Carabas
Présentation
Photo de Marcel lmsand
Au printemps 1971, un accord a été signé entre les Editions Grasset, à Paris, et les Cahiers de la Renaissance Vaudoise, pour la publication simultanée, en France et en Suisse, d’œuvres littéraires marquantes d’écrivains romands.
Carabas est le premier livre à paraître de cette manière. C’est un portrait de l’artiste en baroque. Il nous enlève dans le tohu-bohu d’une vie de bretteur littéraire, de chemineau des petites routes, d’amoureux chronique, d’avaleur d’alcools, ou même, selon l’humeur, de professeur à l’aise dans ses classiques.
Attiré puissamment par les saveurs et les êtres, Chessex, en se racontant lui-même, donne un livre sur la femme. C’est la première fois qu’on parle d’elle en ce pays avec cette liberté et cette passion. Dans la tendresse et les décombres naissent des figures qui bouleversent. Corps, visages, destinées font balancer ces pages de l’enchantement à l’épouvante.
Il n’est pas de poésie qui tienne, ni d’autoportrait digne d’être écrit, si l’écrivain n’ose affronter avec un singulier courage tous les pans de son être, s’il ne serre sa vérité de près.
Carabas est une grande œuvre baroque aux pans multiples qui s’élève par la force du style. C’est un art poétique, avec des pointes.
Il y a le Chessex polémiste. Pas du tout disposé, ce Vaudois, à se laisser terroriser par les paons de Paris, les marxistes bêlants et les structuralistes dans le vent. Il rit de Guillemin, il raconte la politique locale de Pantalon. Plus gravement, il règle ses comptes avec les justes et décrit les soubresauts d’une bonne société qui se décompose.
À ceux que lasse une littérature d’intellectuels abusifs, l’auteur du Portrait des Vaudois offre des personnages. Il cerne des sujets aussi palpables que la moustache, aussi cruels qu’une césarienne. Aux Français, Chessex découvre le domaine écarté de la littérature romande, avec ses paysages fruités ; comme dans un petit panthéon de campagne, il dresse les statues de nos saints et de nos martyrs.
Carabas est un salut, un chant vif. Le chat du marquis est plein de malice : qui doutera que son maître possède de grands biens ? L’humour et la drôlerie accompagnent cette équipée à travers les terres, d’un château l’autre, jusqu’au fond de la nuit. Terreur et caresses, attaque et plaidoyer, vaillance et vilenie, voici le voyage au bout de la femme, au bout du vin, à travers les empoignades et les amitiés. L’œuvre a sa vigueur, ses racines, sa ligne, sa lumière, ses versants d’ombre très effrayants. Chessex dit « je » et dit tout. Indignation ? Fureur ? Moquerie ? L’écrivain a prévu les coups des justes et des frustes. Il leur a déjà répondu. L’éditeur, lui, sait que la littérature, celle qui n’est pas exsangue, est un combat. Confiant, il se tient à côté de l’ami qui a pris le risque d’exprimer avec liberté sa nature exceptionnellement riche. Carabas est là : gens de finesse qui supportez la force du talent et la turbulence véridique de nos vies, le chat vous tire son chapeau. Le récit va commencer.
Bertil Galland.
Jacques Chessex est né le 1er mars 1934 à Payerne. Enfance campagnarde. Fils et petit-fils de maîtres et de marcheurs, amis actifs de l’histoire et des lieux. Collège classique à Lausanne, gymnase, chahuts divers. Saint-Michel à Fribourg où il passe son baccalauréat. Deux professeurs de cette époque sont restés ses amis : un dominicain, le Père Emonet, et l’abbé Ernest Dutoit. Faculté des lettres à Lausanne. Acquiert une méthode de travail, mais subit la grisaille. 1954 : premier livre. Fonde des cahiers de poésie.
1955 : drames familiaux. Jacques vit seul. Cafés, poésie, bonnes femmes, désordres.
1956 : suicide du père. Politique.
1957 : premier mariage. Enseignement, poésie, critique, collabore à la Gazette littéraire. Publie chez Mermod.
1960-1967 : licence en lettres, Paris et ennui, livres édités chez Gallimard, Bourgois, Seghers. Fonde avec Galland la revue Écriture. Divorce, critiques à la NRF, poèmes. Deuxième et bref mariage. Publie aux CRV. Tournées de lectures dans toute la Suisse avec Chappaz, Voisard, Cuttat.
1969 : Portrait des Vaudois, ce livre le rend à lui-même, fait sauter les digues. Livre de liberté, de plaisir, de retrouvailles graves et allègres avec le pays.
Depuis 1969, Jacques Chessex enseigne le français au Gymnase cantonal de la Cité, à Lausanne.
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Pour Elisabeth
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Le Maître Chat qui allait toujours devant rencontra des moissonneurs et leur dit : Bonnes gens qui moissonnez, si vous ne dites que tous ces blés appartiennent à monsieur le marquis de Carabas, vous serez tous hachés menu comme chair à pâté. » Le roi, qui passa un moment après, voulut savoir à qui appartenaient tous les blés qu’il voyait. « C’est à monsieur le marquis de Carabas », répondirent les moissonneurs, et le roi s’en réjouit encore avec le marquis. Le chat, qui allait devant le carrosse, disait toujours la même chose à tous ceux qu’il rencontrait ; et le roi était étonné des grands biens de monsieur le marquis de Carabas.
PERRAULT
Le Chat botté
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