Au péril de t'aimer (French Edition)
Chapitre quatorze
Milo
Voilà un week-end bien mérité ! Cette pensée me traverse l’esprit tandis que je suis confortablement assis dans le canapé en cuir de ce club huppé du centre-ville de Miami.
La semaine qui vient de s’écouler a été particulièrement chargée entre mon emploi et Avery. Le plus éprouvant est que nous ne devons pas nous faire surprendre par nos parents. Il faut trouver les bons mensonges, les faire correspondre pour ne pas piquer leur curiosité et toutes ces petites manigances m’épuisent.
En ce qui concerne Avery, elle est bien plus à l’aise avec tout cela. Toujours d’excellente humeur, elle ne paraît pas perturbée par la situation. Elle s’en amuse même.
Je dois avouer qu’il y a un côté très excitant à trouver les meilleures cachettes de la maison pour se bécoter – et plus si affinités –, à sauter sur la plus petite occasion pour se câliner ou à rire comme des enfants d’être passés à deux doigts du flagrant délit. Mais combien de temps avons-nous avant que nos parents découvrent la supercherie ?
Après cette semaine fatigante, je n’aurais pas été contre une soirée tranquille à mater un film en compagnie d’Avery. Comme au bon vieux temps. Malheureusement, tout a changé entre nous et une simple soirée cinéma a toutes les chances de finir en partie de jambes en l’air sur le canapé. Parfois, je me demande si cette relation cachée ne l’amuse pas au point qu’elle se plaît à provoquer des situations dangereuses. Ce qui est moins ma tasse de thé…
Ce soir, j’ai envie d’être avec elle sans avoir peur de nous faire surprendre. J’ai besoin de me sentir libre de l’embrasser, de l’étreindre, de la toucher sans que cela pose problème. J’ai d’abord pensé à l’inviter au restaurant, mais mes collègues m’ont parlé de cette soirée et j’ai trouvé l’idée géniale.
De manière générale, je ne suis pas très friand de ce genre de club et je n’aime pas vraiment danser. Mais ce n’est pas le cas d’Avery. Comme je m’y attendais, elle était ravie lorsque je lui en ai parlé.
L’autre avantage à ce programme : il n’a pas été nécessaire que nous mentions à nos parents. Avery a assisté à cette soirée professionnelle et cela n’a choqué personne que je lui demande de m’accompagner ce soir encore.
— Eh bien, cette soirée fait des heureuses, ricane Bryan, mon collègue qui me tient compagnie dans ce salon privé que nous avons réservé.
Tournés vers la piste, nous regardons Avery, Bree et Charly se déchaîner sur une musique endiablée. C’est fou ce que j’aime la voir heureuse.
— Je ne connais pas encore très bien Bree et Charly, mais en ce qui concerne Avy, je savais qu’elle serait aux anges. Elle adore danser.
Ashton, un autre de mes collègues, revient la mine déconfite. Il nous a fait faux-bond, il y a quelques minutes, pour tenter sa chance auprès d’une charmante jeune femme qui faisait la queue au bar.
— Sortie entre filles avant son mariage, nous annonce-t-il dépité.
Bryan et moi partons dans un fou rire. Ashton s’assied et se serre un verre de cet excellent whisky que nous avons commandé.
— C’est minable de vous moquer. Tout le monde n’a pas la chance d’être casé comme vous.
Je lance un coup d’œil surpris à Bryan. Il m’a toujours laissé entendre qu’il était célibataire.
— Merde, Ashton ! Tu ne peux pas te taire ?
Ashton s’excuse d’avoir commis un impair.
— Attends Bryan, m’empressé-je d’intervenir. Si tu ne veux pas évoquer ta vie privée, je ne vais pas m’en offusquer.
— Ce n’est pas ça, dit-il mal à l’aise. C’est seulement que…
Il hésite un moment et poursuit :
— Je suis avec Charly depuis quelques mois, mais on ne veut pas que cela se sache au bureau.
— Tu n’as pas de soucis à te faire, votre secret sera bien gardé. Cependant, j’ignorais qu’il y avait un règlement en ce qui concerne les relations entre collègues chez Hughes.
— Ce n’est pas le cas. Pour tout te dire, Charly s’est récemment séparé du père de sa fille. Depuis, ce connard fait tout pour qu’elle perde la garde de la petite Rosie. Elle a peur de ce qu’il pourrait faire s’il savait qu’elle a quelqu’un dans sa vie. Comme il travaille pour le cabinet situé trois étages plus hauts, on doit être discrets.
— Je comprends mieux.
La musique qui amusait tant les filles s’arrête et elles nous rejoignent. Ce qui clôt notre conversation. Avy, toujours aussi souriante, s’assied près de moi et me prend par le cou.
— Comment c’était sur la piste ?
— Génial. Et de ton côté ?
Je l’enlace.
— Je me sentais un peu seul, mais ça va mieux maintenant que tu es là.
— Tu aurais pu venir danser avec moi.
— Sans façon.
Je remarque alors que son verre de mojito est vide.
— Je vais aller vous commander une nouvelle tournée, annoncé-je aux filles.
Mais je n’ai pas le temps de me lever, Avy m’a devancé.
— Non, celle-ci est pour moi.
Je n’ai même pas le temps de protester, elle s’est déjà sauvée en direction du bar. Je renonce et m’intéresse de nouveau à mes collègues.
Bree commence à nous parler d’un excellent pub où elle et son fiancé aiment se rendre le week-end lorsque celui-ci ne travaille pas. Très vite, une nouvelle soirée se profile à l’horizon pour découvrir l’endroit en question.
De temps à autre, je jette un coup d’œil vers Avery. Nos regards se croisent quelques fois pendant qu’elle patiente au bar. C’est vendredi et il est pris d’assaut. Mon attention va et vient entre elle et la discussion autour de la table, mais tout à coup Avery n’est plus là. Les premières secondes, je la cherche au milieu de la foule depuis mon fauteuil, en vain.
Inquiet, je m’excuse auprès de mes collègues et file en direction du bar pour la chercher. Lorsque je la trouve, elle est en pleine discussion avec un homme que je ne connais pas. À la manière dont elle rit à ses dires, ce n’est pas son cas. Je décide d’aller la rejoindre histoire d’en apprendre un peu plus sur cet homme bien trop charmeur à mon goût.
De mieux en mieux, elle ne me remarque même pas quand je me glisse à ses côtés. Je dois me racler la gorge pour qu’elle se tourne enfin vers moi.
— Milo ?
— Je te cherchais.
— Oh, excuse-moi…
Je ne m’attarde pas sur elle, je préfère me concentrer sur ce type qui balade ses yeux sur Avery. D’ordinaire, je ne suis pas d’un tempérament jaloux, mais ce mec me donne envie de lui coller mon poing dans la figure.
— Tu nous présentes ?
— Oh… euh… bien sûr. Milo, je te présente Andrew.
Tous deux se mettent à rire. Comme si je n’étais pas suffisamment agacé…
— Qu’y a-t-il de si drôle ?
— Rien d’important. Andrew, je te présente Milo, mon frère, dit-elle le plus naturellement du monde.
Son quoi ? J’arque un sourcil vers ma voisine qui lève brusquement la tête vers moi en comprenant qu’elle vient de commettre une bourde monumentale. Son regard implore ma pitié, mais c’est trop tard ! Elle m’a mis hors de moi. Je tends la main vers ce petit fumier. Il l’accepte et je la lui serre avec fermeté.
— Je suis le grand frère, répété-je en lui réservant un sourire froid.
Sans lui rendre sa main, j’ajoute :
— Comment as-tu connu ma chère petite sœur ?
— Oh… euh… eh bien…
Gêné, il regarde Avery. Il espère sûrement qu’elle lui vienne en aide, mais elle a plutôt intérêt à faire attention à ce qu’elle va dire. Je l’observe en soupirant.
— C’est encore l’un de tes plans cul, c’est ça ?
Ma question est totalement déplacée, mais tant pis. Elle veut me reléguer à la case « frangin », alors je vais me conduire comme le plus con et le plus intrusif des frères, histoire de lui faire passer l’envie de recommencer.
L’air toujours désolé, elle me dit :
— Et si on allait rejoindre tes amis…
— Dans une minute. Je suis à la recherche de ma copine, expliqué-je à ce fameux Andrew. On passait une agréable soirée et, tout à coup, elle est devenue… bizarre.
— Si tu me la décris, je pourrais peut-être te dire si je l’ai croisée, me propose cet idiot.
— Ou tu pourrais me dire ce que tu veux à ma sœur.
J’accentue volontairement ce dernier mot.
— Je suis tombée sur Andrew en sortant des toilettes, intervient Avery en posant sa main sur mon bras. Maintenant, on y va.
— Je suis toujours à la recherche de ma copine.
— Elle s’est barrée en Alaska, Milo ! s’agace-t-elle. Vu que tu te comportes comme un con…
— Et c’est moi le con, ricané-je en fixant Andrew qui semble de plus en plus mal à l’aise.
— Andrew, je suis contente de t’avoir revu.
Je pose un bras sur les épaules d’Avery.
— Elle est très heureuse, sans aucun doute. Malheureusement, le seul mec avec qui elle rentrera ce soir, c’est son grand frère.
Je lui pince la joue.
— Quelque chose me dit qu’Andrew a bafoué ton innocence pour toute une vie, petite sœur.
Je me tourne vers ce crétin.
— Il est grand temps qu’Avery trouve un homme qui ne cherche pas uniquement à la baiser.
J’attrape la main d’Avery et l’attire derrière moi en laissant cet enfoiré derrière nous. J’entends ma voisine vociférer, mais je n’y prête aucune attention. Cette soirée était parfaite avant qu’elle n’agisse comme une imbécile. Apparemment, il est important que je reste son grand frère aux yeux de ses anciens amants. C’est humiliant et je ne peux pas le tolérer.
— Où sont vos verres ? la questionné-je avant que nous rejoignions mes collègues.
— Ils nous les apportent directement à table, répond-elle agacée.
Arrivés à notre table, je l’invite à s’asseoir en essayant de cacher combien je suis contrarié. Une chose bien difficile. Je voulais seulement passer une soirée simple en sa compagnie, être avec elle comme cela nous est interdit lorsque nous sommes chez nous et elle a tout fichu parterre.
Verrou en forme de cœur contour
Avery
C’est un silence de mort qui nous accompagne sur le chemin de retour jusqu’à la maison. Milo ne m’a pas décroché un mot depuis que nous avons dit au revoir à ses collègues. Même avant cela, c’est à peine s’il m’a adressé la parole.
Et tout est ma faute ! J’ai été surprise en tombant sur Andrew au club. Il m’a interpellée alors que je sortais des toilettes.
Je n’avais pas spécialement envie de lui parler, je cherchais seulement à me montrer polie et l’arrivée de Milo m’a fait perdre mes repères.
En agissant aussi bêtement, je lui ai laissé penser qu’il est moins important qu’Andrew ou que les hommes que j’ai eus avant lui. Il n’y a que Milo qui compte pour moi et, ce soir, je l’ai blessé. J’étais pourtant si heureuse de pouvoir jouer mon rôle de petite amie avec ses collègues et j’ai tout gâché.
Après notre retour au salon, Milo s’est montré distant et je peux le comprendre. Si les rôles étaient inversés, j’aurais été folle de rage après lui.
Perdue dans mes pensées, je mets un moment à réaliser que nous venons de nous garer sous l’abri à voiture. Milo est le premier à sortir. En ce qui me concerne, je n’ai pas envie de rentrer. Je sais pertinemment qu’une fois à l’intérieur, il foncera vers sa chambre et je refuse de passer la nuit en étant fâchée avec lui. Je veux crever l’abcès, mais cela ne sera plus possible une fois que nous serons à la maison. Nos parents sont là et nous ne pourrons pas parler librement.
— Tu as l’intention de passer la nuit ici ? s’impatiente Milo en ouvrant ma portière.
— Et toi, tu as l’intention de m’en vouloir longtemps ?
— Au moins aussi longtemps que ton attitude a été grotesque !
Je sors de la voiture avant de rétorquer :
— Comme si ton attitude ne l’avait pas été…
— Excuse-moi ?
— J’ai mal agi, je le sais parfaitement, mais ta réaction est franchement exagérée.
— Oh, oui ! j’imagine que mon attitude de « grand-frère » t’a déplu, ironise-t-il.
— Mais arrête !
— As-tu baisé avec ce mec oui ou non ? s’écrie-t-il furieux.
— En fait, c’est ça qui te met tellement en colère. Tu es jaloux...
— Jaloux ? Mais de quoi au juste ? Crois-tu vraiment que je rêve de te baiser sans le moindre respect pour toi comme tous ces connards ?
J’essuie rageusement mes larmes.
— Arrête, Milo !
— Mais qu’est-ce que tu as dans le crâne, bordel ? Comment peux-tu aimer qu’on te traite ainsi ?
Je pousse un cri de stupeur quand Milo me soulève par la taille pour me poser brusquement sur le capot de sa voiture. Une main fermée sur ma nuque, l’autre sur mon menton, il lève mon visage vers lui et enfonce son regard le plus noir dans le mien.
— Qu’attends-tu de moi, Avery ? Que je te baise comme un putain d’égoïste sans jamais me soucier de ce que tu ressens ?
— Non, couiné-je alors que de nouvelles larmes perlent sur mes joues.
Milo glisse ses mains entre nous. J’entends le zip de sa fermeture éclair. En quelques mouvements, il tire sur nos vêtements et son gland se présente à mes lèvres.
— C’est ce que tu recherchais auprès d’eux ? Tu voulais qu’ils te fassent mal ?
Les battements de mon cœur s’affolent. Milo n’a rien en commun avec mes anciens amants et je ne veux surtout pas qu’il se comporte comme eux.
Je veux le supplier de ne pas faire cela, mais je me ravise lorsqu’il me pénètre avec sa douceur habituelle. Dieu merci, il est toujours lui : prévenant et tendre.
— Je ne suis pas eux, Avy, murmure-t-il en pressant sa bouche contre la mienne. Tu entends ?
— Pardon, pleuré-je accrochée à son cou.
— Je t’en prie, mon cœur, ne me place plus jamais en dessous de tous ces types qui ne t’ont jamais vue comme je te vois.
— Dis-le-moi, l’imploré-je toujours en larmes. Dis-moi comme tu me vois.
Milo se met à remuer en moi. Délicatement, il va et vient tout en gardant ses yeux rivés aux miens.
— Tu es belle, articule-t-il le souffle court. Belle et brillante.
Il progresse toujours en moi.
— Mais ce que j’aime le plus entre nous, c’est que tu baisses la garde. Tu me fais suffisamment confiance pour me laisser entrevoir combien tu peux être fragile.
Milo m’allonge sur le capot de sa voiture. Ses bras m’enveloppent délicatement.
— Mais tu as une grande force en toi et j’aime cette ambivalence chez toi.
— Milo, sangloté-je en le sentant plus actif en moi.
— C’est bon, Avy. Si fort… Plus que ça ne l’a jamais été.
— Tu vaudras toujours mieux qu’eux, Milo, lui assuré-je en coulant mes doigts dans ses cheveux.
— Viens doucement, mon cœur, m’incite Milo en bougeant lentement en moi. Laisse-moi te montrer que tu mérites tellement plus que tout ce qu’ils t’ont donné…
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