de ses problèmes de couple et pour la première fois depuis que je vis à Paris, je me suis permis de parler de tout ce qui va de travers dans notre situation.
— Bon, ça suffit ! m’exclamé-je, en lui prenant son verre des mains.
Je les pose, lui et le mien, sur la console placée contre le dossier du canapé avant de ramener Avy dans mes bras. Lorsque je la tiens contre moi, je saisis son menton pour lever son joli visage vers moi.
— Tu viens de traverser plusieurs milliers de kilomètres sur un coup de tête, Avery. J’ignore pour combien de temps tu es ici et j’ai envie de profiter pleinement de ces instants que tu nous offres, alors dis-moi ce que tu as sur le cœur !
Elle acquiesce.
— Mais toi aussi tu vas devoir en faire autant, Milo. Me dire comment tu te sens dans notre histoire.
— Je le ferai.
Avy laisse tomber sa tête contre mon bras qui est enroulé autour de son corps.
— Tu me manques, me confie-t-elle la voix vibrante d’émotion en levant ses grands yeux embués dans ma direction. Et le poids de la distance devient trop lourd à porter. J’ai la sensation que ta vie ici m’échappe de plus en plus. Comme si je n’y trouvais plus ma place. Tu es en train de vivre l’aventure la plus incroyable de ta vie et j’en suis exclue parce que je vis à Paris. Je ressentais moins ce malaise avant.
— Avant Nathan ?
Avy pose une main sur ma joue.
— Je sais que tu fais de ton mieux et te voir avec ton fils me fait chaque fois tomber plus amoureuse de toi.
— Mais tu te sens lésée, c’est ça ?
— Ce n’est pas à cause du manque de temps ou d’attention, mais à cause de notre situation. C’est elle qui m’écarte logiquement de ton quotidien. Toi, tu agis au mieux, j’en ai conscience.
Je dépose un baiser sur son front pour la réconforter.
— Puisqu’on en est à se dire la vérité toute nue alors je dois te faire un aveu qui, je le déplore, va te surprendre.
Curieuse, Avy lève son petit nez vers moi.
— Tu me manques atrocement, chérie.
Avy m’offre un sourire tendre en retour à mon aveu.
— Et la vérité, c’est qu’au-delà du fait que Nathan me prenne tout mon temps et mon énergie, il m’aide à oublier que tu n’es pas là. J’attends les semaines où il est avec moi pour combler le vide que tu laisses à chaque fois que tu repars.
Mon pouce câline sa joue.
— Et chacun de tes départs devient plus dur à surmonter.
— Pourquoi n’as-tu jamais partagé tout ça avec moi ?
— Parce que rien ne compte plus à mes yeux que ton bonheur, Avy ! Si ton épanouissement passe par Paris, alors tu auras Paris. Je veux seulement déposer le monde à tes pieds. Quoiqu’il m’en coûte…
— Et si le prix était devenu trop lourd à porter ? Pour toi et pour moi…
— Ma chérie, il n’y a que toi qui peux le déterminer. Chaque jour sans toi est un jour de pluie, mais je peux m’en accommoder aussi longtemps qu’il le faut. Du moment que tu es heureuse.
Avy se laisse choir contre mon épaule en s’accrochant à mon t-shirt. J’enroule mes bras autour d’elle pour la réconforter lorsqu’elle se met à pleurer.
Une part de moi a toujours envisagé que ce jour puisse arriver. Celui où elle rentrerait en larmes, émotionnellement épuisée. Je le redoutais, bien sûr, je déteste voir ma femme souffrir, mais cela veut aussi dire que le moment de son retour se rapproche.
— Quand est-ce que tu repars ? la questionné-je en la consolant avec tendresse.
— Mon vol est pour demain. À 13 h 15, se larmoie-t-elle.
— Je vais prendre ma matinée pour te conduire à l’aéroport.
— Tu n’es pas obligé, me répond-elle dans un hoquet.
— Je t’accompagne. Le débat est clos.
Après avoir séché ses larmes, Avy lève le nez vers moi.
— Mon cœur, ce n’est pas à moi te dire ce que tu dois faire. Mon rôle est de te soutenir quoique tu décides et non pas d’influencer tes décisions.
Je repousse ses cheveux de ses épaules.
— Tu es fatiguée et très émue, ce soir. Accorde-toi le temps de la réflexion avant de prendre la moindre décision. La nuit porte conseil. D’accord ?
Avy opine du bonnet avant de se blottir contre moi.
— Je t’aime plus que tout, Milo. Depuis toujours et…
— À jamais, dis-je avec elle.
Conscient que nous n’avons que quelques heures devant nous, je décide qu’il est temps de la conduire dans la chambre pour lui faire l’amour. Je veux lui faire oublier son chagrin et, surtout, lui montrer combien je l’adore. Demain, elle repartira pour Paris et j’ignore si elle fera le choix de revenir bientôt. C’est pour cette raison que je dois me raccrocher à tous ces moments que la vie nous accorde pour l’aimer corps et âme. En attendant le jour où elle me reviendra définitivement…
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Épilogue
Six mois plus tard
Milo
Ce n’est pas trop tôt ! pensé-je intérieurement en passant la porte de mon bureau ce vendredi soir.
Comme tous les soirs de la semaine, il est déjà tard quand je quitte les locaux de Hughes et associés.
Mon travail au sein du cabinet est visiblement très apprécié par mon patron, car les dossiers s’empilent sur mon bureau et certains d’entre eux concernent nos plus gros clients. On dit que le travail finit toujours par payer et cela se vérifie au fil du temps. J’ai même réussi à négocier une augmentation de salaire confortable.
Comme chaque soir, je m’engouffre dans l’ascenseur et sors mon portable pour rédiger mon habituel texto à Avery :
Milo
Je quitte le bureau. J’ai hâte de vous retrouver, mes amours.
Et la réponse d’Avy ne tarde pas à me parvenir. À croire qu’elle reste scotchée à son téléphone à attendre que je lui annonce que je suis en chemin.
Avy
Super ! On t’attend sagement à LA maison.
D’ordinaire, je n’aurais pas prêté intérêt à ce « LA ». Je l’aurais pris pour une erreur de frappe. Mais ce soir, il n’a rien d’anodin, j’en ai la certitude.
Plus impatient que jamais, je fonce jusqu’à ma voiture et m’empresse de démarrer. Suivant mon instinct, je ne prends pas la route que j’emprunte habituellement, mais celle de cette magnifique maison que nous venons d’acquérir Avy et moi.
Les mois ont passé à toute vitesse depuis qu’Avy est rentrée de France. Un retour qui ne pouvait pas tomber plus à pic, car c’est à cette même période que June m’a annoncé qu’elle avait rencontré un autre homme. Si j’en avais enfin fini avec ses regards énamourés, j’ai rencontré un problème de taille : son petit-ami occupe un poste haut placé dans le milieu bancaire. Ce qui exige de lui qu’il voyage souvent à travers tout le pays. La plupart du temps, ces déplacements durent plusieurs mois. June a décidé de le suivre durant ses voyages et j’ai dû me montrer très ferme en ce qui concerne Nathan. Il était hors de questions qu’elle parte avec mon fils.
Pendant plusieurs semaines, nos relations se sont considérablement tendues. Je me suis retrouvé contraint à faire appel à un confrère spécialisé en droit de la famille. Finalement, après l’intervention d’un médiateur, elle m’a cédé la garde exclusive de Nathan. De mon côté, je me suis engagé à lui laisser son fils aussi souvent que possible lorsqu’elle sera à Miami. Ce qui arrive assez rarement.
Je déplore qu’elle déserte ainsi la vie de son fils et je remercie la providence d’avoir mis sur mon chemin une personne aussi incroyable qu’Avery. Nathan aussi a une chance inouïe de l’avoir. Elle s’occupe merveilleusement bien de lui. Au point qu’elle a même mis ses projets professionnels en stand-by. Toutefois, elle suit des cours de marketing pour le jour où elle lancera son entreprise.
Ces dernières semaines son autre mission, en plus de prendre soin de mon fils, a été de préparer notre nouvelle maison. Comme lors de mon emménagement dans l’appartement, elle a pris à cœur de nous créer un endroit où il fait bon vivre. Son message me laisse penser qu’elle a fini d’aménager notre nouveau foyer.
J’en ai la confirmation en arrivant dans ce quartier pavillonnaire où se trouve notre maison. La nuit commence à tomber dehors et les lumières extérieures de cette grande demeure typique du sud sont toutes allumées. La voiture d’Avery étant garée devant le garage, je n’ai aucun doute de les trouver à l’intérieur.
Fou de joie qu’elle m’ait fait cette surprise, je me gare derrière elle et m’empresse de remonter l’allée pavée donnant sur le perron. Souriant comme un bienheureux, je pousse la porte d’entrée et je suis immédiatement saisi par cette chaleur douce et accueillante : celle de notre foyer. C’est comme un cocon qui se referme sur moi alors que j’entre dans ces lieux. Comme dans le plus beau de tous mes rêves, il y a l’odeur d’un bon dîner préparé amoureusement par ma femme, cet intérieur pensé à deux. Plus merveilleux encore, il y a eux, mes amours. Avery, mon petit bonhomme dans les bras, m’attend à l’entrée du salon où flambe un feu de cheminée. Un détail qui m’arrache un rire.
Nathan s’agite et Avy le pose par terre. Je m’accroupis et lui ouvre les bras.
— Tu viens faire un câlin à papa ?
Il ne se fait pas prier et de sa démarche encore chancelante, il avance jusqu’à moi avant de se jeter dans mes bras.
— Papa, s’exclame-t-il en s’agrippant à ma veste.
Je me redresse en le gardant près de moi.
— Mon bonhomme !
— Bienvenue à la maison, m’accueille Avery en nous rejoignant.
Je l’emprisonne dans mon autre bras et la ramène contre moi.
— Madame Ambrosio, vous êtes une femme surprenante, lui dis-je avant de l’embrasser.
— Je suis une femme très amoureuse de vous, monsieur Ambrosio, répond-elle en m’embrassant à son tour.
— J’ai compris tout de suite en lisant ton texto et tu ne peux pas t’imaginer comme ça m’a rendu heureux. Merci pour ça, Avy.
— Tu travailles tellement pour nous. Je pouvais bien faire ça pour toi.
— Je t’aime, lui confié-je en déposant un baiser sur sa joue.
Je suis immédiatement imité par Nathan.
— T’aime Vy, babille-t-il.
— Moi aussi je t’aime, ma petite grenouille.
Même si j’ai assisté à ce genre de moments de tendresse entre Avy et mon fils de nombreuses fois, je ne m’en lasse jamais.
— Je nous ai préparé un bon repas pour notre premier dîner en famille ici.
— Ça tombe bien, je suis affamé ! m’exclamé-je en attirant ma petite famille dans le salon. Tu sais, il fait encore vingt degrés dehors.
— Je sais, s’amuse Avy. La cheminée c’est un peu trop, mais je trouvais ça tellement chouette.
— C’est vrai que ça l’est. Il me tarde que l’hiver arrive.
Je me penche à son oreille :
— Pour te faire l’amour devant un bon feu.
Je rencontre ses grands yeux étonnés.
— Mais enfin pourquoi crois-tu que je l’aie allumée ? me lance-t-elle comme si la réponse coulait de source.
Je lui donne un baiser bref.
— Toujours aussi coquine, ma douce.
Nous rejoignons la salle à manger et je suis ravi de voir quelle belle table a dressée Avy. Le dîner nous attend ainsi qu’une bouteille de champagne.
— J’ai de la chance de t’avoir épousée, affirmé-je pendant qu’elle installe Nathan dans son siège.
— Et tu n’as pas encore vu le dessert, me dit-elle en me faisant un clin d’œil.
Hum, la nuit va être très chaude à Miami !
Je fais le tour de la table en m’arrêtant un instant sur mon fils qui observe Avy lui préparer son assiette puis sur ma femme qui est aux petits soins pour nous. À ce moment précis, à travers ce simple dîner en famille, j’ai la certitude que notre bonheur ne fait que commencer. Je sens cette bulle de bonheur qu’Avy a patiemment érigé autour de moi depuis mon retour de Floride. Je la revois comme au premier jour. Celui de notre toute première rencontre. Elle avait neuf ans à peine, mais il était difficile de le croire, car elle paraissait bien plus mature. Autant mentalement que physiquement d’ailleurs. Je l’avais trouvé jolie à l’époque. Je l’avais pensé en toute innocence, bien sûr. En sentant tout cet amour que j’ai pour elle au fond de moi, je me demande comment cela ne m’a pas sauté aux yeux plus tôt.
— Quoi ? s’étonne-t-elle alors que je la fixe depuis un moment. J’ai de la purée sur le bout du nez ?
— Non, gloussé-je. Je repense seulement au jour où je t’ai vue pour la première fois. Tu t’en souviens ?
— Évidemment.
— En repensant à ce moment, tu ne trouves pas ça complètement fou de nous retrouver des années plus tard mariés et installés dans notre maison avec Nathan ?
— Si, bien sûr. C’est totalement dingue et surtout inespéré.
Après avoir garni nos assiettes de nourriture, elle s’assied face à moi et lève sa coupe de champagne.
— Malheureusement, peu de personnes peuvent se vanter d’avoir trouvé leur idéal, la réponse à leurs questions. Le bonheur se travaille, se cultive. Toi et moi, nous avons la chance inestimable d’avoir su le saisir lorsqu’il s’est présenté à nous.
Je l’imite et lève mon verre.
— Et il ne nous reste plus qu’à entretenir ce beau jardin.
Nous entrechoquons nos verres l’un avec l’autre avant de trinquer avec Nathan qui tient son verre en plastique entre ses mains.
— À nous trois, mes amours.
— À nous trois…
Verrou en forme de cœur contour
Avery
— Vous voilà arrivée, madame Ambrosio, me chuchote Milo avant de m’allonger dans notre lit.
Il retire le plaid qui enveloppait mon corps dénudé et ramène les draps sur moi. Je crois qu’il va se glisser à mes côtés, mais je sens qu’il s’éloigne. J’ouvre les yeux pour attraper sa main.
— Viens te coucher.
— Dans une seconde, je veux seulement m’assurer que Nathan dort toujours.
Je lui adresse un sourire coupable. Il nous est arrivé très souvent de faire l’amour avec le petit sous le même toit, mais je n’arrive pas toujours à me maîtriser quand nous le faisons. Surtout lorsque Milo se met en tête de me baiser fougueusement.
Milo sort dans le couloir et je m’enfonce doucement dans mon oreiller en regardant la pièce autour de moi. Quelle drôle de sensation que de me retrouver dans cette maison que nous avons choisie pour y fonder notre famille.
J’ai mis tout mon cœur à l’ouvrage en pensant à la décoration de notre intérieur. Je voulais tant que nous nous sentions bien ici. Milo et Nathan comptent tellement à mes yeux et je suis si heureuse de les avoir enfin retrouvés.
Je savais que ce moment arriverait rapidement quand j’ai quitté Paris pour venir passer quelques heures à Miami. Je sentais que j’avais atteint mes limites et qu’il était temps que nous retrouvions notre vie. Je n’en ai pas parlé tout de suite à Milo, car je devais d’abord m’entretenir avec mon employeur. Il ne pouvait pas me retenir, mais je tenais à ce que les choses soient claires avant de prévenir Milo.
Une fois ma démission posée, tout est allé très vite, mais paradoxalement, les deux mois qui ont suivi m’ont paru une éternité. Après plus d’un an d’absence, j’avais envie de revoir ma famille et mes amis.
Comme il me l’a annoncé, Milo ne met pas longtemps à revenir dans la chambre.
— Il dort toujours ?
— Comme un ange, me confirme-t-il en retirant son boxer avant de se glisser à mes côtés en ouvrant ses bras pour m’inviter à m’y blottir.
Je ne la refuse pas et me love contre lui.
— Penses-tu qu’on pourra attendre l’hiver prochain pour s’envoyer en l’air devant la cheminée ?
Je pouffe de rire lorsqu’il me pose cette question.
— Probablement pas.
— Bien. J’aurais trouvé ça ennuyant à mourir.
— Je suis de ton avis.
Milo fait courir ses doigts le long de mon dos et m’en donne la chair de poule. Après un moment d’un doux silence, il me dit :
— Tu réalises que nous allons passer notre premier week-end dans notre maison.
J’enfonce mon menton dans son torse et le couve d’un regard énamouré.
— J’espère que tu ne m’en voudras pas, mais j’ai invité mon père et ta mère demain soir.
— Nos parents, ensemble ?
— Curieusement, ils ont accepté tous les deux.
— Comme tu dis, c’est curieux.
— Mais c’est peut-être aussi le pas vers leur réconciliation.
J’arbore une moue triste.
— C’est notre histoire qui les a séparés. J’aimerais qu’elle ait aussi le pouvoir de les pousser l’un vers l’autre. Rappelle-toi notre mariage, ils se sont très bien entendus.
— C’était un jour particulier.
Je fais rouler mes yeux.
— Incroyablement particulier. Ta mère a été si gentille avec moi !
— Elle a fini par comprendre que tu es et que tu resteras l’unique femme de ma vie. Elle t’accepte, Avy. Il lui a fallu du temps pour ouvrir les yeux sur toi, sur celle que tu es vraiment.
Il dépose un baiser sur mon front.
— Et la manière dont tu m’as soutenu pour Nathan a considérablement contribué à ce qu’elle pose un nouveau regard sur toi.
— Je n’ai rien fait d’extraordinaire, dis-je en posant ma joue sur son torse. Je t’aime et je l’aime parce qu’il est une partie de toi. C’est aussi simplement que ça. Pour ne rien gâcher, il est beau comme un ange.
— Évidemment qu’il est beau comme un ange, c’est mon fils !
C’est un peu prétentieux, mais tellement vrai. Milo est un homme redoutablement beau et Nathan lui ressemble comme deux gouttes d’eau. J’ai eu l’occasion de m’en apercevoir lorsque Pamela m’a fait le plaisir d’ouvrir les vieux albums photo de Milo.
Un nouveau silence s’instaure entre nous et le sommeil commence à me chatouiller les yeux.
— Tu as invité Arizona demain soir ?
— Non, dis-je en réprimant un bâillement.
— Eh bien, tu l’appelleras demain matin. Il y a trop longtemps que tu ne l’as pas vue.
— Avec Nathan, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour moi et tu sais combien les bébés, les couches ou encore les biberons la dépassent.
— C’est pour ça que je t’ai déjà demandé un million de fois au moins de sortir plus souvent avec elle.
— Je sais, soupiré-je.
Les premiers jours après mon retour, mes retrouvailles avec Milo m’accaparaient. Nous sautions sur la plus petite occasion pour nous retrouver en tête-à-tête afin de rattraper le temps que nous avions perdu lorsque je vivais à Paris.
Les choses se sont calmées et j’ai passé quelques soirées avec Zoo. Malheureusement, le problème de la garde de Nathan s’est posé et Milo était aux trente sixièmes dessous. L’idée que June se mette en tête de prendre le petit avec elle dans sa nouvelle vie avec son compagnon lui a volé de nombreuses heures de sommeil.
Il a immédiatement décidé de prendre un avocat et j’étais déterminée à le suivre dans son combat pour son fils. Nathan et Milo sont fusionnels. On sent l’amour qui les unit tous les deux et priver cet enfant de son père aurait été criminel. Heureusement, June a retrouvé la raison et a préféré offrir à son fils une vie stable auprès de son père.
J’ai vécu cette période dans une grande douleur, car la détermination de June à ne pas laisser Nathan avec Milo était, à mon sens, motivé par la haine qu’elle éprouve à mon encontre. Je pense qu’il était impensable pour elle que je m’implique autant dans la vie de son fils.
Elle a finalement cédé quand elle a compris combien il serait difficile pour Nathan de déménager aussi régulièrement.
— Je suis très heureuse de m’occuper de mon petit bonhomme. Ça me suffit pour l’instant.
J’aspire un cri surpris lorsque Milo me fait rouler sur le dos avant de se glisser entre mes cuisses. Il m’embrasse.
— Ma chérie serait-elle prête à laisser sa vie de jeune femme pour se ranger et devenir une vraie femme au foyer ?
— Beurk ! dis-je en mimant un haut-le-cœur.
Ma réaction le fait pouffer de rire.
— Je me disais aussi, se réjouit-il. Je ne voudrais pas que mon fils vienne à bout de tes grandes ambitions.
Mes mains remontent le long de son dos.
— Pour l’instant, j’ai envie de profiter de vous.
J’enroule mes bras autour de son cou.
— Et si tu t’inquiètes à propos de ma relation avec Zoo, alors sois tranquille. Notre amitié est bien plus solide que les quelques mois que je consacre à Nathan. D’ailleurs, j’ai beaucoup pensé à elle ces derniers jours. Je me bats avec mes cours de marketing et même si je m’en sors, je trouve ça d’un ennui mortel. J’aime créer. C’est ça, l’essence de mon travail.
— Que vient faire Zoo dans cette affaire ?
— J’ai envie de lui proposer de se lancer dans l’aventure avec moi. Je gérerais l’aspect créatif et Zoo tout ce qui touche à la communication et marketing.
— Cette idée est loin d’être idiote, mais Zoo suit ses études.
— Ses études l’ennuient, un peu comme moi avec les cours de marketing. Elle n’a jamais su réellement ce qu’elle voulait faire de sa vie. Elle a choisi les langues étrangères pour être capable de draguer dans toutes les langues et être sûre de ne pas passer à côté du grand amour.
Une explication qui provoque un soupir désespéré à Milo.
— Cette fille ne cessera jamais de m’étonner…
Je ris contre sa bouche lorsqu’il m’embrasse.
— Je pense que vous avez un grand avenir toutes les deux. Vous formez une bonne équipe et vous associer dans une entreprise vous sera profitable à l’une comme à l’autre.
— Je l’appellerai demain pour qu’elle se joigne à nous pour le dîner et je lui proposerai également que l’on se voie dans la semaine pour lui parler de ce projet.
— Je suis très heureux de t’entendre parler comme ça.
Je le remercie d’un sourire et Milo câline doucement mes joues avec ses pouces.
— Nous avons notre maison et Nathan vit avec nous maintenant. Je me sens bien dans mon travail et il faut que tu en fasses de même. Après ton voyage à Paris, tu dois avoir un million d’idées en tête.
Mes doigts caressent lentement ses avant-bras.
— C’est vrai que je déborde d’envie et d’idées.
— Alors, il faut que tu te lances sans attendre. On trouvera un moyen pour Nathan. Ma mère sera heureuse de s’occuper de lui de temps à autre pour te laisser le temps de te consacrer à ton entreprise. Si Zoo accepte de se lancer avec toi alors, n’hésite pas et fonce !
— Merci de m’encourager, lui dis-je avant de l’embrasser tendrement. Tu as gagné, j’en parlerai dès demain à Zoo.
— Je suis fier de toi, ma chérie. Concentre-toi sur ton travail et dans quelques mois, si tu en as envie, on songera à agrandir notre famille. Plus je t’observe avec Nathan, plus je me dis que tu es faite pour être mère. Je sais qu’il te manque quelque chose quand tu l’étreins.
Je pose une main sur sa joue.
— La place que j’occupe dans sa vie me suffit pour le moment. J’ai énormément d’amour pour Nathan et passer ce temps avec lui m’a fait un peu plus réaliser combien la maternité est importante pour moi. Chaque jour est un pas de plus vers ce moment où je deviendrai la mère de nos enfants. Il m’en reste quelques-uns à franchir avant d’en arriver là.
— Avance à ton rythme, mon amour. On a toute la vie pour fonder notre famille.
Il revient vers moi avec un baiser langoureux que j’accueille dans un soupir comblé. Mes mains descendent lentement le long de son dos et redessinent la forme bombée de ses fesses.
— Avy, grogne Milo dans ma bouche en remuant contre moi.
— C’est notre première nuit ici, mon amour. Il faut la rendre mémorable, le taquiné-je.
— Avec toi, elles le sont toutes, réplique-t-il avant de lécher mes seins et de descendre jusqu’au nombril.
J’enfonce mes doigts dans ses cheveux noirs alors qu’il s’installe entre mes cuisses.
Les yeux clos, je savoure le bonheur de sa présence à cet endroit. Le bonheur d’avoir cette vie fabuleuse aux côtés du seul homme que je n’ai jamais aimé. Même dans mes rêves les plus fous, ma vie n’était pas aussi incroyable. Milo, Nathan, notre maison et ces quelques mois passés à Paris, tout est absolument parfait. Et il me tarde de voir ce que l’avenir nous réserve. Une chose est certaine, il s’annonce torride et passionnant.
Fin
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Elma Hilde
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