Au péril de t'aimer (French Edition)

Elma Hilde · Chapitre 17 sur 33

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Au péril de t'aimer (French Edition)

Chapitre seize

 

Avery

Les jours qui suivent cette visite d’appartement s’écoulent tranquillement. Ma candidature de stage envoyée et je n’ai plus qu’à profiter de mes vacances. Comme Arizona est de retour à Miami, je passe le plus clair de mon temps avec elle.

Sa présence compense un peu l’absence de Milo. Pour lui, les vacances d’été, c’est bel et bien fini ! Ces derniers jours, il croule sous le travail, ce qui le rend moins disponible.

Après m’être languie de lui la journée, je le retrouve dès que nos parents sont couchés et pour deux heures à peine. S’il ne tombe pas de fatigue avant bien sûr.

Pour le moment, au travail, il n’a pas la place la plus simple. C’est le petit nouveau fraîchement diplômé et il doit faire ses preuves. La seule manière pour moi de l’aider pendant cette phase délicate, c’est d’être là lorsqu’il a du temps et lui faciliter les choses autant que possible.

Il me tarde qu’il emménage dans son appartement. Une fois que cela sera fait, nous gagnerons en liberté.

Il y a quelques jours, il m’a annoncé que le bail sera signé sous peu. Ce qui est une bonne chose. L’emménagement est imminent. C’est pour cette raison que Milo m’a chargée d’une mission importante : faire du shopping.

Après sa séparation, il est revenu à Miami, sans rien. Il a tout laissé à June. Il repart donc de zéro. C’est pour cela que je me balade dans les allées de ce grand magasin dédié à l’aménagement de la maison avec sa carte de crédit dans mon sac. Cet homme sait parler aux femmes… Bien évidemment, Arizona m’accompagne pendant mon expédition « shopping ». Je suis dans l’espace « cuisine » du magasin lorsque mon téléphone se met à sonner. J’y découvre un message que j’ai déjà eu l’impression de lire cent fois ces derniers jours.

Milo

Je suis bloqué au bureau, trésor. J’ai prévenu ma mère de ne pas m’attendre pour le dîner. On se voit plus tard. Je t’embrasse.

Déçue que la même histoire se répète inlassablement, je soupire. Je sais qu’il travaille d’arrache-pied pour faire une bonne impression, mais cela n’empêche qu’il me manque.

— T’en fait une tête, s’étonne Arizona en me regardant ranger mon portable dans ma poche. Il y a un problème.

— Non, non…

Je retourne à ce service à vaisselle qui m’intéresse.

— Tu sais, plus j’y pense, plus je trouve ça bizarre que Milo te demande de faire son shopping…

Je hausse les épaules avec nonchalance.

— Il a trop de travail et pas le temps de préparer son emménagement. C’est aussi simple que ça…

— Je t’avoue que je m’inquiète un peu.

— Je ne vois pas pourquoi.

— Eh bien, pour commencer, vous passez énormément de temps tous les deux et maintenant, il te demande de l’aider à aménager son futur appartement.

— Et alors ? Il n’y a rien de mal là-dedans, dis-je de plus en plus sur la défensive.

Arizona est une véritable fouine. Si elle croit que je lui cache quelque chose – ce qui est le cas –, elle fera tout pour découvrir de quoi il s’agit.

— Dans d’autres circonstances sûrement, mais on parle de toi. De toi et de Milo.

Je me détourne brusquement des verres à vin que je contemplais lorsqu’elle me dit cela.

— Il n’y a pas de « moi et Milo », rebondis-je en regrettant immédiatement d’avoir été si véhémente.

Ce genre de réactions va forcément nourrir sa curiosité. D’ailleurs, le regard qu’elle me lance à cet instant en est la preuve. Plus fière qu’un chien qui aurait déterré son pesant de truffes, elle croise les bras sur sa poitrine, un sourire vainqueur au coin des lèvres.

Bravo, Avy, tu as réveillé la bête…

— C’est bon, Avy, crache le morceau ! Qu’est-ce que tu ne me dis pas ?

— Rien, je t’assure, dis-je en essayant d’être la plus convaincante possible.

— J’ai remarqué que tu as changé : tu ne sors plus, tu ne baises plus avec personne et tu ne picoles même plus. Loin de moi l’idée de te le reprocher, mais personne n’arrive à te faire rentrer dans le droit chemin mis à part Milano. Si tu es si sérieuse depuis quelque temps, ce n’est pas pour rien. Ma main à couper que vous baisez ensemble !

— Non, mais tu t’entends ?

C’est agaçant qu’elle me connaisse si bien.

— Oh oui ! Et je suis certaine d’avoir vu juste.

Puis-je encore m’empêtrer dans mes mensonges sans risquer de blesser mon amie ? Arizona n’a pas seulement des soupçons, elle est convaincue de détenir la vérité. À juste titre… Mais si je m’entête à nier, elle m’en voudra le jour où je me confierai à elle.

— Zoo, dis-je plus calmement en passant mes mains dans mes cheveux. Est-ce que tu peux comprendre que je n’ai pas envie de parler de ça, s’il te plaît ? Tu es ma confidente et personne n’en sait plus sur moi que toi. Mais cette fois, une part de moi a envie de garder ses secrets.

Ma requête semble la surprendre. Il faut dire que je n’ai jamais de secrets pour elle.

— Oh… eh bien… je comprends, dit-elle entre hésitation et déception.

— Tu m’en veux ?

— Bien sûr que non ! Mais ta réaction ne me rassure pas, je le reconnais. Je suis méfiante lorsqu’il s’agit de Milo. Je sais que tu peux vite partir à la dérive à cause de lui.

— J’en ai conscience, mais je dois le faire, Zoo. Il faut que j’aille au bout de ce truc. Même si ça veut dire prendre un gros risque.

Arizona s’approche et prend mes mains dans les siennes avant de m’offrir un sourire rassurant.

— Promets-moi seulement de venir me parler si ça ne va pas.

— Évidemment. Tu es et tu resteras la première personne que j’appellerai en cas de problème.

Arizona m’étreint délicatement avant de me lancer :

— Je savais que ça arriverait.

— Grâce à tes pouvoirs de divination, je présume, me moqué-je en roulant des yeux.

— Je n’ai pas eu à m’en servir cette fois. Milo a si souvent répété que tu étais « sa petite sœur chérie » qu’il cherchait surtout à s’en convaincre. Il a sûrement berné tout le monde, lui le premier, mais je ne suis pas tombée dans le panneau.

Amusée par ses propos franchement ridicules, je glousse. Comme si Milo avait pu être attiré par moi… Je doute même que ce soit le cas aujourd’hui. J’en rêve, bien sûr. La tournure que prend notre relation pourrait me laisser le croire, mais une part de moi est toujours sur sa réserve.

Malheureusement pour moi, il sort d’une longue histoire d’amour et on ne tire pas un trait sur une relation aussi importante en un claquement de doigts. Une petite voix en moi me murmure que tout n’est pas terminé et qu’il n’est pas entièrement avec moi.

— C’est étrange, c’est la première fois que je t’entends raconter ce genre de choses, la nargué-je.

— Mais oui ! C’était pour ne pas te gâcher l’effet de surprise…

Nous éclatons de rire, car nous savons toutes les deux combien tout cela est faux. En toute honnêteté, je ne pense pas qu’elle ait déjà envisagé que Milo puisse se tourner vers moi un jour. Elle est aussi surprise que moi.

— Allez viens ! m’encourage-t-elle en passant son bras sous le mien. On va boire un mojito. J’en ai marre de faire du shopping pour Milano.

— Mais j’ai encore une montagne de choses à…

J’arrête de protester quand une notification arrive sur mon portable. Je n’ai pas encore répondu au texto de Milo et il doit s’imaginer que je suis fâchée. Je prends mon téléphone pour lui rédiger une réponse brève. Je constate que je n’ai pas reçu un SMS, mais un mail. La lecture de l’adresse de l’expéditeur fait immédiatement augmenter mon rythme cardiaque.

— Avy, tout va bien ?

— C’est un mail d’Andrieu.

— Et qu’est-ce qu’il dit ?

Je l’ouvre et le lis d’abord pour moi-même.

De : StephanAlbernati@DWAYNEANDRIEU.COM

À : AveryEvans@DOCLOUD.COM

Objet : Candidature de stage

Madame Evans,

C’est avec une attention particulière que nous avons étudié votre candidature de stage. Les travaux envoyés sont d’une qualité indiscutable. Malheureusement, nous n’avons plus de postes de stagiaire vacants pour l’année à venir. Je ne pourrai donc pas donner suite à votre candidature. Toutefois, je vous encourage à poursuivre vos recherches et espère qu’elles seront fructueuses.

Recevez, Madame Evans, mes salutations distinguées.

Cordialement,

Stephan Albernati

 

— Quoi ? s’impatiente Arizona en me prenant le téléphone.

J’imagine que je suis blanche comme un linge. Je ravale mes larmes pendant qu’elle lit le mail.

— Recevez mes salutations… marmonne Arizona. Pauvre con !

L’air navré, Arizona me rend mon téléphone portable.

— Je suis désolée, ma chérie. Personne ne méritait plus ce stage que toi.

Je joue des épaules.

— Pourtant, il n’y a plus de place pour moi…

— Mais tu sens bien à la lecture de ce mail qu’il est déçu de te dire non. Il le dit clairement : ton travail est de qualité.

— C’est ma faute ! J’ai perdu trop de temps avec mon foutu besoin que tout soit parfait !

— C’est aussi ce détail qui fait que tu es une grande artiste.

— Si grande que je n’aie aucun stage....

Je me cache dans mes mains.

— Je vais planter mon année, dis-je le cœur au bord des lèvres. Sans stage, je suis foutue.

— Tu vois tout en noir parce que tu es sous le coup de la déception, me console Arizona en me frictionnant les bras. Mais tout n’est pas perdu, j’en suis certaine. Il y a forcément quelque chose de plus grand qui t’attend.

— Andrieu est le plus grand couturier de ce côté-ci du pays, lui rappelé-je. C’est une chance incroyable d’avoir quelqu’un comme lui dans le coin.

— Alors si tu veux ce stage, fonce !

— Tu as lu le mail, ils viennent de me dire non.

— Cette année, mais qu’est-ce qui te retient de postuler pour l’an prochain ?

— Qu’est-ce que je suis supposée faire en attendant ?

— Prends une année sabbatique.

— Mon père va adorer cette idée, ironisé-je en levant les yeux au ciel.

— Ton père décrocherait la lune pour toi. Tu peux lui faire accepter n’importe quoi !

Arizona frappe dans ses mains.

— Tu sais quoi ? Tu es trop déçue pour réfléchir à ce problème. Je te propose qu’on aille boire un, voire deux, peut-être même trois ou quatre mojitos. La solution viendra après.

— Après trois ou quatre mojitos ? ricané-je difficilement. Je vois d’ici le genre de solution que je vais trouver, du style : partir en Alaska pour rhabiller les Esquimaux.

Arizona m’attrape le bras et m’embarque. Je me laisse faire. Rien ne sert de lutter quand elle a un mojito en tête.

— Tant qu’ils font des mojitos !

Nous partons à rire. À cet instant, je laisse Zoo prendre les choses en main. J’ai trop de peine et aucune envie d’avoir à prendre la moindre décision. Demain, je vais devoir sérieusement songer à mon avenir, alors autant profiter de ces quelques heures de légèreté.

Verrou en forme de cœur contour

 

Milo

Pour la millième fois, je consulte mon téléphone, et rien ! Mais qu’est-ce qu’elle fait ? Est-elle contrariée à cause de mon travail ? Je n’ai pas été très présent ces derniers jours et elle doit s’impatienter.

Jusqu’ici Avery s’est montrée très compréhensive. Je dirais même qu’elle a été adorable. Je mériterais qu’elle m’engueule, qu’elle me dise que j’abuse, que je ne m’occupe pas d’elle, mais Avy ne me fait aucun reproche. Au contraire, elle a fait son maximum pour me faciliter la vie. Elle est même allée jusqu’à faire livrer mon déjeuner au bureau pour que je ne perde pas de temps à m’en soucier. Honnêtement, je ne l’aurais jamais imaginée aussi attentive et attentionnée dans l’intimité.

Elle paraît si indépendante et je ne la vois pas se plier en quatre pour combler un homme. Et pourtant… Elle m’a soutenu dans mon emménagement et je peux compter sur elle pour gérer des détails qui me gonflent prodigieusement et pour lesquels je n’ai pas une minute de surcroît.

Mais depuis que je lui ai envoyé ce texto pour lui annoncer que je n’aurai pas de temps à lui accorder aujourd’hui encore, elle est restée muette. Et maintenant, je n’arrive plus à me concentrer !

Je rumine au lieu de me plancher sur ce dossier de la plus haute importance qui m’a été confié par mon patron. C’est un peu mon épreuve du feu et je n’ai pas le droit à l’erreur. C’est pour cela que je décide d’appeler Avery. Il faut que je me retire ce « problème » de l’esprit pour pouvoir enfin me focaliser sur mon affaire.

— À qui ai-je l’honneur ? décroche-t-elle d’une voix chantante. Mon « frère » ou mon dieu du sexe avec qui je n’ai pas couché depuis une éternité soit dit en passant…

Un détail me surprend dans son intonation. Elle rit et je comprends de quoi il s’agit.

— Est-ce que tu es saoule ?

— Roo... Tout de suite les gros mots !

— Je te téléphone à 13 h 35 et tu es ivre ! Je peux savoir ce que ça veut dire ?

— Je suis en manque de sexe.

J’ai du mal à croire ce que j’entends. Je ne suis pas très disponible, c’est vrai, mais d’ici à se mettre dans cet état…

Bien décidé à tirer toute cette histoire au clair, je bondis de ma chaise avec la ferme intention d’aller la chercher.

— Où es-tu ?

— Là où le mojito coule à flots, me répond-elle avant d’éclater de rire.

— Arrête tes conneries et dis-moi où tu te trouves !

— Pourquoi ? Tu veux m’enlever pour me B.A.I.S.E.R ?

— Je suis très sérieux, Avy, m’impatienté-je. Est-ce que tu es à la maison ?

— Négatif ! Je suis…

Le reste de sa phrase est inaudible. Je comprends qu’elle ne s’adresse pas à moi et je panique immédiatement. Serait-elle avec un mec en train de se saouler dans un bar ?

— Avec qui es-tu, bordel ?! m’écrié-je fou de rage.

— Ben... avec Zoo !

J’aurais dû m’en douter…

— Elle m’aide à trouver une solution à mon avenir, dit-elle avant de pouffer de rire. J’hésite entre habilleuse d’Esquimaux ou goûteuse de mojitos.

Elle rit encore et j’en ai assez de l’entendre glousser sans comprendre ce qui lui arrive.

— Trésor, j’essaie vraiment de rester calme, mais tu ne me facilites pas la tâche. Je sens bien que quelque chose te contrarie. C’est à cause de moi ?

— Non, bien sûr que non. C’est seulement que...

Elle est plus triste tout à coup.

— Chérie, qu’est-ce qui se passe ?

— Eh bien… je n’ai pas décroché le stage.

Eh merde !

— Quand t’ont-ils répondu ?

— Ils m’ont envoyé́ un mail très poli, ce matin. Ils ont déjà leur quota de stagiaires. Du coup, je fête la nouvelle avec Zoo.

— Avy, je suis sincèrement navré. Tu t’es donné tant de mal.

— Et ça n’a servi à rien…

Ça me fend le cœur d’entendre la désillusion dans sa voix. Elle était si motivée.

— Écoute, je vais faire ce qu’il faut pour rentrer tôt à la maison.

— Mais ton travail !

— Je serai là de bonne heure, il n’y a pas à discuter. Toi, arrête de boire et dessaoule, s’il te plaît.

— Mais je viens de me commander un nouveau mojito, se plaint-elle.

Je soupire.

— On discutera de toute cette affaire, ce soir. En attendant, sois raisonnable, je te le demande.

— Ce que tu peux être rabat-joie.

— Si je l’étais, je t’interdirais de boire ce mojito. Pire, je serais venu te chercher pour te mettre au lit. Ne me pousse pas à bout.

— On se voit ce soir, dit-elle un sourire dans la voix.

— Prenez un taxi pour rentrer et envoie-moi un texto pour m’avertir quand tu es à la maison.

— Oui Père… souffle-t-elle avant de partir dans un nouveau rire.

— Ah non ! C’est déjà̀ assez compliqué, n’en rajoute pas.

Nous partons à rire et je me détends. La situation n’est pas idéale. Elle est saoule dans un bar et je n’aime pas ça. Mais comment lui en vouloir ? C’est un coup dur pour elle. Je lui ferai la morale une fois que les effets de l’alcool se seront dissipés et que nous aurons réglé́ ce problème de stage.

— Je te fais confiance, Avy : un dernier mojito, et tu rentres.

— Promis. Bye.

Et elle raccroche. Je me laisse retomber contre le dossier de mon siège en tirant sur mon nœud de cravate.

J’espérais que cet appel me rassurerait au sujet de mes absences et, finalement, il a généré plus d’inquiétude. Comment vais-je pouvoir l’aider ? Ce stage représentait tout pour elle.

Je vais être présent pour l’aider à se relever, mais j’ignore comment lui être utile en ce qui concerne ses études. Le plus urgent est de me replonger dans le travail pour être certain de partir plus tôt. Même si je vais avoir du mal à la chasser de mes pensées. Ce soir, je la tiendrai dans mes bras et je l’encouragerai à ne pas se laisser abattre. Son talent est indiscutable et elle doit en prendre conscience.

 

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