Au péril de t'aimer (French Edition)
Chapitre onze
Milo
Eh merde ! J’ouvre un œil et la lumière du soleil m’arrache une grimace. Ma tête vibre d’une douleur aiguë. Bravo Milo, tu as fait le con ! pensé-je alors que les conséquences de cette soirée trop arrosée me frappent de plein fouet. Je me redresse en prenant ma tête entre mes mains. Foutue gueule de bois !
Vaseux, je m’assieds péniblement au rebord du lit. Si tout est encore flou, un premier détail éveille rapidement ma curiosité : je ne suis pas dans ma chambre, mais dans celle d’Avery. Bizarre… Un second détail est bien plus inquiétant : la boîte de préservatifs à mes pieds.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? bafouillé-je la bouche pâteuse.
Plus alerte, je fais le tour de la pièce à la recherche d’autres indices étranges. Putain, non ! La jolie robe qu’elle portait hier repose sur la moquette à côté de son tanga. Pourquoi ai-je l’effroyable sensation d’avoir déjà vu ce bout de dentelle ? Mon costume est là lui aussi, éparpillé dans la pièce. Il y a même mon boxer. Affolé, je tire sur le drap et découvre, paniqué, que j’ai la bite à l’air.
— Mais non ! dis-je effaré en la trouvant si… fatiguée.
Depuis quelques semaines, j’ai pris l’habitude de me réveiller avec une trique d’enfer. Un détail normal vu que je ne baise plus. Mais ce matin, ma queue est HS.
J’essaie de me refaire le film de notre soirée et je me souviens très bien avoir merdé avec mon patron quand j’ai volontairement omis de lui présenter Avery comme ma petite sœur. Je suis pris d’une nausée en pensant à ce mot. C’était déjà bizarre de réagir comme cela, mais d’ici à finir à poil dans son lit avec une bite qui de toute évidence a passé la nuit au front…
Tout est devenu encore plus étrange lorsqu’on attendait le taxi. Avy était si belle. Je l’ai vue frissonner et, naturellement, j’ai glissé ma veste sur ses épaules. Elle s’est emportée et l’idée qu’elle me rejette m’a fait paniquer. Dans le taxi, Avy regardait par le carreau et j’ai eu peur qu’elle ne veuille pas de moi. C’est pour cela que j’ai doucement glissé ma main sous sa robe, pour voir si elle me repousserait. Au fond de moi, je rêvais qu’elle le fasse autant que je voulais qu’elle accepte mes caresses. Ce qu’elle a fait.
À cet instant précis, j’ai su que je ne ferais pas marche arrière. Si elle me laissait faire, j’irais au bout des choses, car je la désirais plus que tout. Plus que la raison et la bienséance.
On a couché ensemble. Le brouillard se dissipe peu à peu et je ne peux plus nier l’évidence. Et pour tout dire, c’était incroyable d’être avec elle, de la sentir si intimement. Je me suis abandonné comme jamais dans ses bras. Est-ce dû à l’alcool ? Ou alors est-ce elle qui me fait l’effet d’être un homme totalement différent ? Difficile à dire. Pour l’instant, j’ai trop mal à la tête pour être parfaitement lucide.
Mal de tête ou pas, je vais devoir me rendre au rez-de-chaussée et affronter les conséquences de notre folle nuit. Que vais-je pouvoir lui dire pour expliquer mon comportement ? J’ai volontairement renié notre relation fraternelle pour la mettre dans mon lit. Comment ai-je pu me comporter de manière aussi abjecte ?
Avant d’affronter cette longue conversation sur fond d’excuses qui m’attend en bas, je dois me rafraîchir les idées avec une bonne douche.
D’un pas léger, je traverse sa chambre et ouvre la porte en guettant le moindre bruit. Rien… Serait-elle partie ?
Je m’engage sur le palier et le remonte sur la pointe des pieds. Si elle est là, je ne veux pas qu’elle m’entende. Je ne suis pas encore prêt à la voir. Pas avec cette tête-là.
Malheureusement, l’eau claire et chaude ne parvient qu’à chasser la torpeur dans laquelle je me trouve et que j’impute à l’alcool, mais elle n’a aucun effet sur mon immense culpabilité. Ai-je blessé Avy ? Il y a fort à parier que oui. Je voulais regagner sa confiance, lui démontrer que j’étais là pour elle et je l’ai trahie. Même si elle a prétendu le contraire, voulait-elle vraiment ce qui s’est passé la nuit dernière ? Elle a peut-être cherché à me faire plaisir. J’ai la nausée en pensant qu’elle ait pu s’offrir à moi pour cette raison.
Trempé, je manque de glisser sur le carrelage quand je sors de ma douche en catastrophe. Je relève l’abatant des W.-C pour y vomir tripes et boyaux.
— Avy, soufflé-je en m’essuyant grossièrement la bouche. Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ?
Verrou en forme de cœur contour
Avery
La sensation de l’eau sur mes mains me fait revenir à l’instant présent. Je voulais remplir la cafetière d’eau pour me faire couler un café, mais je me suis perdue dans mes pensées et l’eau a débordé du réservoir. Après la nuit dernière, il est normal que j’aie la tête ailleurs.
Mes cuisses se frottent l’une contre l’autre quand j’y repense. J’ai le corps légèrement endolori, marqué par nos ébats de la veille. Milo est un amant hors pair. Très supérieur à tout ce que j’ai pu m’imaginer quand je ne pouvais que le fantasmer. Supérieur à tout ce que j’ai connu jusqu’ici.
Plus jeune, je rêvais de douceur et de tendresse quand je me faisais le film de notre première nuit d’amour et Milo a été à la hauteur de mes espérances. La nuit passée est gravée à jamais en moi. Qu’importe ce qui se passera aujourd’hui, Milo ne pourra jamais me l’enlever. C’est le plus beau souvenir de toute ma vie.
Mais me voilà prise au piège de mes souvenirs. Avant, Milo relevait du fantasme. J’étais convaincue que rien ne se passerait entre nous. Aujourd’hui, mon amour pour lui a pris une autre dimension. Il est devenu plus réel et, plus dangereux encore, il est devenu possible.
J’ai un trac monstre. Comment va-t-il réagir quand il me rejoindra ? La jeune femme naïve en moi espère que nous prenions un café en discutant de la suite de notre relation, mais je ne suis pas qu’une rêveuse, j’ai aussi les pieds sur terre. Surtout lorsqu’il est question de Milo. Je ne me fais pas d’illusions, il va regretter notre nuit d’amour et plus rien ne sera comme avant. Nos liens fraternels sont bien trop ancrés en lui pour qu’il accepte de me voir un jour comme une femme et non comme sa sœur.
Après de longues minutes passées dans la cuisine, j’entends enfin de l’agitation à l’étage. Mon cœur s’emballe devant l’imminence de nos retrouvailles. Comment vais-je l’aborder après cette nuit ? L’important est de dédramatiser la chose. Certaine que Milo doit se payer une sacrée gueule de bois, je prends deux comprimés d’aspirine ainsi qu’un grand verre d’eau avant de me rendre dans l’entrée. J’entends qu’il descend les marches.
Lorsque j’arrive sur place, Milo aborde la dernière marche. La tête enfoncée dans les épaules, il est perdu dans ses pensées, si bien qu’il ne remarque même pas ma présence.
— Salut, dis-je avec une décontraction surfaite.
Je suis une vraie boule de nerfs, mais je dois me maîtriser. À en juger par sa réaction, il est dans le même état que moi. La seule différence entre nous, c’est qu’il n’essaie pas de me le cacher.
— Salut, bafouille-t-il d’une voix à peine audible.
Je lui tends le verre d’eau et les comprimés.
— J’ai pensé que tu aurais mal à la tête.
Sa première réaction est de reculer lorsque je m’approche de lui.
— Est-ce que je te fais peur ?
Je m’adresse à lui sur le ton de l’amusement, mais je n’ai pas du tout envie de rire. Il est fuyant et ça me fait mal. Je reviens à la charge avec l’aspirine et mon verre d’eau.
— Tu ne vas pas te traîner la migraine toute la journée.
Première victoire : il accepte les cachets et le verre d’eau.
— Je viens de me faire couler un café. J’ai aussi fait des pancakes. Ça te ferait du bien de manger…
— Ne fais pas ça, marmonne Milo, la voix tremblante.
— Pas quoi ?
— Comme si tout ça été normal. Ça ne l’est pas et tu le sais aussi bien que moi.
— Je veux simplement qu’on prenne deux minutes pour souffler avant d’en discuter calmement.
— Je ne peux pas, Avy. C’est impossible de parler de… ça.
Il a craché ce dernier mot avec un dégoût évident.
— Je ne peux même pas te regarder, dit-il en se détournant de moi.
— C’est déroutant, je le reconnais, mais on doit faire avec ce qui s’est passé, Milo.
J’essaie de me montrer confiante et rassurante, mais tout en moi est en train de s’effondrer. Sa manière de me rejeter est une immense douleur. Je m’y attendais. Il y avait toutes les chances qu’il réagisse ainsi, mais cela n’empêche pas la souffrance.
— Tais-toi, s’il te plaît, me demande-t-il tristement.
Il se frotte lentement le visage.
— J’ai besoin de prendre l’air.
Ni une ni deux, il fonce vers la porte d’entrée. Le voir s’en aller me fait immédiatement paniquer. Je savais que rien de tout cela ne serait facile, mais le voir m’abandonner est le pire scénario auquel je pouvais m’attendre.
— Non, ne fais pas ça, l’imploré-je en me précipitant derrière lui. Ne me laisse pas.
— Je ne peux pas…
Je comprends à son intonation qu’il pleure et cette évidence me glace le sang. Je me fige sur le pas de la porte alors qu’il sort sous le perron.
— Pardon, me lance-t-il toujours aussi bouleversé. Je t’en prie, pardonne-moi.
— Milo, gémis-je avant de porter une main à ma bouche pour y retenir ce déferlement de larmes qui est sur le point de me balayer.
Milo monte dans sa voiture sans un regard pour moi et démarre en trombe. Abandonnée et terrifiée à l’idée d’avoir définitivement détruit ma relation avec lui, je claque la porte d’entrée avant de courir à l’étage. Dans ma chambre, je m’affale sur mon lit pour y fondre en larmes. Cette nuit, mes draps ont couvert nos ébats et ce matin, ils cachent mes larmes.
*
Cette journée est la pire qu’il m’a été donné de vivre depuis très longtemps. C’est très difficile à admettre après ce qui s’est passé entre Milo et moi, mais je dois me rendre à l’évidence : les choses ne pouvaient pas plus mal tourner.
Je me suis réfugiée dans ma chambre après son départ et j’ai pleuré jusqu’à l’épuisement. À mon réveil, deux heures plus tard, Milo n’était pas rentré et j’avais gagné une merveilleuse migraine. Je me suis rendu à la cuisine pour prendre une aspirine et j’en ai profité pour débarrasser le petit-déjeuner que je nous avais préparé.
Quelle idiote je fais… J’aurais dû me douter que ça tournerait au vinaigre. Milo ne ressent pas les choses comme moi ; il ne m’aime pas. Je me serais évité bien des ennuis si je n’avais pas perdu la raison hier. Je me suis laissé guider par mes émotions et voilà le résultat ! Maintenant que la douleur est là, je me demande si je n’ai pas surestimé ma capacité à la surmonter.
Après ce désastre, j’ai de nombreuses questions en tête. La plus inquiétante étant : comment allons-nous pouvoir vivre ensemble après cette nuit ? Si comme Milo le dit, il est incapable de me regarder, notre quotidien s’annonce très compliqué. Comment allons-nous pouvoir dissimuler un tel évènement à nos parents ? Ils vont forcément se rendre compte que quelque chose ne va pas.
Accablée par toutes ces interrogations, je regarde les heures défiler et chaque minute qui passe me fait perdre un peu plus l’espoir que Milo franchisse le seuil de la maison pour venir me parler.
Il est 16 heures passées lorsque la porte d’entrée s’ouvre enfin. L’espace d’un instant, j’imagine qu’il s’agit de Milo. J’en suis même convaincue. Foutue naïveté ! Je déchante dès mon arrivée en haut de l’escalier. La présence des bagages en bas des marches m’assure que ce n’est pas Milo qui est rentré, mais nos parents. Mon cœur se serre une nouvelle fois. Je voudrais me réfugier dans ma chambre et me larmoyer encore un peu sur mon sort, mais mon père vient d’arriver et je peux au moins aller le saluer. Lorsque je le retrouve, il est dans la cuisine.
— Coucou, papa.
— Ma petite chérie, comment vas-tu ?
— Oh… ça va…
Le regard de mon père se fronce devant ma réponse peu enthousiaste.
— Tu es certaine ? Tu as une petite mine…
— On est rentrés tard et je suis seulement fatiguée, m’empressé-je de le rassurer
— Mais oui, j’avais oublié que tu sortais avec Milo hier soir. Comment s’est passée cette soirée ?
— Très bien, lui mens-je en étant la plus convaincante possible.
Nous sommes rejoints par Pamela qui me salue brièvement.
— Sais-tu où est Milo ?
À cette heure-ci, il a sûrement quitté le pays… Je hausse les épaules pour lui signifier que je n’en sais rien.
— Il est parti, ce matin. Je suppose qu’il est chez Earnie.
J’ai passé la journée à me demander où il avait pu s’enfuir. Il est parti comme un voleur avec sur lui un simple jogging et un t-shirt. Même son téléphone est resté dans ma chambre. Il doit avoir ni argent ni papier d’identité. Par conséquent, j’imagine qu’il est allé se cacher chez son meilleur ami. À sa place, c’est ce que j’aurais fait…
Ma réponse semble convenir à Pamela. Elle sort en nous expliquant qu’elle monte ranger leurs bagages.
Bon vent, pensé-je en la regardant sortir.
— Café ? me propose alors mon père.
J’accepte bien volontiers. La nuit a été courte et, même si j’ai dormi tout à l’heure, je me sens plus fatiguée que jamais.
Nos cafés coulés, mon père me rejoint autour de l’îlot et dépose, en même temps que ma tasse sur la table, un baiser sur mon front. Je lui souris en échange.
— Et comment était votre week-end ?
— Très agréable. Ça m’a fait du bien de me vider la tête.
— Ton travail te préoccupe ?
— J’ai beaucoup de travail, c’est vrai, mais ce n’est pas ce qui me pose un problème. Cette affaire de cambriolage ne me plaît pas du tout.
— Oh… ça…
C’est une mésaventure que je ne parviens pas à oublier moi aussi.
— J’ai donc décidé de renforcer la sécurité à la maison, m’apprend-il. Je dois rencontrer le commercial d’une société de surveillance demain.
— De surveillance ? Ce n’est pas un peu extrême comme solution.
— Je n’ai pas le choix. J’ai besoin d’être certain que vous êtes en sécurité. On va installer quelques alarmes de plus et des caméras.
— Je trouve ça dommage de devoir en arriver là.
— Je le déplore également, mais c’est arrivé très souvent dans le quartier, ces derniers mois. En discutant avec les voisins, je me suis aperçu qu’ils étaient tous suréquipés à ce niveau-là. Je ne voulais pas tomber dans cette espèce de paranoïa, mais je ne peux pas non plus rester les bras ballants devant ce phénomène.
— Je comprends…
Pensive, je replonge dans ma tasse. Si ce cambriolage n’a pas été très lucratif pour le voleur, en ce qui me concerne il m’a apporté bien des ennuis.
Je ne fais pas référence au cambriolage, mais à ce qui s’est passé ensuite. Cette nuit-là, Milo a voulu rester auprès de moi et nous avons dormi ensemble pour la première fois. Après cela, les choses se sont enchaînées pour nous conduire une nouvelle fois dans le même lit. Et pas pour y dormir…
Après cet aparté peu réjouissant au sujet de notre sécurité, mon père se lance dans le récit de son week-end à Orlando. Je l’écoute d’une oreille, car mon esprit est ailleurs. Je pense à Milo…
Milo ! me réjouis-je en moi-même lorsque sa voix se fait enfin entendre entre les murs de la maison. Il est rentré ! J’ai bien cru que ce miracle ne se produirait jamais…
L’oreille tendue, j’écoute ce qui se dit dans la pièce voisine et les bribes qui m’arrivent n’annoncent rien qui vaille. Pamela est contrariée, mais j’ignore pourquoi.
— C’est bon, m’man ! Franchement, j’ai passé l’âge de me faire sermonner.
— Tu rentres ivre au beau milieu de la journée, alors ne t’attends pas à ce que je ferme les yeux sur ton comportement.
Alors pendant que je passais ma journée à pleurer, monsieur la passait à boire ? C’est l’hôpital qui se fout de la charité !
Même si son comportement m’énerve, je ne peux pas lui en vouloir. À vrai dire, je souffre de savoir qu’il a préféré se réfugier dans l’alcool plutôt que dans mes bras. C’est trop lui demander, je le sais, mais je l’aime et l’idée qu’il souffre est insupportable. Le fait de savoir que je suis la raison de sa douleur n’arrange rien.
— Et comme toujours, tu dramatises ! s’agace Milo. J’ai pris quelques bières avec Earnie, c’est vrai, mais je ne suis pas bourré non plus !
Earnie, fulminé-je intérieurement. Toujours dans les mauvais coups celui-ci. Je me demande s’il lui a parlé de notre nuit ensemble. Connaissant Milo, cela serait surprenant.
Lorsque Milo déboule dans la cuisine, sa mère le talonne. La tête baissée, il fonce droit vers le réfrigérateur. Si bien qu’il met quelques secondes à s’apercevoir que nous sommes là. Il marque un arrêt brutal en me trouvant assise avec mon père. Son regard ne s’attarde pas sur moi et ses yeux s’affolent lorsqu’il les pose sur mon père. Qu’est-ce qu’il s’imagine ? Que je lui ai tout raconté ?
— Tu as une sale tête, mon vieux, lui dit gentiment mon père. Je peux te faire un café, si tu veux.
Toujours aussi nerveux, il fait non de la tête. Je n’ai rien dit à mon père, mais si Milo continue à se comporter comme un imbécile, il va éveiller sa curiosité.
— Je voulais seulement un peu d’eau, nous dit Milo après s’être raclé la gorge.
Il récupère une bouteille d’eau dans le réfrigérateur avant d’ajouter :
— Je vais m’allonger en attendant l’heure du dîner.
Milo quitte la pièce sous le regard inquiet de sa mère.
— Non, mais je rêve ! Voilà qu’il boit en pleine journée, maintenant.
La seconde suivante, elle a le regard braqué sur moi. Et dans une seconde, elle va prétendre que c’est ma faute.
— Tu étais bien avec lui hier soir lors de cette soirée à son travail ?
Méfiante, j’opine du bonnet.
— Il a bu au cours du dîner ?
Je joue des épaules.
— Pas plus que ça, mens-je.
— Pam, Milo te l’a expliqué, il a seulement bu une ou deux bières de trop.
Ou trois ou quatre…
— Ce n’est pas le premier à se montrer déraisonnable…
Je reçois un nouveau coup d’œil de Pamela et, cette fois, c’est une attaque personnelle. Mon père étant présent, elle ne dira rien, mais son regard en dit plus long que tous les mots qui pourraient sortir de sa bouche.
Je préfère m’en aller avant de perdre patience avec cette emmerdeuse. J’ai d’autres chats à fouetter pour l’instant. J’embrasse mon père, le remercie encore pour ce café que nous avons partagé avant de me rendre à l’étage.
Dans ma chambre, je réfléchis au meilleur moyen d’apaiser les choses avec Milo. Le plus prudent pour le moment est sûrement de le laisser se reposer. C’est encore plus vrai s’il a bu. Je viens de renoncer à l’idée d’aller lui parler lorsque je remarque son portable sur ma table de chevet. Je me dois de lui rendre son téléphone, non ?
Heureuse d’avoir trouvé un bon prétexte pour aller le voir sans passer pour la fille hyper collante, je sors de ma chambre et me faufile discrètement dans la sienne. Je m’attendais à le trouver vautré sur son lit, mais sa chambre est vide. Du bruit dans la salle de bains m’apprend qu’il s’y trouve. La porte étant entrebâillée, je peux le voir se préparer à entrer sous la douche. L’eau coule et Milo a déjà ôté son t-shirt.
Je pousse la porte et entre en me raclant la gorge pour lui signifier ma présence. Dans un sursaut, Milo se tourne vers moi et je rencontre une nouvelle fois son regard noir.
— Tu as, balbutié-je en lui tendant son portable. Tu l’as oublié dans ma chambre.
— Oh… euh…
Il le récupère et se met à loucher sur ses pieds.
— Merci…
Mon cœur se serre alors qu’il n’arrive même pas à lever les yeux vers moi. Submergée par la peur que rien ne soit plus jamais comme avant, je ne parviens pas à retenir de nouvelles larmes.
— Qu’est-ce qu’on va faire, Milo ? gémis-je avant de porter une main à ma bouche pour y retenir mes sanglots.
— Avy, je t’en prie, geint-il à son tour. Ne pleure pas, trésor.
— Qu’est-ce qu’on va devenir ? lui demandé-je sans cesser de pleurer. Milo, je ne veux pas que tu me détestes…
Dépassée par cette réalité insupportable et par mes émotions, j’ai envie de partir en courant. Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée qu’à cet instant.
Je suis sur le point de tourner les talons lorsque Milo se jette sur moi et m’emprisonne dans ses bras. Avec une délicatesse infinie, il m’enlace et sa main droite épouse prudemment ma joue. Il est fébrile et je jurerai de le sentir trembler.
— Ce n’est pas toi que je déteste, mon cœur, mais moi.
Je l’étreins à mon tour et plante mes yeux humides dans les siens pour être certaine qu’il y lira la sincérité des propos qui vont suivre :
— Il n’y a pas une seconde de la nuit passée que je regrette, Milo ; rien de ce qu’on fait ou de ce qu’on s’est dit tous les deux. Tu comptes vraiment pour moi.
— Et tu comptes pour moi, répond-il dans un souffle incroyablement torturé. Je devais te protéger.
— Tu y arrives très bien, et je me sens parfaitement en sécurité quand tu es près de moi.
Milo se soustrait à mon regard.
— Je ne souhaite pas plus que toi qu’on s’abîme, Avy. C’est pour ça qu’on ne peut pas refaire cette erreur. On n’a pas le droit de faire ça.
— Tu n’es pas une erreur, dis-je avec véhémence en plantant mes doigts dans son poignet pour le retenir.
Surpris, Milo ne se débat pas quand j’emprisonne son visage entre mes mains.
— Et je me moque d’avoir le droit ou non de te désirer, je prends ce droit ! Je prends tout ce que tu es, ce que tu éveilles en moi et je fonce sans me soucier des conséquences, car la nuit dernière a été la plus belle que je n’ai jamais vécu.
— Avy, se larmoie-t-il en me fuyant. Arrête…
— Non ! m’écrié-je en le ramenant vers moi grâce à une force que je ne me connaissais pas.
Nos corps se percutent en même temps que nos lèvres. Sur le moment, je pense avoir fait le premier pas, être l’instigatrice de ce baiser, mais j’ai trouvé ses lèvres avec une telle facilité qu’il me paraît évident que Milo fonçait dans cette direction lui aussi.
Tout va alors très vite. Il suffit d’une brève seconde et l’ambiance change entre nous. Nous étions deux êtres en perdition et, l’instant d’après, nous voilà de nouveau unis l’un à l’autre par la passion. Même l’air que nous respirons est devenu aussi brûlant que notre besoin d’exister dans les bras de l’autre.
Notre baiser est fou et sauvage. Il m’embrasse comme si c’était la dernière fois et tout est incroyablement fort. Sa façon de me toucher est en totale contradiction avec la fougue de notre baiser. Comme s’il avait peur de me faire mal.
— C’est moi, Milo, le rassuré-je en reprenant mon souffle. Rien que moi.
Cela semble fonctionner, car Milo enfonce ses mains épaisses et puissantes dans la chair de mes fesses et, en une seconde, elles rencontrent le marbre qui entoure le lavabo de sa salle de bains.
Milo m’embrasse toujours comme s’il craignait que le fait d’abandonner mes lèvres le fasse renoncer. Pourtant, il est hors de question qu’il m’échappe. Je lui fais passer le message en dénouant le cordon de son jogging pour libérer son sexe et m’en emparer. Un contact qu’il le fait grogner tel un animal blessé. Ce n’est pas très loyal, mais je n’ai pas le choix, je dois faire mon possible pour qu’il ne s’effarouche pas.
Il semble de plus en plus évident qu’il ne le fera pas quand ses mains entament une remontée sous ma robe. Ses doigts rencontrent la dentelle de mon tanga. Avec agilité, il le retire et je me hâte de guider son pénis vers mes lèvres gorgées de désir.
Nos corps retrouvent cette déroutante intimité et mon cœur s’affole à l’idée qu’il puisse faire marche arrière. À mon grand soulagement, il ne se retire pas, mais plonge ses deux morceaux de charbon si profondément en moi que je reverrai ce regard chaque nuit en fermant les yeux, et ce, pendant très longtemps. Le temps se suspend entre nous, si bien que j’en oublie de respirer.
— Milo, bafouillé-je le souffle court.
Avec une grande lenteur, Milo s’enfonce progressivement en moi. Il semble savourer chaque instant de son ascension sans jamais cesser de sonder mon regard. C’est si puissant de le sentir me remplir autant à la force de son sexe que celle de son regard et mon cœur n’est pas loin d’éclater. Pas une fois dans ma vie, je n’ai pensé que nous pourrions nous connecter à ce point tous les deux.
Une fois qu’il est logé en moi jusqu’à la garde, j’imagine qu’il va intensifier ses coups de reins, mais non. Milo n’est que douceur à cet instant. Il va et vient si lentement que je sens chaque centimètre de lui entre mes cuisses.
Je veux me délecter de ce moment, le vivre comme le plus beau de toute mon existence, mais un doute effroyable me traverse : et si Milo était en train de graver ce souvenir dans son esprit après avoir décidé qu’il sera le dernier…
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