Comment je vois le monde
L'éducation et L'éducateur
Si vous pensez toujours à cela, vous trouverez un sens à la vie et à l'effort et vous acquerrez une juste opinion à l'égard des autres peuples et des autres temps.
L'ÉDUCATION ET L'ÉDUCATEUR
Une lettre à une jeune fille. Parue dans Mein
Weltbild, Amsterdam : Querido Verlag, 1934.
Chère Mademoiselle,
J'ai lu environ seize pages de votre manuscrit et j'en ai souri. Tout cela est judicieux, bien observé, honorable, sincère à certain point de vue, et cependant c'est proprement féminin, c'est-à-dire influencé et vicié par le ressentiment. J'ai été traité de même par mes professeurs, qui ne m'aimaient pas à cause de mon esprit d'indépendance et me laissaient de côté quand ils avaient besoin d'un assistant. (En tout cas j'étais, comme étudiant, un peu plus négligent que vous, je dois l'avouer.) Mais je ne me serais pas donné la peine de noter mes souvenirs d'étudiant et encore moins aurais-je voulu obliger d'autres personnes à les imprimer ou à les lire. En outre on fait toujours mauvaise figure quand on se plaint de gens qui vivent à côté de quelqu'un.
Mettez donc votre tempérament dans votre poche et gardez votre manuscrit pour vos fils et vos filles afin qu'ils y puisent de la consolation et qu'ils se moquent de ce que leurs professeurs leur diront ou penseront d'eux.
Du reste, je viens à Princeton uniquement pour des travaux de recherche et non pas comme précepteur. En général il y a pléthore d'éducation, surtout dans les écoles américaines. Il n'y a pas d'autre éducation rationnelle que d'être soi-même le modèle, soit-il effrayant.
SUR L'ÉDUCATION ET LE DÉVELOPPEMENT
Première publication dans Albert Einstein : Philosopher-Scientist, éd. Paul Arthur Schilpp. Première publication dans une édition indépendante par Open Court Publishing Company, 1979.
A l'âge de dix-sept ans, j'entrai à l'Institut Polytechnique de Zurich, comme étudiant en mathématiques et physique. En physique, j'arrivai bientôt à repérer ce qui menait au fondamental et délaissai délibérément le reste, toute cette multitude de choses disparates qui encombrent d'habitude notre esprit et le détournent de l'essentiel. Malheureusement, il y avait là aussi un problème : il fallait ingurgiter toute cette matière pour les examens, qu'on le veuille ou non. Cette obligation me fut si insupportable que, pendant l'année qui suivit les examens finaux, la simple idée d'avoir à réfléchir sur un problème scientifique me répugna totalement.
C'est en fait un véritable miracle que les méthodes modernes d'enseignement ne soient encore parvenues à étouffer complètement la sainte curiosité pour la recherche. Car celle-ci est une plante extrêmement fragile qui, si elle a besoin d'encouragements, réclame surtout de la liberté, faute de quoi elle dépérit immanquablement. C'est une grave erreur de croire que la joie de l'observation et de la recherche peut croître sous l'effet de la contrainte ou du sens du devoir.
OceanofPDF.com